Comment Facebook et Twitter t’ont transformé en scénariste de ta propre vie

Il y a encore quelques centaines d’années, les histoires étaient une chasse gardée. Originellement racontées par les vieux, les chamans et quelques illuminés dans les temps les plus anciens, essentiellement dévolues à la transmission du savoir et de l’expérience, les histoires ont progressivement déplacé leur champ d’action: les dramaturges s’en sont emparés. La notion de divertissement est apparue, depuis la mythologie jusqu’à la chanson de geste, en passant par les légendes, pour finir par aboutir au roman moderne à la Flaubert / Beigbeder (même combat).

De fait, les histoires ont toujours été considérées comme une chasse gardée. Quelque chose d’artistique, d’unique, dont l’élaboration n’était réservée qu’à une élite intellectuelle et artistique, seule capable de transcender le genre et de lui donner du souffle.

Ce qui est encore, en partie, vrai.

Mais quelque chose est en train de changer. Hé ouais. Un bouleversement sans précédent.

Tout le monde se met à raconter des histoires.

Et même les informations basiques qui ne nécessitaient pas de passer par la fiction auparavant… se fictionnalisent.

Sans le vraiment savoir, l’humanité se dirige progressivement vers le règne de la narration absolue.

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Raconter des histoires, ce n’est pas nouveau.

Je veux dire que nous nous sommes tous retrouvés dans des soirées ennuyeuses. Le genre de soirée où on nous pose toujours les trois mêmes questions, toute la nuit: « c’est quoi, ton nom?”, « tu bois quoi? » et … « tu fais quoi dans la vie?”. Car oui, pour décrire un individu socialement, le plus simple est encore souvent de lui demander le métier qu’il exerce. En partie, c’est vrai, parce que partir direct sur la politique ou la religion est légèrement casse-gueule en soirée mondaine. Ça peut vite finir en pugilat.

Et là, le drame: est-ce que je raconte la vérité crue (et bien écoute, je travaille au McDo pour payer mes loyers, j’habite dans la chambre de bonne d’un pote, ça pue et il n’y a même pas de douche… et mes parents ont renié mon existence) ou bien… est-ce que j’en rajoute un peu? Est-ce que je joue l’omission? Est-ce que j’embellis?

Ne nous mentons pas: les trois quarts du temps, nous embellissons un peu. 

Au final, ça donne:

« Alors là, je suis sur un projet, un truc artistique vachement fou, enfin je suis en train de le monter, ouais, avec peut-être Karl Lagerfeld, il doit me répondre… »

Réponse polie de l’intéressé:

« Ha ouais, cool! »

Personne n’est dupe. Tout le monde en rajoute un peu, ou omet de livrer certains détails… parce que la vérité n’est pas belle. Pour tout dire, elle est même très ennuyeuse. Aussi pardonnerons-nous, au nom de la beauté universelle, ces quelques écarts à la vérité vraie.

Mais il ne s’agit que de storytelling de base, d’histoires quotidiennes… Auparavant, nous restions cantonnés à la discussion de comptoir, au dîner entre amis, et tout le monde s’en satisfaisait… Les histoires circulaient, plus ou moins rapidement, plus ou moins déformées, les rumeurs se créaient avant d’être oubliées… Et surtout elles n’étaient pas figées comme peut l’être un roman. Elles restaient dans l’oralité.

On va dire, comme le fait très bien le troubadour Paolo Coelho, que c’était du domaine de la légende personnelle.

Et voilà que les réseaux sociaux arrivent. Et en particulier l’ami Facebook.

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Et pas scénariste de n’importe quel navet hollywoodien, non! Le film pour lequel vous postulez n’est autre que celui de votre propre vie.

Cela a commencé avec les fameux statuts que tout le monde aujourd’hui utilise volontiers. C’est même devenu une habitude pour la plupart d’entre nous: dès que quelque chose de plus ou moins intéressant nous arrive, clac! Je rédige un statut sur Facebook.

