Pourquoi les écrivains indépendants sont-ils considérés comme des losers ?

Comme souvent, c’est la collision de deux lectures qui fait naître une idée — ici, davantage un constat. D’abord, un (remarquable) article de François Bon dans lequel un passage fait tilt.

L’auteur, s’il entre lui-même dans la danse d’une micro-micro-économie, c’est connu, se salit les mains et n’est plus digne de rien ; un musicien qui crée son label, honneur ; un danseur qui crée sa compagnie, honneur ; un inventeur de logiciel qui crée sa start-up, honneur ; un écrivain qui vend ses livres lui-même, la honte…

Ensuite, une petite rafale de tweets signés Thomas Cadène à propos du lancement de Tidal, un service de streaming en haute qualité signé Jay-Z où ce sont les artistes eux-mêmes qui prennent en charge leur distribution (puisqu’ils en sont aussi les actionnaires — parmi eux Jay-Z donc, Beyonce, Madonna, Jack White, Nicky Minaj, Rihanna, Taylor Swift, bref, des pointures dans leur genre). 

On est en train de ressentir les premiers véritables effets de la démocratisation des moyens de formation, de production et de diffusion sur le net. Je dis véritables parce que c’est un phénomène qui n’est pas nouveau, les artistes indépendants ont toujours plus ou moins existé depuis le début — rappelle-toi Proust, mais là, c’est quand même gratiné : ce sont ceux à qui l’industrie a donné naissance qui se détournent du système conventionnel pour écrire leurs propres règles du jeu. J’imagine que certains commencent à avoir des sueurs froides.

Ce que dit François Bon, on est beaucoup à le penser sans vraiment le comprendre — ou plutôt on le comprend sans oser y croire. Ça fait des années que des musiciens un peu bidouilleurs et pas manchots avec leurs ordinateurs sont capables de te mixer un album dans leur chambre d’étudiant — de fait, ils le font — et avec ça une qualité qui n’a rien à envier à un studio pro. De leur côté, les cinéastes indépendants te montent de petits chefs-d’œuvre avec leur Final Cut Pro et un peu d’After Effects, publient tout ça sur Vimeo ou sur Youtube et engrangent des millions de vues. Un sculpteur n’a pas besoin de passer par un agent de sculpteurs pour qu’on reconnaissance son talent et, après quelques années passées à être dévisagés de loin comme des bêtes curieuses, les blogueurs BD sont finalement entrés dans le paysage éditorial par la grande porte, et leurs sites allègrement repris en albums papier sont des succès d’édition. Par contre, un écrivain qui publie son propre livre, c’est suspect. Y a un truc qui cloche. C’est forcément qu’il s’est fait rejeter de toutes les autres maisons d’édition, que c’est un frustré ou pire, un loser, quelqu’un qui n’a aucun talent — « ben oui, mon petit-fils écrit, mais on peut pas dire que ce soit Victor Hugo, hin ». Marrant, non, cette dichotomie ?

Le web, c’est un réservoir : quand il pleut — et il pleut tout le temps —, on stocke, et quand on a soif, on vient y puiser. Si tu veux apprendre à monter une vidéo, à dessiner, à écrire un roman ou à faire une jolie photo, des milliers de tutoriels, de conseils, d’exemples sont à ta disposition. On peut les rejeter ou au contraire s’en inspirer, c’est en libre-service. Les matériels qui autrefois coûtaient beaucoup trop cher sont aujourd’hui vendus à des prix plus qu’abordables — la caméra de ton iPhone est en elle-même dix fois meilleure que le plus costaud des camescopes d’il y a cinq ans — et les moyens de diffusion sont là, à portée de clic, et permettent de toucher instantanément un public disséminé dans le monde entier. En matière de démocratisation, on peut difficilement faire mieux. Il n’est donc pas étonnant que tout le monde se mette à créer, et on a bien raison de le faire. Tout le monde publie, tout le monde fabrique, tout le monde joue de la musique, et oui le marché sature, parce que c’est sa nature de saturer désormais, le marché est une maison dans laquelle le monde entier est entré sans s’essuyer les pieds et c’est tant mieux, la fête est plus joyeuse.

Alors pourquoi les écrivains sont-ils les derniers à être dénigrés pour leurs velléités d’indépendance ? J’ai bien quelques idées.

D’abord et avant tout parce qu’il existe ce phénomène de validation artistique tacite qui habite tous les auteurs — je ne m’en exclue pas — et qui fait que si ton livre n’est pas publié chez un éditeur traditionnel (la même méfiance s’impose pour les éditeurs numériques, d’ailleurs), tu n’es pas un véritable auteur. C’est une sorte de sésame, une carte de membre du club. Pourquoi désirons-nous cette validation ? Parce qu’il y a tellement de livres écrits que si quelqu’un ne décidait pas ceci est un bon livre ou ceci est un mauvais livre, comment ferait-on pour séparer le bon grain de l’ivraie? Qui dirait ce qui mérite d’être lu ou pas ? D’ailleurs, y a-t-il seulement des livres qui ne méritent pas d’être lus ? Quand je vois ce que les ados lisent (et adorent) sur Wattpad, je suis convaincu qu’on est entrés dans une ère de goûts et de couleurs.

