Racisme et littérature : faut-il « brûler » Lovecraft ?

Longtemps le mythe de Cthulhu n’aura été qu’une mythologie confidentielle, et son auteur, Howard Phillips Lovecraft, un sinistre inconnu. Aujourd’hui les choses changent, notamment en France où de nouvelles traductions, biographies, monographies, voient le jour. Mais Lovecraft est un phénomène global : films, séries, musique, jouets, jeux vidéo, de société ou de rôle… Les artistes qui s’en inspirent se comptent désormais par centaines, si bien que peu à peu l’impensable se produit : Lovecraft devient mainstream. Même les créateurs de Stranger Things parlent d’approche « lovecraftienne » pour la saison 2 de leur série à succès. Bientôt le « menu Azathoth » chez McDonald’s ?

Mais il y a un problème. Si la mythologie créée par Lovecraft est indubitablement un fait marquant de l’histoire des cultures de l’imaginaire du vingtième siècle – peut-être même le plus marquant –, il y a son racisme. Et on ne parle pas du petit racisme ordinaire, celui de la première partie de la vie de l’auteur. Même si le milieu social dans lequel il baignait, celui des bourgeoisies policées, manifestait en son temps un mépris plus ou moins sonore pour « les autres races », le mépris en question n’atteignait pas le stade que la haine de Lovecraft atteindra dans la deuxième partie de sa vie. Le cas Lovecraft implique que l’on parle d’un racisme dévorant, une obsession cannibale et titanesque.

Une haine ineffable…

Aux défauts des gens qu’on aime, on trouve toujours des excuses. Le manque d’argent par exemple, et l’inaptitude à s’adapter à un monde qui change. Quand on évoque Lovecraft, on parle volontiers du « gentleman de Providence », d’un homme « affable et réservé ». On ignore alors que derrière la façade, c’est de la pure détestation qui bouillonne – une vraie rivière de slime.

Marque d’étape importante de la « chronologie lovecraftienne », on parle souvent du séjour à New York, marqué par des déboires financiers, qui non seulement le confortera dans son racisme, mais l’exacerbera.

Michel Houellebecq n’est pas un saint en la matière, et ses romans sont souvent controversés pour les mêmes raisons (l’islamophobie, par exemple). On lui doit également l’une des meilleures biographies littéraires sur Lovecraft, comme quoi les infréquentables se retrouvent toujours. Il résume la situation :

« Et c’est à New York que ses opinions racistes se transformeront en une authentique névrose raciale. Étant pauvre, il devra vivre dans les mêmes quartiers que ces immigrants « obscènes, repoussants et cauchemardesques ». Il les côtoiera dans la rue, il les côtoiera dans les jardins publics. Il sera bousculé dans le métro par des « mulâtres graisseux et ricanants », par des « nègres hideux semblables à des chimpanzés gigantesques ». Il les retrouvera encore dans les files d’attente pour chercher un emploi, et constatera avec horreur que son maintien aristocratique et son éducation raffinée, teintée d’un « conservatisme équilibré », ne lui apportent aucun avantage. »

Lovecraft est assiégé. Ce monde n’est plus le sien : il s’en sent expulsé. Dès lors, son racisme commencera à virer au délire. S’il garde une certaine contenance en public – se contentant de « blêmir légèrement » en présence de personnes d’autres « races » –, c’est dans sa vaste correspondance que  l’auteur laisse libre cours à ses pulsions de haine. Lovecraft écrira à Frank Belknap Long :

« Les choses inorganiques qui hantent cet affreux cloaque ne sauraient, même en se torturant l’imagination, être qualifiées d’humaines. C’étaient de monstrueuses et nébuleuses esquisses du pithécanthrope et de l’amibe, vaguement modelées dans quelque limon puant et visqueux résultant de la corruption de la terre, rampant et suintant dans et sur les rues crasseuses, entrant et sortant des fenêtres et des portes d’une façon qui ne faisait penser à rien d’autre qu’à des vers envahissants, ou à des choses peu agréables issues des profondeurs de la mer. Ces choses – ou la substance dégénérée en fermentation gélatineuse dont elles étaient composées – avaient l’air de suinter, de s’infiltrer et de couler à travers les crevasses béantes de ces horribles maisons, et j’ai pensé à un alignement de cuves cyclopéennes et malsaines, pleines jusqu’à déborder d’ignominies gangrénées, sur le point de se déverser pour inonder le monde entier dans un cataclysme lépreux de pourriture à demi liquide.  De ce cauchemar d’infection malsaine, je n’ai pu emporter le souvenir d’aucun visage vivant. Le grotesque individuel se perdait dans cette dévastation collective ; ce qui ne laissait sur la rétine que les larges et fantomatiques linéaments de l’âme morbide de la désintégration et de la décadence… un masque jaune ricanant avec des ichors acides, collants, suintant des yeux, des oreilles, du nez, de la bouche, sortant en tous ces points avec un bouillonnement anormal de monstrueux et incroyables ulcères. »

Le passage fait clairement penser à ses « meilleurs » textes, non ? Pour ma part il m’évoque fortement la nouvelle Le Cauchemar d’Innsmouth, où des créatures hybrides et monstrueuses hantent un village du bord de mer. Sauf qu’ici Lovecraft ne parle pas de créatures surnaturelles – pas encore – mais bel et bien de la population « immigrée » (qui ne l’est pas ?) de New York. Et Houellebecq de reprendre :

« Cette vision hallucinée est directement à l’origine des descriptions d’entités cauchemardesques qui peuplent le cycle de Cthulhu. C’est la haine raciale qui provoque chez Lovecraft cet état de transe poétique où il se dépasse lui-même dans le battement rythmique et fou des phrases maudites ; c’est elle qui illumine ses derniers grands textes d’un éclat hideux et cataclysmique. »

On pourrait égrener les exemples à l’infini, qu’il s’agisse de s’émerveiller du fait que les États du sud interdisent aux « nègres » de se baigner à la plage – « Pouvez-vous imaginer des personnes sensibles en train de se baigner à côté d’une meute de chimpanzés graisseux ? » – ou d’appeler carrément à l’holocauste – « Alors, montrons notre puissance physique comme hommes et comme Aryens, accomplissons une déportation de masse à laquelle on ne pourra se soustraire et dont on ne reviendra pas. » Si sa fiction imagée ne suffisait pas, la correspondance de Lovecraft fourmille d’allusions haineuses aux « races inférieures ».

Mais certains ne sont pas d’accord pour placer le racisme au cœur de l’œuvre de Lovecraft : ainsi l’auteur S.T. Joshi, auteur d’une monumentale biographie de Lovecraft en deux tomes considérée comme l’une des plus complètes à ce jour, s’irrite souvent en interviews ou en convention qu’on fasse du racisme de Lovecraft un thème central pour comprendre son œuvre. Il considère qu’il faut le traiter comme quelque chose de mineur dans l’influence qu’il a pu avoir sur ses écrits :

« Un simple coup d’œil à mon Documents of American Prejudice (Basic Books, 1999) démontrera qu’en comparaison de l’épouvantable vitriol qu’on produisait de son temps, les mots de Lovecraft sont doux comme du shampoing pour bébé — et on pouvait en trouver dans des livres et des magazines très largement distribués, contrairement à la correspondance privée où l’on retrouve la majorité des conversations racistes de Lovecraft. »

Bien sûr, des gens ont dit des horreurs de tous temps. Ça ne les excuse pas. L’argument du tirage est assez faible – les journaux Minute ou Valeurs Actuelles, les romans de Soral, les essais de Finkelkraut sont bel et bien tirés à de nombreux exemplaires, ça ne rend pas leur contenu plus fréquentable. Quant à qualifier les débordements racistes de Lovecraft de « doux comme du shampoing pour bébés »

Je pense donc que les arguments de Joshi n’atténuent pas le racisme de Lovecraft, pas plus que l’époque ne l’excuse. Dès les années 20, de nombreux anthropologues se prononçaient déjà contre l’idée d’un racisme « scientifique » basé sur des critères purement biologiques. Lovecraft a choisi de les ignorer.

