Le Harlem Shake parle de notre rapport au Chaos

 

Oui, je me disais bien qu’un titre un peu pompeux comme celui-ci vous attirerait chez moi. Je vous connais si bien.

N’empêche. Ça fait quelques jours que je regarde avec délectation les meilleures vidéos de Harlem Shake postées aux quatre coins du monde. Un phénomène mondial, un « Meme » dont seuls les Internets ont le secret, qui consiste à… faire n’importe quoi sur une musique moitié affligeante, moitié entêtante. Petit rappel en images pour ceux qui auraient tout raté du buzz.

 

Evidemment, le truc fonctionne sur le principe du comique de répétition, à savoir qu’une mauvaise blague n’est pas drôle la première fois, ni la seconde fois, devient vaguement pathétique au bout de la dixième fois, et finit par devenir extrêmement drôle la centième fois.

Mais au-delà du comique de répétition, quelque chose m’a frappé en regardant certaines vidéos, notamment celles où des militaires, des pompiers — des personnes certes promptes à la Grosse Rigolade, mais garantes d’un certain maintien de l’ordre — déhanchent leur corps sur l’odieuse boum-boum-litanie.

 

Le Harlem Shake a selon moi un message caché. Un sous-texte inconscient qui rappelle les Vanités, ces natures mortes grotesques dépeignant la mort sous un jour prosaïque.

En gros, le Harlem Shake   est une manière de montrer au monde entier que sous le vernis fragile du sérieux (de la vanité) se cache l’absurdité du chaos que le Joker, Nietzsche ou Camus n’auraient certainement pas renié. Cette manière de se défouler, de relâcher la pression, raconte que dans un monde où chaque liberté individuelle est circonscrite à outrance, rien n’est finalement prévisible. Les pompiers peuvent devenir fous. Les révolutionnaires égyptiens peuvent manifester en rigolant sous les balles. Tout peut arriver, le pire comme le meilleur. Nous entretenons l’illusion que nous contrôlons tout, alors que nous ne pouvons même pas… nous contrôler nous-mêmes.

En somme, le Harlem Shake est une leçon d’humilité face au sérieux ambiant.

Harlem Shake sous la neige, Université Paris 8 St Denis
Harlem Shake sous la neige, Université Paris 8 St Denis

EPUB: la mort annoncée d’un format

Il y a un débat qui fait rage outre-atlantique et qui commence à pointer le bout de son nez ici: je veux parler de la pérennité du format EPUB face à de potentiels concurrents, avec en première ligne le HTML comme « remplaçant plus performant ». Petit point technique.

Il y a un débat qui fait rage outre-atlantique et qui commence à pointer le bout de son nez ici: je veux parler de la pérennité du format EPUB face à de potentiels concurrents, avec en première ligne le HTML comme « remplaçant plus performant ».
 

Kodomut - Flickr Creative Commons

 

Un petit (mais nécessaire) point technique

Soyons clairs: entre EPUB et HTML, il n’y a pas fondamentalement de différence. Le format EPUB est une sorte de fichier d’archives qui encapsule lui-même des fichiers HTML, XML et CSS. Le EPUB, c’est donc déjà du HTML. La seule « différence » entre les deux, si l’on peut dire (même si ça revient à dire que l’eau est fondamentalement différente de l’être humain… alors qu’elle en compose la majeure partie), c’est que le EPUB est offline. Il permet d’accéder à des contenus HTML en les téléchargeant sur un appareil fixe ou mobile, qui n’a ensuite plus besoin d’être connecté au web pour en afficher la source. En gros, cela revient à enregistrer l’intégralité d’un site web pour pouvoir le consulter hors-ligne (ce que la fonction Liste de Lecture sur iOS le propose déjà d’ailleurs). Donc HTML n’est pas à mettre en opposition avec EPUB. Il s’agit de la même chose, fondamentalement: c’est juste le mode de consultation (connexion/pas connexion) qui est différent.