Et à partir de là, la peur de l’auteur de ne pas être lu, fatalement, parce qu’il imagine le lecteur un peu fainéant, incapable de dénicher tout seul ce qu’il a vraiment envie de lire — il faut le tampon de validation pour lui mâcher le travail. On « publie déjà trop » de toute façon — mais comme disait Crouzet, va dire à un auteur qui pense que les éditeurs publient trop d’arrêter de publier lui-même. Derrière cette crainte de la surpublication gronde l’envie d’être publié en quelque sorte au détriment des autres, parce le temps d’attention est limité et qu’il faut bien tracer des chemins — ça me fait penser à ces chiens de berger qui maintiennent la cohésion du troupeau pour éviter qu’un mouton ne se barre.

Si vous pensez qu’on publie trop, arrêtez donc de publier, ne demandez pas à vos collègues de le faire. Vous aimeriez vous inclure dans un petit club où vous seriez les seuls auteurs officiels. C’est terminé cette époque — Thierry Crouzet

Et puis évidemment, la montagne est haute et le chemin escarpé. L’indépendance, c’est un boulot de chien, il faut s’occuper de tout soi-même, et notamment de la promotion (même si dans l’absolu, c’est toi qui t’en occupes quand même quand tu es édité traditionnellement, faut pas se faire d’illusion, les affiches dans le métro sont toujours réservées aux mêmes). Je comprends que ça puisse gonfler, qu’on n’ait pas envie de s’en soucier — ça me gonfle aussi, faut pas croire. C’est pour ça que je crois beaucoup au statut d’auteur hybride, mi-indé mi-old-school, qui entre deux publications traditionnelles expérimentent en direct avec ses lecteurs — c’est ce que j’essaie de faire à titre personnel. Parce que les éditeurs sont des partenaires quand ils le peuvent.

Ce qui est plus ennuyeux, c’est que cette mauvaise image est véhiculée à la fois par l’industrie, par les auteurs pour les raisons évoquées plus haut et fatalement par les lecteurs — dont la plupart n’ont jamais essayé de se frotter à la lecture d’un ouvrage indépendant. C’est une image résiduelle, on n’imagine pas qu’un écrivain puisse faire le choix de distribuer ses écrits en direct, et d’invoquer les sempiternelles coquilles dans les textes indés (est-ce qu’on reproche aux musiciens indés leurs fausses notes ou aux cinéastes indés leurs mauvais cadrages ?) pour justifier la méfiance.

La vérité, c’est que nous sommes seulement démunis face à la multitude. Mais ça, il faut s’y faire, parce qu’à moins d’une apocalypse nucléaire qui décimerait la population, on n’ira pas vers moins de création, mais vers toujours plus de création — et avec ça toujours plus de remix et de réappropriation, même chez ceux qui ne fabriquent pas directement. On aurait beau faire la mauvaise tête et grogner dans son coin que ça n’y changerait pas grand-chose. Toujours plus, oui, et croyez-le ou non, toujours mieux. Je lis beaucoup de manuscrits de qualité (l’originalité c’est autre chose, parfois là que le bât blesse) parce que les jeunes auteurs s’entraident, qu’ils discutent dans les forums, se corrigent les uns les autres, apprennent de leurs erreurs, donc oui, mécaniquement, il y a de plus en plus de meilleurs manuscrits, c’est mathématique et on n’y peut rien. Et puis il y a aussi le fait qu’on lit de plus en plus — on passe presque notre vie à lire, même sur nos smartphones —, qu’on a accès à un éventail dément d’œuvres culturelles et que tout cela nous imprègne, qu’on le veuille ou non.

Alors oui, les éditeurs ne pourront pas tout publier parce qu’ils publient déjà beaucoup et que c’est déjà compliqué. Est-ce que les jeunes auteurs continueront à chercher la validation, oui, c’est très possible et c’est bien, parce que tant qu’ils le feront, ça voudra dire que les éditeurs ont quelque chose à apporter à l’auteur et que c’est considéré comme une plus-value. Mais le dénigrement, c’est autre chose. Dénigrer, c’est ne pas intégrer 1/ le choix des artistes et 2/ la conjoncture.

Dénigrer, ça vient du latin denigrāre (« noircir »). Et quand on veut noircir le tableau, en général, c’est qu’on a quelque chose à perdre à montrer la réalité sous son véritable jour.

