Premier jour

Pour Katherine, cette cérémonie n’avait rien d’inédit.

Enfant, elle l’avait regardée sur la télévision en noir et blanc de ses parents. Plus tard, l’appareil était parti à la casse et un nouveau modèle l’avait remplacé, moins lourd, avec plus de boutons. Ses couleurs rendaient toutes les images plus présentes au monde. Lycéenne, elle avait franchi le seuil de la réalité et s’était mêlée à la foule pour y assister en direct. L’évènement répondait toujours à la même logique, obéissait aux mêmes codes et suivait le même fil chronologique :il n’avait lieu qu’une fois tous les quatre ans, ce qui suffisait à réunir une véritable marée humaine.

La passion lui était venue lorsque, étudiante, elle s’était mise à fréquenter des groupes de réflexion. Investie d’une mission, Katherine s’était impliquée plus que de raison dans cette quête d’absolu qui, elle s’en était vite rendu compte, se résumait à une ligne d’horizon qui s’éloignait à chaque pas qu’on faisait pour s’en rapprocher. Cela ne l’avait pas découragée. De fait, savoir qu’elle n’arriverait jamais à la fin du parcours lui avait procuré un étrange réconfort.

Lorsque la jeune diplômée décida de transformer son voyage en métier, les premiers temps furent rudes. Sa vocation s’ancrait sur un socle d’airain, mais elle fut décontenancée par la puissance des vents qui soufflaient contre sa marche. Elle avait fait contre mauvaise fortune bon cœur et s’était agrippée aux branches pour ne pas tomber. Comme elle avait eu raison de ne pas abandonner… On apprécia sa ténacité. Katherine était une femme de celles que les journalistes aiment pour leur franchise et leur pugnacité, mais elle était habitée d’une douceur mélancolique qui surgissait parfois. Le public adorait cela et elle le comprit vite. On lui reprocha de trop jouer de cette carte, mais peu lui importait : elle progressait dans la bonne direction.

Les postes se succédèrent en une lente ascension. Katherine ne pensait pas seulement sa vie comme un jeu de stratégie, où chaque pièce déplacée était un raccourci sur la trajectoire qu’elle s’était fixée, mais comme une route pavée de damier où chaque pas était une embûche dépassée et chaque coup gagnant un bond de géant. Elle ne se départissait jamais d’un sourire de Pythie pour qui l’avenir n’avait pas de secret. Tous imaginaient l’existence comme une course vers un but, mais elle ne possédait qu’une direction, et ce n’était pas un hasard si son chemin l’avait aujourd’hui menée sur cette estrade drapée d’étoiles, sous le beau soleil de novembre.

Le public, les yeux braqués sur elle, grelottait dans d’épais manteaux. Katherine salua les centaines de milliers d’Américains venus assister à l’investiture. Un bruissement s’éleva de la masse humaine et lui rendit son hommage dans un tonitruant chahut de réjouissance citoyenne. Elle se rappela la télévision de son père, les soirées étudiantes et toutes les fois où elle s’était trouvée dans cette foule pour cette même occasion.

Au moment où le vice-président termina de prêter serment, le président de la Cour Suprême se tourna vers elle. Ils échangèrent un rire silencieux. Thomas et elle s’étaient connus sur les bancs de la faculté, et voilà qu’ils se retrouvaient trente ans plus tard sur les marches du Capitole, sous le regard de la Maison-Blanche et de centaines de millions d’Américains.

Elle fit un pas dans sa direction. Les caméras des journalistes pivotèrent. Thomas lui tendit les deux bibles sur lesquelles elle devrait prêter serment : celles de Lincoln et de Martin Luther King. La pesanteur de l’Histoire l’affligea soudain. Elle avait tant de fois répété cette scène dans sa tête — comme une pièce de théâtre — que tout lui avait jusqu’ici semblé familier, mais l’idée que Lincoln et Luther King puissent se joindre à la fête ne l’avait jamais effleurée.

Fébrile, elle posa une main sur les vénérables reliures craquelées et leva l’autre en l’air. La foule retint son souffle et le silence se fit. Dans l’esprit de Katherine rebondissait une pensée entêtante : la sueur de Lincoln qui avait un jour imprégné cette couverture se mêlait désormais à la moiteur de sa propre paume. Le président de la Cour Suprême récita le serment qu’elle devait répéter après lui. Elle n’avait pas besoin d’aide : elle connaissait les mots par cœur.

Je jure solennellement que j’exécuterai loyalement la charge de présidente des États-Unis et que du mieux de mes capacités, je préserverai, protégerai et défendrai la Constitution des États-Unis. Que Dieu me vienne en aide.

