Trois conseils aux auteurs pour 2015

Alors oui, bonne année et tout ça, pluie de bonheur et étincelles dans les yeux, douche de cash et santé de fer, prospérité éternelle (ou au moins pour les 360 prochains jours, la maison ne fait ni reprise ni échange), mais au bout d’un moment, il faut songer à reprendre le traintrain quotidien et à se remettre au travail (c’est sans doute ce qui fait que les débuts d’année sont si déprimants : comprendre que rien ne change et que tout avance seulement plus vite). Mais il sera dommage de vous laisser sur cette réflexion un rien nihiliste, parce que nous ne sommes que des êtres humains et qu’il faut bien que nous allions de l’avant. C’est bon, je vous ai suffisamment déprimés? Maintenant, c’est l’heure du peptalk.

Voici mes trois conseils pour faire de 2015 une année qui aura du chien (pas de rime en stock, pour les blagues graveleuses, attendez 2016). Ces conseils sont rédigés de manière à s’adresser au lecteur, mais s’appliquent tout aussi bien à votre humble serviteur qui ne se met pas au-dessus de la mêlée.

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1. Prenez-vous en main

Ce manuscrit qui traine dans votre tiroir depuis des années, envoyez-le à des éditeurs ou bien autopubliez-le en numérique, mais faites-en quelque chose : les tiroirs sont des endroits merveilleux où l’on peut faire mille découvertes poussiéreuses et oublier un nombre exceptionnel de choses que l’on croyait indispensables, mais ils sont aussi des mouroirs où les histoires se consument d’ennui à petit peu. Si vous n’avez pas de tiroirs, ce conseil s’applique aussi aux disques durs, clefs USB, stockage cloud et autres réjouissances numériques.

De la même manière, essayez. Essayer quoi ? Tout.

Essayez.

Le net regorge de moyens de distribution et de financement alternatifs, d’opportunités de rencontres, de collaborations, de diffusion (pour ma part, j’expérimente depuis quelques jours sur Wattpad et ça m’a l’air plus que pas mal). Nous vivons une époque formidable, peut-être plus importante encore que celle de Gutenberg pour ce qui est de la diffusion de la connaissance et des arts, et il s’agit d’en profiter (vous pourrez raconter vos aventures à vos petits-enfants au coin du feu). C’est peut-être aussi l’occasion d’abandonner derrière vous la peur du vol et de tenter les Creative Commons, de réfléchir à des moyens de gagner de l’argent avec votre création, de redéfinir votre rapport à l’art et à la manière de le partager avec les autres.

Bref, il n’y a qu’un moyen de vérifier que quelque chose ne fonctionne pas : l’essayer. Nous n’existons que par nos actions, vous dirait un existentialiste. Et si nous allions voir s’il avait raison ?

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2. Arrêtez votre cinéma

C’est un conseil qui s’applique tout aussi bien à moi-même qu’à 99% de la production littéraire des dernières années : arrêtez d’écrire des scénarios. Si vous voulez écrire des scénarios, faites du cinéma, pas de la prose. J’en ai assez de lire à longueur de journée des descriptions du type :

Il leva son bras gauche, sur lequel courait une pilosité duveteuse et brune, et l’inclina à 45 degrés pour faire tinter le bracelet d’argent qu’il portait au poignet. C’était un bijou magnifique, serti de pierres précieuses d’un diamètre de 33 millimètres chacune. Il haussa les sourcils, fronça le nez et avança de deux pas, avant de reculer d’un. Devait-il continuer ?

La scène que vous décrivez ici, certains la qualifieront de visuelle. Pour ma part, je préfère le terme illisible. Ce que vous racontez ici n’est pas une scène de roman, c’est le mode d’emploi d’une danse de salon. Ce n’est pas de la littérature. Rien de péjoratif là-dedans, j’écris moi-même des scénarios ; simplement, en utilisant les codes du cinéma, vous vous privez d’un mode de narration bien plus riche qui est celui de la littérature. Vous voulez une histoire visuelle ? Vous pensez que les lecteurs suivront plus facilement une narration où chaque action, chaque geste est décortiqué dans ses plus intimes détails ? Ce mode de narration existe déjà et cela s’appelle un film. Votre roman mérite mieux que ça.

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3. Montrez-nous vos tripes

Ce qui m’amène directement au conseil numéro 3, qui à bien des égards pourra paraître le plus consensuel, mais qui si on y réfléchit bien est sans doute le plus difficile à tenir : soyez vous-mêmes (je vous avais prévenus).

Le net regorge de schémas, de squelettes dramatiques tout prêts, d’injonctions narratives, de recettes miracles pour écrire un roman convenable. Mais les romans convenables n’intéressent personne, en tout cas pas sur le long terme. Ce qui intéresse les lecteurs, c’est vous, votre histoire, et surtout la manière inimitable dont vous allez la raconter.

Vous avez envie de séparer tous vos chapitres par des pages de code informatique. Faites-le, si c’est ce que vous pensez juste. Vous avez envie d’écrire toute une histoire en argot guatémaltèque. Faites-le, si c’est ce qui vous fait plaisir. Vous avez envie de raconter une histoire d’amour du point de vue d’un poulet élevé en batterie ? Et pourquoi pas. Emmerdez le commercial, ou plutôt ce que vous pensez être le commercial : ce qui se vend aujourd’hui est souvent le fruit du travail d’une personne qui, à un moment M, a écrit ce qui lui semblait le plus honnête pour elle (ceux qui reprennent ensuite en pensant avoir mis la main sur une recette miracle sont, eux, les profiteurs). Vous n’avez rien de mieux à vendre que ce qui fait que vous êtes vous. Pourquoi essayer de copier les autres ? Quand il s’agit d’être vous, vous êtes le meilleur à ce petit jeu.

Les romans qui restent sont ceux qui, à travers leur auteur qui se répand en flaques sur les pages humides, touchent à l’universel, et l’universel est tout le contraire du général. L’universel, c’est ce qui fait qu’une expérience particulière touche au plus profond d’elle-même une personne qui ne l’a pas vécue directement. On n’accède à ce genre de vérité qu’en étant totalement honnête avec soi.

Donc en 2015, n’écrivez que ce qui vous touche personnellement. Remuez-nous, faites-nous rire et pleurer, grattez là où les croûtes ne sont pas encore sèches, blessez-nous au plus profond, et puis consolez-nous de n’être que de passage. Nous ne vous en serons que plus reconnaissants.

Allez, bonne année, les amis.

yolo

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