Sartre drogué, Hemingway violent, Yeats illuminé… la vie secrète des grand auteurs

Nous pensions les connaître par coeur. Leurs livres ornent nos bibliothèques, et leurs noms résonnent régulièrement dans les amphithéâtres des facultés. Auréolés de gloire et de prix littéraires, ces légendes de la littérature ont durablement laissé leur empreinte dans l’histoire des arts. Pourtant, ces héros ont un jour été des hommes et des femmes ordinaires. Et comme tout le monde, ils ont eu… disons, leurs petits moments de faiblesse.

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C’est justement de ces petits moments de faiblesse — quelquefois oubliés ou plus simplement effacés dans les biographies — dont il est question dans Secrets Lives of Great Authors (les vies secrètes des grands auteurs). Sous-titré à juste titre “Ce que vos professeurs ne vous ont jamais dit à propos des romanciers, des poètes et des dramaturges célèbres”, le livre reprend une foule d’anecdotes souvent drôles, quelquefois grotesques, voire même inquiétantes, que vos enseignants ne vous auront sans doute — et à tort — jamais racontées. Écrit par Robert Schnakenberg et brillamment illustré par Mario Zucca, le livre compile une quarantaine de biographies alternatives à se tordre de rire, maquettées comme des journaux à scandales. De Kafka à Lewis Carroll en passant par Sartre, Hemingway et Lord Byron, tout le monde a droit à son histoire gênante… et c’est fou ce que ces légendes nous ressemblent.

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Lorsqu’il n’écrivait pas de poésie ou qu’il n’encensait pas Abraham Lincoln, Walt Whitman trainassait des heures dans sa baignoire, chantant et jouant dans l’eau.

On en apprend de belles dans le livre… comme par exemple que Tolstoï était un descendant direct de Gengis Khan, ou qu’Honoré de Balzac avait la désagréable habitude de manger si salement que ses invités s’en voyaient éclaboussés. Plus anecdotique, Schnakenberg revient sur l’amour inconditionnel de Mark Twain pour les chats, de tous temps de grandes sources d’inspiration pour les écrivains. Mais chez Twain, l’amour était tellement grand qu’il le conduisait à imaginer d’étranges combinaisons.

Si on croisait un homme avec un chat, l’homme s’en trouverait amélioré… mais cela détériorerait le chat.

Personne n’est parfait. En parlant d’animaux, on apprend plus loin que Kafka était un végétarien plutôt strict, et très impliqué dans les combats anti-vivisection..

Un jour, admirant un poisson dans un aquarium, il déclare: Maintenant, je peux te regarder sans me sentir coupable. Je ne te mange plus.

Quelquefois, les histoires sont encore plus surprenantes. Quel écrivain n’avait jamais écrit le moindre de ses romans? Je vois que vous avez déjà plusieurs noms en tête, bande de petits médisants. Mais saviez-vous qu’Agatha Christie, la papesse du roman policier, était atteinte d’une maladie rare appelée Dysgraphie qu’il l’empêchait d’écrire quoi que ce soit: tous ses romans furent dictés. Quant à Tolkien, l’auteur de Bilbo le Hobbit et du Seigneur des Anneaux, il était de notoriété publique connu comme un chauffard, n’hésitant pas à prendre les routes à contre-sens. Finalement sa femme jura de ne plus jamais monter avec lui dans une automobile.

 Jean-Paul Sartre fit tout pour ouvrir ses propres portes de la perception, allant jusqu’en prendre de la mescaline… ce qui le conduisit à subir des hallucinations pendant presque un an, et à se croire poursuivi par des homards.

Les histoires de drogue sont légion. L’inspiration, c’est bien connu, ne vient pas en buvant de l’eau. Outre les histoires hallucinées de Jean-Paul Sartre expérimentant la mescaline, ou encore celles de Louisa May Alcott (Les Quatre Filles du Docteur Marsh) complètement accro à l’opium,  l’alcool tient une place prédominante dans le processus créatif des écrivains. Et ce ne sont pas Jack London ou Ernest Hemingway qui pourraient le contredire. De la longue expérience de ce dernier naquit la sage maxime:

Dites toujours sobre ce que vous pourriez dire bourré: ça vous apprendra à vous la fermer.