 
 

La vraie différence: des systèmes de lecture plus ou moins performants

HTML n’est donc pas plus performant que EPUB: il n’y a que des applications de lecture qui exploitent plus ou moins bien le EPUB. Par exemple, il est possible de faire beaucoup plus de choses en matière d’interactivité et de multimédia avec iBooks qu’avec Aldiko (c’est un exemple, et je sais qu’il agacera, mais j’aurais aussi bien pu citer Bluefire ou même le système Kindle, très brouillon). Le problème ne provient pas de « est-ce que c’est un fichier EPUB ou HTML? »: c’est juste que les applications de lecture ne gèrent pas le code de la même manière. C’est un peu comme la vieille bataille « Internet Explorer contre le reste du monde » dans le domaine des web-designers: le problème, c’est que le manque de compatibilité et de performances tire la production vers le bas.

Sean MacEntee - Flickr Creative Commons

 

Le choix cornélien des éditeurs

Si le EPUB (et particulièrement l’EPUB3) est la règle aujourd’hui, c’est parce que l’industrie du livre est dans une phase de transition.

Nous vendons des contenus dématérialisés de manière skeuomorphiste, c’est à dire que nous reproduisons l’achat d’un livre « physique » via le téléchargement d’un EPUB. La dématérialisation totale — qui impliquerait de ne plus télécharger mais simplement de consulter en ligne — est une limite psychologique que tout le monde n’est pas prêt à dépasser. De plus, il n’existe pas encore de système satisfaisant pour protéger du contenu HTML. Il n’y a à l’heure actuelle que deux alternatives: soit déposer son contenu en ligne et l’offrir au tout venant, soit bloquer l’accès à ce contenu via la création d’un compte, avec mot de passe et tout ce que ça implique, contre paiement ou abonnement. Le EPUB est encore une manière lisible pour le consommateur de savoir ce qu’il achète: on dépense une somme d’argent fixée par l’auteur ou l’éditeur pour un contenu fixe. Mais la musique a déjà fait le pas avec le streaming à la Spotify. Il n’y a pas de raison que cela ne touche pas le livre.

Les modèles économiques viendront en temps voulu, petit à petit, par paliers de test. Et surtout il demeureront — dans un premier temps —complémentaires des modes de vente d’aujourd’hui.

Matrixizationized - Flickr Creative Commons

 

Passer au tout HTML: une transition inévitable à terme

Car en revanche, les problèmes soulevés par les performances des applications de lecture seraient immédiatement balayés. En consultant les livres directement dans le navigateur, plus de problème réel de compatibilité: tout le monde serait sur un pied d’égalité. En somme, le métier d’ebook-designer se rapproche chaque jour un peu plus de celui de web-designer. Aucune différence de coût entre les deux, puisque le processus est le même. Cela rétablira peut-être d’ailleurs la balance: aujourd’hui, on fabrique des EPUB à la chaine pour des coûts dérisoires. Quand il faudra les afficher dans un navigateur, ce genre de subterfuge grossier disparaitra, comme plus personne n’utilise les générateurs de sites web à la volée. Pourquoi? Parce que c’est moooooche.
Mais dans la bataille qui se joue, il y a une bonne nouvelle, voire même une très bonne nouvelle, très importante à entendre pour les éditeurs: en faisant le choix de l’EPUB, ils investissent dans le HTML et seront prêts à dégainer lorsque les systèmes de lecture online feront leur apparition. En effet, ils n’auront qu’à « dézipper » leurs EPUB pour obtenir le HTML source, sans aucune transformation. On n’est donc pas dans une rupture totale, comme pour le DVD et le Blu-Ray: juste dans une continuité qui se fera dans la fluidité la plus totale.

Phil Campbell - Flickr Creative Commons

 

Une révolution en marche… dont nous n’avons pas les clefs

Rassurez-vous (ou pas): au final ce ne seront pas les éditeurs qui décideront de cette transition, mais plutôt les opérateurs de téléphonie mobile.

En effet, le jour où votre téléphone portable ou votre tablette seront vendus avec une connexion illimitée et permanente, alors cela aura du sens de mettre votre bibliothèque complètement en ligne. J’entends déjà les protestations: un monde perpétuellement connecté, quel enfer! Pas faux en soi, mais parce qu’on calque les peurs d’aujourd’hui sur les nécessités de demain. Entendons-nous bien: je parle d’un futur à moyen terme, d’ici 10 ou 15 ans. Mais cette transformation arrivera un jour ou l’autre, car tôt ou tard nos appareils n’auront de sens et d’utilité que perpétuellement connectés à haute vitesse… On se demandera alors comment les gens pouvaient utiliser des outils non-connectés.