Joshi a lui aussi choisi : il a choisi le silence. Il évite certaines conventions de fans pour ne pas croiser de « Lovecraft haters » et n’évoque le sujet qu’avec réticence. Briser les idoles impies – un thème récurrent dans l’œuvre de Lovecraft – n’est pas chose aisée.

Le silence confortable

Aussi à une époque comme la nôtre où Lovecraft devient un phénomène de masse – et je vous mets mon billet que nous n’en sommes qu’aux débuts –, il faut, je crois, s’interroger sur la place qu’il occupera dans les années à venir, et aussi sur la manière dont nous l’appréhenderons. Il ne s’agit pas d’interdire Lovecraft, ou même simplement de ne plus le lire – même si je comprends de plus en plus que l’aversion à l’égard de l’auteur, à l’instar de Céline ou de Conrad, empêche toute entrée dans son univers. Il s’agit d’interroger la manière dont on peut le lire en conscience, si cette manière est encore possible.

Dans une interview parue dans le livre The Age of Lovecraft, l’auteur China Mieville formulait le problème de cette façon :

« Je compare toujours cela avec « Au cœur des ténèbres », car quelqu’un que j’admirais autrefois disait de ce roman qu’il était formidable « en dépit » (despite) du racisme de Conrad. J’ai alors pensé que la difficulté était de considérer qu’il s’agissait d’un formidable roman à cause de son racisme (because of it). Et je crois que basculer le point de vue de « en dépit » à « à cause de » est l’élément-clé quand il s’agit de réfléchir à ces questions.

Note : j’ai ici traduit « because of it » par « à cause de »,  et non pas « grâce à », même s’il me semble que les deux interprétations sont valables.

Force est de constater que les admirateurs de Lovecraft sont souvent, comme moi, des hommes blancs. Et que cette admiration sélective choque, comme par exemple l’autrice Ndedi Okorafor qui avait exprimé ses sentiments mitigés à l’idée de recevoir un « Howie », une récompense à l’effigie de Lovecraft attribuée lors de la World Fantasy Convention. La statuette a d’ailleurs depuis été modifiée. On ne pourra pas revenir sur le racisme de Lovecraft, mais il s’agit de ne plus minimiser son importance dans son œuvre, et d’en tirer les conséquences. J’ai aimé Lovecraft comme on peut parfois aimer un premier amour adolescent – passionnément et totalement, sans la moindre nuance, et avec une certaine propension à passer sous silence certains aspects de son processus créatif. J’en ai même fait un personnage secondaire dans certaines histoires. Mais Lovecraft n’était pas un héros et il ne mérite pas de l’être. Plus aujourd’hui. Aussi je m’en veux d’avoir évacué un peu facilement – et par manque d’expérience et donc de rigueur sans doute – ce pan entier de sa biographie, qu’il est commode d’ignorer. Et c’est facile pour une bonne et simple raison : quand le problème ne nous concerne pas – nous, le lecteur blanc, la lectrice blanche –, c’est facile de le glisser sous le tapis.

Et même si l’on faisait l’effort surhumain d’ignorer son racisme pour garder intact le plaisir de le lire, on pourrait consacrer un second article à la misogynie de Lovecraft. Il ne serait peut-être pas aussi fourni, mais on pourrait y caser de belles pépites (les personnages féminins n’apparaissent quasiment jamais chez Lovecraft – sauf à être en réalité des créatures immondes et visqueuses déguisées en humaines).

Rien à sauver ? Peut-être que si. Les inconditionnels diront qu’il était un homme charmant avec ses amis, et qu’il faisait tout pour leur venir en aide. Vous avez remarqué comme on se raccroche à ce qu’on peut ? On insiste parfois sur le fait que tel ou tel salaud aimait son chien, son chat, ses amis, sa mère, comme pour leur conférer un humanisme retrouvé, comme pour compléter un puzzle incomplet – parce qu’une telle haine nous est insupportable et incompréhensible. Lovecraft était sans doute une crème, mais cela l’excuse encore moins.

Oui, ignorer est parfois la solution de facilité. Parce qu’on aime quelque chose ou quelqu’un, on renâcle à y renoncer. Il faut peser les pour et les contre. Si les pour l’emportent, il faut savoir ce que l’on accepte, et inversement si les contre l’emportent, il faut savoir à quoi on renonce. Lovecraft est aujourd’hui une pierre angulaire des cultures de l’imaginaire. Fini le temps où il était considéré comme un écrivaillon mineur : son seul nom fait vendre, c’est une véritable idole. « Kill your darlingskill your darlings, even when it breaks your egocentric little scribbler’s heart, kill your darlings », disait Stephen King, lui-même admirateur de Lovecraft. Mais qui ne l’a pas été ?

Séparer l’œuvre de l’artiste ?

Alors… peut-on séparer l’œuvre de l’artiste qui l’a conçue ? Question difficile, à laquelle je ne peux qu’esquisser des pistes de réflexion. On ne peut pas renier l’héritage colossal de Lovecraft : c’est un éléphant dans un magasin de porcelaine. Doit-on pardonner ses travers au génie – parce que d’aucuns diraient qu’il est bien question de génie ? Non, évidemment que non. On commente avec les codes de son époque. Et l’époque, justement, veut qu’on mette en lumière la haine pour mieux la dénoncer. On ne peut pas séparer le fait artistique du fait social et politique, car l’un engendre l’autre – et ce n’est jamais le même.

Je ne sais pas pour vous, mais savoir – non seulement savoir, mais conscientiser – que les passages les plus marquants de Lovecraft dérivent directement d’une pure folie raciste me reste en travers de la gorge. J’ai le sentiment d’avoir tu quelque chose d’inacceptable, et de l’avoir fait par confort – parce que j’aime tellement ce panthéon, cette imagerie, qu’il m’est difficile d’y renoncer de cette manière. Fort heureusement l’horreur cosmique est un genre désormais, qui n’est plus le seul apanage du « Maître » – un surnom qui ne lui colle plus vraiment à la peau de mon humble point de vue.

Il est important de comprendre cela : nous devons juger nos prédécesseurs non pas à l’aune des usages et des lois de l’époque, mais à ceux de nos contemporains. Ces derniers jours un exemple frappant vient le souligner, avec le film Gauguin - Voyage de Tahiti, qui fait l’impasse sur la pédophilie manifeste du peintre. Ce qu’il faut comprendre, c’est que nous vivons une époque de bouleversement sociologique. On peut s’en réjouir comme le regretter, le propos n’est pas là : cette époque est la nôtre, qu’on le veuille ou non, et la soif de réparation et de justice est immense – à raison. Le passé a eu sa chance, le futur l’aura à son tour, seul le présent nous importe et le présent est là, à la porte, et il demande qu’on l’écoute. À mon sens (et qu’il s’agisse des luttes antiracistes, féministes, éducatives, véganes, antifascistes, anticapitalistes, etc), c’est tout ce qui importe. Notre raison devrait déclarer Lovecraft persona non grata. Pourtant il est partout et pour longtemps, par amour de son art – un art aussi putride et répugnant que les créatures inhumaines qu’il décrit dans ses nouvelles.

Faut-il condamner Lovecraft à l’oubli ? Je ne le crois pas, pas plus qu’il ne faut « brûler » Céline ou Conrad. Mais le lire avec distance et esprit critique, en renonçant à cette « innocence » invoquée par certains défenseurs mais qui n’est excusable que lorsqu’on est enfant ou adolescent, et certainement pas adulte ? Oui, sans aucun doute. Et reconnaître enfin que c’est parce qu’il était un raciste maladif qu’il nous a laissé cette prose : ce sont ses propres sentiments de détestation qui ont pris le stylo et écrit ses meilleures lignes à sa place. Mais en ce cas, comment trouver la force de le lire encore ?

Quant à repenser la place qu’il occupe dans notre culture populaire – sans doute le défi le plus immense –, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir.


Note du 06.10.2017 : pour celles et ceux que ça intéresse, j’ai répondu à certains commentaires (pas les insultes, d’autres) dans un nouvel article : Peut-on séparer l’artiste de l’œuvre ?