La foule jusqu’ici silencieuse laissa exploser sa joie. Des ballons s’envolèrent en grappes tandis que la fanfare entonnait le Ruffles and flourishes et le Hail to the Chief. Vingt-et-un coups de canon furent tirés en l’air. La musique des détonations lui parut plus douce que n’importe quelle symphonie.

— Félicitations, Madame la Présidente !

Thomas et elle échangèrent une longue poignée de main, puis Katherine se tourna vers la tribune et appela James et Lucy. L’enfant, menée par son père, marcha d’un pas hésitant jusqu’à elle et chercha sa main. La famille présidentielle adressa alors un salut au public avant de descendre les marches pour la parade.

 

Katherine ne foula le parquet du Bureau ovale que tard dans l’après-midi. Son mari et sa fille l’avaient quittée à ses tâches deux heures plus tôt, protocole oblige, mais la Présidente nouvellement élue retrouverait sa famille pour le dîner. Pour l’heure, elle écumait les briefings, les présentations et venait de faire connaissance avec les jardiniers de la Maison-Blanche.

Après avoir arpenté les espaces verts, elle vérifia les semelles de ses escarpins et y trouva des particules de terre. Même si elle ne s’était jamais sentie spécialement superstitieuse — en bonne républicaine, elle était habitée d’une foi fervente et rejetait ces inepties —, elle se déchaussa avant de s’assoir sur l’un des deux immenses canapés. Le tapis, dans les tons taupe, était brodé de citations de grands hommes tels que John F. Kennedy, Abraham Lincoln, Theodore Roosevelt ou Martin Luther King, et comportait en son centre le sceau du Président. Bien qu’aucune femme n’y soit ici dignement représentée, elle n’avait pas envie d’entamer son mandat en souillant l’Histoire d’une semelle mal essuyée.

Un assistant lui offrit un verre d’eau gazeuse qu’elle avala d’un trait. Elle avait si soif qu’à force de parler, sa gorge la faisait souffrir. En tant que politicienne, parler pour ne rien dire était une seconde nature, mais la pression envolée, son corps se relâchait. Ce n’est pas le bout du chemin, certes, mais ça s’en rapproche fichtrement, pensa-t-elle en détaillant les rideaux qui ornaient les croisées.

On frappa à la porte.

— Entrez.

La poignée s’abaissa du mouvement sec de celui qui avait l’habitude de pénétrer dans le cénacle. Un homme d’une soixantaine d’années, aussi rouge que joufflu, apparut dans l’embrasure. Son costume militaire étincelait de décorations, mais le faisait ressembler à un pommier.

— Madame la Présidente, la salua-t-il.

Katherine hocha la tête.

— Entrez, Général McAllister.

La plus haute autorité des forces américaines s’inclina, avant de refermer la porte derrière lui et de solliciter la permission de s’assoir face à la Présidente. Elle l’invita d’un geste à s’exécuter. Il n’était pas nécessaire de lire dans les pensées pour deviner l’embarras du vieux célibataire confronté à l’autorité d’une femme. Après tout, il n’avait qu’à imaginer qu’elle était un homme.

— Comment s’est passée l’investiture ?

— À merveille. Le beau temps était de la partie.

— Une magnifique cérémonie, si vous voulez mon avis.

— Combien en avez-vous présidé ? Deux ? Trois ?

Le militaire eut un sourire en coin qu’elle prit d’abord pour une marque d’humilité, avant de changer d’opinion.

— Cinq, Madame. Je commandais déjà les armées que vous n’étiez pas encore sénatrice.

Katherine n’était pas sûre de comprendre en quoi sa remarque n’avait rien de condescendant, mais fit comme si le train n’avait pas failli dérailler.

— J’imagine que vous avez des recommandations pour moi.

— Oui, Madame, c’est une tradition : une petite réunion informelle, hors agenda présidentiel, pour vous présenter les rouages de l’État.

— J’ai étudié les sciences politiques. Je connais l’armée.

— Je parlais d’un point de vue beaucoup plus… pragmatique. Devenir Présidente implique de devoir prendre des décisions qui engageront le sort de centaines de millions de nos concitoyens. Davantage qu’une mise en garde, voyez cette entrevue comme une somme de conseils. Sauf votre respect, vous êtes loin de tout savoir : certaines réalités ont été soigneusement dissimulées au peuple américain… pour son bien-être, naturellement. En tant que plus haute autorité de l’État, et à ce titre dotée d’une accréditation maximale, vous êtes en droit de tout connaître.

Katherine se redressa sur le canapé et posa les mains sur ses genoux. Le regard du militaire glissa sur ses mollets avant de revenir sur son visage.

— Rien de grave, j’espère ?

La Présidente repensa aux théories du complot qui fleurissaient sur le net, à tous les films et à toutes les séries qu’elle avait visionnés adolescente : les mensonges destinés à maintenir le peuple sous le joug d’une puissance aussi tentaculaire que mutique faisaient désormais corps avec l’imaginaire collectif américain. Loin de ressentir une quelconque colère, la satisfaction de celle à qui l’on va révéler un secret longtemps gardé la gagna, comme si elle se tenait sur le toit du monde et contemplait le chemin parcouru.