L’encapsulage offline du EPUB devenant donc optionnel, puisque vous pourrez toujours rester connecté (même dans le train, à 10.000 mètres au-dessus du sol dans un avion entre Paris et Hong-Kong, dans le métro, dans votre maison de campagne isolée et dans laquelle il faut secouer le téléphone pour capter du réseau aujourd’hui…)  les lecteurs se tourneront vers la consultation dite « en ligne »… qui ne sera plus vraiment « en ligne » puisque de toute façon, le système sera construit sur un modèle prévu pour ne laisser aucune alternative à la connexion. Et puis quoi? Vos sites internet, ils sont bien en ligne, non?

Mais vous allez voir qu’à ce moment-là, des nostalgiques du EPUB feront leur apparition. 🙂

In Bayerischer Platz lives a crow called « Remember »

In Berlin, memories can be found everywhere.

At every corner, every station, every street, you’ll find objects of remembrance. Usually, those objects are statues or commemorative tablets. But if you go to Bayerischer Platz, you’ll find something unusual.

I heard about those signs in a very good French book by Olivier GuezL’impossible retour (The Impossible Return): it is about Jewish people coming back to Germany after World War 2. I strongly recommend this book. If you can read French, you’ll learn a lot.

I thought those signs had been installed here by the city of Berlin itself, as a manner to commemorate. But if you read carefully, you’ll notice that they were created by modern artists Renata Stih and Frieder Schnock in 1993.

In fact, it’s art. And this is the explanation you’ll find on the artists’ website:

Places of Remembrance / Orte des Erinnerns is a decentralized memorial in the Bavarian Quarter in the Schoeneberg district of Berlin, which was inaugurated in 1993. 80 brightly printed signs are put up on lampposts, depicting colorful images on the one side and condensed versions of anti-Jewish Nazi rules and regulations passed between 1933 and 1945 in black and white on the reverse side.
Together, the words and images force passers-by to remember the almost-forgotten history of this neighborhood, where Albert Einstein and Hannah Arendt once lived. Dispersed throughout the area the memorial becomes a metaphor of the daily deprivation of rights and humiliation of Jews during the Nazi era. 

You’ll find everything you want to know here: http://www.stih-schnock.de/remembrance.html

I don’t know if it’s a good or a bad thing to do. The lack of obviousness can be a problem for some people, I guess, as for Lola Waks, who lives here and who has known the darkest part of german 20th century history. As she explains to Olivier Guez in L’impossible retour, those signs make her angry: they force her to remember something she sometimes wants to forget.

There’s a monster living here. A tiny little monster, black as night.

He has taken the shape of a big crow, cawing loudly in the little park at Bayerischer Platz.

His name is “Remember”.

Kids playing in the garden… with rubbish bins

Yesterday, I was half asleep on the armchair we put on the balcony, when strange noises woke me up. I got up and saw those kids playing loudly in the dumpsters.

I thought it was kind of fun. Not the fact of playing with rubbish bins, of course, but this particular atmosphere I used to know when I was a kid, growing up in a small countryside village, playing around with other kids until nightfall, sometimes even later.

We used to invent some games we were the only ones to know the rules for. In some cases, those games could have even been dangerous, like the one those kids were playing yesterday: entering the dumpsters, closing the sliding lid behind them and screaming as loud as they could, then getting out, choosing some piece of trash to throw away, bursting out laughing…

Yeah, that doesn’t sound very clever indeed. But I thought it sounded fun… until some angry woman yelled at them. Of course, the day was very peaceful: the boys clearly bothered her and probably some other - less talkative - inhabitants.

They ran away, laughing again, screaming loudly, as if they were the Lost Boys of James Barrie’s Peter Pan. I couldn’t do anything but smile.

***

However, that’s not the kind of scene you’ll get to see at night. At night, there’s nothing here but silence and shadows. Even kids know that the monster living in the garden won’t let them do.