Quand tu y penses, c’est un miracle

Ce matin, j’ai lu cet article sur le blog de Chuck Wendig. Il est en anglais et je vous épargnerai l’obligation de le lire en entier (ce que, si vous êtes anglophone, vous devriez néanmoins faire, parce que c’est poli et qu’il est intéressant, ce qui ne gâche rien). Pour vous en résumer la substance, ça dit à peu près ça.

Vous avez écrit un livre ? C’est très bien. Votre voisine aussi en a écrit un. Le type d’en face en a écrit un aussi. La grand-mère à la caisse du supermarché en a écrit plusieurs. Tout le monde écrit des livres, et c’est très bien. Mais personne — PERSONNE — ne vous doit rien. Personne n’est obligé de lire ce morceau de chair que vous vous êtes arraché à mains nues, que vous avez couché sur le papier dans la sueur et les larmes. En fait, il existe même de grandes probabilités pour que tout le monde s’en foute. Infiniment plus nombreuses en tout cas que le postulat inverse. Bien sûr, il y a toujours quelqu’un que ça va intéresser un minimum, du genre votre petit ami et votre mère, mais le plus souvent ça s’arrêtera ici, merci et bonsoir.  Continuer la lecture de « Quand tu y penses, c’est un miracle »

Happy Ray’s Day ! Le 22 août, célébrons la lecture, les auteurs et les lecteurs

Il y a un peu plus de deux ans que Ray Bradbury s’est définitivement envolé pour Mars (l’étourdi a oublié d’acheter un billet retour) et qu’avec son départ, nous avons perdu un amoureux des livres comme il en existait peu.

 

MAJ du 22 août : le site du Ray’s Day connaissant des difficultés de serveur que le webmaster ne sera pas en mesure de réparer d’ici au 22, nous avons décidé de renvoyer provisoirement sur cette page qui récapitule le principe de la journée.

Afin de répandre et de faire connaître au maximum vos initiatives : 

  • utilisez le hashtag #raysday sur Facebook, Twitter, Instagram, etc pour que tous les internautes puissent profiter de votre participation. C’est très important.
  • relayez au maximum le message sur vos blogs et réseaux sociaux afin que l’information soit décentralisée au maximum.
  • partagez votre initiative sur la page Facebook du Ray’s Day.
  • faites preuve d’imagination !

Remuons ciel et terre pour que le Ray’s Day se répande au maximum ! Je vous souhaite une très joyeuse fête de la lecture.

Neil

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Il y a un peu plus de deux ans que Ray Bradbury s’est définitivement envolé pour Mars (l’étourdi a oublié d’acheter un billet retour) et qu’avec son départ, nous avons perdu un amoureux des livres comme il en existait peu.

Outre qu’il ait été (et qu’il demeurera sans doute toujours) l’un de mes écrivains préférés — au point que je lui consacre une année de ma vie via le Projet Bradbury —, j’ai toujours trouvé que la passion que Bradbury entretenait pour les livres, les bibliothèques et plus généralement pour la lecture était contagieuse. Les rabat-joie diront qu’il ne portait pas beaucoup dans son coeur les ordinateurs et les livres numériques, mais qu’importe : quand on aime la lecture, peu importe le support. Il n’y a pas d’auteurs numériques ou d’auteurs papier, il n’y a que des histoires ; et au fond, oublions deux secondes la  guerre industrielle  et nous serons tous d’accord pour dire que ce que nous aimons par-dessus tout, ce sont les livres et la lecture.

06 World Fantasy Con III 1977 Ray Bradbury Signing Next to Robert Bloch

Le 22 août prochain, Ray Bradbury aurait eu 94 ans. En plus d’être un amoureux des livres (il faut l’être pour avoir écrit Fahrenheit 451), l’auteur était un éternel gamin et un optimiste invétéré. Même s’il a tiré sa révérence, j’éprouve toujours autant l’envie de lui souhaiter son anniversaire. C’est bête, dit comme ça, mais c’est une manière pour moi de lui rendre hommage et de le remercier, puisque je n’aurai plus jamais la chance de le lui dire de vive voix (peut-être qu’une séance de spiritisme pourrait… non, je m’égare).

Bref, je me dis que le 22 août est en plus une belle date pour marquer le coup : la tête encore dans les vacances et le soleil, mais un pied déjà dans la rentrée, un entre-deux, comme une mi-saison, juste avant le grand rush du déchargement littéraire annuel sous lequel nous croulerons bientôt.

