Tenir le rythme

 

Ça fait quelques semaines que, comme un sportif avant une compétition importante, je « m’entraîne ». J’ai profité de l’été pour expérimenter diverses choses, notamment sur la question du rythme qui est essentielle dans un projet tel que le Projet Bradbury. Il  ne s’agit pas seulement d’écrire 52 nouvelles mais de tenir le rythme, et de ne pas se laisser dépasser par les petits retards qui s’accumulent. En cela, le fait d’avoir une deadline est vraiment stimulant.

Je n’ai jamais vraiment travaillé avec une deadline. Je n’ai jamais participé à un nanowrimo ni même à une quelconque expérience liéttraire de groupe du même genre. Je n’arrive pas à me calquer sur le rythme des autres. C’est peut-être une faiblesse, mais cela me permet aussi de me poser la question de mon propre rythme. Cela ne signifie pas que je ne crois pas aux délais, au contraire : les délais imposés sont une bonne motivation pour terminer les choses (c’est bien là le coeur du problème). Mais je n’avais peut-être tout simplement jamais eu le courage de m’attaquer à la montagne par ce versant.

Pour ce projet, j’ai décidé — ça peut presque passer pour une évidence — d’écrire  le premier jet de chaque texte sur ordinateur. je n’ai pas encore de routine d’écriture précise, mais quand il s’agit de textes plus longs (type roman) j’aime bien utiliser un stylo et du papier. Ça peut paraître vieux jeu mais il y a deux raisons à cela.

  1. L’écriture manuelle est plus lente, et donc retranscrit les mots moins vite que le clavier. Ça permet de se concentrer sur le choix des mots et le rythme des phrases. Avec un clavier, il est facile d’écrire au rythme de sa pensée. Quelquefois ça marche, d’autres fois c’est plus risqué.
  2. Quand le premier jet est terminé, il faut le taper intégralement à l’ordinateur, ce qui permet une première révision de fond en comble, qui s’apparente à une réécriture du premier jet plutôt qu’à un deuxième jet. C’est moins douloureux et plus efficace, en tout cas pour mon usage personnel.

Maintenant, le Projet Bradbury obéit à des contraintes, non pas de vitesse mais d’efficacité. D’où le premier jet à l’ordinateur, directement. Grâce au clavier, j’arrive à écrire une moyenne de 25.000 à 30.000 signes par jour, 40.000 si bien motivé ou carrément surexcité par une idée. Bradbury conseille d’écrire le premier jet d’une nouvelle en une journée, histoire de ne pas perdre le fil ou de sur-intellectualiser l’histoire. Mais mes textes ont tendance à être plus proches des 50.000 à 70.000 signes, ce qui m’oblige à répartir l’écriture du premier jet sur deux jours au lieu d’un. Mais comme il s’agit aussi d’obéir aux conseils d’un grand auteur, j’écrirai plusieurs nouvelles en une seule journée, pour voir ce qu’il en ressort.

Voilà donc comment se répartit, pour moi, la semaine :

  • LUNDI : écriture du premier jet, en général de 9:30 à midi puis de 14:00 à… jusqu’à ce que je m’écroule.
  • MARDI : si le premier jet n’est pas terminé, je continue sur la même base horaire. S’il est terminé, j’entame une première relecture sur le texte écrit la semaine précédente : je décale d’une semaine, histoire d’avoir un regard plus frais. Toutefois, il s’agit de garder le même esprit que celui dans lequel il a été écrit. je préconise donc de ne pas laisser trop de temps passer entre deux relectures. La première réécriture est selon moi la plus difficile. Elle me colle un mal de crâne à coup sûr, et ça prend un temps fou.
  • MERCREDI : une fois le premier jet relu et corrigé sur ordinateur, j’imprime le texte et je l’annote au stylo rouge . Dernières coquilles, répétitions, tournures de phrases : en général les pages se couvrent assez vite de rouge. C’est un processus au moins aussi difficile que la première relecture, mais sans le mal de tête. L’effet papier? Pas forcément, même si c’est plus agréable de se relire sur une feuille que sur un écran. Peut-être juste qu’on commence à se détacher.
  • JEUDI : Après avoir corrigé le texte informatique avec toutes mes annotations, je le réimprime (au verso de la première version) et je le RE-corrige/annote avec un stylo bleu, cette fois, histoire de ne pas me planter de côté de la feuille. Cette fois-ci, il y a moins de travail. Je corrige des tournures de phrase principalement, et je simplifie ce qui peut l’être. J’élimine les mots / phrases inutiles. Il y en a beaucoup et ça plombe plus souvent le rythme que ça n’embellit le style.
  • VENDREDI: Je fais une pause, je sors dans le jardin et je m’allonge dans l’herbe pour regarder les oiseaux. Non, je plaisante bien sûr. Je RELIS encore le texte, sur l’écran, et j’effectue des micro-corrections après avoir rentrées celles de la veille. Je conserve chaque version du texte dans un dossier distinct.
  • SAMEDI: C’est prêt !

Evidemment, ce rythme m’appartient et je ne garantis pas qu’il puisse fonctionner pour vous. En tout cas, une chose est sûre: le premier jet est un bonheur comparé aux quatre jours de réécriture qui suivent. Si j’avais plus de temps, je relirais encore. Mais il s’agit d’être prolifique.

Et vous ? Est-ce que vous avez un rythme d’écriture spécifique que vous observez régulièrement ? Est-ce que vous ne pouvez écrire qu’à certains moments de la journée ? Combien de fois relisez-vous vos textes en général avant de les envoyer se promener ?

Crédits photo: Dave Stokes