En vérité, cela donne quelquefois certaines perles:

  • « Oulala, qu’est-ce qu’il fait froid dans ce pays! » (un de mes propres statuts Facebook des derniers jours, dont je suis particulièrement fier)
  • « 30 heures d’avion, puis 5 heures de train, puis 6 heures de marche jusqu’au check-point. L’Everest, c’est beau mais c’est loin! » (ou comment placer négligemment que l’on voyage et qu’on est un aventurier)
  • Pas le moral ce soir, pas envie de parler… (pourquoi tu viens le mettre sur Facebook, si tu veux que personne ne vienne te parler?)
  • Puff Daddy est trop sympa, franchement! (ma vie avec les stars, oui, je suis un mâle alpha puissant et dominant, les vedettes m’accostent au Baron)
  • J’aime les frites (lire: “J’ai besoin de montrer que j’existe, mais je n’ai rien à dire et je vais faire passer ça pour du 2nd degré »)

Les exemples s’égrènent à l’infini, et vous comme moi, nous ne sommes pas mieux que tous ceux qui composent note liste d’amis: ces comportements, nous les avons tous ponctuellement.

Et il s’agit déjà d’une scénarisation. En racontant sa vie au quotidien, on y induit une notion de dramaturgie qui n’existait pas auparavant, puisque les statuts sont conservés, voire même archivés. On choisit des points d’accroche (comme pour écrire un scénario ou un roman) et on fait des ellipses: on ne raconte que ce que l’on pense utile.

Mais on se demandait jusqu’alors pour quelle raison l’ami Zuckerberg gardait dans ses disques durs cette masse d’information inintéressante, car très personnelle. La réponse est venue avec la Timeline.

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D’une part, la « time line » est un terme emprunté à l’audiovisuel. Cette « ligne temporelle”, sorte de frise chronologique, est utilisée par les monteurs au cinéma et à la TV. Elle s’étire du point 0 mn au point 1h30, et à sa surface s’égrènent les plans montés dans l’ordre pour composer le film.

Facebook a donc gardé toutes nos infos pour les placer sur une timeline personnelle. Une frise chronologique qui part de la “naissance » et qui va jusqu’à aujourd’hui. En cliquant sur la partie droite de l’écran, on peut donc accéder au contenu posté il y a 6 mois, 1 an, 10 ans… et remonter le cours de l’histoire.

En somme, on rembobine la cassette.

Je vous le donne en mille. Qu’est-ce qui, à part la vie:

  1. commence à un point zéro ( une naissance, une situation, un évènement à partir duquel plus rien ne sera comme avant) ?
  2. est émaillé de conflits, de combats, de rencontres, de résolutions et surtout, s’afflige d’un but à atteindre ?
  3. se termine par la résolution de tous les conflits (le héros trouve l’épée, la fille trouve un mari, etc) ?

Et ouais. C’est une histoire.

Nous sommes en train de construire l’histoire de notre vie, de la matérialiser sous une forme écrite afin de l’exposer, de la léguer même… Vision narcissique, certes, mais surtout extrêmement parlantedans une époque où tout va très vite, de laisser des traces de son passage sous une forme ou une autre. On imagine qu’à terme, la timeline se clôturera avec la mort de l’utilisateur, laissant sur le net un mausolée garni de petits témoignages, de commentaires, de statuts, de photos, de géolocalisations, etc… une biographie numérique, en sorte. Un blog parfait, en somme, sur lequel on pourra même venir se recueillir, pour se souvenir. Pour qu’on nous raconte l’histoire encore une fois.

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Il faut bien se le dire, toutes les histoires ainsi produites n’entreront pas au Panthéon des récits inoubliables. Tout bêtement parce que nous ne pouvons pas tous avoir des vies extraordinaires, et que les gens qui ont une vie vraiment trépidante n’ont pas toujours le temps de se poser sur Facebook pour la scénariser: d’autres s’en chargeront à leur place.