Enfant, Poe fit littéralement toute son éducation dans les cimetières. Ainsi, il apprit même les mathématiques en additionnant et soustrayant les dates gravées sur les pierres tombales.

Nous pardonnons bien entendu toutes ces excentricités à nos écrivains préférés. Mais certaines d’entre elles peuvent s’avérer dangereuses. Ainsi, Sylvia Plath qui, la première fois qu’elle rencontra son futur mari, Ted Hughes, en fut si excitée qu’elle le mordit à la joue, jusqu’au sang.

Rien ne mettait autant d’ambiance dans une fête ennuyeuse que Zelda et Scott Fitzgerald arrivant à quatre pattes et ivres morts, aboyant comme des chiens enragés.

Secret Lives of Great Authors est sans aucun doute un très bon livre de toilettes (vous savez, ces livres dont la consultation n’est jamais plus agréable qu’au détour d’une visite solitaire dans cette pièce merveilleuse, au fond du couloir à gauche). Vous vous délecterez de ces anecdotes qui ne manqueront pas de vous faire voir vos auteurs préférés sous un jour différent. Malheureusement pas de version française (qu’attendent les éditeurs?) mais le livre existe en version anglaise, allemande et espagnole et se commande aisément.

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Comment lire de manière efficace? (dans les années 80)

 

S’il est un genre de livres que je chéris particulièrement, c’est bien celui des manuels d’efficacité professionnelle des années 70-80. Par chance, l’un d’entre eux traîne dans notre bibliothèque, et c’est une source inépuisable de… beaucoup de choses: de rires d’abord (les illustrations sont absolument géniales et donnent l’impression de faire un voyage dans le temps) mais aussi de conseils — un peu surannés certes — qui ont su garder leur pertinence malgré les années écoulées.

smanaÀ n’en pas douter, le monde de l’entreprise a subi de nombreuses mutations et, à l’heure de l’open space, du travail en réseau et de l’ultra-capitalisme, il y a quelque chose d’un peu triste et de cruellement naïf à parcourir les pages  du Livre du Self-Management, écrit par John Mulligan et paru aux éditions Marshall en 1988, en Angleterre (paru deux ans plus tard chez Hachette). L’entreprise à papa a vécu et les méthodes de travail ont radicalement été bouleversées. En parcourant ces pages, on se dit qu’on n’aurait plus le temps d’appliquer tout cela, de prendre du temps pour être efficace. Néanmoins on peut se souvenir de cette époque où l’ultra-libéralisme commençait à battre son plein et ouvrait le champ à de joyeuses possibilités pleines de profits avec une certaine nostalgie.

L’ouvrage en lui-même aborde de nombreux sujets — et nous reviendrons dessus plusieurs fois, je n’en doute pas. En attendant, quoi de plus opportun que de commencer par le chapitre traitant de la « Lecture efficace ».

La lecture est une activité complexe qui consiste à reconnaître et à décoder les mots, puis à en extraire la signification. Le fait de lire implique de comprendre le texte, de savoir le rapprocher de ce que l’on connaît déjà, et de sélectionner les informations qui seront ensuite stockées dans la mémoire.

Ainsi commence le chapitre sur la lecture, ce qui constitue une introduction pour le moins pratique et assez loin des visions poétiques de la lecture. Vous êtes ici pour apprendre à lire efficacement, pas pour flâner au bureau en lisant le dernier Barbara Cartland. Alors réajustez-moi cette cravate, rentrez-moi cette chemise dans le pantalon et élaguez-moi cette moustache, Lambert!

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Le premier conseil donné par l’auteur consiste à sélectionner ses lectures : nous sommes submergés de lectures au quotidien et nous devons d’abord faire l’effort de procéder à un tri dans la masse de documents qui nous submerge quotidiennement. Soyez impitoyables dans vos choix, nous recommande-t-on.

Si vous avez plusieurs bacs à courrier, vous classerez plus facilement les documents à lire. ces bacs seront étiquetés « Urgent », « À voir », « Pas urgent », « Faire circuler », « Sans intérêt ».