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Illustration d’en-tête : Juan Calle – tous droits réservés ©

37 réflexions sur « Racisme et littérature : faut-il « brûler » Lovecraft ? »

  1. J’ai toujours eu un peu de mal à suivre les gens qui mettent autant d’importance dans l’auteur d’une œuvre de fiction. Personnellement les cas d’œuvres que j’ai lu/vu/etc parce que je savais quelque chose de l’auteur. Je veux dire par là autre chose qu’un nom rattaché à une autre œuvre que j’ai apprécié, qui effectivement est incitatif mais pas du fait de la personne de l’auteur, juste parce qu’on s’attend trouver dans ses autres œuvres des qualités comparables à celles qu’on connait déjà.

    C’est évidemment beaucoup moins vrais pour d’autres types d’œuvres, notamment politique où la personnalité de l’auteur et ses idées ont forcément leur importance. Mais pour de la fiction, en règle générale, je me fiche assez fortement de ce qu’a pu faire ou être l’auteur par ailleurs. Au mieux ça peut piquer ma curiosité quand je tombe dessus mais ça s’arrête là (et j’oublie souvent l’information assez vite).

    En fait il n’y a guère que des auteurs que j’ai croisés sur le net et avec qui j’ai pu échanger à l’occasion, genre toi, Thierry Crouzet ou Martin Page dont j’ai lu quelques romans que je n’aurais probablement jamais lu sinon. Autrement mes choix en terme de fiction se font sur l’œuvre (ou l’aperçu que j’en ai : couverture, résumé, critiques, etc), l’auteur n’ayant d’importance lors du choix (comme dit plus haut) que si j’ai déjà apprécié ou au contraire pas du tout l’une de ses œuvres.

    NB : je dis pas tout ça pour défendre Lovecraft, hein : j’ai lu un seul bouquin de lui, l’an dernier, et modérément accroché même si je suis allé jusqu’au bout parce qu’il restait intéressant notamment par l’ambiance assez différente de ce que j’ai l’habitude de lire. Donc ce qu’on peut penser de lui me laisse assez indifférent ^^

  2. Je pense qu’on ne peut pas déconnecter un oeuvre de son auteur, les exemples montrant comment la vie d’un écrivain peut influencer son oeuvre son nombreux, et il n’est pas nécessaire, je pense, de faire une liste.

    Et justement, je pense que Lovecraft mérite ce traitement car, comme tout homme, il n’était pas unidimensionnel. Se baser uniquement sur la bio de Houellebecq est à mon sens une erreur : ce travail est très partial et est autant un reflet de Lovecraft que de Houellebecq qui a glissé dedans pas mal de choses qui lui trottaient dans la tête. La vraie source à étudier, c’est l’abondante correspondance de Lovecraft et surtout son évolution.

    On peut en effet trouver, vers la fin de sa vie, un début de repentance vis à vis de ses positions racistes. Lovecraft a évolué et on pourrait imaginer que s’il avait survécu, son oeuvre aurait pris une toute autre direction. Ce changement de course peut d’ailleurs légèrement se voir si on lit son oeuvre dans l’ordre chronologique. Il reniait d’ailleurs L’horreur à Red Hook sur la fin et se repentait de l’avoir écrit.

    Bon, le problème dans tout cela, c’est que tandis qu’il cessait de haït les afro-américains, il commençait à trouver Hitler intéressant (rappelons que Lovecraft est mort en 1937). Le regretté Roland C. Wagner avait d’ailleurs pris pour point de départ d’une de ses nouvelles la repentance de Lovecraft en imaginant sa survie, cf HPL (1890-1991).

    Que ces questions se posent aujourd’hui, alors que globalement 80% des créateurs de film / séries / jeux vidéo etc se réclament de Lovecraft semble logique. Mais cela me surprend quand même car le racisme de Lovecraft a été longuement documenté par le passé, grâce au travail de S.T. Joshi, par exemple. On sait que Lovecraft était raciste. Personnellement, quand j’ai découvert son oeuvre au collège, c’est l’une des premières choses que j’ai appris sur lui et étant moi-même métis, j’ai pu prendre le recul nécessaire sur son oeuvre et l’apprécier quand même.

    Du coup, je suis un peu embêté devant cette note de blog. J’ai l’impression qu’on fait marche arrière en se posant des questions déjà débattues depuis longtemps. Peut-être est-ce mon intérêt particulier pour l’oeuvre lovecraftienne que j’apprécie beaucoup depuis maintenant de longues années qui fait que je suis passé par cette étape il y a pas mal de temps. Et que ça me fait bizarre alors que Lovecraft est mort il y a 80 ans qu’on le juge avec les critères moraux d’aujourd’hui, comme si cela était naturel.

    J’espère que mon propos a été clair, j’écris ça alors qu’il est très tard (ou très tôt).

  3. Je reviens rapidement pour inciter tout le monde intéressé par Lovecraft à jeter une oreille à la semaine consacrée à Lovecraft par l’émission La Compagnie des Auteurs, sur France Inter. De mémoire, c’est passé l’année dernière, et c’était assez complet. L’émission abordait la question du racisme de Lovecraft, si ma mémoire est bonne.

  4. Ah, vaste sujet, hein ?
    Mais les positions de Lovecraft informent en effet terriblement son œuvre. la peur de l’étranger y est partout.

    Mais si l’on veut envisager Lovecraft dans sa totalité, de façon holistique, on ne peut pas séparer son racisme de son affectation de gentleman. tout cela se résume, d’une certaine façon, à la crainte du déclassement d’une moyenne bourgeoisie réac. La dégringolade sociale de la famille Phillips et la peur d’être réduit à la pauvreté sont indissociables d’une sorte de racisme de classe qui prend une forme virulente au moment où ses faibles moyens l’obligent à s’installer au fin fond de Brooklyn, dans un quartier pauvre et cosmopolite : il se retrouve pour la première fois confronté à la réalité de son déclassement et se retrouver parmi des gens qu’il est conditionné à mépriser (rappelons que pour HPL, l’abandon du port de la perruque poudrée avait été la salve de base de l’effondrement civilisationnel) . Alors expliquer n’est pas excuser, on est bien d’accord, mais ce racisme du déclassé (ou de celui qui craint le déclassement) est archétypal des formes de racismes qui trouvent à s’exprimer de nos jours, dans notre société. étudier Lovecraft sous cet angle est très éclairant, je trouve. (ce qui est intéressant, par contre, par rapport à nos contemporains, c’est sa fascination pour les Arabes, qu’il partageait avec le Capitaine Burton) (fascination qui, dans le cas d’HPL, relevait d’un rapport aussi fantasmatique que son racisme, d’ailleurs)

    sur sa fascination pour le fascisme italien puis pour le nazisme, il est intéressant aussi de voir les échanges qu’il a eu à ce sujet avec Robert E. Howard (et dont Patrice Louinet a publié une partie récemment). REH (pourtant tout à fait capable de racisme lui aussi) est horrifié par les positions d’HPL et argumente, des arguments qui parfois semblent porter. sauf qu’en effet, comme ça a été souligné plus haut, la mort les a emportés tous les deux à un an d’intervalle, et nous n’aurons donc jamais le fin mot de cette évolution qui semblait se dessiner (qui, restant de l’ordre de la potentialité, n’a ici aucune vertu rédemptrice, soyons clairs).

    voilà, c’étaient deux ou trois considérations en passant, cherchant à éclairer certains points…

  5. Ce qui me gêne un peu avec cette question, c’est qu’elle suppose que l’on est censé tout connaître des auteurs des œuvres dont on profite. Je n’ai pris connaissance du racisme de Lovecraft que cette année et je n’en sais pas plus que ce que tu présente dans cet article, du coup je pouvais me permettre de louer son imaginaire l’an dernier mais plus maintenant ? Quand je lis quelque chose d’un auteur encore inconnu, je dois absolument me renseigner à son propos pour vérifier qu’il n’avait pas de défaut rédhibitoire ?