Mais il est assez parlant de constater que la construction des histoires, auparavant réservée à une élite, se démocratise. Elle devient familière, parce que nous regardons des films, lisons des livres, écoutons les infos (très scénarisées aussi)… Nous connaissons les codes qui régissent la dramaturgie classique sans même nous en rendre compte.

Ce n’est pas pour rien qu’est apparu le terme de personal branding, qui consiste à appliquer les codes du marketing (et donc aujourd’hui, du storytelling) aux individus. Nous nous vendons perpétuellement, et les histoires (ou tout du moins la scénarisation) sont devenues essentielles pour exister publiquement. Les histoires, intéressantes ou pas, deviennent l’affaire de tous.

Quelque part, c’est une bonne chose, non?  Sauf quand ça vire au personal branling (l’avantage du personal branling, c’est qu’à défaut d’être intéressantes, les histoires en deviennent vraiment marrantes).

 

Crédits photo: http://www.flickr.com/photos/ambuj/ (CC)

The Digital Writer’s Dead End ?

The publishing industry has encountered a lot of changes during the last two years. With the growth of digital production and the increasing number of digital readers, of course, change has to come: that’s obvious. We have to try our best to offer good alternatives, challenging ideas, fun and new concepts… keeping in mind that we don’t only work for pleasure but also for money. With this in mind, we’re of course trying, as digital producers/providers/publishers, different roads.

L’industrie du livre a subi de nombreux changements ces deux dernières années. Avec l’augmentation de la production numérique et le nombre toujours à la hausse de lecteurs en numérique, bien entendu, le changement doit se faire: c’est évident. Nous devons essayons de faire de notre mieux pour offrir de bonnes alternatives, des idées ambitieuses, des concepts nouveaux et divertissants… en gardant à l’esprit que nous ne travaillons pas seulement pour le plaisir mais aussi pour l’argent. Avec cela à en tête, et en tant que producteurs/pourvoyeurs/éditeurs, nous empruntons bien sûr des chemins différents. 

Now, after two years in the ebook industry, I see a new trend that is bothering me.

Aujourd’hui, après deux ans passés dans l’industrie du livre numérique, je vois surgir une nouvelle tendance qui m’ennuie un peu. 

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Le freemium ne fonctionne pas?

Freemium, nouvelle tendance

Le « freemium » est le nouveau modèle économique à la mode, notamment dans l’industrie culturelle.

Il consiste à proposer aux utilisateurs une première section de contenu gratuite — « free » — (quelques chapitres, un niveau pour le jeu vidéo, un morceau de musique, etc) afin d’inciter à l’achat de la partie « premium », la suite du contenu, payante. Cet avant-goût est censé provoquer chez l’acheteur potentiel une envie irrépressible de découvrir la suite de l’oeuvre.

Depuis quelques jours circulent sur le net des articles vantant l’économie freemium appliquée aux livres. On y décrit un univers où l’utilisateur, attiré par la perspective d’avoir du contenu gratuit, visite le site sur lequel le contenu est hébergé et génère ainsi du traffic. Le principe a du succès, puisque les compteurs de visites uniques explosent. Mais le but est ensuite de transformer la visite, ou le téléchargement gratuit, en achat (téléchargement payant).

Mais c’est là que les choses se gâtent.

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Transmedia: yes we sign!

Lorsque des créatifs décident d’imaginer le futur de la narration, cela donne un manifeste transmédia dont nous ne pouvons pas nous empêcher de vous proposer une traduction ici, tant le contenu apparaît intéressant.

When a bunch of creative people decide to imagine the future of storytelling, the result is so thrilling that we can’t help sharing with you the content of the created manifest.

