Projet Bradbury : le droit de se tromper (et de changer d’avis)

À partir de la semaine prochaine, j’arrêterai de produire des versions audio des nouvelles du Projet Bradbury : trop de stress, trop de fatigue et surtout pas assez de temps… ou plutôt pas assez de temps à y consacrer.

Le bilan est assez facile à dresser. Si je considère aujourd’hui que les deux premiers mois de mon nouveau Projet Bradbury sont un succès d’un point de vue artistique, ils sont, de mon strict point de vue et au regard de mes attentes, un échec retentissant d’audience et de lecture.

  • peu de visites sur le blog (à l’exception du premier, certains textes atteignent à peine les 150 vues au bout de 4 ou 5 semaines)
  • peu d’écoutes sur les plateformes de streaming audio et vidéo (environ 1500 écoutes cumulées sur les 8 premiers textes, impossible de savoir si les auditeurs ont écouté les dix premières secondes ou l’intégralité)
  • et littéralement aucune retombée question financement participatif sur Tipeee – mes soutiens ont même légèrement décru (pardon de me montrer un peu prosaïque, mais je reste un être de chair, de sang et de factures à payer).

Bien sûr, en 2013, il y avait l’effet nouveauté : là où mon premier Projet Bradbury avait vraiment réussi à fédérer une communauté par le challenge qu’il impliquait, celui de 2017 arrive dans un nouveau contexte. Un large choix de contenus est disponible sur le web (et c’est très bien), et les réseaux sociaux n’ont plus la force de dissémination qu’ils avaient en 2013 (les algorithmes de recommandation sont passés par là). La version 2017 est aussi placée sous le signe du libre (avec la licence Creative Commons), mais je crois que dans un contexte français elle me désert davantage qu’elle ne met en valeur mon travail : le choix de la gratuité était risqué, j’en paye donc le prix. L’idée du « gratuit = pourri » est encore très vivace dans l’imaginaire français. Pour autant je ne compte pas arrêter : il me semble qu’il est important de proposer des contenus de qualité libres et accessibles à tous – techniquement et socialement.

Bref, le résultat est sans appel : je m’amuse, oui, mais je m’épuise. Et surtout, je n’ai littéralement plus le temps de faire autre chose ; par exemple terminer une bonne fois pour toutes Gobbledygook, ou travailler sur mon roman en cours. Beaucoup de stress et de courses pour un résultat médiocre donc, en tout cas médiocre de mon point de vue – si c’est pour faire moins bien que la première fois, c’est moyennement intéressant. Entre aussi en ligne de compte que j’ai moi aussi changé entre 2013 et 2017 : nous avons eu deux enfants, et je crois que cela modifie pas mal notre regard au temps et à l’importance de certaines choses. J’ai besoin de sentir que j’avance. Que ce que je fais ne revient pas à battre l’eau à coups d’épée.

Le Projet Bradbury est un projet expérimental, et à ce titre j’estime avoir le droit d’en modifier les règles (le protocole d’expérience) au fil du temps (et des itérations). Je continuerai donc d’écrire et de publier les textes chaque lundi matin, mais je ne ferai plus de version audio.

Car voilà : si vous voulez des versions audio, c’est vous qui allez les faire.

Je m’explique : le Projet Bradbury est placé sous licence libre, et à ce titre chacun·e est libre d’en faire ce que bon lui semble – sous réserve de créditer l’auteur original. Donc, plutôt que d’en faire une déclaration d’intention, autant mettre le précepte en pratique : si vous estimez que mes textes méritent une version audio, je vous invite à vous retrousser les manches et à vous y coller comme des grands. Si personne ne s’y colle, alors c’est que personne n’aura jugé bon de le faire… et on n’en fera pas toute une histoire.

On verra ce qu’en disent le web et l’intelligence collective. En attendant, je vous donne rendez-vous lundi pour le prochain texte… et la dernière version audio signée Jomunsi. Il va sans dire que si vous souhaitiez arrêter de me soutenir, je le comprendrais parfaitement : quand les règles changent, les joueurs ont aussi leur mot à dire.

❤️

Mon travail vous plaît et vous voulez m’aider à continuer ? Vous pouvez le soutenir de différentes manières : d’abord financièrement via Tipeee, LiberaPay et PayPal – mais aussi en le partageant le plus possible sur vos réseaux sociaux (ça m’aide aussi beaucoup). Merci !

11 réflexions sur « Projet Bradbury : le droit de se tromper (et de changer d’avis) »

  1. J’avais même pas suivi que tu faisais une version audio aussi… Ca me botte bien, comme idée, de faire une version audio CC d’un de tes textes. Je regarderai les prochains avec ça en tête. Tu as déjà fait celle de Coprophage ?

