Culture du rant : comment Twitter veut que vous restiez énervés

Une pensée m’a frappée tandis que je m’embourbais dans un énième tweetstorm. Par « tweetstorm », comprenez ces échanges parfois très houleux qui visent à défendre telle cause ou à dénoncer telle injustice, auxquels une foultitude de gens viennent se joindre parfois jusqu’à la cacophonie (quand c’est un monologue, on appelle ça un « rant »). J’avais décrit dans un précédent article les difficultés qu’internet rencontrait à gérer sa colère, posant le principe que l’emportement des réseaux n’était que le reflet d’une tendance générale à la soupe-au-lait-attitude, au jugement hâtif et au bashing. Mais force est de constater que ça va peut-être plus loin qu’un simple problème de gestion de nos émotions en ligne.

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On entend souvent que les outils sont neutres. Je ne suis pas nécessairement d’accord avec ça. D’accord, une arme peut être utilisée pour dissuader, pour maintenir la paix ou pour faire la guerre, mais elle a une fonction première : celle de tuer. Certes, on peut s’en servir pour planter un clou, mais avouez que c’est plus facile (et moins dangereux) avec un marteau. De la même manière, les réseaux sociaux ne sont uniquement ce que nous en faisons. Nos usages se calquent sur un mode d’emploi : les réseaux sociaux ont une identité intrinsèque. Ils ont été conçus et programmés pour une raison spécifique. Continuer la lecture de « Culture du rant : comment Twitter veut que vous restiez énervés »

Donner ou mendier : plusieurs manières de tendre une main

J’ai 33 ans. De l’avis de certains, c’est plutôt jeune. Selon d’autres, j’ai déjà un pied dans la tombe. Selon moi-même, c’est un peu des deux et ça dépend pas mal de l’humeur du moment. Si je prends Jean d’Ormesson comme point de comparaison, il est certain que la balance penche plutôt du côté  »jeune écrivain ». Mais quand, une heure plus tard, je lis une ribambelle d’articles où des auteurs âgés d’à peine vingt ans publient déjà leur troisième ouvrage, je sentirais presque mes joues fondre et ma barbe s’étirer. La vérité, c’est que même si j’écris depuis presque vingt ans, ma carrière d’artiste (si tant est qu’on puisse accoler ces deux mots) ne fait que commencer. Elle est encore jeune, et je ne suis même pas sûr qu’on puisse se sentir un jour autre chose qu’un débutant. Je pense qu’à 90 ans, si je suis encore là, j’aurais toujours l’impression d’avoir quelque chose à commencer. C’est une idée qui me réjouit assez. Continuer la lecture de « Donner ou mendier : plusieurs manières de tendre une main »