    Je parle bien de profiter d’un imaginaire, pas de la personne qui a écrit cela. Je n’ai lu que peu d’écrits de Lovecraft par manque d’affinité avec ses histoires, mais je n’y ai pas vu de racisme ou d’incitation au racisme. J’ai vu une représentation de l’horreur qui parlera différemment à chacun. Cette horreur était inspirée à Lovecraft par de tristes raisons mais elle représentera autre chose pour ses lecteurs. C’est une horreur qui entre en résonance avec nos propres craintes de sorte que chacun y voit ce qui lui parle le plus, les écrits présentent des émotions mais pas leurs causes profondes. Une oeuvre se fait toujours réapproprier par son public à travers tous ses non-dits.

    Donc saluer Lovecraft, non. Saluer ses récits et l’inspiration qu’il a générée, oui car ils autorisent une interprétation assez libre pour ne pas être dérangeants (pour ceux que j’ai lus)

  6. Peut-on distinguer l’oeuvre de l’auteur, en gros ? Il existe plusieurs artistes (chanteurs, comédiens, ou auteurs) dont j’apprécie le travail et les oeuvres, mais dont j’exècre la personnalité. Est-on obligé d’associer les deux ?
    C’est d’autant plus étrange que ce soit toi qui aborde la question, quand tu remets si souvent en question l’Ego des auteurs et « l’appartenance » de leurs œuvres, ce côte « propriétaire ». L’appel de Cthulhu serait-il meilleur ou moins bon s’il était anonyme et s’il n’y avait pas le nom de Lovecraft sur la couverture ? Doit-on juger la qualité littéraire d’un texte à l’aune de la personnalité de l’auteur ? Doit-on remettre en question l’oeuvre d’un artiste si on découvre demain qu’il est un pédophile avéré (ou au contraire, que sais-je, un ancien héros de guerre) ? Je suis très partagé sur la question. Après tout, dans la très large majorité des cas, je ne connais rien des auteurs que je lis. Bien entendu, il en va différemment pour les chercheurs qui étudient l’oeuvre d’un auteur : il est alors important de connaître l’auteur qu’on étudie, et de comprendre en quoi sa personnalité transpire dans son oeuvre ou l’influence… mais ce n’est pas une question de lecteur, il me semble.

  7. Rien n’excuse le racisme. Ce qui compte désormais, c’est de lire Lovecraft en connaissance de cause - il faudra se passer de l’admirer comme on admire un auteur qu’on aime et qui devient une sorte de héros - ou ne pas le lire.

  8. Wow. Ce n’est pas un article que je m’attendais à lire le jour où j’ai découvert, au hasard de Wikipédia, le paragraphe sur le racisme de Lovecraft !

    Alors que dire.

    D’un côté, on peut voir le racisme de Lovecraft comme une connaissance super pratique pour l’analyse d’où viennent les idées marquantes de son œuvre. Ce n’est plus du racisme actif qui va activement faire du mal aux non-blancs - il y a certes un manque de représentation, mais il est à compenser sur l’ensemble de la littérature. Si Lovecraft était vivant avec ces mêmes idées, on ne voudrait pas l’inviter sur un plateau-télé des fois qu’il « déraperait », mais il est mort. Il ne peut plus faire de mal à personne, et c’est déjà ça.

    D’un autre côté, ça fait chier de donner l’immortalité littéraire à ces idées quand on y est fortement opposés, pas vrai ? Mais comme tu dis, l’horreur cosmique est devenue son propre genre avec des productions qui vont d’un bout à l’autre du spectre politique. Ce n’est pas très difficile d’imaginer une histoire où une femme noire lesbienne devrait lutter contre l’invasion des Grands Anciens, et ça ne donne même pas l’impression d’être la trahison aux idées de Lovecraft que c’est ! 😀

    Donc ouais, faire passer l’horreur cosmique avant le nom de Monsieur Bricolage d’Amour semble la bonne idée. « J’aime beaucoup l’horreur cosmique : ces histoires où un humain est dépossédé du contrôle qu’il croit avoir sur son existence par des êtres qui dépassent l’imagination, viennent parfois de notre passé lointain, du fond de l’espace, d’une autre dimension ou de notre propre esprit. » (Je sais que j’en donne une définition réductrice, je ne suis pas moi-même fana du genre, c’est histoire de causer.) Plutôt que : « Ah ouais j’adore le JDR de Lovecraft. »

    PS : J’avais fait un sketch audio sur le sujet du « peut-on apprécier un bouquin en sachant ce que l’auteur avait dans la tête ». Il est là, si ça amuse quelqu’un. Feel free to ignore the ad. https://dl.dropboxusercontent.com/s/5h5bts3dp2gkxm7/ocnevroth.mp3

  9. Dans le même article Wikipedia, on lit aussi, de S.T. Joshi : « on ne peut pas nier la réalité du racisme de Lovecraft ni simplement se contenter de le qualifier de typique « pour son époque » car il apparaît que l’auteur avait un point de vue très prononcé sur la chose. Il est par ailleurs inepte de nier l’influence de son racisme sur son œuvre ».

  10. J’ai un peu réfléchi à la question hier après notre échange sur Twitter. Tu soulignais ton malaise vis à vis de la quasi-déification d’un auteur au positions aussi détestables, et c’est peut-être le cœur du problème. Lovecraft n’a pas vraiment connu de succès littéraire dans sa vie, tout au plus une certaine estime chez certains de ses pairs. Sa notoriété a explosé bien après sa mort, avec la réédition de ses œuvres mais surtout la horde de suiveurs qui ont construit le « mythe » (qui n’existe pas dans ses textes à part quelques inter-références nébuleuses).

    Puis, il y a eu le jeu de rôle, etc, etc.. Du coup Lovecraft est devenu une sorte de simili marque commerciale avant d’être un auteur étudié et disséqué et tout le monde se trouve bien embêté de voir émerger de sous ce folklore imaginaire un type aux positions peu ragoutantes. C’est comme si Céline, anonyme, avait signé un bouquin qui serait devenu populaire dans les années 80 sous forme de feuilleton télévisé et que l’on se rendait compte après coup que le bonhomme avait aussi signé Bagatelles pour un massacre… Malaise.

    Personnellement j’ai découvert ces questions avant de lire HPL, et j’en suis heureux parce que j’ai pu ainsi voir un peu plus clair dans ce marasme. J’ai fait mon opinion en lisant les Contrées du Rêve. On y trouve des textes d’une xénophobie infâme (Polaris) et d’autres qui reflètent une curiosité débridée pour l’ailleurs (La Quête onirique de Kadath l’Inconnue). Je pense que cette curiosité n’a jamais vraiment pu dépasser ce carcan aristocratique qu’il prétendait tenir par héritage.

    D’où l’importance d’un appareil critique à ses œuvres. Je suis assez sidéré de voir qu’encore aujourd’hui, des gens lisent Lovecraft sans connaître ses positions. C’est une bonne chose de se confronter à des auteurs de ce genre, on ne peut pas se former une pensée critique sans une ballade dans les dédales un peu marécageux de la littérature. Je disait plus tôt que Lovecraft avait été lissé, et peut-être est-ce une bonne chose (si les lecteurs sont au courant de ses positions). Ça signifie qu’on peut trouver dans une œuvre bien plus que la somme de son seul créateur.

  11. C’est un truc que je dois te reconnaître : aborder le problème frontalement sans céder au déni dans un sens ni dans l’autre. Accueillir la complexité de ce type de sujet est une preuve de discernement et d’intelligence. Je pense qu’on en manque pas mal, sur Internet comme ailleurs, et donc je t’en remercie.

    Après, Lovecraft n’a pas laissé « que » ses descriptions hallucinées de monstres abominables inspirés de son racisme. J’en retire aussi des questionnements (présentées comme des affirmations chez lui) sur la place de l’homme dans l’univers, et une forme de nihilisme antireligieux assez intéressante. Et pour le coup, je ne suis pas sûr que ça soit lié à son racisme.

    Les fleurs du mal sont l’une des oeuvres les plus misogynes qui soient. Et pourtant, elles ne sont pas « que » ça.