J’ai consulté mon calendrier, vous savez, celui où s’égrènent les journées internationales de tout et n’importe quoi, au point que cela en devient illisible. S’il existe bien une journée du Livre et du Droit d’Auteur le 23 avril, il s’agit davantage d’une fête dédiée à l’industrie du livre et à la célébration du copyright — une occasion de plus de faire du marketing et du business, en somme — et non pas d’une véritable célébration de l’acte de lire et de ceux et celles qui rendent possible cette magnifique communion : les auteurs et leurs lecteurs.

My Kindle I

Alors je me suis dit, pourquoi ne pas consacrer cette belle journée du 22 août à la lecture ? Hors de question de la décréter journée internationale de quoi que ce soit, tournons ces dérives commerciales en ridicule et profitons-en juste pour célébrer le Ray’s Day d’une manière qui aurait plu à l’auteur, comme une grande fête d’anniversaire dans le jardin avec ballons et tartes aux myrtilles.

Il s’agirait d’une journée pour fêter la lecture, quel que soit le support : pas de gue-guerre papier vs numérique, ce qui compte, ce sont les histoires, leurs auteurs et les lecteurs. Tout le monde est invité, à condition de respecter les copains. Ensuite, hors de question d’en faire un prétexte au business et au commercial : le 22 août doit être le jour où la lecture s’offre et se partage gratuitement et librement. Les auteurs pourront poster sur leur site une nouvelle inédite,  ou offrir l’un de leur livre seulement l’espace d’une journée, ou faire une lecture sur Youtube en direct, toutes les idées les plus folles sont autorisées et même fortement conseillées. Les éditeurs, eux, peuvent également proposer l’un de leur livre gratuitement toute la journée, solliciter leurs auteurs, offrir des goodies ou imaginer des initiatives inventives pour promouvoir l’acte de lire sans tomber dans le commercial. Les librairies et les bibliothèques pourront organiser des lectures ou des rencontres. Enfin, les lecteurs ne seront pas en reste et seront invités à partager leur livre préféré, à se raconter, à faire partager leur expérience via les blogs et les réseaux sociaux.

Reading

Nous regrouperons toutes nos participations via un hashtag sur Twitter et Facebook (#RaysDay par exemple). Pas de hiérarchie, pas de centralisation : chacun participe à sa guise et célèbre la lecture comme il l’entend. Ce peut être aussi l’occasion pour chacun de tester les licences libres, dans une volonté de partage affichée, juste l’espace d’une journée, pour tenter le coup, pour tremper l’orteil. L’essentiel, c’est que ça reste gratuit et partageable. Voilà comment j’imagine les choses. Bien sûr, chacun serait libre d’apporter sa pierre à l’édifice de la manière qu’il estime la plus intéressante, toutes les bonnes volontés sont bienvenues et plus qu’appréciées.

C’est à chacun de contribuer à sa mesure et selon son envie. Il n’y a pas de limite. Tout ce qui compte, c’est de raconter, d’exprimer, de partager ce qui fait que nous aimons autant la lecture.

Alors, vous faites quoi le 22 août prochain ?

 

MAJ : le site www.raysday.net vient d’ouvrir ses portes !

 

Le livre est-il un bien de consommation comme les autres ?

 

J’entends régulièrement passer cette question dans les conversations, qu’il s’agisse de rencontres hors clavier ou de discussions sur Twitter, Facebook et consorts, et à laquelle j’avais envie de me frotter de bon matin (bon, en fait, c’était hier soir, mais j’étais trop occupé à regarder Mon Voisin Totoro sur mon canapé). Dans toute question clivante, il y a toujours deux camps : les pro et les contre. Continuer la lecture de « Le livre est-il un bien de consommation comme les autres ? »

Auteurs: découvrez la principale erreur des débutants!

 

9781599634098_p0_v1_s260x420The Writer’s Little Helper ne se présente pas tout à fait comme tous les manuels pratiques d’écriture dont le public américain est friand: plutôt que d’imposer de larges tartines à ses lecteurs et de les gaver de conseils inapplicables, le guide est composé de manière à pouvoir être consulté de façon rapide, entre deux rendez-vous ou lors d’un passage aux toilettes (ce qui le fait également entrer dans la liste des livres de toilettes idéaux). Chaque double page est ainsi consacrée à un sujet en particulier, rendant sa lecture facile et sans contrainte. Bien sûr, il s’adresse à un public qui sait déjà de quoi il parle: on ne vous prendra pas par la main pour écrire votre livre de A à Z. Ici, il s’agit de rendre meilleur le livre que vous êtes en train d’écrire.

Parmi les nombreux conseils prodigués, il est difficile de faire son choix. Pourtant une section attire particulièrement l’oeil lorsqu’on ouvre le livre pour la première fois: il s’agit de la section dédiée aux erreurs de débutant. Vous savez: ces réflexes d’amateur qui rendent vaine toute tentative de donner un aspect “professionnel” à votre histoire (ce qui n’empêche pas de les retrouver dans bon nombre de livres publiés).