19 réflexions sur « Pourquoi les écrivains indépendants sont-ils considérés comme des losers ? »

  1. Sans rentrer dans le détail sur le fond de l’article (intéressant, comme toujours :)), je me permets de commenter un point spécifique : non, les auteurs de blogs BD ne rentrent pas « par la grande porte » dans le circuit de l’édition traditionnelle.
    Certains se débrouillent peut-être pour tirer leur épingle du jeu, mais ce sont des auteurs qui ont de toute façon déjà un « poids » éditorial, et donc économique, chez ces mêmes éditeurs.
    J’entends dire, ici et là en festival, des choses qui font frémir, et qui cependant ne m’étonnent nullement, concernant les albums papier tirés des blogs BD « à succès », l’idée générale étant que, tout comme pour les albums papiers d’ailleurs, les auteurs qui parviennent à se faire publier sont tellement heureux qu’ils signent sans rien négocier, à commencer bien sûr par le renoncement au versement d’avances sur droits, sous le prétexte que leur album est pour ainsi dire déjà réalisé. Ces gens qui apparemment n’ont pas besoin qu’on leur paye la production de leur travail non seulement ne rentrent vraiment pas par la « grande porte », mais ne font guère honneur, non plus, ni à leur métier, ni au devenir de leurs confrères. Je ne vois pas grande gloire à cela…
    Dans tous les cas, ce que je veux dire ici, c’est que la vision du contrat d’édition comme une validation extérieure, objective, et professionnelle (être ainsi, en quelque sorte, jugé par ses pairs), n’est probablement plus guère qu’une chose du passé : les grandes maisons d’édition, en BD comme ailleurs, pratiquent désormais essentiellement la « pêche à la grenade », en partant du principe que le succès n’étant guère prévisible, un ouvrage en vaut bien un autre, et les techniques (notamment numériques, eh oui) qui ont drastiquement abaissé les coûts de production des ouvrages papier leur sont, à cet égard, d’une aide inestimable.
    N’est-il pas cocasse de voir que ces mêmes éditeurs, qui freinent des quatre fers quand il s’agit de publier les ouvrages de leur catalogue sous forme numérique (et à des prix décents), ne sont que trop heureux de pouvoir bénéficier de ces mêmes technologies quand elles leur permettent de débourser moins d’argent pour chaque titre et ainsi d’en publier plus ? Sans, bien sûr, en jamais rien rendre aux auteurs…
    Du coup, et pour ainsi dire mécaniquement, la fonction de validateur qu’aurait eu, peut-être, autrefois, l’éditeur, n’est véritablement plus qu’un mythe. Que ce mythe perdure, et laisse à certains l’impression que celui qui n’est pas passé par ce rituel de passage à l’âge professionnel n’est pas un « véritable » auteur, n’est que le résultat de très simples et très ordinaires préjugés, idées reçues, et autres légendes urbaines : il y a des losers partout, chez les auteurs « signés » comme chez ceux qui se publient eux-mêmes, et, de même, il y a de grands talents de part et d’autre.
    À mon humble avis, ce ne sont pas (ou ce ne sont plus) les éditeurs les plus qualifiés pour les discerner les uns des autres mais, encore et toujours, le seul bon juge : les lecteurs. 😉

  2. Je suis d’accord sur le fond, mais deux choses me titillent.
    Le problème de la surproduction, c’est déjà le problème du montant des droits d’auteurs et des à-valoir : si les auteurs gagnaient mieux leur vie, ils seraient moins dans cette urgence, ils prendraient peut-être plus de temps pour écrire un livre, et donc publieraient moins. Et surtout : en édition traditionnelle, la surproduction n’est pas le fait des auteurs mais celle des éditeurs, elle ne peut pas se faire pas sans eux.
    Deuxièmement, le terme d’auteur indépendant me gène dans la façon donc tu l’utilises ici. Ceux qui sont publiés par des maisons d’édition « traditionnelle » (qu’elles appartiennent à de grands groupes d’édition ou non) seraient donc des auteurs « non-indépendants », des auteurs assujettis à leurs éditeurs ?

