Pourquoi je suis contre la création d’un label de qualité pour l’édition indépendante

L’idée d’un « label » de qualité attribué aux livres écrits par des auteurs indépendants et destiné à séparer le bon grain de l’ivraie émerge peu à peu, notamment dans la déclaration d’intention de la future Fédération des Auteurs Indépendants.

<rappel> à celles et ceux pour qui le concept d’auteur indépendant apparaîtrait nébuleux : un auteur indépendant publie ses textes sans passer par la case éditeur. On parle aussi d’autoédition ou d’autopublication. L’autrice indépendante utilise internet, mais aussi les services d’impression à la demande et même parfois des imprimeurs traditionnels, pour distribuer son travail. Il ou elle assure en général sa propre promotion, notamment via les réseaux sociaux. Quand un auteur publie à la fois chez des éditeurs « traditionnels » et par ses propres moyens, on parle d’auteur « hybride » (ça vaut ce que ça vaut). </rappel>

Je me suis publiquement exprimé contre ce label, mais je n’en avais pas détaillé les raisons. Je vais donc les développer ici. Mais d’abord, et pour éviter que l’on m’accuse de mener l’instruction à charge, je vais mettre en lumière les avantages qu’il y aurait à la création d’un tel « sceau de qualité ».

LES POUR

Combattre la réputation de médiocrité qui plane sur l’édition indépendante

Ce serait se boucher les yeux que d’ignorer la piètre réputation qui colle aux semelles des créateurs indépendants. Pour beaucoup de lecteurs, le fait qu’un livre paraisse chez un éditeur signifie qu’il a déjà passé un premier filtre. C’est donc un gage de « qualité », au sens où un tiers a décelé au moins une qualité dans le manuscrit. En l’absence de tiers dans l’autoédition, il parait logique de vouloir reproduire un lien de confiance entre créatrices·teurs et lectrices·teurs.

Gagner la confiance des bibliothèques et des libraires

Le monde du livre n’est pas une île : s’y connectent des professions qui peuvent également trouver l’utilité d’un tel label, et je pense aux bibliothécaires et aux libraires. Les indépendants peuvent, de façon parfaitement légitime, aspirer à ce que ces professionnels puissent opérer eux aussi un premier tri dans la masse titanesque des publications.

Respecter les règles élémentaires de l’orthographe et de la grammaire

Un point parfaitement valable, dans la mesure où un livre truffé de fautes de français fait une mauvaise publicité à tous les auteurs indépendants. Personne n’aime lire un roman bourré de coquilles. C’est une question de respect.

LES CONTRE

Un énorme travail de lobbying

Pour qu’un tel label fonctionne, il faudrait un long travail de lobbying pour le faire connaitre auprès des lecteurs et des professionnels du livre, et qu’ils en apprécient la qualité. On ne parle pas de semaines, mais de mois, d’années, voire de dizaines d’années. Une confiance se bâtit sur la durée, et elle peut être facilement rompue au premier écart. Je ne doute pas de la motivation d’un groupe convaincu par une idée, mais c’est un travail de titan qui nécessiterait une persévérance et une cohésion qui m’apparaît difficile dans le cadre d’une fédération de créateurs indépendants (et qui par essence pensent en priorité à la pérennité de leur propre création, et c’est bien normal).

Corriger, c’est un métier

Rendre un manuscrit présentable et lisible – sans parler de la cohérence narrative, juste du respect des règles de grammaire et d’orthographe – est un métier aussi précaire qu’exigeant. Il demande du temps et des connaissances professionnelles, donc de l’argent (en tout cas si l’on veut avoir un niveau d’exigence proche des standards de la profession, même si lesdits standards sont parfois malmenés, y compris chez les éditeurs installés). Il y a donc deux solutions. 1/ on fait appel à des pros, aux tarifs que cela suppose, ce qui signifie que l’attribution du label sera payante. 2/ on fait appel à des bénévoles motivés, ou à des gens qui acceptent un forfait dérisoire : dans ce cas, le label est payant, mais moins cher, ou gratuit ; en revanche, le niveau d’exigence sera nécessairement revu à la baisse et/ou il n’est pas nécessairement acquis que l’on trouve une masse de bénévoles suffisantes pour faire face à l’afflux de demandes, si afflux il y a. Cela signifie des temps d’attente phénoménaux pour un résultat pas nécessairement à la hauteur. Lire c’est du travail, et le temps est une denrée rare. 3/ la fédération embauche des professionnels salariés à temps plein : mais cela demande beaucoup de ressources, un but louable mais qui me semble difficile à atteindre et à rentabiliser.