 

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Ebook enrichi: 11 idées, 11 conseils / Enhanced ebooks: 11 ideas, 11 advices

Malgré son essor croissant dans le microcosme éditorial, l’ebook enrichi est encore une nouveauté dans le paysage. Walrus, après ces quelques mois passés à explorer le domaine, s’est cassé les dents sur de nombreux points avant de trouver des solutions valables aux problèmes posés. Quelquefois, ces solutions se sont avérées être des compromis. Mais le défi, passionnant, nous a toujours poussé à réfléchir aux possibilités artistiques comme techniques qui s’ouvraient à nous. C’est cette modeste expérience que nous voulons vous faire partager, non pas comme table des lois, mais comme une première pierre dans la réflexion qui s’annonce. May the Morse be with you!

Despite its increasing growth inside the publishing world, enhanced ebooks still remain a brand new thing in the universe of books. After spending the last few months exploring the subject, Walrus encountered some problems before finding good answers to solve them. Sometimes these solutions even took the form of compromises. But the exciting challenge always pushed us to further think and re-think the artistic and technical possibilities that were created at the same time. It’s this modest experience we want to share, not as a table of laws, but as the first step into an upcoming reflection. May the Morse (« Walrus » in French) be with you!

The Chronicles of Narnia - C.S. Lewis (enhanced version)

1/ D’abord, il faut penser l’enrichissement non pas comme une pièce rapportée, mais comme un complément utile. Le contenu média doit compléter intelligemment le texte: il ne doit pas l’alourdir, le rendre vide de sens ou pire, répéter le même message que lui. Auteurs, votre métier s’enrichit: désormais c’est toute une palette de médias qui s’offre à vous. Et c’est à vous d’en connaître l’étendue, de la maîtriser, et d’en apprécier les limites.

1/ First, we have to think of enhancement not as a patch, but as a useful complement. Media should enhance the text in a clever way: it shouldn’t make it heavy, meaningless, or in the worst case even repeat the same message. Writers, your job is changing: you are now being offered a full palette of media to tell your stories. You have to know the possibilities, but also the limitations. You have to master these new features.

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2/ L’enrichissement ne doit pas noyer le texte: l’équation « plus de médias = un meilleur livre » ne fonctionne pas. De fait, le livre produit serait simplement indigeste et gadget. On ne doit pas tomber dans le piège d’ajouter tout et n’importe quoi: il faut choisir ses médias avec parcimonie et intelligence.

2/ Enhancement should not drown the text. Thinking that the more media you add, the better the book will be isn’t right. In fact, the book would simply be hard to understand and look like a gadget. Don’t fall into this trap: don’t add too many things into your book. Choose your media carefully and smartly.

"Naked eggs, flying potatoes"

3/ Pensons en terme d’expérience. A la base, nous sommes des lecteurs, avec des goûts et des affinités de lecture qui lui sont propres. Servez-vous de votre point de vue pour imaginer ce que vous aimeriez (ou pas) voir dans le livre: portez-y un regard d’enfant. N’ajoutez pas simplement tout ce qu’il est possible de caser au niveau technique.

3/ Think « experience »: first we are readers with our own taste. Use your point of view to imagine everything you’d like to see in the book (or not to see). Let the child in you express him/herself. Don’t just add everything technically possible.

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4/ Respectons tous les acteurs de la chaîne numérique. Dorénavant, que vous soyez  éditeur ou auteur, vous n’êtes plus seuls. Les éditeurs qui produiront de l’enrichi seront comparables à des sociétés de production audiovisuelle: ils combineront, agrègeront des visions artistiques et des compétences, dans le respect de la collaboration. Un réalisateur, un graphiste, un sound-designer, un scénariste de gameplay, est un artiste au même titre que l’écrivain. Il nous faut rester humble vis-à-vis du talent de chacun, et respectueux des compétences. Ce n’est pas parce qu’on fait l’acquisition d’un ordinateur portable et d’une caméra HD qu’on se transforme en Spielberg du jour au lendemain.  Laissons donc faire les pros.