Bien heureusement pour nous (et notre future carrière d’auteur de best-sellers), l’auteur du présent ouvrage James V. Smith Jr. nous fait le plaisir de nous les lister, évitant ainsi à nos boîtes aux lettres de potentielles missives d’insultes en provenance d’éditeurs mécontents d’avoir perdu du temps à lire votre manuscrit.

L’erreur principale est simple: l’auteur intervient dans la narration. Restez en dehors de l’histoire! Ne collez pas votre nez dans votre monde fictionnel avec des expressions telles que: “si seulement elle savait ce qui se cachait derrière la porte” ou encore “il avait tort” et “elle ne le savait pas encore”. Mais vous considérez peut-être cet exemple comme trop élémentaire, ou comme faisant insulte à votre intelligence. Alors voici d’autres manières tout aussi irritantes qu’a l’auteur d’intervenir.

Se déroule alors une longue liste d’erreurs de style à éviter: nous vous laissons seuls juges de leur validité.

  • les expressions éculées: du genre de celles qui vous font passer pour quelqu’un qui regarde trop les sitcoms à la télévision,
  • les gimmicks pénibles ou les gadgets dramatiques, comme par exemple les points d’exclamation à outrance (mention spéciale aux trois points d’exclamation à la suite !!!) ou les allitérations (faire ses succéder des mots commençant par la même lettre),
  • les guillemets intrusifs, de ceux qui font se dire au lecteur: là, c’est l’auteur qui parle. Comme par exemple: Il ne s’était jamais trouvé en présence d’un tel “géant de la littérature”. Vous voyez? Là, c’est l’auteur qui parle, et il vous dit qu’il est drôle, qu’il a fait une blague et qu’il voudrait que vous la saisissiez au vol. Enlevez les guillemets: l’ironie passe tout aussi bien,
  • les changements de ton ou de langage: lorsque le personnage se met soudain à dire quelque chose qu’il n’aurait pas dit en temps normal, qui ne passe pas bien dans sa bouche… l’auteur est là,
  • Trop de détails tuent le détail: même si nous aimons les détails concrets, les recherches et l’exactitude, au bout du dixième grand cru décrit en profondeur par le personnage, nous avons saisi que l’auteur voulait juste nous montrer à quel point il était un oenologue averti,
  • des constructions de phrases alambiquées: à chaque fois que le lecteur bute sur l’une de vos phrases, c’est l’auteur qui montre sa présence,
  • les situations statiques et les trop longues descriptions: ce qu’Elmore Leonard appelle le truc que le lecteur saute. Quand le lecteur saute un passage, l’auteur a autorisé sa présence à être ressentie par le lecteur,
  • les répétitions, les phrases pontifiantes, le niveau de langage trop élevé, tout ce qui pourrait vous faire passer pour quelqu’un désireux de faire le spectacle de son érudition…

Et il y en a tellement d’autres. Vous pourrez vous-même compléter la liste.

Quand doit-on entendre la voix de l’auteur? Jamais. Restez en dehors, à moins que vous ne soyez en train d’écrire des mémoires à la première personne ou de l’auto-fiction.

Ça a le mérite d’être clair. Tous les conseils d’écriture ne sont pas toujours bons à prendre, mais il y a sans doute du vrai dans tout cela. Le Writer’s Little Helper est tout indiqué si vous désirez écrire des histoires efficaces à la Stephen King. Mais à n’en pas douter, de grands auteurs se sont sans doute déjà employés à appliquer l’inverse de ces conseils… avec succès. Les goûts et les couleurs.

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Photo d’illustration: Erin Kohlenberg (Flickr CC-BY 2.0)

Sartre drogué, Hemingway violent,Yeats illuminé… la vie secrète des grand auteurs

 

Nous pensions les connaître par coeur. Leurs livres ornent nos bibliothèques, et leurs noms résonnent régulièrement dans les amphithéâtres des facultés. Auréolés de gloire et de prix littéraires, ces légendes de la littérature ont durablement laissé leur empreinte dans l’histoire des arts. Pourtant, ces héros ont un jour été des hommes et des femmes ordinaires. Et comme tout le monde, ils ont eu… disons, leurs petits moments de faiblesse.