  3. @Coline : Je pense que tu as raison concernant les droits d’auteur et les à-valoir. Si les auteurs étaient mieux rémunérés, ils pourraient prendre leur temps et réfléchir à leur prochain ouvrage posément… Et tu as aussi tout à fait raison quand tu dis que la surproduction est le fait des éditeurs — disons que dans la manière dont je l’exprimais, on peut effectivement penser que je blâme les auteurs pour elle, mais ce n’est pas le cas : dans la pratique, ce sont les auteurs (et les libraires) qui se plaignent de la surproduction, pas les éditeurs. D’où la réponse qui effectivement leur est adressée, peut-être à tort. Je pense que ça participe d’un système de consentement mutuel obligatoire, sans aller jusqu’à dire complicité… C’est assez paradoxal de parler de consentement obligatoire, pourtant c’est bien le cas je crois, puisqu’on ne peut pas espérer gagner de l’argent sans participer à ce système. Bref, c’est le serpent qui se mord la queue. Ou alors il faut imaginer des alternatives (Monstrograph?), des moyens détournés, fabriquer une base de fans/lecteurs/etc qui vous soutiendra (Patreon, crowdfunding, etc). On n’est qu’au début de ces alternatives, tout est à bâtir. Une chose est sûre, ceux qui organisent la surproduction n’ont aucun intérêt à faire que les auteurs gagnent plus. Et les protéger, c’est perpétuer la possibilité même de l’existence de ce système (pardon, je viens de regarder un reportage sur Naomi Klein, ça déborde).

    Oui, auteur indépendant n’est pas une dénomination heureuse, puisque je parle aussi d’éditeurs indépendants pour les opposer aux groupes tentaculaires type Planeta. Indépendant par rapport à quoi ? Dans le cas présent des auteurs, ce sont les auteurs qui se passent d’éditeurs pour publier leurs ouvrages. Il faudrait trouver un autre terme, qui ne soit pas une bête traduction de l’anglais. Parce que pour moi, un auteur qui s’associe à un éditeur indé, ça reste un couple d’indés… Indépendant par rapport à la logique de rentabilité maximale ? Arf, j’en sais rien…. *mindfuck* 😀

  4. C’est un sujet très intéressant qui est soulevé ici. Je suis assez d’accord avec l’idée que les auteurs cherchent une validation en étant publiés par des maisons dites traditionnelles. Mais quant à l’image négative que se font beaucoup de gens des auteurs qui s’auto-publient, je pense qu’un point n’a pas été assez exposé. Je m’explique : c’est vrai qu’il existe une génération de jeunes auteurs qui travaillent avec des bêta-lecteurs, des forums, etc. pour améliorer leurs textes. Mais il est aussi vrai qu’une énorme majorité de gens qui écrivent le font seuls, sans aucun retour critique ou avec seulement celui bienveillant de leurs proches. Pour avoir été lectrice dans une maison d’édition connue, j’ai bien vu les manuscrits qui arrivent, dont certains existaient déjà sur le marché sous forme auto-publiée. Il ne s’agit pas seulement de quelques coquilles qui s’apparenteraient à trois fausses notes dans un morceau. Il s’agit de textes où la grammaire n’a pas cours, de fautes d’orthographe énormes, d’incohérences majeures dans l’histoire, de personnages qui changent de personnalité ou de nom en cours de route, d’une intrigue qui tient en deux lignes, et autres défauts qui rendent le texte à mes yeux illisible. Le premier travail de l’éditeur, et ce qui fait qu’il est pour beaucoup indispensable, c’est qu’il est encore souvent le premier regard critique posé sur un texte. Non seulement celui qui trie le bon grain de l’ivraie, n’en déplaise à l’orgueil de certains qui se rêvent auteurs mais n’en ont clairement pas le potentiel (je suis réaliste, pas méchante), mais aussi celui qui va aider les auteurs qu’il publie à amener leur texte à leur meilleur niveau (entendons-nous bien, je parle du rôle idéal de l’éditeur, qui serait une sorte de bêta-lecteur, mais dans les faits cela ne se passe pas forcément ainsi) afin de leur donner toutes les chances de rencontrer un public.
    Ce qui est dommage, c’est que certains auteurs auto-publiés écrivent très bien, avec de bons personnages, de bonnes histoires, un bon style, et sont assimilés à tous les rejetés de l’édition traditionnelle dont beaucoup écrivent mal. Il faudrait énormément de temps aux lecteurs pour faire le tri, et lire beaucoup de mauvais textes pour tomber sur une pépite. Donc ne lire que des livres édités par des maisons traditionnelles permet de faire un premier tri, de savoir qu’au moins ce qu’on lira tiendra la route en termes d’intrigue et de langue française (et encore, je trouve que certains livres ne devraient pas être publiés, mais c’est une autre question).

  5. Je repensais à cette idée de validation artistique que l’on recherche auprès des maisons d’édition, qui est assez vraie (nous sommes tous des bons élèves en puissance hein), mais comme le dit très justement Lily Ekan Bart, le rôle des éditeurs n’est pas que celui-ci. Ils sont aussi là (en tous cas les bons éditeurs, ceux qui travaillent) pour aider les auteurs à améliorer leur texte, à le tirer vers le haut (et pas seulement à l’adapter à une « logique de rentabilité maximale »). Alors oui il faut s’interroger sur les raisons de la surproduction, sur sa propre (sur)production, réfléchir à des alternatives (oui, Monstrograph, avec d’ailleurs des projets d’autoédition, pour des formes qui ne trouveraient pas leur place en édition traditionnelle), mais aussi défendre les éditeurs qui en valent la peine !