Instaurer une hiérarchie entre les publications indépendantes

En créant des différences labelisées entre les différents ouvrages, on ne fait ni plus ni moins que reproduire le travail d’un éditeur, sans les moyens – ce qui semble assez bizarre quand on se lance justement dans la publication indépendante. Sans compter que si ce label rencontrait le succès, les livres qui ne l’auraient pas – par volonté délibérée de ne pas l’obtenir ou par manque de qualités – seraient mis de côté par le public et la profession, ce qui rendrait son obtention non plus facultative mais obligatoire. Exactement le genre de processus de validation que l’on cherche à fuir quand on publie un livre par ses propres moyens. C’est aussi prendre le risque, en réponse à cette menace, de voir des labels concurrents s’installer. Et s’ils se multiplient, il faudra tout recommencer.

Il est impossible de garantir qu’un livre sera bon

La qualité d’un livre ne se résume pas à son orthographe et à sa grammaire : des lacunes dans la narration, des personnages fades, une intrigue ennuyeuse, incohérente, longue, sont autant de raisons de trouver un roman rebutant que son orthographe défaillante. Si de mauvais romans obtiennent le label, je ne vois pas comment on pourrait pérenniser sa crédibilité. C’est justement le travail d’un éditeur – ou dans le cas de la création indépendante, de beta-lecteurs semi-pro. Qui définira les critères de sélection ? Qui décidera de la qualité intrinsèque d’un manuscrit ? Si j’en crois mon expérience, au début, plein de monde (des bénévoles motivés) puis au fur et à mesure, de moins en moins de personnes… pour finir par se réduire à une poignée de gens certes motivés, mais qui garderaient la main-mise sur l’attribution de ce label. Ou dans ce cas, il faut conditionner l’obtention du label à la participation aux évaluations, tel que cela existe déjà dans certains forums comme Cocyclics. Un livre – et à plus forte raison le succès d’un livre – procède d’une alchimie mystérieuse.

Gratuit ou payant ?

Si payant, je crains que le coût réel d’attribution d’un label de qualité soit prohibitif. Et puis cela suppose de gérer de l’argent, de rétribuer des gens, c’est une structure complexe qui dépasse le cadre de l’action associative réduite (mais je ne le nie pas, c’est possible). Si gratuit, l’attribution reposera sur la motivation de la communauté, qui comme je l’ai dit plus haut déclinera invariablement. J’ai peur qu’au bout d’un moment, face à l’affluence et aux demandes de plus en plus nombreuses, on en vienne à « brader » le label, ou en tout cas à l’attribuer un peu plus légèrement. Et encore une fois, on le décrédibilisera.

On instaure de la rareté dans un monde d’abondance

Nous sommes tous et toutes des créateurs et des créatrices en puissance, membres d’une société qui, d’ouvrière, est devenue « œuvrière ».  Pourquoi dès lors vouloir reproduire les hiérarchies, les prés carrés, les restrictions que certains créateurs ont fuis en se détachant à dessein des industries culturelles ?

En conclusion

Je sais que cette solution ne fait pas l’unanimité, mais je crois qu’il faut se contenter du statu quo et laisser les lecteurs décider et faire le tri, même si c’est plus long : au final ce sont – de toute façon – eux qui choisissent. Il y a de nombreuses façons de se faire un avis sur un livre, et le numérique permet très facilement de télécharger un extrait de plusieurs dizaines de pages avant de décider du moindre achat. Le lecteur peut, à la lecture de cet extrait, décider si le niveau de français répond à ses critères et si l’intrigue l’accroche suffisamment. Oui, ça suppose de compter sur un effort de la part du lectorat, mais l’attribution d’un label reviendrait a contrario à tuer toute curiosité. Les blogueurs et vidéastes ont une importance capitale dans la diffusion et la promotion des indépendants, et c’est très bien comme ça : c’est aux autrices et auteurs de les convaincre sur pièces, pas en se soustrayant à la critique élémentaire par l’affichage d’un macaron. À eux de faire preuve d’ouverture d’esprit et de curiosité, et de ne pas se concentrer sur les seuls best-sellers qui peuplent les classements des libraires. Cette curiosité, c’est à nous – créatrices et créateurs – de la susciter et de l’entretenir.