— Je vous écoute.

— Le plus simple est de vous montrer.

— Ici ?

Le Général laissa échapper un rire goguenard. Ses épaules rebondirent sous sa veste.

— Non, bien sûr ! Demain, vous visiterez le bunker et le centre opérationnel d’urgence, sous l’aile Est, mais il ne s’agit que d’une formalité : à part le mini-bar, il n’y pas grand-chose d’intéressant dans la salle de crise de la Maison-Blanche.

Une hilarité contenue secoua l’homme une nouvelle fois. Fier de sa blague, il indiqua la porte du Bureau ovale.

— Prenez votre manteau.

— Mais l’agenda précise que le dîner…

— Première leçon : l’agenda officiel n’existe que pour vous permettre de vous y dérober. Il offre une explication toute faite à vos disparitions, et c’est justement de cela que nous allons profiter. Si vous avez faim, le jet présidentiel dispose de tout le nécessaire pour combler les petits creux. Si nous ne tardons pas trop, vous serez de retour pour border cette chère Lucy. Pour sa première nuit à la Maison-Blanche, je m’en voudrais de vous faire manquer ça.

La Présidente se leva, vacilla légèrement sur ses pieds et réalisa seulement alors qu’elle s’était déchaussée. Elle renfila discrètement ses escarpins et récupéra son manteau sur la patère. Le Général MacAllister l’aida à le passer et elle l’en remercia poliment, quoique sur un ton sec. Le militaire avait-il déjà proposé son secours vestimentaire au précédent chef de l’État ?

— Où allons-nous ?

— Fort Knox.

— La réserve d’or ? J’espère qu’il ne relève pas du devoir de la Présidente de recompter les lingots avant d’entamer son mandat ?

Le soldat lui adressa un sourire amusé.

— Rassurez-vous, cela fait longtemps que Fort Knox n’abrite plus un gramme d’or. Tout est à la banque de réserve fédérale, à New York.

Face à l’expression de stupéfaction de la Présidente, le Général enfila sa casquette et lui tapota l’épaule.

— Deuxième leçon, dit-il.

Sur ce, le soldat franchit d’un pas guilleret les portes du Bureau ovale.

 

Un véhicule blindé attendait au pied de la piste lorsque l’avion présidentiel toucha le tarmac de l’aérodrome Godman. Quelques minutes de route suffirent à rallier Fort Knox. La voiture passa les postes de garde et les grilles coulissèrent à mesure que s’élevèrent les saluts militaires. La lumière du soleil couchant dessinait un océan couleur de paille sur les herbes rases de la base.

Le convoi s’immobilisa devant la porte principale. Fort Knox était un bâtiment austère dont le toit ressemblait à une pyramide aplatie. Rien dans son architecture n’invitait à l’imagination : si l’on devait en juger par son aspect extérieur, ce qui s’y dissimulait était forcément d’un ennui mortel.

— Par ici, Madame.

Un cortège d’officiels salua la Présidente des États-Unis et le Général McAllister. Aucune femme, nota Katherine.

— Nous commencerons par le premier sous-sol.

Leurs guides, dont la mine trahissait un manque patent d’exposition au soleil, hochèrent la tête d’un même mouvement et leur firent longer un immense couloir.

— Rien d’intéressant au rez-de-chaussée ? demanda Katherine.

Le Général haussa les épaules.

— Nous y casions le personnel administratif il y a quelques années, mais les procédures d’embauche ont été modifiées depuis nos dernières découvertes : les bureaux ne sont plus vraiment adaptés aux nouvelles recrues. L’essentiel des activités a été transféré sous nos pieds, où nous avons pu nous étendre sans éveiller l’attention. La base souterraine se répartit sur une dizaine de kilomètres de rayon, ce qui en fait le plus grand bâtiment administratif des États-Unis, et sans doute au monde.

La Présidente écarquilla les yeux. Le Général se félicita de son effet : il aimait susciter l’émoi et l’admiration, d’autant que cela ne durerait pas.

— Nos collaborateurs ne travailleraient-ils pas mieux en plein jour ?

— Nous avons de bonnes raisons de croire que la lumière artificielle est meilleure pour leur santé.

Un militaire en armes tira de son veston un badge qu’il appliqua sur un capteur. Les portes de l’ascenseur chuintèrent en s’ouvrant. Le comité d’accueil les fit monter dans la cabine et se dressa au garde-à-vous.

— Rompez ! tonna McAllister.

Leurs bras retombèrent sur leurs cuisses. Au même moment, la porte coulissa et la cabine entama sa descente. Le militaire sifflota une bonne minute avant que Katherine se tourne vers lui.