4/ Respect every protagonist along the digital chain: now, may you be an author or a publisher, you are not alone anymore. Publishers creating enhanced ebooks will be similar to cinematographic production companies: they will put together artistic visions and skills, in a respectful collaboration. Filmmakers, graphic designers, sound designers, and game scriptwriters are artists to the same extent as writers. Stay humble considering everybody’s talent, respect their skills. Buying an HD cam and a computer won’t turn you into Spielberg. Let the professionals do their job.

5/ Il faut demeurer toujours ouvert à l’expérimentation. On ne peut pas tout réussir du premier coup, et certaines innovations qui vous paraîtront extraordinaires n’intéresseront peut-être aucun lecteur. Il faut savoir prendre des risques, et notamment celui d’innover, d’essayer, d’être précurseur… au risque de se tromper.

5/ We have to keep our mind open to experimentation. You cannot succeed at everything at the first try, and some innovations, which look astounding from your point of view, won’t draw any reader’s interest. You have to take some risks, including innovating, trying, being a pioneer… and sometimes, you’ll go the wrong way!

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6/ Pensez le livre comme un univers. Le livre est un lac dans lequel on se plonge: il est une immersion. Il faut donc penser son arborescence de manière à ce qu’elle soit sans faille, penser ses liens, ses renvois, comme un cortex unique. Le livre, même relié au web, demeure un objet fermé, enclos sur lui-même. Il englobe le lecteur. De la même manière, en attendant que nos connexions sans fil soient performantes, omniprésentes et éventuellement gratuites (et si possible inoffensives, merci pour nos enfants), on doit prévoir un maximum de médias offline, c’est-à-dire présents dans le livre sans besoin de se connecter au web. Rien de plus énervant que de télécharger son livre enrichi pour passer un trajet en avion et de se rendre compte, une fois parti, que les enrichissements ne sont disponibles qu’une fois connecté. Le poids du fichier sera plus élevé, mais la satisfaction du lecteur aussi.

6/ Think the book as a universe. A book is a lake into which you can dive: it’s an immersion. You have to think your book’s “tree” in a way it won’t have any weaknesses. You have to think your links and your references as if they were part of a unique brain. A book, even linked to the internet, is a closed object in which the reader gets caught. Likewise, waiting for a time when wireless internet connections will be good enough, available everywhere and maybe free (and if possible harmless as well; thank you in the name of our kids!), you have to provide a maximum of offline media. Nothing is more annoying than an enhanced ebook you’ve downloaded for a good read on the plane… that doesn’t work because you’re not connected! The file will be heavier, but the reader’s satisfaction will be increased.

A book is a lake into which you can dive. Refreshing, huu?

7/ Réfléchissons à la facilité d’usage: le lecteur n’est pas un technicien informatique, ni un programmeur, et peut-être même pas un geek. Toutes les interactions doivent être clairement balisées, faciles d’accès et simples d’usage. De même, sauf dans le cas d’un livre dont la nature intrinsèque serait d’être enrichi, on doit pouvoir apprécier le texte sans interactivité. Rien de pire que de frustrer un lecteur. Le livre ne doit pas être source de frustration.

7/ Let’s think about usability: the reader is not a computer scientist, maybe he’s not even a nerd. Every interaction has to be clearly marked, easily found and usable. You should also be able to appreciate your book without any enhancements, if possible. A book should not be frustrating.

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8/ Auteurs, éditeurs: si possible, pensez en amont vos livres enrichis. N’attendez pas d’avoir un texte fini pour commencer à vous en inquiéter. Pour être pertinent, l’enrichissement ne doit pas venir dans un second temps: il doit être pensé pendant le processus de creation, et faire l’objet d’échanges entre l’éditeur, le producteur, l’auteur et les autres intervenants artistiques. Dans l’industrie cinématographique, on ne pense pas les effets spéciaux après le tournage, mais bien avant.

