#49 | Spoutnik

 

Alors, bande de petits veinards, on est en vacances ? Pas moi ! Le Projet Bradbury se reposera quand il en aura terminé avec les 52 nouvelles. Oh mon dieu, je délire, voilà que j’écris comme si mon marathon d’écriture était devenu une entité vivante. Remarquez, il y a un peu de ça : c’est comme si j’avais acheté une orchidée. Au début, c’est joli et la nouveauté fait qu’on l’arrose sans trop y penser et même avec plaisir, mais elle grandit de plus en plus et il faut sans cesse se la trimbaler pendant les vacances si on ne veut pas qu’elle crève (oui, cette plante verte ne peut pas être arrosée par quelqu’un d’autre). Quoi qu’il en soit, je suis toujours au poste et si tout va bien, la 52ème nouvelle sera publiée le 15 août.

En attendant, je vous présente Spoutnik, la 49ème nouvelle du Projet Bradbury.

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Après une rentrée tumultueuse dans l’atmosphère, Sergueï, un cosmonaute russe pour qui l’espace est un sacerdoce depuis sa prime enfance, atterrit par miracle dans une zone inconnue, loin de la cible prédéfinie par la base. Désorienté, il s’extrait du module et cherche quelqu’un pour l’aider.

À l’instar d’Aurelia sous la terre, Spoutnik est une nouvelle dont l’idée m’est venue à travers un rêve. Le trouvant absolument drôle, je me suis donc contenté de le transposer sur mon clavier et d’y ajouter un background et une chute. Il y a dans l’esthétique de Spoutnik un petit côté The Twilight Zone (La Quatrième Dimension pour les francophones récalcitrants) qui me plait assez, mélange de modernité absolue (un astronaute de retour sur Terre) et de ruralité déconnectée dans la campagne la plus profonde. J’adore cette série, et encore davantage les premiers épisodes en noir et blanc. Le numéro 1 — Where’s everybody? — est d’ailleurs librement adapté d’une nouvelle de Bradbury et je vous en conseille chaleureusement le visionnage.

C’est amusant, parce que je ne suis pas un freudien dans l’âme (je me suis longtemps rangé bêtement à l’avis de Lovecraft qui parlait de « symbolisme puéril » au sujet de la psychanalyse), mais j’ai tout de même dégotté un sens caché à cette rêverie en apparence plutôt loufoque. Je ne sais pas si c’est pertinent — vous me direz ce que vous en pensez — mais j’ai trouvé un étrange parallèle entre l’histoire de Sergueï et le métier d’écrivain. Sans trop en dévoiler sur l’intrigue (j’en connais qui me couperaient les mains si j’en disais trop), le cosmonaute se trouve face à une situation où il doit se faire entendre, se faire voir, se faire reconnaître, et c’est peut-être la manière dont mes rêves me préparent à l’après-Bradbury.

J’ai lu dans le dernier Science et Vie que loin de n’être là que pour nous embêter, les cauchemars étaient une manière pour notre psyché de se décharger des énergies négatives et de s’entraîner pour les futures épreuves en nous les faisant vivre pendant le sommeil. Je sais que les mois et les années à venir seront encore plus difficiles que ces dernières 50 semaines, car je me suis volontairement isolé dans un cocon loin du monde et qu’il va falloir pourtant que je m’y confronte, que j’aille vendre mes textes, que je me fasse une place, et ça va prendre du temps et beaucoup d’énergie. Je m’y prépare, et j’éprouve même une certaine impatience à l’idée de me lancer pour de bon après ça : un roman arrive bientôt, intitulé pour le moment Le Coeur des Monstres, un genre de Princesse Mononoke dans le Berlin des années 90, et il va bien falloir que je trouve quelqu’un pour l’aimer et le publier.

Du coup, j’éprouve pour mon personnage de Sergueï une certaine empathie : quelque part, je comprends son combat et c’est pour cela que j’y ai mis un peu du mien. Rassurez-vous, je n’en suis pas au point où il en est, lui. Mais plutôt que de continuer à vous en déflorer l’intrigue, je vous laisse juger sur pièces.