    Quant au terme « indépendant », oui pas facile de lui trouver une alternative.

  6. La différence de traitement entre la musique (entre autres mais c’est ce domaine qui me frappe le plus) et l’écriture me titille aussi depuis quelques temps. Il y a de petits groupes dans la mode du Do it yourself qui font tout eux mêmes de A à Z et qui gagnent la reconnaissance de leurs pairs par leur travail, alors que les auteurs qui s’autopublient se mettent en fait un boulet au pied dans l’obtention de cette reconnaissance. ( C’est l’impression que j’ai). Mais en même temps, pour avoir lu quelques livres ou extraits de livres autopubliés, la plupart du temps c’est infâme ! Je n’en ai lu qu’un seul de correct, bien qu’on sente que l’auteur est jeune. Mais je ne l’aurai pas acheté en librairie.
    J’ai l’impression que c’est une particularité du livre où il y a tellement de facteurs : grammaire correcte, histoire qui tient la route, cohérence, personnages attachants, qui font qu’on peut difficilement pondre un roman agréable et bon du premier coup, sans beta lecteurs, etc. (mais je suis d’accord que cet aspect se développe et que les auteurs autopubliés s’améliorent.)
    Autre point : la musique, la danse, sont des arts vivants. Il est plus facile de mobiliser un public sachant que l’on peut se produire dans l’espace public ou les bars, etc.
    La BD, sur internet les strips se lisent vite. Un roman, faut s’accrocher, donc c’est plus difficile de mobiliser une communauté autour.. Du moins c’est mon impression

  7. Bonjour. Très intéressante réflexion à laquelle j’aurais souhaité ajouter une précision. Je suis d’accord avec vous sur l’ensemble tout comme avec le commentaire de Lily Ekan Bart.
    Je pense que si l’auteur ne reçoit pas les même éloges que les autres artistes lorsqu’il se lance en indépendant, c’est certainement parce qu’il n’a pas le même statut au regard du peuple. Si vous annoncez que vous êtes romancier, l’effet et bien plus grand que si vous vous présentez comme chanteur ou dessinateur. Pourquoi? je n’en sais rien, mais c’est un fait. Mais si vous imaginez une scène où une fille présente son petit ami à son père en annonçant qu’il est guitariste dans un groupe de rock ou alors qu’il est auteur d’un roman policier…Bon! Vous avez compris. Le métier d’auteur est sacralisé en France et j’ai souvent entendu dire de jeunes écrivains en herbe (et des plus vieux aussi) qu’on naissait auteur(visiblement c’est inné…). Beaucoup considère qu’il s’agit du seul métier qu’on ne peut pas apprendre. Je trouve ça non seulement idiot, mais extrêmement prétentieux. Aussi, je pense que cet état d’esprit élitiste est en parti responsable de ce dénigrement malsain et injuste.

  8. Entièrement d’accort avec Lily. Je me suis fait avoir à maintes reprises en achetant des « livres » autoédités dont l’écriture frôlait l’indécence linguistique. Et, pour avoir vu des amis éditeurs désespérés par les manuscrits qui leur sont envoyés, je sais qu’elle n’exagère absolument pas. Je pense que l’autoédition est une option formidable pour des livres qui ne trouveraient pas éditeur en raison du trop petit nombre de lecteurs potentiels (thèses diverses, certains essais, compte-rendus de recherches, etc.) mais, de nos jours, c’est à croire que tout le monde se prend pour un écrivain et nous, lecteurs, croulons sous un amas de « livres » qui ne méritent pas ce nom. Bien sûr, qu’il existe très certainement des auteurs de talent, parmi les autoédités, mais, pour un bon écrivain, combien y a-t-il de « scribouillards » ?

  9. Je partage les 2 derniers avis… pour peu de bon auteurs autoédités, que de mauvais !
    Et que d’ebooks retournés à Amazon après quelques pages…
    A la suite de mes déconvenues, j’ai (aussi…) pondu 2 articles qui évoquent ces problèmes de grammaire et d’orthographe :
    http://www.florence-cochet.com/#!-comment-choisir-un-ebook/c23qk
    http://www.florence-cochet.com/#!Ebooks-auteur-édité-ou-auteur-autoédité-/cq9k/54e1a3f20cf23137e86f5f36

  10. Dis donc, Neil. Pourquoi on ne baisse pas les bras ? Pourquoi on ne ferme pas définitivement le clapet de nos ordis, de nos cahiers ? Pourquoi on ne tourne pas le dos à la loose pour faire autre chose - consommer du prémâché au lieu de produire, peut-être qu’on rendrait plus de gens heureux ? Pourquoi on continue à se prendre en pleine face des portes qui ne s’ouvrent pas, celles des librairies, des critiques spécialisés, des bars (!), dont rien ne nous dit qu’elles se laisseront franchir un jour, à force de tambouriner ?
    Pourquoi on n’arrive pas à lâcher prise même quand ça fait mal ?
    Parce qu’on ne peut pas faire autrement.
    Ce qui nous différencie sans doute des maçons qui sont rarement habités par leurs murs.

