Droit d’auteur pour les robots : une nouvelle boîte de Pandore

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S’il est une chose dont on peut être certain en matière de propriété intellectuelle et de droit d’auteur, c’est bien celle-ci : toute modification législative proposée par l’industrie, et non par les créateurs eux-mêmes ou la société civile, se fait au détriment de ces deux derniers. Artistes et grand public sont les grands perdants de la guerre au partage et à l’ouverture qu’ont déclaré unilatéralement les ténors de l’entertainment contre ceux et celles qui jouissent de leurs « produits ». Ainsi, quand se profile l’ombre d’une possible reconnaissance d’un droit d’auteur pour les robots et/ou les intelligences artificielles, je me permets de hausser un sourcil. Continuer la lecture de « Droit d’auteur pour les robots : une nouvelle boîte de Pandore »

On ne peut pas défendre les bibliothèques et s’opposer au partage de fichiers

Je suis tombé il y a quelques jours sur cet article de Rick Falkvinge sur TorrentFreak, et je l’ai trouvé tellement intéressant que j’ai décidé de vous en proposer une traduction. J’ajouterai quelques commentaires de ma part en guise de conclusion.

Source : Rick Falkvinge, You Can’t Defend Public Libraries and Oppose File-Sharing, via TorrentFreak (Creative Commons BY-NC 3.0)


Rick Falkvinge est un contributeur régulier à TorrentFreak : il y partage ses opinions toutes les semaines. Il est le fondateur du Parti Pirate suédois (le premier du genre), un amateur de bon whisky et de motos. Son blog falkvinge.net est consacré à la politique de l’information.


Le propos des bibliothèques publiques est le même que celui du partage de fichiers. On ne peut pas défendre l’un en s’opposant à l’autre.

Les bibliothèques publiques apparurent au milieu du XIXe siècle. À l’époque, les éditeurs entrèrent dans une rage folle : ils avaient milité pour que le prêt de livres soit déclaré illégal, arguant que lire un livre sans rien payer s’apparentait à « du vol ». En conséquence de quoi ils considéraient les bibliothèques de l’époque comme des nids de criminalité et de grand-banditisme (ces bibliothèques se décrivaient comme « à abonnement », si bien qu’on leur reprochait donc d’en tirer des profits). Continuer la lecture de « On ne peut pas défendre les bibliothèques et s’opposer au partage de fichiers »

Droit d’auteur : 14 ans et c’est tout ?

Le Green Party britannique, l’équivalent des Verts, s’est fait remarquer il y a quelques jours en proposant de réduire la durée du droit d’auteur à 14 ans, sans préciser si cette durée effective débuterait à partir de la date de publication de l’œuvre ou à compter de la mort de l’auteur. Face à la volée de bois vert, le parti s’est rapidement rétracté, arguant que toute proposition devait être soumise à discussion et que, bien entendu, sa suggestion initiale impliquait de compter à partir de la disparition du créateur original et non pas de la publication de l’œuvre. Ouf, tout le monde est rassuré.

Sauf que pour une fois, il y avait peut-être quelque chose à entendre derrière les lazzis de l’indignation générale et que, finalement, cette idée n’était peut-être pas à jeter si rapidement à la poubelle (dans l’absolu, puisque nous savons pertinemment qu’à moins de renoncer aux accords qui nous lient à nos partenaires depuis la signature de la Convention de Berne, changer la durée du droit d’auteur à moins de 50 ans après la mort est en l’état impensable). Continuer la lecture de « Droit d’auteur : 14 ans et c’est tout ? »

Le shitstorm, ça fonctionne

Lors de mon passage au Parlement européen, j’ai discuté avec toutes sortes de personnes et ce fut globalement très intéressant. C’est amusant de découvrir l’envers du décor (comme par exemple d’apprendre que le bar du Parlement est surnommé le « Mickey Mouse » par les parlementaires, en référence à la couleur affreuse de ses sièges) et d’échanger avec des gens dont on n’aurait de prime abord pas forcément croisé un jour le chemin. Continuer la lecture de « Le shitstorm, ça fonctionne »

Victor Hugo et le domaine public payant

Dans la guerre opposant le moindre chaînon de l’industrie du livre, les politiques, les nouvelles sociétés de distribution et les institutions européennes, Victor Hugo est devenu bien malgré lui la bannière brandie en étendard dans les débats sur le droit d’auteur. Presque une mascotte, en somme.

Il faut dire que dans la relation — quelquefois à sens unique — que partagent les auteurs et les éditeurs de ce siècle encore jeune est de plus en plus houleuse : paupérisation alarmante des créateurs, prélèvements sociaux iniques avec la réforme du RAAP, pourcentages anormalement bas, avances en berne… l’argent manque, et plus spécialement dans la poche des auteurs. Alors il faut chercher des solutions. Bien sûr, une idée évidente vient à tête immédiatement : négocier de meilleurs contrats avec les éditeurs, exiger de meilleurs pourcentages et des avances justes. Mais comme le rapport de force est clairement en défaveur des auteurs et qu’il n’est pas toujours facile de demander une augmentation à son patron (“Vous savez, mon p’tit Lambert, il y a des centaines de gars comme vous pour prendraient votre poste avec un salaire inférieur, alors vous feriez bien de retourner au turbin…”), d’aucuns proposent des solutions alternatives pour venir en aide aux auteurs dans le besoin. Et notamment le domaine public payant, cher à Victor Hugo. Continuer la lecture de « Victor Hugo et le domaine public payant »