Dans l’état actuel du paysage de l’édition indépendante, je n’ai qu’une peur : c’est qu’un tel label se transforme rapidement en un simple outil marketing – s’il ne l’est pas déjà à la base –, avec ce que cela implique de passe-droits et de connivences dans la communauté (et ce serait bien normal, je ne juge pas la solidarité qui peut habiter un microcosme, d’autant que je vois davantage arriver des validations par lassitude plutôt que de vraies fraudes).

Image d’illustration : Aidan Meyer, via Unsplash

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10 pensées sur “Pourquoi je suis contre la création d’un label de qualité pour l’édition indépendante”

  1. Je n’avais pas d’opinion précise sur la question, mais j’avoue que tu m’as convaincue.

    J’ajouterais qu’il y a aussi des éditeurs à qui je ne donnerais pas de « label qualité », personnellement (genre je lis un truc de Milady (Bragelonne) en ce moment et il reste plein de fautes! ça mérite la blacklist), ce qui pose encore davantage la question de la pertinence objective d’un tel tri parmi les indépendants…

    Sinon, « indépendant », ça reste très flou pour moi comme concept; c’est plus marketing qu’autre chose à mon avis. Autoédition, ou édition à compte d’auteur, c’est plus objectif. Je ne vois pas en quoi un auteur qui publie à travers Amazon est plus « indépendant » qu’un auteur qui publie avec un micro-éditeur indépendant, par exemple (le premier dépend entièrement et complètement, corps et âme, d’Amazon). On peut considérer qu’Amazon ne fait pas le travail d’un éditeur, mais en réalité, ça reste à prouver… Même au niveau financier, s’il y a investissement de départ, ce n’est pas celui de l’auteur (pour qui le service est gratuit), mais bel et bien celui d’Amazon, à travers son site Web et toute sa machine à mettre des ebooks dans les mains des consommateurs. On est presque plus proche du compte d’éditeur que du compte d’auteur.

  2. Voilà une réponse très politique à un problème purement pratique : faire en sorte qu’un site public avec un moteur de recherche perdormant permette aux lecteurs d’accéder à ce qu’ils recherchent très précisément. Et parmi ces catégories, inclure ce que ne propose aucune plateforme existante : la qualité littéraire.

    L’idéologie anti-qualité regarde ses partisans, d’accord, mais ils devraient éviter de vouloi l’imposer à toute l’indésphère. Car elle pénalise les auteurs qui aimeraient bien qu’il existe des prix littéraires « vraiment littéraires » propres aux indés, et qui trouvent injuste d’être mise dans le même sac que des ouvrages écrits avec les pieds, faute d’un moteur de recherche adéquat.

    Personnellement, je ne me soucie plus guère d’être visible ou non, et les prix littéraires sont derrière moi depuis longtemps, mais je comprends très bien les attentes de ces auteurs, et étant donné que d’une part, ils font l’effort de produire des livres de qualité, et que d’autre part, ils peuvent contribuer à casser l’image négative de la littérature indé, alors oui, je trouve qu’ils méritent d’être entendus.

    Par ailleurs, tu dis « qui suis-je pour juger ? » Mais Catherine, tu rédiges des chroniques dans l’Ebookivore, donc tu juges, et c’est très bien. Sans évaluations (sur la blogo littéraire, par exemple), il n’y aurait pas de promotion, pas de lecteurs. Seulement, nous savons tous que sur la blogo, on n’évalue pas toujours la qualité littéraire, et cela pénalise les auteurs qui s’en soucient le plus, car du coup, les lecteurs exigeants n’entendent jamais parler de leurs ouvrages.