    Et puis on a le temps. Celui qu’on veut bien se donner, pour que les équilibres changent, que les modèles évoluent, que les super-lecteurs (blogueurs, forumeurs, prescripteurs) qui n’ont pas la frilosité des éditeurs, deviennent les nouveaux trieurs, ceux qui sépareront le grain qui est à leur goût de l’ivraie.

    Je suis persuadée qu’un jour, on sera fiers d’avoir appartenu à la ligue des losers magnifiques 🙂

  11. Les informations ici présentes sont relativement pertinentes et intéressantes. J’ai beaucoup aimé, cet article est vraiment bien ficelé et cela nous permet d’y comprendre un peu plus car le sujet est moins évident qu’il n’y semble.
    Elsa Bastien / streetpress.com

  12. Bonjour,

    Quelques petits commentaires pour réagir à cette article ma fois très intéressant mais qui ne manque de jeter un pavé dans la mare (comme d’hab’ quoi…)

    - A propos des fautes d’aurtografes :

    Si c’est l’apanage de pas mal d’indépendants, ce n’est ni pire ni meilleur que chez les éditeurs « classiques » qui laissent parfois passer de grosses coquilles dans des textes qui les gonflent, qu’ils mettent sur le marché précipitamment parce que, ma petite dame, ça se vend… Pour avoir trainer mes yeux dans la collection SF de J’ai Lu (pas un petit éditeur donc…) je peux vous dire qu’il y a des fautes qui font saigner des yeux et hurler. Les traductions sont parfois tellement catastrophiques que l’auteur d’origine est méconnaissable sous cette forme…

    Je pense qu’il faut aussi adapter son exigence. Un indé doit tout faire tout seul (ou avec quelques personnes de confiances dans le meilleur des cas) ce qui implique que oui, il reste toujours des putains de fautes. Correcteur, c’est un métier ! En tant qu’écrivain je me fous comme d’une guigne des accords et des COD. Ce qui m’intéresse en priorité c’est l’histoire, les personnages, l’enchaînement logique des événements…

    - Les éditeurs font un tri…

    Oui… Mais non !
    Pourvu que ça se vende, les éditeurs sont prêts à vendre le slip de leurs belles-doche ! Comment un écrit aussi insignifiant que 50 nuance de Grey a t-il passer l’étape de la validation quand des indés peuvent pondre des textes mille fois plus imaginatifs, mieux construits, avec des vrais questionnements, un point de vue etc… Ce truc est une fan-fiction de Twilight, (qui déjà n’est pas très brillant et a fait plus de mal à la littérature fantastique que n’importe quel texte auto-édité…) qui n’aurait jamais dû voir le jour.

    Seulement voilà…

    L’auteure est une prod de télé.
    ….
    Ce qui m’amène à un autre point.
    Je n’ai pas fait de statistique hein, j’ai d’autres chats à fouetter mais ceci est une petite observation…

    Combien d’auteurs (en France au moins) sont-ils issus de la classe moyenne ? Et je ne parle même pas de la classe ouvrière ?

    Pas des masses.
    Pour avoir beaucoup de livres entre les mains, je peux témoigner sur le fait qu’une majorité d’auteurs de langue française appartenant à de grandes écuries proviennent des métiers les plus en rapport soit avec les hautes couches du monde du spectacles ou du monde journalistiques. Essayez au hasard de prendre un livre de Grasset, de Gallimard en librairie et témoignez juste du milieu socio-économique de l’auteur…

    On le sait que beaucoup de personnes écrivent. On sait que pour faire partie de la pile du haut, et non de la plèbe d’écrivaillons qui finissent à la poubelle, il faut avoir ses entrées, tout simplement.

    C’est une vérité que j’ai fini par intégrer, à un tel point que je n’envoie plus les manuscrits qui peuvent encombrer mes étagères. A quoi ça sert de perdre son temps et son énergie quand on sait qu’on fait partis des crevards et non des élus ?

    Bon, je noircis le tableau. Il existe quelques petits éditeurs qui font un bon boulot, mais malgré tout, c’est plus facile de passer par la case validation si on a ses entrées…

    Après et si la validation par un éditeur n’était pas une question de talent (question qui peut se discuter tant elle est subjective) mais une question de réussite sociale.

    Un peu comme la rolex à 50 ans ?

    Dans ce cas, effectivement, les indés sont tous des loosers mais pas dans le sens ou on l’entend…

    C’est une question qui m’angoisse profondément.