Spoutnik est disponible chez KoboSmashwords, Apple, Amazon et Youscribe pour 0,99€. Vous pouvez — encore pour quelques jours — vous abonner à l’intégralité des nouvelles pour 40€ et devenir mécène du Projet Bradbury. La couverture est toujours signée de la talentueuse Roxane Lecomte.

 

#42 | Rydstonberg

Pour le 42ème texte, il fallait faire un effort. En effet, le 42 n’est pas un nombre à considérer à la légère — Douglas Adams ne dirait sans doute pas le contraire — et j’ai moi-même intitulé mon blog personnel page42.org, autant dire que j’avais la pression.

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Pour le 42ème texte, il fallait faire un effort. En effet, le 42 n’est pas un nombre à considérer à la légère — Douglas Adams ne dirait sans doute pas le contraire — et j’ai moi-même intitulé mon blog personnel page42.org, autant dire que j’avais la pression.

Je crois avoir réussi à trouver un angle d’accroche original. C’est un exercice de style, bien sûr, mais j’ai pris beaucoup de plaisir à l’écrire. J’espère que vous en aurez autant à lire ce texte.

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Je vous présente Rydstonberg, la 42ème nouvelle du Projet Bradbury. Quelques mots pour vous en donner une idée :

Bienvenue à Rydstonberg, charmante bourgade accrochée à flanc de montagne et haut-lieu du tourisme local : ici, pas de parc d’attractions ni de centre commercial, seulement de vieilles pierres et des traditions au moins aussi séculaires. Le touriste que vous êtes n’aura aucun mal à y trouver son bonheur, à moins que l’étrange religion dont tous les habitants sont de fervents adeptes n’entache votre bonne humeur et vous pousse à enquêter…

La particularité de Rydstonberg est d’avoir été rédigé sous la forme d’un guide touristique, à la manière du Guide du Routard en somme : je me suis forcé à explorer un village qui n’existe nulle part ailleurs que dans mon imagination, mettant ainsi en pratique mes aptitudes de cartographe littéraire. J’en ai exploré chaque ruelle, chaque maison, chaque sente, chaque construction abandonnée, et je les ai détaillées les unes après les autres. Ainsi, vous explorerez en compagnie de votre humble guide la mairie, la bibliothèque, le musée, la place, les hôtels et restaurants, les balades aux alentours, ainsi que le mystérieux temple de Klargh interdit aux visiteurs. La forme — tout sauf narrative — peut surprendre, mais j’espère que le fond saura vous emporter.

Car le défi était là : arriver à transporter le lecteur dans une narration via un guide touristique. Ainsi, dans chaque description, j’ai laissé infuser quelques éléments de récit, une anecdote par-ci, une légende par-là, qui, lorsqu’on lit l’ensemble, forment une histoire — celle du village de Rydstonberg. Le guide a même une chute, comme dans une « vraie » nouvelle. J’ai essayé d’y distiller une ambiance lovecraftienne. J’avais d’ailleurs même pensé à utiliser Innsmouth, la ville créée par Lovecraft, mais le défi n’aurait pas été aussi drôle : j’ai fini par me rabattre sur une bourgade de mon cru.

Je le dis régulièrement : le Projet Bradbury est une chance pour moi. En tant qu’auteur, devoir écrire une nouvelle par semaine est un challenge très motivant qui me contraint à tenter de me renouveler. En fait, la véritable chance que m’accorde le Projet Bradbury est celle de me lasser de moi-même : quand j’en ai soupé de mes automatismes, quand ils me sautent au visage, je les jette à la poubelle et je cherche autre chose. Cet « autre chose » doit répondre à une règle simple : me surprendre moi-même. Et en écrivant Rydstonberg, je me suis surpris. C’est peut-être pour cette raison que Bradbury martelait ce conseil : en écrivant tout le temps, on réalise à quel point on se répète. C’est peut-être l’enseignement le plus précieux du maître.

