Ce qu’un plongeon de 10 mètres peut nous apprendre sur la façon dont on raconte une histoire et dont on traite un personnage

Cette vidéo circule sur les réseaux sociaux depuis quelques heures et j’ai profité du déjeuner pour la visionner. Tous ceux qui l’ont partagée la qualifiaient de fascinante, et ils avaient raison : cette vidéo est fascinante à plus d’un titre. Mieux, elle vous prend littéralement aux tripes. Il s’agit de filmer les réactions de plongeurs amateurs sur le point de sauter d’un promontoire de 10 mètres. La voici :

Outre les évidentes qualités graphiques de la séquence, je l’ai trouvée extrêmement intéressante d’un point de vue narratif. Parce qu’il s’agit bien d’une histoire qu’on nous raconte — ou du moins du début d’une histoire qui pourrait se résumer à « La personne va-t-elle sauter ou non ? » Et je trouve qu’on peut dès lors en tirer des enseignements édifiants.

  1. pour s’identifier facilement à un personnage, il faut lui donner un enjeu clair et un obstacle suffisamment écrasant pour nous puissions tous nous y reconnaître : je ne suis jamais monté au sommet d’un tel plongeoir, pourtant je ressens dans mes tripes ce que toutes ces personnes vivent. Je les comprends, je comprends ce qu’elles vivent et je le vis avec elles comme si je les avais toujours connues ;
  2. les décisions importantes — celles qui peuvent avoir une véritable incidence sur la suite — ont leur propre tempo : certains personnages prennent des décisions rapidement, mais plus l’enjeu est important, plus il y a de chances que la décision prenne du temps, et c’est bien normal. Plus la décision prend du temps, plus l’enjeu gagne en importance (sauf à finir par devenir ridicule) ;
  3. dans une situation émotionnellement très tendue, le moindre mot, le moindre dialogue gagne en gravite et revêt une importance singulière ;
  4. un renoncement peut n’être que temporaire et ouvrir la voie à l’action. Mieux, il met en exergue la décision finale. On le voit avec cette personne tétanisée qui commence à redescendre l’échelle, puis finalement décide d’affronter sa peur et de sauter ;
  5. moins le personnage a l’air capable de le faire, plus l’investissement émotionnel sera fort quand il se décidera à le faire (l’admiration est aussi un facteur d’empathie, on peut s’identifier avec quelqu’un qui fait quelque chose dont on ne sera jamais capable, mais dont on admire le geste) ;
  6. refuser de faire quelque chose, c’est faire quelque chose : renoncer n’est pas une action anodine ;
  7. l’expérience change le personnage à tout jamais : une fois passée l’épreuve, il ne peut plus jamais être le même. On le voit bien avec le garçon qui remonte après avoir sauté et dit à son ami que « finalement ce n’est pas si terrible ». Son point de vue a changé, il a vaincu sa peur. Il ne verra plus jamais le plongeoir de la même manière.

En tout cas, chapeau à Maximilien Van Aertryck et à Axel Danielson qui ont réalisé ce mini-documentaire, et à toutes celles et ceux qui ont participé à l’expérience et accepté de se laisser filmer.

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2 réflexions sur « Ce qu’un plongeon de 10 mètres peut nous apprendre sur la façon dont on raconte une histoire et dont on traite un personnage »

  1. Quand j’ai lancé la vidéo je me suis dit que 15 minutes pour une vidéo sur des gens qui font des sauts (ou pas) devait être long et chiant. Total je n’ai pas vu le temps passer et je suis resté presque sur ma faim tellement j’étais captivé.

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