— C’est long.

— Je sais. Nous descendons l’équivalent d’une vingtaine d’étages et l’ascenseur est d’époque.

La cabine finit par s’immobiliser. Les portes s’ouvrirent sur un long couloir gris.

— Suivez-moi.

La Présidente et le Général remontèrent le corridor. Katherine ne put s’empêcher de remarquer que celui-ci n’était percé d’aucune issue et que ses murs austères n’étaient pas décorés. Une porte blindée scellait l’extrémité du passage. Le Général se pencha sur le scanner rétinien et apposa son index sur le capteur. La serrure massive claqua sourdement. Le militaire poussa le battant, avant de se raviser et de le refermer. Une affreuse odeur de fumier filtra par l’embrasure.

— Autant faire d’une pierre deux coups et vérifier votre accréditation. Approchez. Voilà, comme cela. Regardez dans cet œilleton et posez votre doigt de cette manière. Parfait, Madame la Présidente. C’est comme si vous aviez fait ça toute votre vie.

Les capteurs analysèrent les empreintes de Katherine et la serrure se déverrouilla.

— Après vous.

La Présidente poussa le panneau de métal. Une odeur méphitique lui vrilla de nouveau les narines. Cette puanteur lui rappelait ces horribles vacances que ses parents l’avaient obligée à passer dans le ranch de l’oncle Tod, quand elle avait quinze ans.

— Bon sang, quelle horreur !

Le passage débouchait sur une coursive métallique entourant un gigantesque entrepôt : c’était comme si le sous-sol s’étalait à perte de vue et s’évanouissait dans le flou. Le plafond était constellé de projecteurs qui simulaient la lumière du soleil. L’odeur de lisier était insoutenable.

Elle s’approcha du garde-fou. Un crépitement ininterrompu montait des entrailles du titanesque fossé. Se penchant sur la rambarde, Katherine comprit que le bruit était en réalité le résultat insensé de milliards de touches de clavier claquant à l’unisson.

— Je vous présente le personnel administratif des États-Unis, Madame.

La Présidente contint un haut-le-cœur. Collées les unes aux autres dans des box minuscules, des milliers de vaches écornées dévisageaient un ordinateur placé devant chacune d’elles. Sur leur crâne lisse, un casque à électrodes était relié à un terminal situé sous le pis de l’animal, lui-même connecté à l’écran d’interface ainsi qu’à un réseau de câbles qui courait en nervures sur toute la surface du souterrain.

— Des… des vaches ? balbutia Katherine en se cramponnant au garde-fou, incapable de détacher son regard du funeste spectacle.

Le militaire retira sa casquette et la coinça sous son bras.

— Lorsque la NASA a réalisé que les bovins étaient bien plus intelligents que les chiens, les chats, les dauphins et les singes réunis, nous nous sommes retrouvés face à un dilemme : divulguer l’information au risque de provoquer une crise mondiale ou la garder pour nous. Comme dans bien d’autres domaines, vous comprendrez que, dans la mesure du possible, nous préférons la seconde option. Les capacités de réflexion d’une vache sont bien supérieures à celles du fonctionnaire moyen en réalité, et elles sont bien moins sujettes à la divagation, aux rêveries et à la procrastination. Nous avons décidé de confier des tâches pragmatiques de plus en plus complexes aux bovins. Finalement, l’administration fonctionne beaucoup mieux ainsi.

— Que… quelles… tâches accomplissent ces bestiaux ?

Le Général battit l’air d’une main.

— Il y a certains mots à éviter… Les vaches sont bien plus compétentes que nous pour les affaires exigeant un certain sang-froid, mais elles sont susceptibles.

La Présidente marqua un temps d’arrêt. Si les vaches pouvaient être exploitées de cette façon, les applications industrielles étaient potentiellement infinies. Cette idée ne manquait pas d’éveiller de sombres ambitions capitalistes au fond de son cœur. Elle balaya le paysage d’un regard vague. Les vaches déversaient leurs excréments dans de grandes conduites métalliques reliées en canalisations. La productivité atteignait son paroxysme.

— Pour répondre à votre question, tous les services du Trésor ont été transférés ici, tout comme ceux de l’assurance-maladie. Les vaches chapeautent également les commissions de surendettement, le ministère de l’Éducation, l’administration militaire évidemment ainsi que celle de la plupart des gouvernements fédéraux, à l’exception du Texas qui persiste à s’y opposer. Pour ces cowboys, les bovins ne sont toujours qu’un gros tas de bacon à frire. Mais les mentalités évoluent. J’ai bon espoir.

— Mais si elles sont si intelligentes, pourquoi continue-t-on à les manger ?

Le soldat éclata de rire. Des animaux levèrent la tête avant de se replonger dans leurs tâches en ruminant.

