Quand tu y penses, c’est un miracle

Ce matin, j’ai lu cet article sur le blog de Chuck Wendig. Il est en anglais et je vous épargnerai l’obligation de le lire en entier (ce que, si vous êtes anglophone, vous devriez néanmoins faire, parce que c’est poli et qu’il est intéressant, ce qui ne gâche rien). Pour vous en résumer la substance, ça dit à peu près ça.

Vous avez écrit un livre ? C’est très bien. Votre voisine aussi en a écrit un. Le type d’en face en a écrit un aussi. La grand-mère à la caisse du supermarché en a écrit plusieurs. Tout le monde écrit des livres, et c’est très bien. Mais personne — PERSONNE — ne vous doit rien. Personne n’est obligé de lire ce morceau de chair que vous vous êtes arraché à mains nues, que vous avez couché sur le papier dans la sueur et les larmes. En fait, il existe même de grandes probabilités pour que tout le monde s’en foute. Infiniment plus nombreuses en tout cas que le postulat inverse. Bien sûr, il y a toujours quelqu’un que ça va intéresser un minimum, du genre votre petit ami et votre mère, mais le plus souvent ça s’arrêtera ici, merci et bonsoir. 

À bien y réfléchir, ça paraît évident. Mais quand on a passé des mois, voire des années sur un manuscrit, on acquiert la certitude que celui-ci va déclencher des crises d’hystérie, qu’il va changer la manière dont les gens pensent, qu’il va au moins faire passer un bon moment à certains lecteurs… mais encore une fois, ce n’est pas une obligation. La vie est ainsi faite que l’homme y cherche un sens, par vanité ou par désespoir lucide, et il en va de même pour les livres, à peine terminés et dans 99% des cas déjà oubliés. Il faut s’y faire, personne ne nous doit rien, à commencer par les éditeurs qui reçoivent des manuscrits par palettes entières et pour qui vous n’êtes qu’un grain de sable supplémentaire dans ce sablier qui s’égrène éternellement. Mais ce sont surtout les lecteurs qui ne nous doivent rien. Personne n’est obligé de nous lire. Personne.

Bien sûr, ce n’est pas plus mal d’en prendre conscience rapidement : ça remet les choses à leur place. C’est un peu déprimant aussi, parfois, mais c’est un peu comme quand on apprend que les cloches de Pâques n’existent pas : mis à part quelques cas psychiatriques, on n’y croyait pas vraiment de toute façon.

Mais ça donne aussi du courage, surtout quand on a des lecteurs fidèles qui, même s’ils ne sont pas forcément des milliers, prennent le temps de se pencher sur ce que vous produisez. Pire, certains y prennent même du plaisir. Quand on pense au nombre de livres qui sortent chaque année — qui sortent chaque jour —, on est pris de vertige. Quel besoin ressentons-nous de jeter nos cailloux au milieu de l’océan ? Une bonne vente pour un premier roman se situe aux alentours de 500 exemplaires. 500 personnes, ça paraît peu en comparaison des centaines de milliers de lecteurs de certains collègues, mais bon sang, 500 personnes, c’est déjà pas si mal. En fait, 100 personnes, même 10 personnes, si on rapporte ce nombre à l’infinité de publications existantes et au nombre potentiel de lecteurs, c’est déjà pas si mal. Qu’une seule personne trouve votre livre au milieu de cette profusion, qu’elle décide de lire, et qu’elle l’aime, voilà le genre d’enchaînement logique improbable qui, pourtant, arrive à quelques uns d’entre nous.

Alors ça donne envie de dire merci à ceux qui, hier, aujourd’hui ou demain, ont tenu ou vont tenir l’un de nos livres dans leurs mains. Parce que c’est improbable, parce que c’est inouï, parce que c’est rare et que ça a pourtant le courage d’exister.

Merci.

2 réflexions sur « Quand tu y penses, c’est un miracle »

  1. Bonsoir !

    En fait, c’est la meilleure stratégie qui existe, la stratégie gagnant-gagnant, la plus improbable par les temps qui courent. Juste un petit défaut que j’y vois : le lecteur, qui n’est en général pas payé pour lire, peut se satisfaire d’un seul ouvrage par auteur ; l’auteur, qui est payé pour le travail qu’il a fourni pour écrire, ne peut se satisfaire d’un seul lecteur. C’est gagnant-gagnant si la monnaie d’échange est le plaisir et ce n’est pas dans l’air du temps 🙁

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