Si les bibliothécaires étaient honnêtes

Un chouette poème de Joseph Mills à propos du danger des bibliothèques, traduit par mes soins…

« Si les bibliothécaires étaient honnêtes, ils ne souriraient pas. Ils ne se montreraient pas accueillants. Ils diraient plutôt : « Faites attention, il y a des monstres ici. » Ils diraient : « Ces salles abritent des païens et des hérétiques, des meurtriers et des maniaques, des fanatiques, des désespérés et des débauchés. » Ils diraient : « Ces livres renferment le savoir de la mort, du désir, de la corruption, de la trahison, du sang et encore du sang ; chacun d’entre eux est une boîte de Pandore, alors pourquoi voudriez-vous en ouvrir un ? » Ils placarderaient des panneaux pour vous avertir qu’à leur contact, vous pourriez faire l’expérience de sautes d’humeur, de graves perturbations de la vision et de l’esprit. Si les bibliothécaires étaient honnêtes, ils admettraient que ces piles peuvent se montrer plus séduisantes que du porno. Après tout, une fois que vous avez vu des seins, des vagins et des pénis, vous ne faites qu’en voir d’autres, c’est d’une banalité très confortable… mais les étagères d’une bibliothèque renferment d’extraordinaires nouveautés, un scandaleux et permissif mélange de Malcom X, Marx, Melville, Merwin, Millay, Milton, Morrison, que tout le monde peut emprunter, emporter chez soi ou dans un coin pour se débaucher et s’imprégner de ces idées. Si les bibliothécaires étaient honnêtes, ils diraient : « Personne ne passe de temps ici sans en être changé. Peut-être devriez-vous rentrer chez vous. Pendant que vous le pouvez. »

Joseph Mills

Faut-il avoir honte d’écrire des romans de vampires, du space opera ou de la romance érotique?

Si vous me demandez mon avis, oui, très certainement. Si vous écrivez — ou ambitionnez d’écrire — l’histoire poignante d’une adolescente prise dans un triangle amoureux entre un extraterrestre et le monstre du Loch Ness, laissez-moi vous dire que vous êtes un grand malade. Si votre prochain roman décrit le voyage mystique d’un vampire dans une capsule spatiale lancée à pleine vitesse vers Alpha du Centaure, vous avez perdu la tête, mon/ma pauvre. Si le contact des touches du clavier sur la pulpe de vos doigts vous fait penser à l’adjectif “soyeux” et que vous profitez du sommeil de vos enfants pour retranscrire vos fantasmes sexuels dans une parodie de narration, la gorge serrée et la poitrine serrée, vous n’êtes pas un auteur : juste un pervers ou une obsédée. Laissez-moi vous dire que vous n’avez rien compris à la vraie littérature, celle qui exige du Temps d’Attention (TA), celle qui est Incompatible Avec Le Web (IALW), celle qui Ne s’Ouvre jamais Bêtement, mais Entièrement, à ses Lecteurs (NOBEL). Continuer la lecture de « Faut-il avoir honte d’écrire des romans de vampires, du space opera ou de la romance érotique? »

Happy Ray’s Day ! Le 22 août, célébrons la lecture, les auteurs et les lecteurs

Il y a un peu plus de deux ans que Ray Bradbury s’est définitivement envolé pour Mars (l’étourdi a oublié d’acheter un billet retour) et qu’avec son départ, nous avons perdu un amoureux des livres comme il en existait peu.

 

MAJ du 22 août : le site du Ray’s Day connaissant des difficultés de serveur que le webmaster ne sera pas en mesure de réparer d’ici au 22, nous avons décidé de renvoyer provisoirement sur cette page qui récapitule le principe de la journée.

Afin de répandre et de faire connaître au maximum vos initiatives : 

  • utilisez le hashtag #raysday sur Facebook, Twitter, Instagram, etc pour que tous les internautes puissent profiter de votre participation. C’est très important.
  • relayez au maximum le message sur vos blogs et réseaux sociaux afin que l’information soit décentralisée au maximum.
  • partagez votre initiative sur la page Facebook du Ray’s Day.
  • faites preuve d’imagination !

Remuons ciel et terre pour que le Ray’s Day se répande au maximum ! Je vous souhaite une très joyeuse fête de la lecture.