— À vrai dire, Madame la Présidente, il y a peu de chances que vous ayez savouré un authentique steak de bœuf ces dix dernières années : tout a été remplacé par de la viande de synthèse, clonée en quantités industrielles dans des laboratoires secrets. Seuls quelques ayatollahs et des bouseux dans les montagnes continuent d’égorger leurs animaux. La plupart sont confiés à des abattoirs, des vitrines en réalité, dont l’unique vocation est de transférer ces nouveaux employés vers leur poste de travail. L’arrêt de la consommation de viande était une condition sine qua non pour qu’elles acceptent de collaborer avec nous.

Katherine soupira : elle avait été élue en partie grâce à son plan de lutte contre le chômage. Mais si l’on remplaçait chaque fonctionnaire par un ruminant, les chances pour qu’elle remporte la bataille de l’emploi étaient plus que minces. Elle s’en ouvrit au Général, qui répondit :

— Pensez bien que les statistiques sont faussées depuis longtemps…

Quelque part, cette nouvelle la rassura : elle n’aurait pas à perdre la face devant ses administrés.

— Vous parliez de la NASA : pourquoi l’agence spatiale étudiait-elle l’intelligence des vaches ?

Une moue amusée passa sur le visage couperosé du soldat. Il n’avait droit de savourer ce tour de manège qu’une fois tous les quatre ans, moins lorsque le Président était réélu : il distillait donc ses révélations avec la gourmandise de l’ascète visitant sa première usine de chocolat.

— Nos bases sur la Lune et sur Mars ont elles aussi besoin de main-d’œuvre. Les vaches sont plus résistantes aux pesanteurs nulles que les singes, et même davantage que l’être humain. Et puis il faut l’avouer : elles sont très efficaces.

— Des… bases sur la Lune… et sur Mars ? souffla Katherine.

Le militaire, aux anges, hocha la tête.

— Nous en avons également une sur Pluton. Enfin, plutôt une ambassade, mais je vous épargne les détails : le temps file. Poursuivons la visite.

Le Général pivota sur ses talons et tint la porte à la Présidente. Ils regagnèrent l’ascenseur sans un mot et la cabine s’enfonça de nouveau dans les profondeurs du complexe.

— Excusez-moi si je vous parais stupide dans les prochaines minutes…

— Je vous en prie, Madame la Présidente. Mon plaisir est de répondre à vos questions.

— Vous disiez qu’il n’y avait plus d’or à Fort Knox.

— Exact.

— Et qu’il se trouvait à New York, c’est ça ?

Le militaire garda le silence.

— Mes conseillers ne tiennent pas à ce que cela s’ébruite, finit-il par cracher, ils affirment que cela peut entacher certaines relations diplomatiques, mais je peux bien vous le dire. … Après tout, j’ai voté pour vous.

Elle le remercia par réflexe, avant de réaliser que l’expression de sa gratitude n’était qu’une réaction à un stimulus pavlovien.

— Nous avons vendu l’or des États-Unis à la Chine.

La femme politique manqua de s’étouffer.

— Plus d’or ? Mais sur quoi repose notre système monétaire ?

— Oh, ne prêtez pas foi à ces boniments de calculateurs pleurnichards. L’économie américaine est bâtie sur le plus puissant algorithme qui soit, développé par l’Institut de Technologie du Massachusetts. Tout est virtuel désormais, et largement piloté par la NSA, dont la surveillance globalisée n’est qu’un visage parmi d’autres.

— Mais… les crises boursières, la spéculation… et l’inflation ?

— Les vaches s’occupent de ça.

Le carillon résonna à nouveau dans la cabine, venant à point nommé interrompre la discussion. Les portes s’ouvrirent sur un immense open space où s’agitaient une multitude d’hommes et de femmes en blouses blanches au milieu de machines complexes, d’ordinateurs et de bureaux sur lesquels s’empilaient des dossiers.

— Le secteur génétique, dit McAllister. Nous centralisons ici les données biologiques de chaque Américain, depuis sa naissance jusqu’à sa mort et bien après.

— Ce… ce n’est pas interdit ?

— Quel est l’intérêt de promulguer des lois si on ne peut pas les transgresser soi-même, Madame la Présidente ?

Face au bon sens du militaire, Katherine baissa les yeux et regarda ses escarpins. Comment pouvait-elle, après avoir remporté une telle élection, se sentir aussi stupide, inutile et indigne d’occuper un poste de cette ampleur ? Le Général dirigea ses pas vers un bureau vitré derrière lequel une femme d’une quarantaine d’années, blonde comme les blés, les attendait.

— Madame la Présidente, je vous présente Frances Balmer : elle contrôle la section d’une main de fer. Si vous avez eu la varicelle ou que votre génome comporte des risques de facultés intellectuelles inférieures à la moyenne, cette petite futée est déjà au courant, pérora le militaire.

