Suggestions à destination du gouvernement

Alors que le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve appelle sans relâche à “réguler Internet”, considérant le réseau comme un espace de non-droit où se radicalisent les esprits faibles et où les pires crimes se fomentent, (encore ce week-end, où des adolescents ont trouvé la mort en fabriquant des fumigènes artisanaux dont ils avaient trouvé la recette sur internet), il est temps pour chaque citoyen de prendre ses responsabilités et de mettre la main à la pâte.

Je tenais donc à apporter ma modeste contribution à la croisade au combat du gouvernement français en établissant une liste de suggestions dont la mise en œuvre pourrait, à mon sens, faire du monde un endroit meilleur. Bien sûr, nous devrons renoncer à certains comportements déviants et dangereux. Mais ainsi qu’aime à le répéter l’exécutif, il s’agit d’améliorer la Protection et la Sécurité. On ne peut pas prendre ce défi à la légère, d’autant qu’il suffit d’une banale promenade sur le web pour tomber sur les pires horreurs.

D’abord, interdire les pétards. Les pétards sont un danger pour nos enfants. Plusieurs pétards réunis, c’est une bombe en puissance. Imaginez les dégâts, surtout si nos chères têtes blondes ont la (très) mauvaise idée d’agrémenter leur engin de mort de projectiles type cailloux, boulons, oursins, Legos, etc. Mais cela ne suffit pas. Sur Youtube, on trouve des tutoriels pour fabriquer des pétards artisanaux à l’aide de têtes d’allumettes domestiques. Cela ne peut pas continuer. Ainsi je suggère l’interdiction des allumettes domestiques. Non seulement les allumettes autorisent n’importe qui à allumer un feu — les pyromanes en puissance sont donc libres de céder à leurs pulsions en toute quiétude —, mais leur transformation peut potentiellement donner lieu à de véritables catastrophes. Bien entendu, les auteurs de ces vidéos devront être sévèrement punis.

Mais les plateformes de partage de vidéos ne sont qu’une première étape. Sur internet, on trouve des sites terrifiants sur lesquels on peut se procurer un véritable arsenal. Il est temps de mettre fin à leur règne de terreur. À toutes fins pédagogiques, j’ai bravé l’interdit pour réaliser cette capture d’écran.

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Je sais, ça fait peur. Et il devient urgent que le gouvernement fasse le ménage sur le réseau (d’ailleurs, ils vendent également des aspirateurs sur ce même site, comme quoi tout se côtoie sur le réseau).

Un peu plus loin sur les interwebs, on trouve sans chercher très longtemps des produits chimiques extrêmement toxiques avec lesquels n’importe quel artificier amateur pourrait fabriquer le pire des engins explosifs, avec lesquels n’importe quel apprenti chimiste pourrait fabriquer des drogues dangereuses pour nos enfants.

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Certains sites proposent même, comble de l’horreur, aux internautes de se regrouper par centres d’intérêts ou par communautés (favorisant ainsi le communautarisme)  et de se rencontrer. Je ne voudrais pas vous effrayer, mais imaginez que cet outil tombe entre les mains de terroristes.

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Plus sérieusement : s’il demeure de la responsabilité de celui qui l’utilise d’utiliser un marteau pour enfoncer un clou ou la tête d’un passant, aucune technologie n’est neutre et Internet n’échappe pas à la règle. Un marteau est fait pour frapper, pas pour caresser. Ainsi, Internet est une gigantesque machine à communiquer, à partager l’information, à mutualiser les compétences et à mettre en réseau. C’est son essence, et la restreindre revient à la transformer en profondeur.

Quand un gouvernement dit vouloir réguler Internet, c’est la communication qu’il veut réguler. Les autorités détestent quand les individus échangent entre eux sans intermédiaire, c’est pourquoi elles cherchent à exercer leur contrôle sur le réseau. Quand le gouvernement parle de protection des données, de sécurité, il faut toujours adjoindre le suffixe « à notre profit » à la fin de la phrase. Contrôler la communication est une manière de gouverner. Mais ce n’est pas la plus honorable, loin de là, ni celle qui fait le plus confiance aux citoyens. Et quand un gouvernement n’a pas confiance dans sa population, pour quelle raison une population devrait-elle faire confiance à son gouvernement ?