Neil

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Il y a un peu plus de deux ans que Ray Bradbury s’est définitivement envolé pour Mars (l’étourdi a oublié d’acheter un billet retour) et qu’avec son départ, nous avons perdu un amoureux des livres comme il en existait peu.

Outre qu’il ait été (et qu’il demeurera sans doute toujours) l’un de mes écrivains préférés — au point que je lui consacre une année de ma vie via le Projet Bradbury —, j’ai toujours trouvé que la passion que Bradbury entretenait pour les livres, les bibliothèques et plus généralement pour la lecture était contagieuse. Les rabat-joie diront qu’il ne portait pas beaucoup dans son coeur les ordinateurs et les livres numériques, mais qu’importe : quand on aime la lecture, peu importe le support. Il n’y a pas d’auteurs numériques ou d’auteurs papier, il n’y a que des histoires ; et au fond, oublions deux secondes la  guerre industrielle  et nous serons tous d’accord pour dire que ce que nous aimons par-dessus tout, ce sont les livres et la lecture.

06 World Fantasy Con III 1977 Ray Bradbury Signing Next to Robert Bloch

Le 22 août prochain, Ray Bradbury aurait eu 94 ans. En plus d’être un amoureux des livres (il faut l’être pour avoir écrit Fahrenheit 451), l’auteur était un éternel gamin et un optimiste invétéré. Même s’il a tiré sa révérence, j’éprouve toujours autant l’envie de lui souhaiter son anniversaire. C’est bête, dit comme ça, mais c’est une manière pour moi de lui rendre hommage et de le remercier, puisque je n’aurai plus jamais la chance de le lui dire de vive voix (peut-être qu’une séance de spiritisme pourrait… non, je m’égare).

Bref, je me dis que le 22 août est en plus une belle date pour marquer le coup : la tête encore dans les vacances et le soleil, mais un pied déjà dans la rentrée, un entre-deux, comme une mi-saison, juste avant le grand rush du déchargement littéraire annuel sous lequel nous croulerons bientôt.

J’ai consulté mon calendrier, vous savez, celui où s’égrènent les journées internationales de tout et n’importe quoi, au point que cela en devient illisible. S’il existe bien une journée du Livre et du Droit d’Auteur le 23 avril, il s’agit davantage d’une fête dédiée à l’industrie du livre et à la célébration du copyright — une occasion de plus de faire du marketing et du business, en somme — et non pas d’une véritable célébration de l’acte de lire et de ceux et celles qui rendent possible cette magnifique communion : les auteurs et leurs lecteurs.

My Kindle I

Alors je me suis dit, pourquoi ne pas consacrer cette belle journée du 22 août à la lecture ? Hors de question de la décréter journée internationale de quoi que ce soit, tournons ces dérives commerciales en ridicule et profitons-en juste pour célébrer le Ray’s Day d’une manière qui aurait plu à l’auteur, comme une grande fête d’anniversaire dans le jardin avec ballons et tartes aux myrtilles.

Il s’agirait d’une journée pour fêter la lecture, quel que soit le support : pas de gue-guerre papier vs numérique, ce qui compte, ce sont les histoires, leurs auteurs et les lecteurs. Tout le monde est invité, à condition de respecter les copains. Ensuite, hors de question d’en faire un prétexte au business et au commercial : le 22 août doit être le jour où la lecture s’offre et se partage gratuitement et librement. Les auteurs pourront poster sur leur site une nouvelle inédite,  ou offrir l’un de leur livre seulement l’espace d’une journée, ou faire une lecture sur Youtube en direct, toutes les idées les plus folles sont autorisées et même fortement conseillées. Les éditeurs, eux, peuvent également proposer l’un de leur livre gratuitement toute la journée, solliciter leurs auteurs, offrir des goodies ou imaginer des initiatives inventives pour promouvoir l’acte de lire sans tomber dans le commercial. Les librairies et les bibliothèques pourront organiser des lectures ou des rencontres. Enfin, les lecteurs ne seront pas en reste et seront invités à partager leur livre préféré, à se raconter, à faire partager leur expérience via les blogs et les réseaux sociaux.