La scientifique tendit une main amicale à Katherine, que celle-ci s’empressa de serrer comme une bouée de sauvetage au milieu d’un océan de démence.

— Ravie de faire votre connaissance, Madame la Présidente. Rassurez-vous, le décryptage de votre séquence ADN n’a révélé que de très bonnes prédispositions.

Katherine ignorait si elle devait se réjouir ou piquer une colère qu’on ait trifouillé dans sa biologie, aussi se contenta-t-elle de lui rendre son salut.

— Est-ce que vous voulez savoir ? demanda la scientifique.

— Savoir quoi ?

— Oh, navré, j’avais oublié, répondit McAllister. Frances a décodé votre ADN : elle peut donc vous apprendre le jour et l’heure de votre mort. Comme la question est plutôt envahissante et qu’elle peut quelquefois perturber notre jugement, nous avons coutume de révéler l’information aux personnalités importantes de l’État. Mais vous êtes tout à fait libre de refuser.

— On peut vraiment faire ça ?

— Bien sûr, et plus encore… Rassurez-vous, vous n’auriez pas été élue si cette échéance arrivait prochainement. De fait, vous êtes tranquille pour au minimum quatre ans.

La scientifique et le militaire explosèrent de rire, comme si cette remarque de mauvais goût avait fini, à force de répétition, par devenir drôle.

— Mais… et si j’ai un accident, que j’attente à ma vie, vos statistiques sont faussées, non ?

— Ce ne sont pas des statistiques, Madame : votre génome est une frise chronologique que nous sommes capables de lire comme un rapport d’archives. Aussi étonnant que cela puisse paraître, cet ouvrage nous renseigne également sur les aléas de l’existence. Alors ? Vous voulez savoir ?

Katherine acquiesça, tremblante. Frances lui tendit une enveloppe cachetée qu’elle ouvrit d’un coup d’ongle. L’information aurait pu la souffler en d’autres circonstances, mais elle garda son calme et rangea la date de sa mort dans un coin de sa mémoire.

— Sont-elles prêtes ? demanda McAllister.

— Bien sûr, répondit la généticienne. Nous vous attendions. Les filles ? Vous pouvez rentrer.

Katherine se retourna et manqua de tomber à la renverse. McAllister la retint avant qu’elle ne s’effondre. Face à la Présidente des États-Unis se tenaient trois répliques exactes d’elle-même, si parfaitement identiques à leur modèle que seuls leurs vêtements les distinguaient de l’original.

— Des clones, Madame, pour votre sécurité et votre confort. En cas d’urgence, de fatigue ou par mesure de précaution, nous pouvons toujours faire appel à l’une d’entre elles.

Les copies s’inclinèrent devant leur propre image, puis se tournèrent d’un même mouvement gracieux et disparurent par la porte.

— J’ai besoin d’un verre, dit Katherine.

Le militaire tira une flasque de son costume et, après en avoir dévissé le bouchon, la lui tendit. La Présidente approcha son nez du goulot. Elle détestait le whisky. Néanmoins, elle projeta la tête en arrière et en avala une bonne lampée.

— Vous avez toujours de l’alcool sur vous ? demanda-t-elle, ragaillardie.

— Une fois tous les quatre ans, répondit-il.

Ils quittèrent la généticienne et poursuivirent leur chemin à travers le dédale de bureaux, de paillasses et de laboratoires qui parsemaient le second sous-sol. La Présidente, sous le joug du whisky, manqua de flancher plusieurs fois. Son guide finit par lui donner le bras et la conduisit jusqu’à un second ascenseur, gardé par deux hommes armés de fusils.

— Repos, dit le Général.

Les cerbères baissèrent leurs canons et leurs mentons vinrent se coller contre leur poitrine.

— Cette porte est trop importante pour être surveillée par des humains, ou même par des vaches. Nous préférons utiliser des cyborgs : ils sont un peu bas du front, mais ils font l’affaire quand il s’agit de tirer dans le tas.

Ils passèrent les robots et pénétrèrent dans une cabine spacieuse dont les parois accueillaient de confortables canapés dans lesquels ils s’échouèrent.

— La descente est un peu longue, prévint le Général.

L’ascenseur s’ébranla et la cabine partit non pas vers le bas comme Katherine l’imaginait, mais en avant, suivant une trajectoire légèrement inclinée.

— Le prochain complexe n’est accessible que par ce chemin. Pour d’évidentes raisons de sécurité, il se trouve à six kilomètres de la base principale, précisa le militaire.

La Présidente fit mine de comprendre les impératifs stratégiques et posa ses genoux sur ses cuisses avant de caler son menton dans ses mains. Cette journée lui paraissait interminable.

— Il y a encore beaucoup de surprises ?