  12. Je reviens là dessus mais j’ai du mal à croire qu’il faut impérativement connaître la fiche wikipédia d’un auteur avant de s’aventurer à le lire. Cela donne l’impression que ses idées nous « contamineraient » si l’on n’était pas avertis de leur présence, comme s’il était impossible autrement d’avoir du recul sur ce qui était écrit. Il y a certainement des salauds parmi les auteurs qu’on adule dont les méfaits n’ont pas été mis à jour. Si ces problèmes n’ont pas été repérés c’est bien que leurs œuvres ne transmettent pas ces idéaux ou laissent une marge d’interprétation suffisante pour être inoffensives. Je doute que l’on devienne raciste par la lecture de Lovecraft (là encore je n’ai pas lu beaucoup de ses écrits, des contre-exemples peuvent m’échapper)

    Pour prendre un exemple inverse, il y a bien des récits dont ont peut faire une interprétation détournée de l’intention initiale de leurs auteurs. C’est très facile de décrire Alien comme un film anti-immigration et certains critiques se sont étranglés devant Aliens car ils y voyaient une glorification du génocide, alors que les xenomorphes n’ont probablement pas été pensés pour incarner la peur de l’étranger. Si on découvrait que les auteurs de Alien sont racistes, on ne pourrait effectivement plus le regarder comme avant. Dans le cas de Lovecraft je n’arrive pas à associer la peur qu’il essaie de me faire ressentir avec la peur des personnes de couleur, c’est trop vague pour que cette vision de l’artiste s’impose à moi. Les lecteurs se réapproprient toujours ce qu’ils lisent.

  13. Pardon mais je comprends pas cette obsession. Qu’a fait Lovecraft, en fin de compte ? On n’a pas découvert qu’il avait participé à des lynchages racistes, juste qu’il écrivait, dans sa correspondance privée et dans son journal privé, des choses totalement délirantes, qui tiennent plus de la psychose hallucinatoire que du racisme culturel classique. Certes, c’est pas beau, ça fait pas plaisir. Mais en quoi est-ce que ça pose problème quand on lit La couleur tombée du ciel ? Ou même Innsmouth ? Il faudrait un « appareil critique » pour encadrer ces textes là ? Mais pour quelle utilité ? Je suis comme Tchetchaff : racisme ou pas, de toutes façons c’est insensible dans ses nouvelles, et il faudrait être naïf pour croire qu’on risquerait de devenir raciste en le lisant.

    Alors encore une fois, où est le problème ? Et où est le problème à lire Voyage au bout de la nuit ? Qu’est-ce qui vous gêne ? Ou bien vous ne voulez pas risquer de vous sentir admiratif d’une oeuvre produite par un homme que vous considérez comme un salaud ? Ca je le comprends (c’est d’ailleurs ce que tu sembles dire, mais d’autres sont moins précautionneux que toi). Mais insister sur le fait qu’il FAUT savoir qui était Lovecraft, quelles étaient ses positions politiques et philosophiques avant même d’entamer la lecture de la moindre de ses nouvelles, comme si on approchait d’un contenu hautement subversif, ouvertement raciste et susceptible de perturber la paix civile… C’est la meilleure façon de censurer l’oeuvre de Lovecraft en feignant de ne pas le faire.

    Et pour finir, je trouve que le titre « faut-il brûler… » ne manque pas de piquant : c’est probablement à une époque assez proche de la nôtre que ce vieux réactionnaire de Ray Bradbury a eu l’idée d’écrire Fahrenheit 451. Bradbury dont il faudrait également examiner le positionnement politique à l’aune de nos valeurs contemporaines, puisqu’il mettait dans la bouche du méchant de son roman la justification suivante à la censure généralisée de la littérature :

    «Vous devez comprendre que nous ne pouvons pas nous permettre d’inquiéter et de déranger nos minorités. Les Noirs n’aiment pas Little Black Sambo. Brûlons-le. La Case de l’Oncle Tom met les Blancs mal à l’aise. Brûlons-le. Quelqu’un a écrit un livre sur le tabac et le cancer des poumons ? Les fumeurs pleurnichent ? Brûlons le livre. La sérénité, Montag. La paix, Montag. A la porte, les querelles. Ou mieux encore, dans l’incinérateur. »

  14. Désole pour mon très long commentaire mais, une fois n’est pas coutume sur cet excellent blog, il me semble que cet article est un faux-débat, qui relève plus de la culpabilité qu’autre chose.

    De plus, réduire HPL a cette dimension raciste est pour moi une erreur colossale. J’avais écrit un article à ce propos :
    https://escroc-griffe.com/2014/09/12/lettres-de-1929-juillet-a-decembre-howard-phillips-lovecraft/

    Je ne prétends pas avoir raison, mais je pense que cet auteur est un homme infiniment plus complexe que ce qu’on imagine, et pour moi le réduire à cet image de blanc raciste déclassé est profondément injuste, car par certains aspects il était également en avance sur son temps, pour ne pas dire visionnaire, comme je l’explique dans mon article. Un extrait d’une lettre à Robert E Howard pour le prouver :

    « Vous vous étonnez que je dise que les hommes “civilisés” essayent toujours de justifier leurs exactions, pillages et massacres en déclarant qu’ils agissent dans l’intérêt de l’art, du progrès et de la culture. Que ce simple constat vous surprenne m’étonne et me surprend. Ceux qui se targuent d’appartenir à une civilisation supérieure ont toujours déguisé leur rapacité avec de tels arguments.

    Vous dites que certaines guerres sont déclarées afin de défendre la civilisation. Pouvez-vous m’en citer une récente ? La guerre du Mexique, où une culture latine a été remplacée par une culture anglo-saxonne en certains endroits ? La guerre de Sécession où une oligarchie agraire a été broyée par une oligarchie industrielle ? La guerre entre l’Espagne et les Etats-Unis dans laquelle nos capitalistes se sont emparés d’une île pour s’approprier ses richesses en sucre ? Ou alors était-ce la Guerre Mondiale dans laquelle les Allemands ont massacré à tout va pour étendre leur Kulture, tandis que les alliées combattaient eux afin « de faire de la planète un endroit plus sûr pour la démocratie » (et au passage protéger les investissements européens de Wall Street.) ? Ou alors, est-ce le conflit actuel en Afrique ou les Ritals sont en train de civiliser ces ignorants d’Ethiopiens à coup de gaz mortels et de balles dum-dum ? J’ai du mal à comprendre votre étonnement parce que les civilisés ont toujours professé les motifs les plus nobles pour justifier leurs atrocités les plus infâmes….

    Votre ami Mussolini en est un exemple frappant. Dans la traduction de ce discours que j’ai écouté, il parlait avec emphase de l’expansion de la civilisation. Il a déclaré a plusieurs reprises que « l’épée et la civilisation marchaient de concert ! » ; « Où que soit brandi le drapeau italien, ce sera un symbole de civilisation ! », « l’Afrique doit rentrer dans le giron de la civilisation ! »
    Ce n’est pas, bien sûr, en raison d’un quelconque but égoïste qu’il a envahi un pays sans défense, bombardant, brûlant et gazant combattants et non-combattants sans distinction par milliers. Oh que non ! selon ses déclarations, tout cela était dans l’intérêt de l’art, de la culture et du progrès, tout comme les seigneurs de guerre allemands étaient bien déterminés à apporter à un monde ignorant les bienfaits de la Kulture Teutonne, par le feu, le plomb et l’acier.
    Jamais au grand jamais les nations civilisées n’ont de motifs égoïstes pour massacrer, violer et piller ; il n’y a que les barbares pour faire cela. Lorsque les Belges ont mutilé plusieurs milliers de nègres du Congo, c’était là aussi pour défendre la civilisation. Lorsque l’Allemagne a pénétré les frontières belges sans défense, c’était là aussi pour protéger la civilisation, dont ils étaient les représentants. Mais les alliés eux aussi défendaient la civilisation. Dans ce carnage, chaque camp proclamait être le seul défenseur de la civilisation.
    Vous dites que « les fruits de la civilisation doivent être préservés à tout prix ». Qui donc voudrait s’emparer de ces fruits ? Les Ethiopiens ? »

    Source : Patrice Louinet, un des spécialistes de HPL
    http://www.actusf.com/forum/viewtopic.php?p=22249#22249

    De manière générale, je trouve triste de vouloir juger l’artiste, et non son oeuvre. A ce moment il faudrait arrêter de lire bien des auteurs ! Morceaux choisis :