Reading

Nous regrouperons toutes nos participations via un hashtag sur Twitter et Facebook (#RaysDay par exemple). Pas de hiérarchie, pas de centralisation : chacun participe à sa guise et célèbre la lecture comme il l’entend. Ce peut être aussi l’occasion pour chacun de tester les licences libres, dans une volonté de partage affichée, juste l’espace d’une journée, pour tenter le coup, pour tremper l’orteil. L’essentiel, c’est que ça reste gratuit et partageable. Voilà comment j’imagine les choses. Bien sûr, chacun serait libre d’apporter sa pierre à l’édifice de la manière qu’il estime la plus intéressante, toutes les bonnes volontés sont bienvenues et plus qu’appréciées.

C’est à chacun de contribuer à sa mesure et selon son envie. Il n’y a pas de limite. Tout ce qui compte, c’est de raconter, d’exprimer, de partager ce qui fait que nous aimons autant la lecture.

Alors, vous faites quoi le 22 août prochain ?

 

MAJ : le site www.raysday.net vient d’ouvrir ses portes !

 

Arrêtez de prendre les enfants pour des cons

Vous avez peut-être vu cette image circuler sur les réseaux sociaux ces derniers jours. À gauche, une traduction originale d’une aventure du Club des Cinq. À droite, la version remasterisée destinée à un public plus actuel : suppression du passé simple au profit du présent de l’indicatif, tournures de phrases abrégées, simplification du vocabulaire, voire carrément de l’action.

Vous avez peut-être vu cette image circuler sur les réseaux sociaux ces derniers jours. À gauche, une traduction originale d’une aventure du Club des Cinq. À droite, la version remasterisée destinée à un public plus actuel : suppression du passé simple au profit du présent de l’indicatif, tournures de phrases abrégées, simplification du vocabulaire, voire carrément de l’action.

Club des 5

En d’autres passages, on rencontre des gommages destinés à masquer certains stéréotypes datés, du genre maman fait la popote et les gitans sont des voleurs. Sur ce dernier point, il suffit de lire un numéro de Valeurs Actuelles (ou, sans aller jusque là, d’une bonne partie de la presse française) pour constater que la simplification a pourtant encore de beaux jours devant elle (cf les Roms), mais passons.

En la matière, deux écoles s’opposent. L’une, d’une part, brandit l’étendard du sacro-saint « C’était mieux avant », fustigeant les enseignants illettrés, les émissions de téléréalité stupides et l’internet dévorateur, qui contamine les cerveaux de nos chers bambins pour les transformer en machines à envoyer des textos mal orthographiés. L’autre, censément plus optimiste, se gausse des inquiétudes des vieillards cacochymes de l’Académie et invoque la course du temps pour expliquer les manquements et les trous que certains gosses pourraient entretenir dans leurs caboches : après tout, qui se sert encore du passé simple à l’oral ? Je n’ai pas aimé l’article de Sophie Gourion en réaction à la polémique :  au final, ces inquiétudes relèveraient d’une sorte de crainte apocalyptique à la limite de la superstition. Je ne nie pas qu’il y ait une part de ça — le « c’était mieux avant » a la vie dure — mais certains passages m’ont choqué. Au final, la lecture serait au final l’apanage d’une poignée de familles aisées, études à l’appui, puisqu’elle est avant tout un héritage social :

« Qu’on le déplore ou non, la langue est fluctuante, le vocabulaire évolue et je trouve logique qu’un ouvrage s’adressant à des enfants en tienne compte. Le passé simple disparaît du Club des 5 ? Nul doute que ceux qui s’en offusquent (essentiellement des CSP+ et/ou des gens éduqués d’ailleurs) sauront conseiller à leurs enfants d’autres ouvrages qui y ont recours, comme les classiques de la littérature française. Car c’est un fait établi : la lecture est un acte éminemment social, apanage des familles les plus dotées socialement, habituées de longue date à valoriser la culture de l’écrit comme l’explique cette étude. Si le Club des 5 ne satisfait plus à leur exigence de niveau de langue, ils auront donc les ressources nécessaires pour proposer d’autres pistes de lecture à leurs enfants. »