    Il y a des auteurs compétents, expérimentés, au-dessus de tout soupçon de partialité, qui, réunis en collège, seraient très capables de dire objectivement si oui ou non, un livre a les qualités de base justifiant qu’il soit catégorisé dans les œuvres capables de satisfaire les lecteurs exigeants. Ce serait une catégorie comme une autre ; cela DOIT l’être. Il est beaucoup plus scandaleux, plus contraire à l’éthique, que les top Amazon mettent parfois (souvent) à l’honneur des nanars bourrés de fautes et de clichés…

    Imaginerait-on que l’on refuse l’existence de prix littéraire, ou de tout jugement sur la qualité, au sein de l’édition tradi ? Ce serait sa mort. Refuser par principe l’idée même qu’il existe une inégalité de qualité entre les ouvrages, comme le font certains indés, est une démarche absurde et complètement déconnectée des réalités. Et d’autant plus suicidaire que l’indésphère n’a pas de prix renommés, de collections, de libraires pour promouvoir l’excellence littéraire qui pourrait changer sa réputation.
    Respecter tous les auteurs est bien sûr indispensable, mais ce n’est pas respecter les auteurs de talent que de refuser de leur reconnaître ce talent ; ce qui revient à vouloir les obliger à demeurer invisibles.

    Mais je vois bien que le souhait des auteurs hostiles à cette démarche, c’est que l’indésphère demeure un espace de libre création, point final.
    C’est pourtant d’ores et déjà un espace commercial : qu’il s’agisse de vendre au sens propre, ou simplement de trouver des lecteurs à titre gratuit (ce qui revient à un troc), il y a une démarche de recherche de « clients », démarche qui chez la plupart des auteurs est devenue prépondérante, par nécessité.
    Alors, justement parce que les auteurs indés doivent supporter le poids de leur promotion, et que cela empiète malheureusement sur leur temps de création, il est de notre devoir de faciliter cette démarche.

  3. (Pour gagner du temps, j’ai utilisé dans ma réponse ci-dessus une réponse à Catherine Lang)

  4. Et, Julien, je te réponds sur un point précis : combien de centaines ou milliers d’extraits un lecteur exigeant devra-t-il parcourir au hasard des plateformes, avant de tomber sur la qualité littéraire qu’il appelle de ses vœux ? Le but de la démarche qualité, c’est de faciliter l’accès selon un critère qualité, en plus d’une foule d’autres cirtères non pris en compte sur les plateformes actuelles.

  5. À vous lire j’ai l’impression que ce label de qualité veut réaliser le travail de l’éditeur dans la sélection des ouvrages « de qualité ». Hors l’éditeur qui fait ce travail s’y retrouve en commercialisant les livres qu’il sélectionne.

    La en tant que lecteur le label ne m’apprendera rien, si ce n’est que l’ouvrage aura été relu au niveau orthographique.

    Pour apporter une plus vallu il devrait se muer en éditeur….

  6. Pourquoi faudrait-il que quelqu’un s’y retrouve financièrement, Cédric ? Il n’est pas question de plus-value mais d’accès, de visibilité. L’intérêt des auteurs autoédités, c’est que les lecteurs changent d’opinion sur l’indésphère. Donc, que les lecteurs à la recherche d’ouvrages de qualité autoédités puissent y accéder autrement par hasard ou au prix de longues recherches.
    En outre, il ne s’agit pas que de correction orthographique. Il y a de nombreux professionnels ou ex-professionnels du livre dans l’indésphère. La plupart sont passionnés et intègres autant que compétents, et seraient prêts à apporter bénévolement leur regard pour permettre d’accoler aux ouvrages qui répondent à cette définition un critère « qualité littéraire », par exemple, afin de les rendre accessibles sur ce critère supplémentaire, via un moteur de recherche. Ceci sans partialité, sans préjugés de genres ou de thèmes. C’est possible, cela demande juste une organisation et de la transparence, mais cela existe dans tous les domaines, marchands ou non, alors pourquoi pas le nôtre ?

  7. Bonjour Julien (ou peut-être devrais-je dire Neil,… Je ne sais plus)

    Comme toujours ta réflexion est documentée et ton argumentation n’est pas exempte de vérité ce qui va rendre ce que je vais dire peut-être un peu réducteur.

    L’auto-édition a absolument besoin de se prendre en charge qualitativement pour deux raisons primordiales.

    • L’une, tu la évoqué dans cet article, c’est que les perles de l’auto-édition sont profondément cachées derrière une masse de produits à la qualité plus que douteuse parfois copié/collé à partir d’un blog ou un forum sans l’autorisation de son auteur original. Bref il est extrêmement difficile pour un lecteur de séparer le bon grain de l’ivraie et la lecture des premières lignes de l’ouvrage n’est pas la panacée universelle d’un lectorat habitué à l’immédiateté de la communication et des achats sur la toile.