On peut tout à fait faire le rapprochement avec les quantités d’emails qui arrivent chaque jour dans nos multiples boîtes à lettres virtuelles et pour laquelle une charte de bonne conduite a d’ailleurs été rédigée (vous devriez la suivre). L’auteur Neil Gaiman lui-même, dans son discours aux étudiants de la promotion 2012 de la University of the Arts à Philadelphie, raconte notamment qu’il a compris les désagréments du succès le jour où il s’est rendu compte que son métier consistait dorénavant à répondre à ses emails à plein temps (!).

Pourquoi lire? Vous devez vous poser une question très importante : « Pourquoi est-ce que je veux lire tel ou tel document? » La plupart des gens ne se posent pas cette question et par conséquent, lisent sans aucune efficacité. Vous mémoriserez plus facilement des informations que vous êtes prêt à recevoir. »

Pour lire de façon plus efficace, l’auteur recommande de savoir précisément ce que l’on attend de sa lecture: ainsi la mémorisation s’effectue de façon optimale. Les mots-clefs devront être prononcés à haute voix à mesure qu’ils seront lus, et tout cela dans un seul but: à terme, lire plus rapidement. Combien sommes-nous à avoir soupiré devant la hauteur de notre pile de livres à lire?

Exercez-vous sur des courts romans. La 1ère semaine, apprenez à lire des groupes de mots plutôt que des mots isolés. La 2ème semaine, guidez votre oeil en parcourant les lignes avec un crayon. À la fin d’une ligne, positionnez le crayon au début de la ligne suivante. En 3ème semaine, doublez la cadence chaque jour. Vous vous apercevrez que vous mettez de moins en moins de temps à décoder les mots. En 4ème semaine, astreignez-vous à plusieurs lignes à la fois, puis une page en quelques secondes. L’important est de savoir trouver les mots-clefs.

Pas exactement l’idée que l’on se fait d’une lecture détendante et reposante, c’est certain. N’oubliez pas, nous sommes dans l’efficacité. Le but est de lire plus vite et donc davantage, tout en ne perdant pas le sens. A ce titre, la technique dite du survol, qui consiste à lire les pages en diagonale, apparaît tout à fait opportune.

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Un survol vous permettra de décider si l’information contenue dans un document vous intéresse ou non. […] N’oubliez pas un principe très important: ce n’est pas parce que quelque chose est écrit qu’il faut absolument que vous le lisiez.

Tony Buzan, un autre spécialiste de la lecture rapide, décompose le décryptage d’un document en quatre étapes.

  1. Survol: couverture, quatrième, rabats, table des matière, puis titres des chapitres et des sous-chapitres (censés résumer l’essence d’un document), illustrations et images. Si à l’issue de cette étape, vous ne ressentez pas le besoin de poursuivre votre investigation, alors vous pouvez laisser tomber. Abandonner une lecture fait partie des droits imprescriptibles du lecteur, comme vous le savez peut-être. 
  2. Aperçu: lisez l’introduction et la conclusion. En général, toutes les informations importantes, les questions essentielles et les principaux arguments y sont déjà écrits. Lisez le début et la fin de chaque chapitre, sur le même principe. Cherchez les mots-clefs.
  3. Première lecture: lisez les parties du livre que vous n’avez pas lues. Sautez les pages difficiles ou ennuyeuses. Surlignez, annotez.
  4. Relecture: au besoin, maintenant que le texte est balisé, vous pouvez relire les passages importants. C’est une étape de consolidation.

N’oubliez jamais que c’est vous et vous seul qui décidez de ce qui est important à lire et ce qui vaut la peine d’être retenu. La lecture efficace n’est ni un test d’endurance, ni une affaire de pure volonté, mais un savoir-faire forgé par l’exercice.

Maintenant enrichi des paroles de sagesse du grand sensei Mulligan, vous voilà prêts à affronter le monde impitoyable de l’entreprise. Passez donc à la compta avant de retourner dans votre bureau : tous ces efforts ont bien mérité une augmentation.

On peut encore trouver d’occasion le Livre du Self-Management de John Mulligan sur certaines  librairies en ligne. La dernière édition semble dater de 2002, mais en étant un peu opiniâtre, je suis certain que vous trouverez des éditions plus anciennes (et donc beaucoup plus intéressantes).

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