Radius : le livre soluble dans le web

Ça fait quelques jours qu’avec les éditions Walrus nous entretenions le suspens au sujet de ce mystérieux Projet R — que nous pouvons dès maintenant commencer à appeler par son véritable nom maintenant que nous avons levé le voile, à savoir Radius — et c’est avec une joie sincère et un certain soulagement qu’avec les six auteurs engagés eux aussi dans ce travail de fou, nous démarrons l’écriture de notre premier web-livre.

Un web-livre ? Quid ?

J’ai déjà évoqué le sujet sur le blog de Walrus, mais un petit résumé ne peut pas faire de mal : un web-livre, c’est un livre sur le web, débarrassé des contraintes de format et d’accessibilité, qui a vocation à la finitude (dans un an, Radius aura atteint sa fin et sera “figé”) et à l’accès simplifié. C’est à la fois le contraire d’un .epub et son descendant logique. Et c’est, à titre personnel, l’un des futurs que j’ambitionne pour le livre.

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Dans l’aventure Radius, je quitte pour un temps mes habits d’auteur pour me consacrer à mes amours de jeunesse, le scénario : je suis davantage un maître de jeu qu’un écrivain ici, puisque je trace les grandes lignes que les six auteurs du projet devront suivre (ou pas). L’avantage, c’est que je suis le seul à déjà connaître la fin de l’histoire. L’inconvénient (ou plutôt le second avantage), c’est que je vais devoir y conduire mes compagnons et que j’ignore totalement les surprises que me réservent leurs personnages. Autant vous dire que ça va être sacrément fun, parce que c’est une écriture en temps réel !

L’histoire de Radius en quelques mots :

Quelques jours après les effroyables attentats du 11 septembre 2001, une mystérieuse boîte est envoyée à des destinataires éparpillés dans le monde entier et sans relation apparente. En l’ouvrant, ces derniers découvrent qu’ils sont désormais nantis d’un puissant pouvoir : le Radius. Ils peuvent ainsi tordre la réalité à leur convenance, dans un périmètre défini. Mais il y a autre chose dans la boîte : une liste, sur laquelle sont écrits les noms de tous les possesseurs du pouvoir… En dépit de leurs recherches, impossible de mettre la main sur le dernier. C’est comme s’il n’avait jamais existé.

Treize années s’écoulent. Mais alors que les tordeurs de réalité sont enfin parvenus à maîtriser leur pouvoir, d’étranges phénomènes naturels commencent à semer la panique sur la planète. Et si le dernier destinataire s’était finalement réveillé ?

Comme vous pouvez le constater, c’est une ambiance à la Heroes ou Lost que nous avons choisie pour ce projet. Je peux vous dire pour le vivre de l’intérieur que ça va être une sacrée aventure littéraire — oui, c’est un objet littéraire et j’entends qu’il soit considéré comme tel, ce pour quoi nous allons nous battre et travailler d’arrache-pied — et que pour les lecteurs comme pour les auteurs, Radius risque d’être une expérience mémorable. Vous comprenez maintenant pourquoi nous avions tellement hâte de la partager avec vous.

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Et puis derrière tout ça, il y a bien sûr une idée. Radius, c’est un défi à bien des niveaux. J’espère que nous aurons le plus de lecteurs possible, car ce que nous essayons de faire au quotidien avec Walrus demande du temps et de l’investissement, et que nous sommes très fiers de notre catalogue.  Mais nous espérons aussi que l’initiative sera reprise, diffusée et copiée, car c’est un moyen de promouvoir l’accessibilité et l’ouverture. On le sait tous, la guerre des formats conduit à une impasse, qui verra des intermédiaires déjà surpuissants (Amazon, Apple, etc) se renforcer encore. Sortir le livre de son carcan en proposant un accès direct dans le navigateur, c’est redonner le pouvoir de distribution aux auteurs et à leurs éditeurs. C’est aussi une manière de prouver que lire sur le web est possible. La preuve ? Vous êtes en train de le faire.

L’achat de Radius est possible dès maintenant sur radius-experience.com : 15€ jusqu’au 30 janvier (prix de lancement), 25€ ensuite. J’espère, tant sous ma casquette d’éditeur que sous ma cape d’auteur, vous y croiser bientôt.

5 réflexions sur « Radius : le livre soluble dans le web »

  1. Bonjour Neil,

    tout d’abord, bravo pour ce projet et bon courage à tous. Je trouve aussi nécessaire d’essayer de nouvelles choses par rapport au livre et à la narration, et le web me semble effectivement encore très peu exploité.

    Le pitch me plaît, l’ambiance du site aussi et la présentation pour la lecture, « standardisée », me semble efficace pour commencer. Par contre, je n’ai pas saisi assez rapidement la cohérence de l’agencement des vignettes correspondant aux chapitres… Les dates antérieures pour un projet annoncé maintenant m’ont troublé. Celles trop anciennes pour correspondre à des dates de publication m’ont ensuite mis la puce à l’oreille, mais je n’ai pas trop su par où commencer, d’autant que les pages ou les chapitres ou les billets accessibles gratuitement sont éparpillé(e)s… a posteriori, je comprends bien qu’il s’agit du moment dans l’histoire, mais ça reste un peu confus… D’un autre côté, je me dis que ça oblige le lecteur/visiteur à faire preuve de curiosité, à fouiller un peu, à retenir et à essayer de comprendre, ce qui n’est pas qu’un mal.