    • L’autre est le besoin de notre profession d’obtenir ses lettres de noblesse en s’appuyant sur nos propres cygnes noirs. Certes il existe quelques exemples américains qui commencent à faire rêver les foules portés par un marché anglo-américain représentant 50 fois le notre, mais l’auto-édition francophone n’a connu que quelques « best-sellers » et aucun « game changer ». C’est bel est bien ce livre qui va redistribuer la donne de l’édition francophone qu’Amazon cherche à obtenir en mettant en place le concours des « plumes francophones » ou en mettant en avant quelques uns de ses best-sellers maison.

    Avant de parler du « qualitatif pour le plus grand nombre » évoqué en premier, je vais continuer sur cette chasse au cygne en rejoignant « Elen Brig Koridwen » lorsqu’elle déclare que « certains auteurs indépendant » aimeraient accéder à un prix littéraire qui leur serait accessible. Si l’on regarde ce qui se fait dans l’édition classique, effectivement ces prix sont élitistes et bien souvent réservé qu’a quelques maisons si ce n’est qu’a quelques familles d’ouvrages bien peu « grand public ». Mais pour notre marché, rien ne nous empêche d’éviter ces pièges pour nous concentrer sur les qualités intrinsèques de chaque type de littérature. Nous pourrions sélectionner une « short-list » d’ouvrages en les analysant au maximum sur des critères factuels et en évitant le « concours de popularité » que certains ont mis en place. Dans ce cadre, rien n’empêche de récompenser ton excellent « Jesus contre Hitler » (dont tu n’a pas à rougir (et tu en sait déjà tout le bien que j’en pense)) dans une catégorie « Pulp et Rock&roll ». Parce-qu’il existe des lecteurs qui recherchent ce type de littérature pleine de sensations fortes.

    Mettre en place nos propres « Awards » est la seule option stratégique à notre portée pour influencer les lecteurs dans leurs achats et créer ce fameux auteur (ce cygne-noir, ce « game changer ») qui va tirer toute l’activité de l’auto-édition vers le haut. Je suis sûr que dans cette démarche vertueuse nos amis d’Amazon ou de la Fnac vont nous aider pour créer ce messie qui va évangéliser les foules en faveur de l’édition électronique. Certes au final, comme partout ailleurs, il y aura que très peut de place au sommet, mais ce sommet sera l’exemple que nous attendons tous pour nous engouffrer comme Jk Rowlings l’a fait pour la littérature jeunesse.

    Du coté de « la qualité pour le plus grand nombre » (et surtout pour les lecteurs) tu vois cela comme un travail d’édition traditionnel, mais c’est une erreur. C’est bel et bien l’auteur qui va prendre en main la qualité de son ouvrage en faisant son travail d’éditeur indépendant. La correction sur l’orthographe, la grammaire, la concordance des temps c’est lui qui va le faire. Il en est de même pour une narration approximative, des personnages fades et une histoire copié/collé sur des succès littéraires ou télévisuels. Le travail sur la qualité est celui de l’éditeur et l’auteur quand il veut s’auto-éditer doit le faire seul.

    Par-contre, ses collègues auto-éditeurs peuvent l’aider à cerner les points a corriger en lisant son ouvrage par petit bouts ou en entier. Ils peuvent signaler les points d’amélioration avec une fiche de lecture factuelle et signaler ce qui ne vas pas de leur point de vue. Le travail sur la qualité n’est pas un totem élitiste (et payant) qui serait décerné entre copain, mais un véritable outil permettant l’évolution des auteurs vers l’excellence.

    Car c’est bel et bien l’enjeu de notre discussion, non ?

  8. Merci Elijaah, je suis entièrement d’accord avec ton analyse. Ce que je cherche à prôner depuis le début, c’est une organisation d’évaluation compétente comme celles de l’édition tradi, mais avec nos valeurs d’indépendants, qui sont très fortes, et sans objectif marchand.

  9. Tes arguments, Julien, font écho à mes craintes quant à la création de ce label de qualité.

    En outre, quand je vois le travail monumental que c’est d’appartenir à un comité de lecture, je me dis qu’il est impossible de mettre un tel label en place surtout avec la quantité d’ouvrages indépendants qui sont sur le marché.