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C’est justement de ces petits moments de faiblesse — quelquefois oubliés ou plus simplement effacés dans les biographies — dont il est question dans Secrets Lives of Great Authors (les vies secrètes des grands auteurs). Sous-titré à juste titre “Ce que vos professeurs ne vous ont jamais dit à propos des romanciers, des poètes et des dramaturges célèbres”, le livre reprend une foule d’anecdotes souvent drôles, quelquefois grotesques, voire même inquiétantes, que vos enseignants ne vous auront sans doute — et à tort — jamais racontées. Écrit par Robert Schnakenberg et brillamment illustré par Mario Zucca, le livre compile une quarantaine de biographies alternatives à se tordre de rire, maquettées comme des journaux à scandales. De Kafka à Lewis Carroll en passant par Sartre, Hemingway et Lord Byron, tout le monde a droit à son histoire gênante… et c’est fou ce que ces légendes nous ressemblent.

 

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Lorsqu’il n’écrivait pas de poésie ou qu’il n’encensait pas Abraham Lincoln, Walt Whitman trainassait des heures dans sa baignoire, chantant et jouant dans l’eau.

On en apprend de belles dans le livre… comme par exemple que Tolstoï était un descendant direct de Gengis Khan, ou qu’Honoré de Balzac avait la désagréable habitude de manger si salement que ses invités s’en voyaient éclaboussés. Plus anecdotique, Schnakenberg revient sur l’amour inconditionnel de Mark Twain pour les chats, de tous temps de grandes sources d’inspiration pour les écrivains. Mais chez Twain, l’amour était tellement grand qu’il le conduisait à imaginer d’étranges combinaisons.

Si on croisait un homme avec un chat, l’homme s’en trouverait amélioré… mais cela détériorerait le chat.

Personne n’est parfait. En parlant d’animaux, on apprend plus loin que Kafka était un végétarien plutôt strict, et très impliqué dans les combats anti-vivisection..

Un jour, admirant un poisson dans un aquarium, il déclare: Maintenant, je peux te regarder sans me sentir coupable. Je ne te mange plus.

Quelquefois, les histoires sont encore plus surprenantes. Quel écrivain n’avait jamais écrit le moindre de ses romans? Je vois que vous avez déjà plusieurs noms en tête, bande de petits médisants. Mais saviez-vous qu’Agatha Christie, la papesse du roman policier, était atteinte d’une maladie rare appelée Dysgraphie qu’il l’empêchait d’écrire quoi que ce soit: tous ses romans furent dictés. Quant à Tolkien, l’auteur de Bilbo le Hobbit et du Seigneur des Anneaux, il était de notoriété publique connu comme un chauffard, n’hésitant pas à prendre les routes à contre-sens. Finalement sa femme jura de ne plus jamais monter avec lui dans une automobile.

 Jean-Paul Sartre fit tout pour ouvrir ses propres portes de la perception, allant jusqu’en prendre de la mescaline… ce qui le conduisit à subir des hallucinations pendant presque un an, et à se croire poursuivi par des homards.

Les histoires de drogue sont légion. L’inspiration, c’est bien connu, ne vient pas en buvant de l’eau. Outre les histoires hallucinées de Jean-Paul Sartre expérimentant la mescaline, ou encore celles de Louisa May Alcott (Les Quatre Filles du Docteur Marsh) complètement accro à l’opium,  l’alcool tient une place prédominante dans le processus créatif des écrivains. Et ce ne sont pas Jack London ou Ernest Hemingway qui pourraient le contredire. De la longue expérience de ce dernier naquit la sage maxime:

Dites toujours sobre ce que vous pourriez dire bourré: ça vous apprendra à vous la fermer.

Enfant, Poe fit littéralement toute son éducation dans les cimetières. Ainsi, il apprit même les mathématiques en additionnant et soustrayant les dates gravées sur les pierres tombales.

Nous pardonnons bien entendu toutes ces excentricités à nos écrivains préférés. Mais certaines d’entre elles peuvent s’avérer dangereuses. Ainsi, Sylvia Plath qui, la première fois qu’elle rencontra son futur mari, Ted Hughes, en fut si excitée qu’elle le mordit à la joue, jusqu’au sang.

Rien ne mettait autant d’ambiance dans une fête ennuyeuse que Zelda et Scott Fitzgerald arrivant à quatre pattes et ivres morts, aboyant comme des chiens enragés.

secret-livesSecret Lives of Great Authors est sans aucun doute un très bon livre de toilettes (vous savez, ces livres dont la consultation n’est jamais plus agréable qu’au détour d’une visite solitaire dans cette pièce merveilleuse, au fond du couloir à gauche). Vous vous délecterez de ces anecdotes qui ne manqueront pas de vous faire voir vos auteurs préférés sous un jour différent. Malheureusement pas de version française (qu’attendent les éditeurs?) mais le livre existe en version anglaise, allemande et espagnole et se commande aisément.