Rydstonberg est disponible chez KoboSmashwords, Apple, Amazon et Youscribe pour 0,99€. Vous pouvez aussi (et surtout) vous abonner à l’intégralité des nouvelles pour 40€ et devenir mécène du Projet Bradbury. J’ai également un compte Flattr (si vous ne connaissez pas, jetez un oeil ici). La couverture est bien entendu toujours de la talentueuse Roxane Lecomte.

Bonne lecture !

#39 | Panoptikon

Le Projet Bradbury s’offre une escale derrière les barreaux d’un pénitencier de haute sécurité. L’enfermement est un contexte propice à l’écriture d’une nouvelle : comme pour le court-métrage qui obéit aux mêmes règles narratives, la nouvelle se satisfait très bien d’une unité de lieu, de temps et d’un personnage unique.  Et lorsque le lieu unique en question est une cellule de prison et que le personnage en question ne peut s’en échapper, les contraintes dramaturgiques font que, paradoxalement, l’imagination peut — ou plutôt doit — se débrider pour faire preuve d’efficacité.

Je vous présente Panoptikon, la 39ème nouvelle du Projet Bradbury :

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Quelques mots pour vous la présenter :

Jacob n’est pas un prisonnier comme les autres : pour une raison qu’il ignore, le pénitencier dans lequel il est enfermé est vide. À chaque fois qu’il s’endort, une assiette l’attend devant les barreaux à son réveil. Malgré les apparences, quelqu’un le surveille donc en silence.

Ce texte est avant tout une histoire d’enfermement, et les murs sont ici à prendre autant au sens physique que métaphorique. Nous vivons enfermés : dans nos boulots, dans nos vies, dans notre passé, dans nos certitudes, nos idées reçues, ce que nous pensons être nos personnalités, nos convictions. Nous évoluons entre quatre murs dont nous faisons sans cesse glisser les fondations, mais nous ne cessons de nous laisser contenir dans une boîte, quoi qu’il arrive. Peu sont capables en vérité, plutôt que de pousser les parois, d’y percer un trou et de jeter un oeil derrière.

Panoptikon part du principe que l’enfermement auquel nous nous croyons contraints n’est en réalité que le fruit de nos propres barrières personnelles, davantage que celles que les autres — la société — nous impose. C’est aussi un questionnement sur les réponses à apporter au crime dans un monde où, bientôt, la sanction judiciaire se heurtera au mur de la longévité humaine. À combien d’années faudra-t-il condamner un meurtrier lorsque l’espérance de vie atteindra les 120, 130, 150 ans ? Les réponses pénales seront-elles toujours appropriées face à de tels bouleversements sociétaux, ou devrons-nous imaginer de nouveaux moyens de rendre la justice ?

Panoptikon est disponible chez KoboSmashwordsAppleAmazon et Youscribe pour 0,99€. Vous pouvez aussi (et surtout) vous abonner à l’intégralité des nouvelles pour 40€ et devenir mécène du Projet Bradbury. J’ai également un compte Flattr (si vous ne connaissez pas, jetez un oeil ici). La couverture est bien entendu toujours de la talentueuse Roxane Lecomte.

Bonne lecture !

#38 | Zombeek

Assis dans le noir sur son lit, vous l’observez, là, au milieu de sa chambre, son attention tout entière aspirée vers un album de bandes dessinées ou un livre de science-fiction. Après tout, vous vous dites qu’il n’y a aucun mal à cela : plus les enfants lisent, mieux ils se portent. Erreur fatale. Et si vous, parents, étiez en train de créer des monstres ?

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Assis dans le noir sur son lit, vous l’observez, là, au milieu de sa chambre, son attention tout entière aspirée vers un album de bandes dessinées ou un livre de science-fiction. Après tout, vous vous dites qu’il n’y a aucun mal à cela : plus les enfants lisent, mieux ils se portent. Erreur fatale. Et si vous, parents, étiez en train de créer des monstres ?

Voici Zombeek, la 38ème nouvelle du Projet Bradbury :

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L’histoire en quelques mots :

On devrait interdire aux enfants de lire de la science-fiction : ça ne fait que leur attirer des ennuis. Voyez Rick, par exemple : un jeune homme plutôt sympa de prime abord, mais qui dissimule son sadisme derrière un doctorat de biologie moléculaire. Même chose pour Monster, pour qui les cartes Magic sont plus qu’une passion, carrément un sacerdoce. Moi, je compte les points et j’attends que les morts se relèvent, là, dans le garage où nous faisons nos expériences.