    Par contre, j’aime vraiment beaucoup l’idée d’Elijaah, d’organiser des Awards d’indés (qui soient autre chose qu’un appel aux clics) avec des catégories originales, qui se démarqueraient de l’édition classique. Oui, j’aime beaucoup cette idée-là ! 🙂

  10. Je viens de découvrir les commentaires et je vais y répondre parce que suis citée.
    Elen -, tu dis : « Il n’est pas question de plus-value mais d’accès, de visibilité »
    Je réponds : Oui mais les premiers engendre l’autre.
    Tu dis : « Ce que je cherche à prôner depuis le début, c’est une organisation d’évaluation compétente comme celles de l’édition tradi, mais avec nos valeurs d’indépendants, qui sont très fortes, et sans objectif marchand. »
    Je réponds : Sans objectif marchand ? Je n’y crois pas et, de plus, je trouve cet objectif légitime sachant que la reconnaissance passe par l’argent (donc la marchandisation). On peut le regretter mais c’est comme ça que fonctionne notre société.
    Tu dis : « L’idéologie anti-qualité regarde ses partisans, d’accord, mais ils devraient éviter de vouloi l’imposer à toute l’indésphère. Car elle pénalise les auteurs qui aimeraient bien qu’il existe des prix littéraires « vraiment littéraires » propres aux indés, et qui trouvent injuste d’être mise dans le même sac que des ouvrages écrits avec les pieds, faute d’un moteur de recherche adéquat. »
    Je réponds : Alors là, on parle du label qualité ou de prix littéraires pour les auteurs indépendants ?
    Tu rajoutes: « Par ailleurs, tu dis « qui suis-je pour juger ? Mais Catherine, tu rédiges des chroniques dans l’Ebookivore, donc tu juges, et c’est très bien. Sans évaluations (sur la blogo littéraire, par exemple), il n’y aurait pas de promotion, pas de lecteurs. Seulement, nous savons tous que sur la blogo, on n’évalue pas toujours la qualité littéraire, et cela pénalise les auteurs qui s’en soucient le plus, car du coup, les lecteurs exigeants n’entendent jamais parler de leurs ouvrages. »
    Je réponds : je ne sais pas ce que tu veux dire quand tu emploies l’expression « qualité littéraire » : j’ai un avis qui vient de mon ressenti, mais surtout de ce que je suis. Oui, je commente des livres d’autoédités, mais mon avis est purement subjectif.. A peine 20 ou 30 par an sur 80 que j’achète, parce que j’achète les livres que je commente. C’est là où j’apprécie ma collaboration avec Nicolas, c’est que nous avons des gouts différents et complémentaires et qu’il commente des livres que je n’ai pas aimés et « lycée de versailles », comme on dit, parce que nous sommes d’une génération différente et que notre éducation littéraire est différente.
    Et entre nous, je peux te faire une confidence, les auteurs qui rédigent une composition française, les auteurs qui tentent d’écrire comme Proust me font chier, autant j’aime ce qu’il a écrit, mais il l’a déjà fait et les imitations m’emmerdent.
    Plus : je m’interroge par rapport à la mention de mon nom dans le groupe facebook et sur le blog de Julien ; tu m’as « taguée » dans le groupe et tu as dit ensuite que tu avais demandé à d’autres auteurs/précurseurs de faire partie de ton initiative, sauf qu’eux, tu ne les as pas tagués publiquement, pourquoi ? Ah oui, tu m’avais oubliée ? Mais je ne suis rien Elen dans la blogosphère des auteurs autoédités, tu te trompes si tu le penses. Je me pose la question, tu n’es pas obligée d’y répondre et d’ailleurs je ne l’attends pas.
    Tu trouves le projet d’Elijaanh très intéressan (moi aussi)t, mais tu as fait pression sur une auteure qui avait construit un blog pour les auteurs indépendants pour qu’elle change de nom (entre autres- site qui ressemble beaucoup à celui d’Elijaanh) et qui, du coup, a mis ses velléités dans sa poche. Pour ma part, je trouvais son blog assez réussi.
    Tu dis aussi que tu vas t’effacer, que tes enfants vont supprimer tes écrits, que ta visibilité sera de courte durée, etc.
    Je réponds : C’est dommage pour toi, mais qu’est-ce que cela a à voir avec nos discussions ? Ce qui se passe après nous ne nous concerne plus, nous aurons semé les bonnes graines ou pas, -) d’autres reprendront le flambeau… ou pas, et s’ils font d’autres choix ?…
    Enfin, Elen, ton « plaidoyer » dans le groupe présuppose que les réticents au label qualité n’auraient rien compris. Sur ce point là Elen, tu te trompes, les auteurs ont compris, ils ne feront pas obstaces à tes projets, ont juste envie qu’on les entendent. Alors, juste un petit, tout petit conseil : accepte que certains auteurs ne soient pas d’accord et acceptent leurs arguments. Ils acceptent les tiens. Ce sont des débats d’idée.