    Si vous avez une réponse, ce serait gentil de m’en faire part 😉

  13. Intéressante question, que celle posée par ce billet…

    Paradoxe de l’auteur auto-édité : faire partie d’un club qui accepte des gens auxquels je ne voudrais surtout pas être assimilé. Faire comprendre aux autres, aux lecteurs et aux étrangers, qu’on n’est pas là parce que les éditeurs n’ont pas voulu de nous, mais par choix – mais est-ce vraiment un choix ? L’écriture est facile, la publication numérique l’est devenue. N’importe qui peut aligner les mots, les paragraphes et les pages. Qui fera un tri dans tout cela ? Si personne n’arrive à lire tous les auteurs édités, par exemple à la rentrée littéraire, qui s’occupera des auto-édités ?

    Le musicien qui se produit conduit un bataillon de machines. Il mérite notre admiration parce qu’il a domestiqué la table de mixage, les logiciels d’édition musicale, sans parler des instruments, des micros et de toute la machinerie nécessaire à la production. L’auteur auto-édité, souvent, ne connaît que le bouton « publier » de sa plate-forme numérique. Aucune gloire là-dedans.

    En réalité, indépendamment de l’orthographe et de la syntaxe dont parle Lily Ekan Bart, la valeur d’un texte dépend de l’étiquette collée dessus par le système culturel. Je défie quiconque de fournir un critère objectif pour distinguer les « bons » livres des « mauvais ». Même les éditeurs ont jeté l’éponge ; il croyaient savoir, mais ils ne possèdent plus désormais aucune certitude en la matière. Le succès ne se fabrique pas, il se constate. On publie deux cents romans, dans l’espoir que le torchon larmoyant, le pavé de 800 pages sur la guerre de 14 ou la série mettant en scène des vampires magiciens décrochera la timbale. Quant aux auto-édités, non seulement ils n’ont été choisis par personne, mais ils ne font l’objet d’aucune amplification médiatique qui leur décernerait cette valeur culturelle si recherchée.

    Losers, tous les auteurs sans succès le sont. Les auto-édités aggravent leur cas en ajoutant à l’obscurité naturelle de la majorité des écrivains leur propre acharnement à présenter au public ce dont même les éditeurs actuels ne veulent pas. Quand on en est réduit à ces extrémités, il faut une sacrée dose de talent pour sortir du lot. Ou de chance.

  14. Absolument pas d’accord avec certains propos du commentaire de @Guy Morant.

    Aligner des mots est effectivement facile. Maîtriser sa plume est bien plus ardue. Ce qui distingue un bon auteur (édité ou non) d’un tâcheron infâme c’est la réflexion, la patience et cette valeur qui semble avoir si peu de considération dans le milieu culturel : LE TRAVAIL !

    Il y a effectivement des critère objectifs pour juger de la qualité d’un livre. Il y a la technique que l’auteur a appris et acquis pendant sa maturation. Parce que oui, toute narration quel qu’elles soient obéis à des techniques précises et rigoureuses. Le style vient en dernier, c’est la cerise sur le gâteau.

    Pourquoi selon vous les américains restent-ils, quoiqu’on dégoise à leurs sujets, les meilleurs en narration ? Ils apprennent les TECHNIQUES d’écriture. Toutes activités artistiques, musiques, théâtres, peintures, cinéma… obéissent à des techniques. Les ignorer c’est faire des œuvres faiblardes, des avortons illisibles.

    En France particulièrement, on a tellement mis le statut de l’Artiste ou de l’Écrivain sur un piédestal qu’on en a oublié les bases primordiales, la TECHNIQUE ! Donc ce qui distinguera des bons auteurs (même auto-édités) de mauvais ça restera une maîtrise de la technique.

    Après on peut parler des goûts et des couleurs…

    C’est un long débat ceci dit, mais il me semble que dire que dans la création tout est affaire de subjectivité est un raccourci assez malheureux.

  15. @Anne O’Nyme (qui que vous soyez)

    Vous m’avez mal lu.

    Je ne dis pas qu’il est facile de bien écrire, je dis qu’il est facile d’aligner les mots. La nuance est capitale : même en admettant que les techniques d’écriture que vous mentionnez existent (lisez donc mon blog, vous verrez que je leur accorde une importance considérable), elles ne garantissent ni le succès, ni l’estime des critiques. Les éditeurs, en outre, ne savent plus faire le tri. Mis au pas par leur contrôleur de gestion, ils visent, non une qualité qui leur échappe, mais une réussite financière qui pourrait être accordée à n’importe quel ouvrage dans l’air du temps.

    Il y a des exceptions, bien sûr : les éternels Petits Éditeurs Indépendants qui servent de caution au système. Pour le reste, l’auto-édition existe parce que les grands éditeurs, ceux qui inondent le marché, ont perdu leur boussole.