    « Quoi qu’en général les Nègres aient peu d’esprit, ils ne manquent pas de sentiment. » Diderot (Encyclopédie, 1772)

    « Dire que les Égyptiens, les Perses, les Grecs furent instruits par les juifs, c’est dire que les Romains apprirent les arts des Bas-Bretons. » Voltaire (Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, 1753)

    « Les femmes ressemblent aux girouettes, elles se fixent quand elles se rouillent. » Voltaire (Le Sottisier, paru post-mortem en 1883)

    « Il n’est permis qu’à un aveugle de douter que les Blancs, les nègres, les albinos, les Hottentots, les Chinois, les Américains ne soient des races entièrement différentes. » Voltaire (Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, 1753)

    « La femme a tout contre elle, nos défauts, sa timidité, sa faiblesse. » Jean-Jacques Rousseau

    « C’est à regret que je parle des juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre. » Voltaire (Le Dictionnaire philosophique, 1769)

    « L’amour a été inventé par les femmes pour permettre à ce sexe de dominer, alors qu’il était fait pour obéir » Jean-Jacques Rousseau

    « Les Blancs sont supérieurs à ces Nègres, comme les Nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres. » Voltaire (Traité de métaphysique)

    « Nous n’achetons des esclaves domestiques que chez les Nègres ; on nous reproche ce commerce. Un peuple qui trafique de ses enfants est encore plus condamnable que l’acheteur. Ce négoce démontre notre supériorité; celui qui se donne un maître était né pour en avoir. » Voltaire (Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, 1753)

    « On ne peut se mettre dans l’idée que Dieu, qui est un être sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir. […] Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous mêmes chrétiens. » Montesquieu (De l’esprit des lois, 1748)

    Est-ce que, pour autant, il faut renier ces intellectuels des « Lumières » et arrêter de les lire ? Bien sûr que non.

    La littérature transcende les questions morales.

    On peut être africain et aimer l’oeuvre de Lovecraft, de la même façon qu’on peut être juif et apprécier la musique de Richard Wagner… encore heureux ! Il n’est pas interdit d’apprécier une oeuvre, tout en ayant une certaine distanciation sur l’auteur ou un contexte historique. Parallèlement, rien ne nous empêche, en tant que citoyen (et même artiste si on écrit) d’avoir un engagement humaniste contre cette abomination qu’est le racisme. Dans une de mes critiques, j’ai eu des mots assez durs pour Orson Scott Card, et son best-seller, « la Stratégie Ender ». Dans son livre, les Juifs sont aux postes clefs, les Français ne sont que des « séparatistes arrogants », sans parler du traditionnel « honneur espagnol » et d’une blague raciste pas drôle du tout. Est-ce que la Stratégie Ender mériterait pour autant d’être boycottée alors qu’il s’agit d’un chef d’oeuvre de la SF ? La réponse est « non »… ce qui ne nous enlève pas la possibilité de dire à Card tout le mal qu’on pense de ses préjugés, le cas échéant. Mais pour ce qui est de l’acte de lire, si on rentre dans une logique morale, et qu’on se flagelle, ou qu’on se livre à des enquêtes de moralité, on tombe dans l’absurde. Il faudrait à ce moment là boycotter absolument toute la culture venant des Etats-Unis d’Amérique puisque ce pays repose sur un double génocide (les « Amérindiens », et les Africains réduits en esclavage… soit des dizaines de millions de personnes tuées)…
    Pour le coup, Lovecraft n’est « que » le produit d’une société raciste, hélas… rien de neuf sous le soleil.

  15. J’avoue… Lovecraft n’aurais jamais du canalisé sa haine dans ses écrits mais en dézingant de l’immigré par paquet de 12, ça aurait été plus productif… CRÉTIN !!!

    Et quand bien même Lovecraft était raciste (comme 95% de ses contemporains soit dit en passant… Y a un contexte historique et social à prendre en compte), c’est quoi le problème ? Le mec est mort et n’a jamais tué au nom de son racisme à ce que je sache, les gens ont le droit de penser à un moment ou comment ça se passe ?

    Enfin bref, Internet… Un des meilleurs outils de l’ere moderne dont le prix à payer est de devoir supporter que de parfait débile profond dans ton genre s’exprime librement en essayant de déguiser leur propos (souvent bien plus faciste bien que le fascisme qu’ils dénoncent) en quelques chose de supposé intelligent…

  16. Je suis pas mal gêner par l’idée d’excuser son racisme (que je découvre, je n’ai pas lu son œuvre) par l’époque. Mais en faite c’est le racisme globale que je trouve difficilement excusable par c’est l’epoque qui veut ça. Parce que dans 40/50 ans, quand on observera les années 2000 on devrait se dire la même chose ? Non mais le racisme, l’homophobie, le sexisme, c’était normal après tout il y avait Trump, Poutine, la montée de l’extrême droite.
    Comme Cassel qui justifie la pedophilie de Gauguin par son époque, on trouvera ça normal dans 50 ans ? Après tout, au début des années 2000, il y en avait encore dans l’eglise alors bon c’est horrible mais on l’excuse.

    Du coup pour moi non, l’époque ne justifie rien du tout et je n’irais pas bannir son œuvre. Mais on devrait toujours l’aborder en connaissance de cause.

  17. Cet article est un torchon suant la p*te à clique, clairement.

    Picasso était le pire des misogynes, alors au feu?
    Et tous les autres artistes? Les marques collabos en temps de guerre?

    On s’en fiche de ce que Lovecraft a mangé, a écrit à ses potes, a fait aux toilettes…

    A quoi bon de lire ses récits en imaginant les monstres comme des chimpanzés immigrés ou je ne sais quoi… Vous croyez vraiment que c’est le but de la lecture? De penser à la haine raciale de l’auteur? Peut être que ça vous excite, vous, de le détourner ainsi? Que c’est votre problème personnel, et non « sociétale ».

    Stop, ça va trop loin. Et c’est minable.

  18. Le mec insultant ici est la personne qui à écrit ce ramassis de connerie.
    premièrement c’est une insulte à l’intelligence et au bon sens que d’écrire pareilles âneries et deuxièmement, et c’est pour moi le pire, c’est une insulte envers les lecteurs de Lovecraft (et de cet article), nous n’avons pas besoin qu’un petit con pédant vienne nous apprendre à penser, nous pouvons nous faire notre propre avis aussi et décider que ce n’était pas grave qu’un mec comme Lovecraft soit raciste non? Nous sommes assez intelligents, il me semble, pour discerné une ouvre fantastique de la vie de son auteur…. Je suis sur que plus de la moitié des lecteurs de Lovecraft ne connaissent pas ce côté de savie et encore moins qu’ils aient perçu des idées raciste dans ses écrits….

    Que l’auteur réponde à cette simple question : en quoi le racisme de Lovecraft a-t-il influencer le monde?
    La réponse est…en rien !… tout ce qui dérange ce prétendu « journaliste » c’est que Lovecraft avait une pensé différente de la sienne et voudrait que chacun se conforme à son modèle de pensée… En d’autre terme c’est un putin de Faciste qui fantasme de se voir en égérie de la police de la pensée!

  19. Ouais mais j’en ai un peu marre d’avoir à me taper les délires de ces prophètes de la pensée unique qui prolifère de plus en plus ces dernières années (il est intéressant de noter que le QI des occidentaux est en baisse sur les 15 dernières années… y a peut être un rapprochement à faire).
    Bon d’un autre côté ils sont surtout présent sur Internet, on en voit que très rarement dans la réalité, donc comme tu dis bref… le meilleurs moyen est de ne pas leur accordé de crédit et les invisibiliser, ils disparaitrons d’eux mêmes (mais quand même ! ils m’énervent!)
    Bon aller j’arrête de pourrir le fil de commentaire (l’article se suffit à lui même de toute façon 😉 )

  20. Tres beau texte. quelques remarques:

    -Oui le racisme etait plus violent dans les annees 20 aux USA, ca n’excuse rien.
    -Certaines personnes disent que Lovecraft n’a lynche personne. Oui et alors, il me semble que c’est important de savoir que c’etait une merde raciste. Le racisme le plus dangereux est produit par les intellectuels/ecrivains.
    -plus generalement, la societe US n’est pas forcement plus raciste qu’en Europe. La colonisation et l’esclavage ne sont pas inventions US.
    -comme le dit l’auteur du blog, choisir d’ignorer la negrophobie de Lovecraft est un luxe

  21. « tres beau texte de merde » aurait été plus juste quand même.