À bien y réfléchir, on réalise à quel point la science-fiction a, en dehors de son impact sur l’imaginaire collectif artistique, contribué à l’avancée de la civilisation humaine, aussi bien d’un point de vue technique que moral. En écrivant cette nouvelle, j’avais une pensée pour tous les petits nerds à lunettes subissant réprimandes et railleries dans la cour de récréation, le nez plongé dans leurs bandes dessinées ou leur roman de science-fiction. Leurs lectures, surtout à cet âge, ont forcément modelé leur vision du monde : en rêvant aux intelligences artificielles de demain, par exemple, on peut imaginer qu’un de ces enfants rêveurs, devenu entre temps ingénieur, s’attelle à la tâche de matérialiser son rêve et de l’offrir à l’humanité… tout ça parce qu’un obscur écrivain l’a un jour imaginé au fond de son garage.

 Qu’on le veuille ou non, la fiction nous construit bien plus que n’importe quelle leçon d’instruction civique.  Ce constat a ses côtés positifs comme ses côtés négatifs. Hollywood a instillé dans nos imaginaires collectifs une très forte idée de la « lutte du bien contre le mal », par exemple, de même que toute la fantasy moderne. À ce titre, il n’est pas si étonnant que que ressentions notre monde géopolitique de façon si polarisée, avec des méchants et des gentils. De la même manière, qui peut dire si un monde « à la 1984 » aurait pu exister si Orwell n’avait pas eu l’idée visionnaire de raconter la surveillance toute puissante dans son roman ? Le syndrome de l’oeuf et de la poule, en somme. Dans tous les cas, lorsque la fiction est assez puissante, elle devient suffisamment réelle pour intervenir dans le monde matériel : pour reprendre l’exemple de 1984, on voit à quel point le roman sert de standard moral, de pierre d’achoppement, de repère repris en boucle par les commentateurs, pour décrire les frasques de la NSA révélées par Snowden. Quoi qu’il arrive, les écrivains de fiction ont une responsabilité : peut-être encore plus que les politiques, ils façonnent le monde à l’image de leurs histoires et doivent en être conscients. Car cette nouvelle est l’histoire de trois rêveurs qui, sous des dehors de geeks inoffensifs, vont précipiter le monde à sa perte… tout ça parce qu’ils ont lu trop de science-fiction étant plus jeunes.

Zombeek est disponible chez KoboSmashwordsAppleAmazon et Youscribe pour 0,99€. Vous pouvez aussi (et surtout) vous abonner à l’intégralité des nouvelles pour 40€ et devenir mécène du Projet Bradbury. J’ai également un compte Flattr (si vous ne connaissez pas, jetez un oeil ici). La couverture est bien entendu toujours de la talentueuse Roxane Lecomte.

Bonne lecture !

#36 | Le jour du grand orage

Je l’ai dit plus d’une fois : le Projet Bradbury est aussi l’occasion pour moi d’expérimenter et, à mesure que je gagne en confiance, je tente de nouvelles choses. La nouvelle de cette semaine fera grincer des dents, j’en suis certain, et écorchera peut-être certaines sensibilités. Je peux le comprendre, évidemment. Pourtant, le ton adopté m’a semblé couler de source : encore un bon exemple d’une histoire que je n’ai pas racontée moi-même, mais que le personnage m’a dictée.

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Je l’ai dit plus d’une fois : le Projet Bradbury est aussi l’occasion pour moi d’expérimenter et, à mesure que je gagne en confiance, je tente de nouvelles choses. La nouvelle de cette semaine fera grincer des dents, j’en suis certain, et écorchera peut-être certaines sensibilités. Je peux le comprendre, évidemment. Pourtant, le ton adopté m’a semblé couler de source : encore un bon exemple d’une histoire que je n’ai pas racontée moi-même, mais que le personnage m’a dictée. Continuer la lecture de « #36 | Le jour du grand orage »