Qui vivra par les livres périra par les livres : « Commando », 27ème nouvelle du Projet Bradbury

 

Les librairies sont des lieux de perdition, pour l’esprit bien entendu, mais aussi pour le portefeuille, et les amoureux des livres se reconnaîtront dans ma description : difficile en effet de passer à côté de l’étrange phénomène qui pousse les lecteurs vers leur drogue quotidienne, et qui à titre personnel me fait visiter en priorité les librairies d’une ville nouvellement visitée au détriment des principaux monuments.

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Je vous présente « Commando », la 27ème nouvelle du Projet Bradbury (la couverture est toujours signée de l’excellente Roxane Lecomte), dont voici un rapide résumé pour vous mettre en appétit :

C’est une bien étrange librairie que l’on trouve au coin de Chapel Street et de la Quatrième Avenue : ouverte au public le jour et mystérieusement gardée par des vigiles la nuit, la boutique semble ne jamais trouver le repos et conserve jalousement son secret derrière la puanteur de ses réserves : celui de ses mystérieux best-sellers que la tenancière édite dans l’ombre pour les vendre ensuite au monde entier, par centaines de milliers d’exemplaires. Un espion infiltré va tenter de résoudre l’énigme de la librairie… à ses risques et périls.

À l’heure où les librairies ne sont non pas menacées de disparition, mais se menacent elles-mêmes de disparition, il m’a semblé opportun de consacrer l’un de mes textes à ce qui fait, pour moi, qu’une boutique qui vend des livres est un endroit irremplaçable : le mystère intrinsèque qui se dégage d’une multitude d’étagères croulant sous les reliures (si possible en désordre et crasseuses, pour l’effet de style), et l’évidente sérendipité que le web, malgré sa culture de l’algorythme marketing, n’est pas encore parvenu à reproduire, même de manière imparfaite (il faudrait promouvoir la culture du random access). Car ce qui plait dans une librairie, dans un carton de bouquiniste, dans une bibliothèque chez des amis et dans bien d’autres endroits similaires, c’est le plaisir de tomber sur quelque chose qu’on n’était pas venu chercher, un ouvrage dont on aurait été à mille lieues d’imaginer qu’il puisse susciter en nous un intérêt quelconque.

Je l’avais déjà dit dans l’un de mes articles : la librairie a vocation à se renouveler de fond en comble si elle ne veut pas disparaître, non pas par faillite économique, mais par faillite intellectuelle, ou plutôt par faillite de l’envie des clients. J’ai toujours admiré le potentiel qui dort au seuil des librairies : c’est un peu comme plonger sa main dans un pot opaque rempli de sciure et qui, peut-être, recèle un trésor. Mais beaucoup de commerces culturels cèdent au chant des sirènes et s’engage dans un combat qui n’est pas le leur : concurrencer les monstres aux mâchoires aiguisées qui dévorent le marché. Ce n’est pas un combat pour un libraire de quartier. Son travail, c’est de créer du lien.

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Il existe une librairie à Berlin qui m’a en partie inspiré cette nouvelle. Le magasin s’appelle Another Country (« un autre pays », on ne peut pas rêver mieux), et est tenu par Sophia (anciennement Alan), une dame charmante et calme dont les pas résonnent en claquant dans l’improbable bordel qui règne sur sa boutique. Sophia est devenue libraire par accident, presque de force : elle avait tellement de livres chez elle qu’elle a décidé d’en faire une librairie. Son magasin est donc un improbable mélange de bouquinerie et de la boutique du vieil asiatique dans le film Gremlins : un temple de la sérendipité et de la curiosité, où les livres peuvent être bien sûr achetés, mais aussi rendus (1,50€ retenu sur le prix originellement payé), transformant la librairie en une bibliothèque, mais aussi en un lieu de vie où sont organisés projections, soirées quizz, repas et cours d’écriture créative. Je ne doute pas que les fins de mois sont difficiles chez Another Country. Néanmoins, je pense que Sophia a compris, à l’instar des grands marketeurs de ce monde, ce que devait être une librairie : quelque chose d’idiosyncratique et de vivant, une chimère de papier et pourquoi pas numérique aussi (je devrais lui suggérer), où cogne le coeur de ceux qui aiment se faire surprendre. Si vous voulez plus d’infos sur cette librairie, je vous conseille aussi cet article.

Commando est, comme d’habitude, disponible au prix de 0,99€ chez KoboSmashwords, Apple, Amazon et Youscribe. Vous pouvez aussi (et surtout) vous abonner à l’intégralité des nouvelles pour 40€ en devenant mécène du Projet Bradbury et soutenir le jeune écrivain que je suis. Vous pouvez également utiliser Flattr juste après cet article, dans l’encart “Soutenir le Projet Bradbury”.

Excellentes lectures à vous tous !