  11. Chère Catherine, voilà une réponse que des esprits échauffés pourraient considérer comme assez offensive. Je vais donc te répondre point par point, d’abord parce que c’est la moindre des choses, ensuite dans l’espoir de calmer le jeu.

    L’accès aux ouvrages ou leur visibilité engendre la plus-value, selon toi.
    Je te répondrai que pas mal d’auteurs se moquent bien de plus-value. Ils offrent leurs livres gratuitement sur des plateformes telles que Monbestseller, Scribay, Altramenta, etc ; et tout ce qui leur importe, c’est de trouver des lecteurs. Alors, non, visibilité n’est pas forcément synonyme de plus-value, mais simplement du bonheur fondamental de trouver son lectorat et de pouvoir dialoguer avec lui.

    Ce qui répond à ta deuxième remarque. J’ajoute que l’une des vertus de l’indésphère par rapport au monde du livre tel qu’il existait avant cela, c’est l’irruption de valeurs de gratuité, de partage, de bénévolat, d’entraide, que j’espère bien voir cohabiter harmonieusement avec l’aspect « marchand ». Chaque auteur poursuit ses propres objectifs, et il n’y a pas de raison de les opposer.

    On parle des deux, prix littéraires, « labels » ou toute forme d’évaluation.
    Je ne sais pas si tu as lu en détail mes propositions sur le thème de la qualité. Le but, c’est de créer un site où tous les auteurs sans aucune discrimination pourraient publier la fiche de leur(s) ouvrage(s) avec les liens pour y accéder. Y serait intégré un moteur de recherche qui permettrait aux lecteurs de trouver ces livres via une recherche multicritères très fine et très précise ; cela donnerait à tous les ouvrages sans exception une bien meilleure chance de visibilité que tous les systèmes existants. Chaque auteur renseignerait lui-même la fiche de son ouvrage, d’où une grande simplicité de gestion.

    Or, il faudrait forcément valider les ouvrages pour lesquels leurs auteurs voudraient inclure le critère « qualité littéraire » (ce n’est qu’un exemple, le nom peut changer). Là, c’est plus complexe, mais pas infaisable : il faut un/des comité(s) de lecture composés d’auteurs, blogueurs, lecteurs, et pourquoi pas ensuite libraires et journalistes. Il y a parmi nous des pro ou ex-pro de l’édition tout à fait capables de lancer cette évaluation, et dont l’impartialité, le sérieux sont reconnus. Rien n’est facile, rien n’est jamais garanti à 100 %, mais il me semble que nous avons le devoir d’essayer. Car si certains auteurs ont trouvé leur public sur Amazon ou autre et s’en satisfont, des centaines, des milliers peut-être d’auteurs totalement inconnus écrivent des choses remarquables qui attendent leurs lecteurs, à la grande frustration des uns et des autres. Je trouve cela très injuste et très pénalisant pour l’indésphère toute entière.

    Je ne vois pas le rapport entre ce que tu me confies de tes goûts de lecture et l’impossibilité sous-entendue de monter un tel projet.
    Bien sûr, chacun a ses préférences. Il n’empêche qu’un lecteur confirmé, sans parler des pro de l’édition, peut évaluer impartialement la qualité d’un ouvrage, quitte à se désister quand il bloque sur l’un d’eux. Tu évoques Proust qui « te fait chier » ; mais ne me dis pas que tu ne saurais pas faire la différence entre un ouvrage dans le style de Proust et un autre qui commencerait par « Je vé vou racontai mon histoir qui et pasionente ». Et des ouvrages comme cela, si tu sors de tes cercles pour fouiller vraiment dans la production indé, tu vas en rencontrer des masses, y compris dans certains tops. Contrairement à quelques auteurs très remontés, je ne dis pas qu’on devrait empêcher ces ouvrages-là d’être publiés. Il y a des auteurs dyslexiques, d’autres qui n’ont pas accès à une bonne maîtrise de la langue, cela ne les empêche pas d’avoir le droit de s’exprimer. Simplement, ces ouvrages et ceux susceptibles de réjouir un lecteur exigeant ne doivent pas être mélangés sans aucune possibilité de « trier » selon ses attentes ; or c’est le cas actuellement, nul ne peut le nier. Il n’existe aucun moyen d’accéder directement aux ouvrages correctement écrits, et à eux seuls.