    Je me sens très éloigné du relativisme littéraire que vous décrivez. Oui, il existe des bons et des mauvais livres. Le problème, c’est que nous serons jamais d’accord sur la liste.

  16. C’est un refrain qui revient souvent, mais auquel je n’arrive pas à souscrire. Je ne crois pas que l’auteur indépendant soit plus mal vu que n’importe quel autre artiste indépendant. Peut-être est-ce parce que nous sommes plongés dans le milieu littéraire que ses mesquineries, ses incohérences et ses problèmes nous frappent davantage. Mais je doute fort, très fort qu’un musicien lambda qui aura réussi à sortir son CD tout seul (et j’en connais) soit pour autant validé par ses pairs comme un musicien pro. La plupart ont d’ailleurs l’humilité de ne pas s’y attendre, que cela soit pourtant leur désir secret ou non.
    Et, de l’autre côté, comme il y a ces chanteurs qui se font remarquer en postant leurs vidéos amateur sur YouTube, il y a ces auteurs qui se font remarquer en autopubliant leurs textes sur le web. Juste parce que les success stories ne sont pas la norme (et ne le seront jamais ; c’est l’essence du truc, après tout) ne doit pas les oblitérer en tant que phénomène symptôme d’un profond changement dans les pratiques artistiques et le fonctionnement de l’industrie. Je ne pense pas, pour ma part, qu’il y ait un préjugé particulier contre les autoédités, ni en France ni ailleurs. Je ne dis pas non plus qu’il n’y en a pas ; je pense même qu’il y en aura toujours. Mais ce sont des préjugés qui sont déjà, à mon avis, dépassés et démentis par la réalité. Pendant que l’on débat sur la mauvaise image des autoédités, ces derniers vendent leurs bouquins, et tant mieux pour eux. (Si on est autoédité et qu’on ne vend pas, la tentation peut être grande de mettre ça sur le compte des préjugés contre l’autoédition plutôt que de se regarder dans une glace, mais ce serait une erreur selon moi.)
    Quant à la qualité des oeuvres autoédités, même si je partage le constat (plus souvent déçue que l’inverse), je pense qu’il est hors de propos ici, à partir du moment où il est quand même assez facile de se faire une idée de l’écriture de l’auteur et du niveau de correction avant d’acheter le livre. (Et si ce n’est pas le cas, alors c’est un manquement de l’auteur, et on ne doit pas avoir de scrupules à le lui faire « payer » en choisissant de ne pas acheter son livre par principe de précaution.) Et ce genre de vérification devrait du reste aussi intervenir avant nos achats de livres « traditionnellement édités ». Donc, voilà ; ça peut sembler pertinent au débat, mais pour moi, ça ne l’est pas.
    Bref, je suis très optimiste pour ma part quant à l’avenir de l’autoédition, et je pense qu’il faut définitivement sortir de cette attitude de « pauvre moi ». Pas que l’image de l’autoédition ne soit pas un chantier en soi, mais il me semble que le meilleur témoignage en sa faveur reste encore l’action ; en d’autres termes, continuez à écrire, à vous autoéditer et à vous en vanter (parce que vous le valez bien). Pas non plus que s’autoéditer ne soit pas difficile et souvent décourageant ; mais c’est le lot commun des artistes, ça, le doute, le manque de reconnaissance, la quête du sens, et croire que c’est pire quand on s’autoédite ou que c’est pire quand on est auteur, c’est succomber à l’illusion que l’herbe est plus verte chez le voisin.

  17. Je pense qu’on peut difficilement dire des auto-édités qu’ils sont des losers, à condition qu’ils prennent la décision de s’auto-éditer non par dépit, mais par réel désir de « faire par eux-mêmes ».
    Cliquer sur le bouton « publier » peut sembler facile (techniquement, ça l’est). En ce qui me concerne, il en a été tout autrement: cela m’a été extrêmement difficile, au contraire. Comme un grand saut vers l’inconnu.
    J’ai pourtant eu 2-3 publications par ailleurs, dans des webzine et au sommaire de l’anthologie d’un éditeur. Et ce sont d’ailleurs ces « reconnaissances » (ainsi que quelques commentaires de lecteurs « dans le milieu ») qui m’ont donné l’idée que je pouvais, moi aussi « être vendeur ».
    Il y a donc eu en moi, quelque part, ce besoin de reconnaissance par une sorte « d’autorité compétente », même si je suis désormais ravi de suivre ma voie d’indépendant.
    Mais ceci étant dit, quand on voit le phénomène de l’auto-édition outre manche et outre-atlantique, on peut imaginer que la situation change dans les prochaines années, y compris de ce côté ci de l’océan.
    Il n’est pas interdit de rêver ! 🙂

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