— Ça dépend ce que vous entendez par surprise.

— Allez-y, envoyez la sauce. Une ambassade sur Pluton, hein ?

MacAllister s’éclaircit la gorge.

— Nous avons décidé qu’il était inutile d’alerter le grand public de l’existence d’autres races intelligentes dans l’univers. Je veux dire, à part les vaches… des espèces extraterrestres, vous me comprenez.

Katherine hocha la tête, lasse. Bien sûr, elle s’était attendue à ce que le Général lui révèle la vérité au sujet des extraterrestres. Après tout, la zone 51 était encore aujourd’hui l’une des plus belles légendes urbaines de l’Amérique et les soucoupes volantes quasiment un trésor culturel national.

— Quand avons-nous découvert cela ?

— Il y a une trentaine d’années. Et nous n’avons rien trouvé : il s’est présenté à nous de son propre chef.

— Trente ans ? Mais Roswell…

— Roswell n’avait rien à voir avec les extraterrestres, dit le Général. Ça, c’était Jésus.

La mâchoire de la Présidente se décrocha.

— Jésus Christ ?

— Oui, c’est un peu long à expliquer. Son retour est passé relativement inaperçu et c’est plutôt heureux. D’ailleurs, il travaille pour nous désormais. Mais chaque chose en son temps : cela fait beaucoup d’information à retenir pour une première fois. John habite Washington. Vous aurez sûrement l’occasion de le rencontrer tôt ou tard.

John ?

— Il préfère qu’on l’appelle comme ça désormais, mais je vous propose d’en discuter avec lui de vive voix. Un déjeuner à la Maison-Blanche vous conviendrait ? Je peux faire ajouter cela à l’agenda.

Katherine s’émut d’imaginer la mention d’un repas en compagnie du Christ dans son planning, mais ne chercha pas à en savoir davantage. Le Général n’avait pas tort : les raisons de tomber dans les pommes commençaient à dangereusement s’accumuler.

— Nous arrivons, annonça McAllister.

Les portes s’ouvrirent sur une grotte humide, éclairée ça et là par des projecteurs dont le halo blafard rebondissait sur la surface d’un lac impassible dont les eaux n’avaient sans doute jamais vu la lumière du jour. Des cyborgs militaires saluèrent le Général, qui les dépassa sans un regard.

— Foutus grille-pains, grogna-t-il. Autant là-haut, ils ne m’inquiètent pas, ici, dans le noir, ils me filent la chair de poule.

Le Général et la Présidente longèrent une allée bordée de concrétions calcaires et de stalagmites menant au lac souterrain. Au pied de la poche d’eau, un salon de jardin en plastique avait été installé. Une télévision reliée à une batterie était posée sur un seau retourné, à côté d’une glacière remplie de crabes vivants.

— Mettez-vous à l’aise, dit le militaire. Kurgul doit dormir.

— Kur-quoi ?

Le Général installa la Présidente sur une chaise thermoformée. Katherine jeta un regard dégoûté sur la caisse de frétillants crustacés. Pendant ce temps, McAllister s’empara du plus gros galet qu’il trouva et le projeta loin dans les ténèbres de l’étang. Un magnifique plouf résonna dans la caverne.

— Il ne devrait pas tarder.

— De qui parlez-vous ?

Elle avait pourtant peur de comprendre.

— Du véritable Président des États-Unis et, par la force des choses, du seul chef que cette planète ait jamais porté.

Katherine bondit de sa chaise, prête à gifler l’impudent militaire, mais l’expression de profond désarroi du soldat retint son geste de colère.

— Qui est Kurgul ?

— Un plutonien.

— Qu’est-ce qu’un foutu plutonien fabrique chez nous, nom de Dieu ?

— Il s’amuse, il prend du bon temps. Quelquefois, quand l’envie lui vient, il cherche à se reproduire. Bien sûr, nous lui avons expliqué que les morphologies humaines et plutoniennes étant très différentes, les chances pour qu’un tel accouplement aboutisse à une ponte étaient extrêmement faibles. Mais il persiste à essayer de temps à autre. Kurgul est obstiné. C’est aussi un parfait abruti.

À nouveau, Katherine suffoqua.

— Mais… pourquoi accueillons-nous cette calamité ?