    Pour la mention de ton nom dans ma publication, tes interrogations (soupçons?) sont inutiles. Je n’ai pas tagué les interlocuteurs qui participaient déjà aux débats, voire au projet. Je t’ai taguée, toi, parce que je te posais une question (accepterais-tu de participer ?) et qu’il me fallait attirer ton attention pour avoir ta réponse. Je précise que je t’avais pas oubliée, toi ; j’avais oublié ce jour-là de te poser cette question avant de me déconnecter.

    J’ajoute que tu n’es pas « rien » : tu conduis une expérience d’association, et cela a son intérêt, incontestablement. Alors pourquoi t’étonner de mon invitation ? J’ai invité tous les « pionniers » à participer au projet s’ils le souhaitent.

    Dans le point suivant, tu fais bien sûr allusion au site de Shealynn Royan, mais tu t’es lourdement trompée sur mes motivations. Je n’ai pas du tout fait pression sur elle ! Je l’ai seulement prévenue qu’elle avait pris le même nom de domaine que celui de notre site, ce qui l’obligeait à s’en démarquer avec une faute d’orthographe volontaire (« lesauteursindépendant »). Je lui ai dit que cela risquait non seulement d’induire une confusion entre les 2 sites (et même entre 3 sites, comme tu le sais), mais de décrédibiliser son propre projet : un nom de domaine avec une faute d’orthographe, cela peut rebuter les visiteurs, me semble-t-il…
    J’étais bien placée pour soulever ce problème, car Alexy Soulberry, qui a déposé le nom de domaine de « notre » site plus vite que je ne l’aurais cru (donc avant que nous nous soyons concertés à ce sujet), avait pris presque le même que celui du site de Charlie Bregman, dont il ignorait l’existence. Je m’en suis excusée platement auprès de Charlie, et nous avons convenu de nous concerter pour la suite, mais cela n’enlève rien au dommage. D’où mon intervention auprès de Shealynn pour lui éviter de reproduire cette erreur.

    Je n’ai rien contre la multiplication des initiatives, bien au contraire. Si j’appelle à la création d’un portail de l’autoédition, c’est précisément pour que les auteurs et le public puissent accéder à toutes, sans en oublier aucune. Et j’espère toujours que de ce bouillonnement jailliront des initiatives conjointes. Seul un autre projet de « syndicat » ferait doublon et serait par conséquent contraire à l’intérêt des auteurs, qui doivent s’unir et non se fractionner face au monde extérieur ; d’où mon intervention sur ce point (à la demande des auteurs ; moi, je ne demandais qu’à passer la main).

    Si j’ai précisé que je fais tout cela sans but personnel, c’est parce que je ne suis pas naïve, et d’ailleurs toi non plus : il y a forcément des auteurs qui se disent que si je m’implique à ce point, c’est avec des arrière-pensées. Eh bien, non !

    Ta dernière réflexion me stupéfie. Je n’accuse personne de n’avoir rien compris, je ne cherche pas à convaincre les « contre » ; je ne fais que répéter inalassablement ce que je crois et ce que souhaitent beaucoup d’autoédités.
    Parce que malgré un an de débats ici ou là, les auteurs sont si nombreux, si éparpillés que lorqu’un opposant au projet de site-vitrine et de démarche qualité émet des arguments contraires, ceux qui les lisent peuvent se laisser convaincre que ces projets sont inutiles voire nuisibles, si on ne leur redonne pas l’autre son de cloche. D’où mon souci d’argumenter systématiquement en réponse aux critiques du projet. C’est cela, précisément, le débat d’idées…

    Tu dis que personne ne fera obstacle à ce projet s’il se réalise. Ce n’est pas une raison pour ne pas l’expliquer, le commenter, répondre à ses détracteurs. Cela me semble la moindre des corrections que de tout mettre à plat avant, je l’espère, une mise en œuvre aussi consensuelle que possible.

    Amitiés

    Elen

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