    Regrouper des arguments d’autorité et des citations de Houellebecq ca ne construit pas une démonstration ». Tout ca pour nous livrer une morale « Lovecraft il était méchant, si vous voulez etre des gentils, ne lisez pas des méchant » woké

  22. Juste un truc sur le sujet les USA étaient +/- raciste que les autres pays à l’époque.
    L’eugénisme était particulièrement à la mode aux USA de la fin du XIXe jusqu’à la 2e GM, allant jusqu’à influencer les nazis.
    C’était notamment bien développé dans le milieu universitaire et ca a conduit a des lois de stérilisation dans 30 états.
    Alors même si le contexte ne fait pas tout, il ne faut pas l’oublier.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C3%A9nisme_aux_%C3%89tats-Unis

  23. Salut Neil

    Très intéressante réflexion. Ceci dit, je n’ai pas lu Lovecraft, parce que je n’aime pas trop la dark fantasy… je préfère quand on y ajoute de l’humour, comme toi 😉

    Ceci dit : oui, Lovecraft était raciste, comme bon nombre des américains de l’époque… et aussi des français, des européens, etc… et peut-être un peu plus…
    Est-ce que ça l’excuse ? non. pas le moins du monde.

    Mais est-ce qu’il faut pour ça modifier le jugement qu’on porte sur son oeuvre, de fiction, rappelons-le ? je ne pense pas…

    S’il s’agissait d’essais, mon opinion serait probablement différente, et, malgré des incitations fortes, je n’ai jamais pu me résoudre à lire Céline, ou (dans un autre genre) Matzneff… parce que ce sont des mecs qui me répugnent…

    Mais « faut-il brûler Lovecraft » ? sûrement pas… mettre en perspective un auteur par rapport à sa personnalité ? oui…
    rejeter son oeuvre en bloc, au nom de ses idées ? sûrement pas…

    l’histoire regorge de types dont certaines idées sont répugnantes, et d’autres… de grandes avancées (comme Jules Ferry par ex.).

    si on se mettait à purger nos bibliothèques des auteurs « moralement criticables » du passé, il ne resterait pas grand monde dans nos rayons (ou nos liseuses) : entre les racistes, les colonisateurs, les sexistes, les fachos, les anti-sémites, les religieux, les anti-religieux, etc… qui trouverait grâce ?

    la tendance actuelle à vouloir appliquer à la littérature et aux auteurs du passé les valeurs et les idées d’aujourd’hui (et du politiquement correct, disons le mot) me paraît non seulement stérile mais un peu prétentieuse…

    comme si les idées de notre époque étaient « meilleures », « supérieures »… ce sont les nôtres, et dans un siècle, dans 10 ans peut-être, on nous considérera comme des minables (pour rester polie) d’avoir osé émettre certaines d’entre elles…

    ceci dit, et comme toujours, tu as tenté dans cet article de mettre en avant les différents aspects du problèmes, et, comme toujours, tu as les extrémistes des 2 bords qui commencent à t’insulter…

    c’est regrettable ! c’est moche ! c’est minable ! et c’est lamentable…

    messieurs les insulteurs, essayer de prendre un peu de recul et de lire vraiment cet article, au lieu de le survoler et de présumer une réponse toute faite… rien n’est jamais totalement blanc ou noir, ni tout bon ou tout mauvais (à part peut-être le Seigneur Cthulhu…).

    et dans tous les cas, les insultes vous mettent du mauvais côté, celui des gens qui ne savent pas respecter la différence et la différence d’opinion d’autrui…

    Merci à toi, Neil, et continue à nous chatouiller les neurones 😉

  24. *soupir de lassitude*

    Que dire ? Était-il necessaire de faire un aussi long texte pour dire ça ?
    « Je découvre que Lovecraft était un gros con dans sa vie personelle et j’ai du mal à le lire »
    Guess what : de nombreux auteurs sont des gens peu frequentables dans leur vie quotidienne. C’est vrai aujourd’hui, c’était encore plus vrai auparavant où l’époque tolérait des comportements ou des idées qu’on considére aujourd’hui comme inacceptables.

    Ça n’excuse rien, mais ça relativise le problème. Il ne faut pas le cacher mais il ne faut pas non plus en faire l’alpha et l’omega de sa vie.

    Bien malin celui qui pourra déceler du racisme dans les oeuvres de Lovecraft sans connaître sa biographie. A partir du moment où ces idées nauséabondes n’interferent pas dans l’oeuvre, chacun est libre de faire ce qu’il veut.

    Le souci n’est pas qu’on ai du mal à faire le distinguo entre l’auteur et ses oeuvres mais qu’aujourd’hui, l’époque est au retour de l’autodafé, de l’indignation publique, des actions collectives contre des oeuvres culturelles (ou pas) parce que ça choque la morale de certains.

    Faut-il continuer à voir les films de Polanski en sachant qu’il a été accusé de pédophilie ?
    En partant de ce principe, on risque de ne plus lire ou voir grand chose.
    Que chacun fasse comne il le souhaite mais si on pouvait arrêter de s’organiser en action collective qui commence légèrement à virer à l’extrémisme : c’est bien connu, l’enfer est pavé de bonnes intentions.

  25. Salut Neil. Encore une fois tu as réussi à déchaîner les passions.

    Mon point de vue est simple. La seule choses qui m’intéresse chez Lovecraft (et par extension August Derleth) c’est son oeuvre. Il aurait pu sacrifier des enfants les soirs de pleine lune ou poussé ses contemporains vers la folie (mais avait-ils besoins de Lovecraft pour cela) que cela ne changerais absolument rien à la nature de son oeuvre.

    Et un mot, j’aime l’art et je me moque totalement de la vie personnelle de l’artiste.

    Howard Phillips Lovecraft s’est inséré dans les coins les plus sombres de la psyché humaine pour donner un corps à la terreur la plus viscérale . Et il l’a fait en virtuose, ne vous faites pas leurrer par son écriture apparemment simple. Sa contribution à la littérature de l’imaginaire est absolument monstrueuse.

    Les idées personnelles de Lovecraft ont-elles influencées son oeuvre ? Oui sans aucun doute. L’esprit d’un l’auteur est toujours une part importante de son oeuvre. Mais je vais ici introduire ic un point Goodwin en vous rappelant que « Le Cauchemar d’Innsmouth » est une oeuvre qui n’a rien à voir avec une littérature largement plus nauséabonde comme par exemple « Mein Kampf » ou même « Lolita » de Nabokov (cherchez l’erreur).

    Reprenez vos esprits, allez boire une boisson fraîche et rappelez-vous ce qu’on a dit sur Mark Twain, Charles Dickens, Oscar Wilde, Lewis Carroll, George Sand et (oui) Vladimir Nabocov. On pourrait aussi parler de Paul Gauguin pour suivre l’actualité. Comme le dit « Jésus-Régis Abdul Kthulhu Alhazred » sortis du contexte de leur époque et de ses critères d’acceptabilité, beaucoup d’artiste semblent être des monstres (surtout s’ils en décrivent).

    Avez-vous regardés dernièrement les meilleurs sketches de Coluche ou Desproges. Pensez-vous que leur humour pourrait être encore pratiqué de nos jours sans s’attirer les foudres d’une communauté ou d’une autre ? Pensez-vous que ces deux humoristes étaient des modèles de perfection ?

    L’art seul compte vraiment. Car au bout du compte il peut survivre à l’artiste.

  26. Je n’ai pas lu de livre de H. P. Lovecraft. Je n’en connais que les « produits dérivés ». J’ai donc une question toute « simple » adressée à ceux qui l’ont lu : pensez-vous que ses écrits laissent transpirer, ou sont même clairement des incitations à une quelconque haine raciale ? C’est une question naïve et sans malice. Parce qu’il me semble que c’est le plus important, au fond.