— Nous n’avons pas vraiment le choix. La technologie plutonienne est bien supérieure à la nôtre. Kurgul pourrait réduire la planète en cendres d’un claquement de pinces, s’il le voulait. Nous avons pu expérimenter certaines de nos armes contre ses congénères, notamment dans le désert du Mexique et en Afghanistan. Mais rien n’y fait, nous sommes à leur merci. Ces monstres résistent aux frappes atomiques. Mieux, ils adorent ça : ils disent que ça les chatouille. Kurgul est l’émissaire de Pluton chargé de l’annexion de la Terre. Le bon côté des choses, c’est que la plupart des décisions dont vous aurez à endosser la responsabilité seront en réalité les siennes, tout comme celles de vos homologues. Cette entité considère notre monde comme un vaste plateau de Monopoly et entend bien s’amuser jusqu’à lassitude complète. Le mauvais côté, c’est que si vous avez une idée, un projet de loi, ne serait-ce qu’une suggestion, il faudra d’abord qu’il la valide, sans quoi il menacera de faire exploser la planète. Il est coutumier du fait. Ne vous offusquez pas lorsqu’il vous invectivera.

Un bruit humide clapota dans les ténèbres. Katherine fit volte-face, décidée à affronter le péril galactique avec l’aplomb d’une chef d’État.

— C’est la nouvelle ? crissa une voix d’insecte atrocement aigüe.

Kurgul rampa dans la lumière des projecteurs. Katherine blêmit. Ses genoux s’entrechoquèrent. La Présidente des États-Unis fixa un point flou derrière le monstre pour ne pas tomber dans les vapes.

Kurgul était une sorte de homard de la taille d’un taureau dont les antennes cinglaient l’air au-dessus de son repoussant crâne chitineux. Là où auraient dû se trouver ses mains, d’immenses pinces menaçantes claquaient dans le vide à chacun de ses pas, ou plus exactement à chacune de ses reptations dégoutantes.

— Elle n’est pas mal, dit Kurgul. Un peu rose, mais jolie.

Une langue épaisse comme un pieu jaillit de la fente buccale de l’extraterrestre. Une violente crampe frappa Katherine à l’estomac. La Présidente se plia en deux et vomit. McAllister se passa une main sur le visage et se précipita à sa rescousse.

— Ne faites pas l’idiote, lui glissa-t-il à l’oreille, ne le vexez pas.

Katherine alla puiser l’énergie dans les tréfonds de son âme, là où agonisait le cadavre de sa foi, puis repensa à Roswell, à Jésus, aux clones et aux vaches, à la date de sa mort, aux mensonges et à l’homme-homard venu de Pluton. Le désespoir la frappa de plein fouet, mais elle serra les dents et tâcha, en se relevant, d’arborer un sourire naturel.

— Je… je suis enchantée, monsieur Kurgul, articula la Présidente.

Le monstre claqua des pinces. Sans prendre la peine de lui renvoyer la politesse, il serpenta jusqu’à la glacière et dévora une poignée de crabes vivants.

— Ils sont à votre convenance ? demanda McAllister.

— Les meilleurs, Général ! croassa Kurgul.

Le militaire s’inclina. Kurgul termina son repas dans un épouvantable fracas de carapaces broyées et se tourna vers la chef de l’État.

— Vous n’êtes pas contre le principe d’un accouplement interespèces, j’imagine ?

Katherine blêmit et souhaita qu’une mort aussi soudaine qu’indolore la frappe dans l’instant. Elle s’apprêtait à hurler, quand McAllister s’empressa de prendre la parole à sa place.

— La prochaine fois, comme d’habitude. Aucun problème.

— Bien… Bien…

L’extraterrestre s’empiffra encore de quelques crabes et, sans un regard pour les visiteurs, replongea dans les profondeurs de son sanctuaire liquide. Une fois qu’ils furent certains que la créature avait bel et bien regagné les abysses, le militaire se tourna vers la Présidente.

— Vous comprenez pourquoi nous fabriquons des clones ?

 

Lorsque Katherine poussa la porte de l’appartement présidentiel, James dormait déjà. Elle retira ses vêtements sans bruit. Ils puaient le poisson. Elle jeta son tailleur dans un sac de blanchisserie, qu’elle déposa dans le vestibule. Le personnel le récupèrerait dans la nuit. Avec un peu de chance, en se réveillant demain, sa journée lui paraitrait n’avoir été qu’un horrible rêve.

La Présidente prit une longue douche, enfila un peignoir et gagna la chambre dans laquelle dormait Lucy. Une veilleuse baignait la pièce d’une lumière dorée. Elle marcha sur la pointe des pieds et s’assit sur le lit. La petite fille se tourna, gémit et ouvrit les paupières.

— Maman ? glapit Lucy.

— Je suis rentrée, ma chérie. Rendors-toi.

— Tu étais où ?

Katherine soupira.

— Au bureau, trésor.

— J’ai eu peur que tu ne reviennes pas.

Katherine caressa le front de l’enfant et l’invita à reposer sa charmante tête rousse sur l’oreiller. Bientôt, Lucy respira profondément et régulièrement. La Présidente contempla d’un œil las les vénérables murs de l’appartement et s’étonna qu’ils puissent encore tenir debout.

— Tout ira bien, souffla-t-elle.

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📕 Design de couverture : Roxane Lecomte ©