    Le premier texte (Cet hiver) ne m’a pas convaincu, je trouve qu’il manque de finition. Le dernier en revanche (Comme on naît, on fuit.) m’a semblé plus prometteur. Dans tous les cas, et quand bien même je souhaiterais vous soutenir, le prix est, en ce qui me concerne, prohibitif. Je comprends qu’il y a de nombreuses personnes impliquées et qu’il s’agit de mettre en place un projet viable, mais je le perçois malgré tout dans le spectre des prix du web et du numérique et ma barrière psychologique est largement enfoncée… D’autant plus qu’il s’agit d’un projet atypique si ce n’est pionnier, et que du coup, je ne suis sûr d’y trouver mon compte (je veux dire, je ne suis pas sûr d’y adhérer encore d’ici quelques mois : probable que je passe à autre chose, que j’oublie…). Bref, c’est très personnel, mais le repère du prix d’un livre standard ne me convient pas. Je suppose que j’aurais misé sur une participation libre, avec un minimum à 1 euro peut-être, de sorte que les curieux puissent participer sans se mouiller, et que ceux qui aiment complètement puissent soutenir carrément.

    Quoi qu’il en soit, c’est un projet excitant et j’espère (et je crois) qu’il vous apportera beaucoup. Je vous souhaite une bonne et tumultueuse création à tous.

  2. Je peux comprendre la barrière psychologique. Néanmoins, j’ai proposé l’année dernière mon projet Bradbury en souscription à 40€, donc Radius est moins cher comparativement. D’autant qu’il y a six auteurs ici, qui donnent de leur temps, de leur talent et de leur énergie, et qu’il ne s’agit pas de brader cet effort. Les prix du web ont été édictés par les majors, les industries, qui peuvent jouer sur la masse : pas par les indépendants. Nous vivons une vraie crise de la valeur, et ta remarque semble aller dans ce sens. Libre participation, pourquoi pas quand on est Radiohead ou Nine Inch Nails, j’adore le concept, mais pour un projet indé avec des auteurs inconnus, j’ai plus de doute. Pour ma part, je trouve ça tout sauf cher. 15 euros, c’est un repas dans une pizzeria, un midi, à Paris. C’est deux paquets de cigarette. Mis en perspective avec le travail de six auteurs, je trouve que c’est plutôt donné, et que ça permet justement de soutenir une création indépendante. Mais ce n’est que mon avis et je respecte le tien.

  3. Je veux pas faire mon ronchon, mais perso, le choix technique m’emmerde :/
    Là, on me propose pour 15€ / 25€ (un prix assez élevé par rapport à ce qu’on attend d’un livre numérique) un genre de livre numérique qui ne s’est pas du tout « débarrassé des contraintes de format et d’accessibilité » : devoir être connecté, c’est une sacrée grosse contrainte pour moi. Et elle n’apporte pas grand chose en contrepartie : si encore il y avait des hyperliens dans tous les sens, un maillage de sites, une mise en page osée appelant à du CSS3, mais non, c’pas le cas.
    Pour moi, c’est pas tant un web-livre qu’un livre numérique sous un autre formet et une autre distribution que l’epub. C’est d’autant plus couillon que le pitch et l’idée de l’écriture à trente mains me plaisent bien :/
    Ceci étant dit, j’espère quand même que ça va trouver son public et que ça encouragera Walrus à continuer les expérimentations - mais pas trop de public non plus, hein, j’ai pas envie que ça devienne la norme à cause de l’engouement 😛

  4. @Neil
    Je n’avais pas le courage de débattre par ici, dans les commentaires, mais cette question de la valeur, notamment de l’écriture et des écrits, est intéressante et importante. J’y apporte aujourd’hui des éléments de réponse dans une publication à part : http://terhemis.fr/decembre-2014-7 . Peut-être cela t’intéressera-t-il.

    Bonne fin d’année, et bonne continuation.

  5. Bonjour Neil,

    Bravo pour cette initiative, j’adore cette idée d’écriture à plusieurs mains, d’histoires qui s’entrecroisent sous forme d’un feuilleton à suivre ; tout simplement géniale. Deux petits regrets quand même, il doit y avoir moyen de faire plus avec html5 et CSS3 sur la forme pour coller au pitch (je suis pas un spécialiste de la chose non plus). Le plus important pour moi, l’absence d’un lien, bouton d’export vers epub /mobi pour pouvoir lire ça tranquille sur mon livre électronique, remarquez que j’y arrive quand même mais c’est bien compliqué pour rien du coup.

    Pour finir, 15/25 eur c’est très bon marché, je trouvais déjà le prix pour le projet Bradbury très honnête, alors ici avec plusieur(e)s auteur(e)s.

    Continuez !!

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