  27. Tu as tué le père, bravo.

    Je me suis posé la question du racisme de l’auteur il y a plusieurs années lorsque j’ai commencé à m’intéresser à lui, j’ai lu quelques-uns de ses textes et j’ai rapidement pris conscience du racisme qui se dégageait de l’ambiance et de certaines tournures, il y a des indices qui ne trompent pas. Du coup, pas besoin de lire des biographies ou du Houellebecq, qui doit se pourlécher les babines à cette idée, pour s’en rendre compte. Enfin, personnellement ça m’a sauté aux yeux.

    La deuxième question qui vient ensuite, c’est : peut-on l’accepter et le séparer de l’oeuvre de l’auteur ? Vaste interrogation où chacun est libre de se faire sa propre idée, de déterminer sa propre ligne de conduite à ce sujet. Malheureusement, certaines des plus grandes fulgurances artistiques viennent d’esprits malades, ou dérangés. Faut-il s’en priver ? Je ne pense pas, mais il est quand même primordial d’en avoir conscience et d’en parler, sans tabou.

  28. Ça y est, les FDP islamo-communistes ont un nouveau dada : Brûler des livres ! Même méthodes que les nazis mais… au nom du bien hein ^^ L’enfant de pute qui brûlera Lovecraft n’est pas encore né donc… nous avons là un enfant de pute tout cours 😁

  29. Je n’avais pas encore pris le temps de lire l’article mais depuis la lecture des tweets le concernant il me fait cogiter. A plusieurs titres : je n’ai jamais lu Lovecraft car mes potes de lycée m’avait dit que c’était lourd, qu’en gros toutes les descriptions étaient à base de « l’horreur était indescriptible » alors j’ai joué dans l’univers qu’il a créé, reproduit un rituel d’invocation du Necronomicon pour un court métrage et je venais de ressortir mon projet de novella s’inspirant de la réalisation de ce petit film… En gros j’avais envie d’enfin me plonger dans l’œuvre originale.
    La question que tu te poses est légitime je me la posais dans le cadre plus large de l’histoire. On admire les pyramides résultats du travail d’esclaves dans une société où les humains étaient inégaux ; du dieu à l’esclave. On porte aux nues le produits de l’Histoire de sociétés passées que dans le présent on rejetterait. Aujourd’hui, la Chine, par exemple, avec ses projets pharaoniques inscrit des traces indélébiles de sa « grandeur » dans le paysage. Quelle image y sera attachée dans 100 ans ?
    L’ingéniosité des projets ou « l’ignominie » du régime ?
    J’ai résolu mes conflits en prenant en compte le pouvoir créateur de celui qui perçoit. Le lecteur introduit sa réalité sous les mots de l’auteur.
    Parfois, l’œuvre peut être valorisée par la connaissance de l’auteur. Plus j’en apprends sur Philip K Dick, plus j’essaye d’ajuster mon interprétation à l’intention originelle de l’auteur car il est aussi intéressant que l’œuvre.
    Pour d’autres comme HPL ou Roal Dahl, dont je ne savais rien avant les tweets lus ses derniers jours, je m’en tiendrai donc à lire des mots en n’écoutant que ma subjectivité alors que pour d’autres je tenterai la fusion temporaire de réalité en m’imprégnant de leur vision du monde. 😶

  30. > « Il est important de comprendre cela : nous devons juger nos prédécesseurs non pas à l’aune des usages et des lois de l’époque, mais à ceux de nos contemporains. »

    Non ! Non !! Et non !!!

    Non ! Au nom de quoi voulez vous vous poser en juges de nos prédécesseurs et merci de ne pas m’inclure dans votre vendetta personnelle que je ne cautionne pas.

    Non !! Une telle démarche déjà infondé dans son principe ne saurai être, en aucun cas, un devoir

    Et non !!! Qu’en bien même il s’agirait simplement d’estimer le comportement d’un auteur, il ne pourrait être sorti de son contexte (sociale, culturel, économique, etc.) dans lequel il a grandi, dans lequel il a vécu et dont il a été nourri pour le mettre dans un contexte qui lui est complètement étranger - à savoir le notre - dont il ignore tout.

    Estimer un homme du passé avec nos valeurs actuelles est tout simplement une absurdité.

  31. Faut-il brûler H.P. Lovecraft parce que ses œuvres témoignent de son racisme (?) névrotique ? Lisons-nous les œuvres des uns ou des autres en raison de la pensée de cette personne ou pour la qualité littéraire de leur œuvre ? Je suis enseignant, et je fais étudier des extraits de Lovecraft (parfois des nouvelles entières,entre autre, « Je suis d’ailleurs », que nous pouvons utiliser de façon différent concernant le racisme) comme « Voyage au bout de la nuit » de Céline. Simplement j’explique à mes élèves ce qu’étaient les auteurs, dans quel contexte, à quelle époque, et pourquoi. Le pourquoi est plus difficile. Le pire, pour Lovecraft comme pour Céline, c’est que ces hommes, sortis du contexte de l’époque, sortis de leur pensée, n’auraient peut-être jamais produit de telles œuvres. Lire, étudier, commenter, c’est réfléchir à ces œuvres, à leur pensée. Les « brûler » (je me doute que le terme est provocateur et n’est pas dans l’optique de Neil) reviendrait à les nier, à nier la pensée de personnes, de cette époque, et donc oublier. Au contraire, il ne faut pas oublier. Il faut lire, réfléchir. Oui nous retrouvons chez HPL le racisme d’une époque, le vocabulaire riche de la décadence, de la déchéance, la noirceur que l’on retrouve dans le vocabulaire de l’extrême droite. Oui, c’est vrai, et c’est comme cela. Cela n’enlève rien à la qualité littéraire des nouvelles d’HPL. Donc il faut brûler R.E.Howard (le concept de race est omniprésent), Tolkien (approché par les racistes) Hergé (faut-il nier l’existence des premiers ouvrages, les gommer et les censurer, ou autre contraire les lire comme des témoignages qu’une pensée de l’époque), Céline (l’auteur français sans doute le plus génial du XXe siècle et pourtant si coupable moralement, jusqu’à suivre Pétain jusqu’au-bout après avoir écrit les pires horreurs… mais pouvons nous oublier « Voyage au bout de la nuit » ?). Et puis, qu’aurions nous pensé à cette époque ? Qu’aurions-nous été ? C’est un peu comme ceux qui veulent bannir Mitterrand parce qu’il a été jusqu’à recevoir la Francisque avant de devenir résistant et de gauche, niant que l’on puisse passer de l’extrême droite à la gauche, avec une lecture post deuxième guerre mondiale. Le trajet d’une personne indique beaucoup. H.P.L est mort avant la 2e Guerre mondiale, idem pour R.E.Howard. Que seraient-ils devenus au regard de ces évènements. Pour Céline, nous avons malheureusement la réponse.

    Brûler Lovecraft, maintenant ? Mais c’est effrayant  ! Quels sont, justement, les régimes qui ont brulé des livres ?

    Brûler Lovecraft maintenant ? Le pire est de voir des personnes indiquant que maintenant qu’ils connaissent la pensée de Lovecraft il ne faudrait plus lire ce qu’ils estimaient auparavant… mais le pire c’est que ces personnes auraient lu lesdits ouvrages sans s’en rendre compte ! Le pire serait donc ce que Lovecraft a écrit, ou que des lecteurs n’aient pas vu cela dans son œuvre avant de lire que Lovecraft était raciste ? Donc les lubies de Lovecraft ne seraient pas assez explicites pour que ces personnes aient compris cela avant ? Alors il faut savoir.

    Non, il faut lire Lovecraf, admirer son style inimitable, apprécier ses écrits, connaître aussi sa pensée, ce qui ne veut pas dire du tout qu’il faut la partager, et donc comprendre ce qui peut mener à cela. Au contraire, ses livres sont les témoins d’une époque, d’une pensée, condamnable, d’un style issu d’une époque particulière qui débouchera sur ce que nous savons maintenant. Son nihilisme est intéressant, ses peurs, ses angoisses, sont le témoin d’une époque.

  32. C’est vrai que demander si il faut « brûler Lovecraft » pour un gars qui challenge son second « Projet Bradbury »…

    Désolé je ————————————-»»

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