8/ Writers, publishers: think about your enhancements before writing, or while doing it. Don’t wait to have a printed book to begin thinking about the digital version. Enhancements should not come afterwards: writing and enhancing should happen simultaneously. They should be objects to be discussed between publishers, producers, writers and all other artists. In the movie industry you do not think about the special effects after shooting, but a long time ahead.

9/ N’ayons pas peur du jeu: le gameplay est un concept nouveau pour les éditeurs, mais pas pour les auteurs parmi lesquels certains ont toujours rêvé de pouvoir faire interagir avec le livre, à travers des questions/réponses, des possibilités de choisir son chemin, de customiser son personnage, de choisir ses propres recettes dans son livre de cuisine… cela ne s’appliquera pas à l’ensemble des livres, mais à certains. Ce peut être un rêve à conquérir. L’aventure ne fait que commencer. Et l’imagination est notre seule frontière.

9/ Don’t be afraid of playing: gameplay is a new concept for publishers, but not for writers. Some of them have always dreamt of that: interact with the book through questions/answers, make the reader choosing the character’s path, customize this character, choose your own recipes in a cooking book… It doesn’t suit every book, but in some cases it can be extremely relevant. For some it’s a dream come true. This adventure has only just started. Imagination is our only limit.

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10/ Envisageons comme une évidence le multiplateforme: contrairement aux applications dédiées, les fichiers ePub (et très bientôt l’ePub3) permettront une compatibilité parfaite entre tous les supports de lecture. Bien entendu, à l’heure où nous parlons, Apple seul est en mesure de proposer des livres aussi performants. Mais les éditeurs doivent penser à moyen terme dans leurs investissements et leurs politiques éditoriales: dans quelques mois, avec les dernières spécifications ePub3, une multitude d’appareils seront en mesure de lire des livres avec vidéos, photos, sons… Choisir le ePub, c’est faire le choix de la compatibilité, et donc d’un partage plus vaste, libéré des constructeurs et des appareils.

10/ We have to consider multiplatform as obvious: as opposed to dedicated applications, ePub files will allow a perfect compatibility between e-readers. Of course at the time we speak Apple is the only one that can read such “proficient” books. Do not think « today », think « tomorrow » in your investments and your publications: in a few months, with the latest ePub3 specifications, a lot of devices will be able to read books embedding videos, pictures, sounds… By choosing ePub you make the choice of compatibility, and therefore allow larger sharing, no matter which builder or device.

Alice for iPad: typical example of a book application

11/ Il faut arrêter de penser que c’est facile. Le bouton « Créer un beau livre enrichi » n’existe pas, même dans les suites logicielles les plus perfectionnées. Et les meilleurs exports inDesign n’y feront rien: pour un rendu fluide, agréable à l’oeil, rapide et performant, le code informatique doit être limpide. Et pour cela, il n’y a qu’une seule solution: savoir tout faire, tout contrôler, voire tout coder à la main. HTML5, CSS3, Javascript… tout cela s’apprend, demande du temps et des efforts. Ce n’est pas parce que c’est de l’informatique que ça coûte moins de temps et d’argent. De la même manière, ce n’est pas parce qu’on est un codeur de génie que l’on fera un bon éditeur numérique. Les métiers sont différents: respectons-les. Editeurs traditionnels et acteurs du numérique doivent collaborer et partager leurs compétences respectives.

11/ Stop thinking it’s easy. The « Create a great enhanced ebook » button does not exist, even in the most powerful softwares. InDesign exports won’t solve anything: to get smooth, nice-looking, fast and powerful results, your code must be clear as water. And you have only one solution for that: being able to do everything by yourself, control everything, even know how to code. HTML5, CSS3, Javascript… these are skills, which need to be learnt. It demands time and dedication. It’s not because it’s about computers that it takes less time and money. In the same way, being a good code writer won’t make you a good e-publisher. These are different jobs: respect them. Traditional publishers and digital providers must collaborate and share their mutual abilities.

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