  2. Ha, c’est dommage pour moi, il se trouve que j’écoute toutes tes version audios (et ne lit pas les textes), car je peux dessiner en même temps… j’ai découvert ton travail avec le Gobbledygook, et le fait que tu te lance dans ce projet Bradburry (j’avais raté le premier) m’a motivé à te soutenir sur Tipeee 😉
    Mais je suis probablement l’exception qui confirme la règle !

  3. Ouf… j’ai cru un moment que tu arrêtais le projet Bradbury. J’avoue très égoïstement que comme je lisais les texte et n’écoutais pas les versions audio je suis soulagée. Et pour ce qui est du soutiens tipeee, je te soutenais avant, et je te soutiendrai même si tu arrêtes. À vrai dire je ne suis pas tombée sur ton blog par le projet Bradbury N°1 mais par le blog en lui-même. Je trouve tes réflexions sur le métier d’écrivain très intéressantes. J’apprécie beaucoup la façon dont tu réfléchis sur ton propre métier et j’espère que ça fera réfléchir aussi la société en général.

  4. Je suis triste : j’écoutais chaque nouvelle sur YouTube en faisant d’autres choses nécessitant mes yeux mais pas toute mon attention…

  5. je trouvais le coup de la version audio particulièrement ambitieux, alors je comprends bien ton choix.

    J’avoue que si j’ai lu beaucoup de livres audio, aujourd’hui les podcasts les ont remplacé dans mes écouteurs et je n’écoute plus de fiction (sauf le Gobbledygook!).

    J’aimerais bien enregistrer la version audio d’un de tes textes à l’occasion, c’est quelque chose que je veux faire depuis longtemps, malheureusement pour l’instant le temps me manque et surtout les travaux du grand Paris en face de chez moi font du bruit toute la journée !

    Mais un jour j’espère…

  6. Naôôn !! 🙂 🙂

    J’écoutais avec plaisir, et je me demandais « Où trouve-t-il le temps de faire ça ? Une seule prise ? La musique par dessus ? Qui est-il, d’où vient-il ? Est-il seulement humain ? ».

    Plus sérieusement, je comprends parfaitement ta décision. Perso, j’aurais pas eu le temps de faire une version audio. Et pour le public, je ne sais pas trop comment est suivi ce genre de projet. Il y a dû avoir 15 personnes qui ont suivi mon projet Bradbury en entier, mais contrairement à toi, j’ai un taf « classique » et j’ai fait ça en plus pour le défi, je n’écris pas pour vivre. Par contre j’en ai suffisamment chié pour te pardonner sans problème cet abandon et je salue ton explication complète même si tu ne nous dois rien.

    Bon courage pour la suite.

  7. D’une certaine manière il me semble plus logique que la lecture soit faite par d’autres que l’auteur, car une lecture, surtout si elle est bien faite, est une interprétation du texte, dans tous les sens du terme, et il n’appartient pas à l’auteur de réduire la portée possible de son texte, sa polysémie. Il n’a souvent pas d’autre choix que de s’y coller lui-même, mais c’est mieux si cela peut l’objet d’une collaboration. C’est tout à fait dans l’esprit de la création libre. Pourquoi pas des lectures à plusieurs voix, pour le narrateur et pour chaque personnage intervenant dans un dialogue?

  8. Moi aussi, j’écoutais les versions audio le dimanche soir, au moment de me coucher, c’était un vrai plaisir. Dommage… mais c’est compréhensible. Je vais passer à la version texte alors. Sache, en tout cas, que ton travail est très intéressant. Tes nouvelles sont souvent remuantes, elles m’obligent à prendre un autre regard sur les choses, faire un pas de côté. Merci.

  9. J’allais dire qu’il y a aussi les gens qui te lisent par RSS. Mais bon, on ne doit pas être nombreux, le format tombe sourdement en désuétude.

    En tout cas je tipe et je suis là, même si pas dans les stats de visite du site ni dans la version audio.

    Des bisous amicaux, tiens !

  10. mince, c’est la tuile ! c’etait du super taf ! mais je comprend parfaitement le raisonnement et tant qu’il y a l’écrit, tu restera dans mon petit cœur de lecteur 😉
    en tant que podcastophile compulsif, l’idée aussi me tente bien de faire un essai de lecture mais, j’ai aucune idée de comment procéder. t’utilise quoi comme matos ? un petit enregistreur style tascam dr40, ça peut faire l’affaire ou il faut taper dans le plus lourd ?

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