Je ne nie pas la réalité des données — il y en aura toujours pour prouver tout et son contraire —, mais je ne suis ni journaliste, ni sociologue. Ce relais de la lutte des classes ( les CSP+, d’accord, mais les autres ? tout le monde devrait lire) me met mal à l’aise. « La culture, oui, mais pas pour tous ? » Oublions l’idéal du nivellement par le haut et laissons les familles favorisées lire leurs classiques au passé simple ? Pour les pauvres, autant leur mettre le programme télé dans les mains ? Comme l’explique l’auteur du blog, les livres sont « en concurrence avec les tablettes, les consoles, les écrans de télévision ou d’ordinateurs. Mais aussi Harry Potter ». Harry Potter est écrit au passé simple dans un niveau de langage plutôt exigeant, ce qui n’a pas empêché une flopée de mômes de s’en emparer. Quant au problème de l’attention, c’est un autre sujet que j’ai traité de nombreuses fois, et qui n’a rien à voir avec le niveau de lecture. Bref. C’est une réalité que les études démontrent ? Changeons-la. Il n’y a pas de situation définitive. Ça n’existe pas. 

Relayer le message, même sur un blog, comme quoi la lecture ne serait au final qu’une affaire de familles favorisées est un mauvais message à jeter dans ce monde : il ne fait que donner une bonne excuse à ceux qui ne lisent pas ou ne veulent pas faire lire.  Lire ne coûte pas cher. Lire n’est pas — n’est plus —, en France, une question d’argent, de milieu social ou de situation géographique. Lire est l’affaire de tout le monde, tout le temps.

[Children aiming sticks as guns, lined up against a brick building, Washington, D.C.?]  (LOC)

Je ne veux prendre le parti ni de l’un, ni de l’autre : autant je trouve les enthousiastes technophiles aveugles sur certains points, autant je pense qu’il faut que la littérature, comme le reste du monde, avance avec son temps. Mais il y a une chose que je ne supporte pas, surtout quand ce sont les éditeurs et les parents qui s’y mettent : qu’on prenne les enfants pour des cons et qu’au prétexte qu’ils seraient désormais incapables de lire des histoires un peu compliquées (voire de lire tout court), on décide pour eux de les cantonner en division d’honneur, à l’abri de la première division où jouent Proust, Céline et Joyce par peur de les y voir un jour entrer. Ça me met en colère. Evidemment, je ne dis pas qu’il faille coller du Shakespeare entre les mains d’un élève de CE2. Mais contraindre un enfant à baigner dans le même bouillon pour ne pas le tirer vers le haut, c’est s’exposer à créer des générations d’illettrés. Ce ne serait pas le pire : lire des romans, en soi, n’est pas un accomplissement, tout juste quelque chose où trouver matière à pérorer en soirées, diront certains. Mais je ne suis pas de cet avis : lire des livres, et plus généralement lire des choses compliquées, fait travailler les méninges. Celles-ci, comme les muscles d’un sportif, ont besoin d’exercice pour se développer. Je lis régulièrement des livres de physique ou de cosmologie, de la poésie, de la philosophie, pas pour me la péter, mais pour exercer mes facultés de compréhension : souvent, je n’y comprends pas grand chose. Ce n’est qu’à la deuxième ou troisième relecture qu’un sens commence à apparaître. Mon cerveau se modifie en permanence. Il se modèle seul, mais nous devons lui donner les outils pour le faire.

Quand on part du principe que les enfants sont trop bêtes pour comprendre quelque chose, pas assez doués, pas assez éduqués ou pas assez intéressés, on restreint le champ de leurs possibilités. On ne leur donne pas les moyens — ne serait-ce que le simple choix — de s’améliorer. On les condamne à tremper dans un bain dont on ne changerait jamais l’eau et ça, je ne l’accepte pas. Ce n’est pas être réactionnaire ou passéiste de penser que les enfants doivent être stimulés intellectuellement. Ce n’est pas être réactionnaire ou passéiste de réaliser qu’une lettre de motivation écrite sans fautes d’orthographe est un plus dans une candidature. Ce n’est pas être réactionnaire ou passéiste de penser que certains choses, en dépit de ce que la publicité veut nous faire croire, peuvent aussi changer en mal. Je pense au climat, à la pollution, à la courbe du stress au travail. Ce n’est pas être réactionnaire ou passéiste d’imaginer un monde où on offrirait aux enfants des challenges à leur mesure, à savoir non pas se battre contre les autres, selon des critères quantitatifs de résultats, mais contre eux-mêmes : la meilleure des façons de s’améliorer, ce n’est pas de se comparer aux autres, mais de combattre chaque jour sa propre paresse et de se défier sans cesse. Ce n’est pas être réactionnaire ou passéiste de penser que oui, les adolescents peuvent être autre chose que les machines à consommer, ces modèles que le marketing et certains pans de l’industrie culturelle voudraient nous imposer : girly pour les filles, macho pour les garçons, récits calibrés, etc… L’essentiel, c’est qu’ils lisent ? Ce n’est pas mon avis. Si l’essentiel était qu’ils lisent, on offrirait des annuaires téléphoniques à Noël. L’essentiel, c’est qu’ils trouvent dans leur lecture des raisons de croire en l’avenir et d’y participer activement.

