L’émouvante lettre de remerciement de Roald Dahl à l’une de ses jeunes lectrices : merci pour le rêve

On ne présente plus Roald Dahl – le célèbre auteur de Matilda, Charlie et la Chocolaterie, Sacrées sorcières et de tant d’autres classiques de la littérature jeunesse. En 1989, une petite fille de sept ans prénommée Amy envoyait par courrier un cadeau un peu particulier à l’écrivain : l’un de ses « rêves », enfermé dans une petite bouteille remplie d’eau colorée, d’huile et de paillettes. Et ce n’était pas par hasard : dans Le BGG, le roman favori d’Amy, un géant attrape des rêves à l’aide d’un filet et les enferme dans des bocaux afin de les souffler aux oreilles des enfants endormis.

Ému par cette charmante attention, Roald Dahl décida de répondre à la fillette dans une lettre datée du 10 février 1989 :

Chère Amy,

Il me faut t’écrire une lettre spéciale et te remercier pour le rêve dans la bouteille. Tu es la première personne au monde à m’en avoir envoyé un et il m’a beaucoup intrigué. Je l’ai aimé, aussi. Ce soir, je descendrai au village et je le soufflerai à travers la fenêtre de la chambre d’un enfant endormi pour voir si ça fonctionne.

Avec toute mon affection,

Roald Dahl

Après ça, qui pourrait encore dire que l’imagination n’est qu’une affaire d’enfants ? On retrouve cette lettre, ainsi que de nombreuses autres tout aussi étonnantes, dans l’ouvrage Letters of Note, aux éditions Canon Gate, compilées par Shaun Usher.

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Cthulhu n’est pas mort : il chuchote à l’oreille de nos songes (4/4)

J’ai très vite su qu’aucun autre choix ne s’offrirait à moi. Je n’ai pas eu besoin d’attendre de retourner au Kaffe Einstein pour me douter que je n’y trouverais pas ma mystérieuse informatrice, disparue elle aussi dans un nuage de brouillard berlinois, « pour raisons personnelles » m’a confié un autre employé sans trop y croire lui-même. Je n’ai pas eu besoin non plus de retourner à la librairie pour me douter que je n’aurais aucune chance d’y échapper. De toute façon, qu’aurais-je bien pu leur dire ? « Salut, vous vous souvenez de moi ? Mais si, celui sur lequel vous avez pratiqué une étrange magie littéraire et que vous avez tatoué contre son gré en profitant d’une faiblesse momentanée, avant de le laisser geler sous la neige d’un parc désert ? Ça vous rappelle quelque chose, n’est-ce pas ? Oui, je reprendrais volontiers un peu de ce délicieux poulet coco. » Impossible. Mes jambes auraient de toute façon refusé de me porter jusque là-bas, surtout après l’épisode de la police. Je ne vous ai pas encore raconté ? Continuer la lecture de « Cthulhu n’est pas mort : il chuchote à l’oreille de nos songes (4/4) »

#47 | Echo

 

Les écrivains sont des bêtes à fantasmes : ils cristallisent des désirs, des illusions, des frustrations, pour mieux les retranscrire sur le papier ou l’écran. La nouvelle de cette semaine est une mise en abîme : elle est à la fois objet et réflexion sur l’objet. Dans ce texte, j’aborde deux thèmes qui me tiennent à coeur et qui, je l’espère, sauront trouver votre intérêt.

Je vous présente Echo, la 47ème nouvelle du Projet Bradbury.

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Norma est aux anges : pour cette fan du célèbre Basile Finch, chaque sortie est un évènement. Se précipitant au magasin, elle met la main sur le précieux sésame vers les contrées narratives de l’auteur et rentre chez elle pour en profiter en toute sérénité. Sitôt plongée dans les histoires du maître, elle en oublierait presque que le monde existe. Mais le dernier chef-d’oeuvre de Basile Finch recèle d’autres mystères que ceux que dévoile son simple emballage.

Plus ça va, plus je réalise que j’aime bien écrire sur l’écriture et les écrivains. Il y a un côté introspectif qui me plait assez dans ce genre de mise en scène, car finalement, j’invente l’histoire d’un personnage dont je peux imaginer les envies, les colères et les frustrations : j’arrive ainsi mieux à entrer en empathie. Il y a peut-être une part de fainéantise là-dedans, mais bien souvent, lorsque je dois choisir un métier à l’un de mes héros, celui d’auteur me vient tout de suite en tête. Mais pour une fois, je me suis mis de l’autre côté de la barrière : l’héroïne de ce texte est une lectrice. C’est même une lectrice compulsive, qui nourrit une véritable passion pour un auteur, Basile Finch. Mais l’auteur en question produit des oeuvres d’un genre particulier.

C’est en effet l’un de mes grands fantasmes, que j’espère voir un jour de mon vivant : pouvoir organiser, scénariser et mettre en forme des rêves. On achèterait des songes déjà écrits, auxquels nous n’aurions plus qu’à nous connecter avant de nous endormir pour vivre les aventures oniriques correspondantes : par exemple, si j’ai envie d’évasion et de voyage, j’achète un rêve qui se déroule en Toscane par un beau mois de juillet, au cours duquel je devrai effectuer une longue et délicieuse balade en décapotable. On peut imaginer énormément de choses : les amateurs d’épouvante vivraient de terrifiants cauchemars, tout en se dissimulant « confortablement » derrière la distance entre rêve et réalité. Quant aux amateurs de rêveries érotiques, je vous laisse imaginer la suite. J’espère pouvoir voir cela de mon vivant. On commence à peine à savoir décrypter les ondes cérébrales, mais peut-être qu’une avancée technologique majeure nous permettra de rendre ce fantasme réel, pour le meilleur et pour le pire.

Je parlais plus haut de deux points. Le second est celui-ci : en tant que narrateur, il m’arrive fréquemment de caser des souvenirs personnels dans mes histoires. C’est non seulement une manière de rendre les scènes un peu plus réalistes, mais — et j’en avais déjà parlé — une façon pour moi de dissimuler ses souvenirs ou plutôt de les abriter. Les abriter de quoi ? De l’oubli, of course. Je cache dans mes nouvelles des souvenirs afin qu’ils ne se perdent pas. Voyez cela comme une sorte de pense-bête. En lisant le texte, vous comprendrez donc pourquoi je parlais plus haut de mise en abîme : l’un des personnages principaux, qui est lui-même écrivain, utilise ce stratagème pour faire de même. La boucle est bouclée.

Echo est disponible chez KoboSmashwordsAppleAmazon et Youscribe pour 0,99€. Vous pouvez aussi vous abonner à l’intégralité des nouvelles pour 40€ et devenir mécène du Projet Bradbury. La couverture est toujours signée de la maravillosa Roxane Lecomte.