Rural school children, San Augustine County, Texas  (LOC)

Je me rappelle ce jour où, alors que j’étais en cinquième, ma prof d’anglais a emmené toute la classe au cinéma. Nous imaginions aller voir un de ces vieux films dont les professeurs sont friands, soporifiques au possible… mais nous avions tort. Ce jour-là, le cinéma passait « Sacré Graal », des Monty Pythons. Je ne crois pas avoir tout compris ce jour-là, mais j’ai su que j’avais vu quelque chose d’important, qui m’avait sorti de ma zone de confort et qui, au final, demeure encore à ce jour l’un de mes films préférés. J’ai lu Bilbo le Hobbit à neuf ans. Personne ne m’y a forcé, mais j’ai grandi entouré de livres et mes parents nous emmenaient souvent à la bibliothèque. En refermant le livre, j’ai su que c’était ça que je voulais faire de ma vie, même si j’ignorais encore le sens de ce ça qui n’a plus jamais cessé de m’obséder depuis. Je n’ai sans doute pas tout compris, mais c’est justement à cause de ces blancs à combler que j’ai voulu persévérer.

Il faut arrêter de croire que c’est parce que c’est compliqué qu’un enfant va abandonner : tous les jours, des enfants lisent des livres trop compliqués pour eux. Ils prennent alors un dictionnaire, ou déduisent de la phrase le sens d’un mot inconnu. Même mon neveu, qui a à peine un an, écoute religieusement sa grand-mère lorsqu’elle lui raconte une histoire. Je suis à peu près sûr qu’il ne comprend presque rien à ce qu’il écoute, mais il comprend une chose : qu’il ne comprend pas. Il ne réussit pas encore à comprendre, et c’est cette frustration de ne pas y arriver qui nous pousse à apprendre à marcher, puis à parler. Ce processus d’apprentissage ne s’arrête jamais. Et si cette époque a une chose à intégrer, en ces temps où les contenus nous tombent tout cuits dans le bec, c’est que la difficulté n’est pas une valeur réactionnaire. S’attaquer à des choses compliquées et les surmonter, voilà ce qui nous élève, indifféremment de nos origines ethniques ou de l’épaisseur de notre portefeuille.

Arrêtons de prendre les enfants pour des cons : ils sont bien plus intelligents que nous voudrions bien le croire et, souvent, bien plus intelligents tout court.

Doit-on laisser crever la littérature ?

Ça sent le sapin. À en croire les dernières tribunes de Michel Onfray, Martin Hamis et de Will Self, la littérature telle que nous la connaissons a un pied — sinon les deux — dans la tombe : ventes en berne (en dehors des best-sellers qui, pour le coup, se vendent de mieux en mieux), désintérêt pour la littérature et pour le li(v)re en général, dédain des classiques, chute de l’attention, etc. À croire qu’ils se sont passé le mot.

 

Ça sent le sapin. À en croire les dernières tribunes de Michel OnfrayMartin Hamis et de Will Self, la littérature telle que nous la connaissons a un pied — sinon les deux — dans la tombe : ventes en berne (en dehors des best-sellers qui, pour le coup, se vendent de mieux en mieux), désintérêt pour la littérature et pour le li(v)re en général, dédain des classiques, chute de l’attention, etc. À croire qu’ils se sont passé le mot. Continuer la lecture de « Doit-on laisser crever la littérature ? »