#3 | Le dernier invité

 

Vendredi sonne comme chaque semaine l’arrivée d’un nouveau texte. Je suis donc heureux — et un peu soulagé, je dois l’avouer — de vous présenter Le dernier invité, la troisième nouvelle du Projet Bradbury.

dernierinvite

Voici le pitch :

Les enterrements ne sont jamais une partie de plaisir et Edith ne le sait que trop bien: l’adolescente vient d’assister à celui de sa grand-mère adorée. Une fois le cercueil sorti de l’église et déposé dans sa dernière demeure, le cortège se sépare et la famille se retrouve dans la maison familiale. On dresse alors la table pour le dîner. Mais il semblerait que tous les invités ne soient pas encore arrivés.

Pourquoi soulagé ? Pour plusieurs raisons. D’abord parce que ce texte fait partie de ces récits qu’on peut qualifier de personnels. Evidemment, la mort est un sujet qui nous touche tous à un moment ou à un autre de nos vies et je pense que beaucoup de gens retrouveront dans ce récit des bribes de souvenirs désagréables. Néanmoins, ce texte est un mélange de plusieurs histoires. J’ai emprunté certains éléments de souvenirs pour les combiner à d’autres. Forcément lorsqu’il s’agit de pareils thèmes, il est difficile de ne pas faire appel à sa propre expérience.

Soulagé ensuite, parce mon planning a été complètement bouleversé par un week-end prolongé — un superbe mariage dans la région d’Aurillac, au milieu des montagnes et au bord d’un lac, longue vie aux mariés, vous étiez très beaux — et que j’ai dû forcément composer avec les trajets. Ainsi, cette nouvelle aura été respectivement écrite chez moi, puis corrigée dans un avion entre Paris et Berlin, dans un autre avion entre Paris et Aurillac, dans une roulotte (très confortable) posée sur les rives d’un lac et enfin, pendant le brunch du lendemain matin où votre serviteur a sorti son ordinateur portable pendant que les invités discutaient sur des chaises longues. Autant dire que je ne suis pas mécontent d’en être venu à bout.

On peut télécharger Le dernier invité (ainsi que les autres nouvelles du Projet Bradbury) au prix de 0,99€ chez Smashwords et Amazon pour le moment, et très prochainement chez Kobo et Apple.

Vous pouvez également souscrire à l’intégrale du Projet Bradbury en vous abonnant à un tarif préférentiel.

J’en profite pour signaler que les deux premières nouvelles sont dorénavant disponibles sur iTunes (enfin).

Transformer les promenades en sources d’inspiration

 

Un écrivain ne vit pas cloîtré chez lui, bien au contraire. Même si la tentation de la réclusion est grande, il faut se forcer à aller prendre le pouls du monde et reprendre des forces et des idées pour les prochains textes. Se ressourcer, en somme.

Lorsque je suis en phase d’écriture « intense » — un premier jet par exemple, qui ne laisse pas beaucoup de place à autre chose qu’à une écriture frénétique, ininterrompue et quasi désespérée — je m’astreins à sortir une fois dans la journée, en général aux alentours de 16h. J’aime assez cet horaire : les enfants sortent de l’école, il y a des cris joyeux, les adultes ne sont pas encore sortis du bureau et la circulation est plutôt calme, particulièrement à Berlin. Dans le jardin, on peut entendre les arbres chanter et danser lorsqu’il y a du vent (soit à peu près tout le temps) et leurs voix, croyez-moi, sont toutes différentes. Continuer la lecture de « Transformer les promenades en sources d’inspiration »

Quantité ou qualité - l’éternel dilemme de l’auteur prolifique

 

Lorsqu’il s’agit de mettre dans les deux plateaux de la balance la sacro-sainte qualité du manuscrit unique, bichonné, peaufiné pendant des années avant le premier envoi, et la quantité de l’écrivain-bûcheron qui, inlassablement, se remet à sa table de travail pour produire toujours et encore plus, Ray Bradbury n’y va pas par quatre chemins. Continuer la lecture de « Quantité ou qualité - l’éternel dilemme de l’auteur prolifique »

#2 | Onkalo

Bonjour à tous !

Comme promis, le vendredi est désormais le jour de sortie des nouvelles du Projet Bradbury. Pendant 52 semaines, j’annoncerai la publication d’un nouveau texte sur cette même page. Pour l’instant, je ne m’en sors pas trop mal puisque j’ai réussi à tenir les délais malgré un emploi du temps chargé (je pars aujourd’hui pour un mariage en France où je reste tout le week-end, pas possible donc de travailler autant que je le voudrais, et je ne serai de retour à ma table de travail que mardi).

Je vous présente donc Onkalo, une nouvelle d’environ 60.000 signes située dans un lieu et une époque indistincte. En voici le résumé :

Lorsque le bateau de Nola accoste, l’archéologue sait déjà que le voyage ne sera pas de tout repos : alors qu’on pensait cette terre déserte, stérile et — à l’exception de quelques peuplades reculées — inhabitable, la fonte de la Glace a révélé les traces d’une civilisation antique qui aurait occupé ce territoire des dizaines de milliers d’années plus tôt. Accompagnée de Guil, son guide indigène, et de Moj, une Croyante dont elle se serait bien passée, Nola entame un périple qui la mènera au coeur de l’ancien territoire glacé. Ce qu’elle y découvrira changera à jamais la face du monde.

Je sais que la description est assez… glaciale, mais c’est une nouvelle assez étrange pour moi dans la mesure où je ne peux pas en dire beaucoup plus sans en dévoiler l’intrigue.

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Ce texte fut aussi l’occasion d’expérimenter un nouveau style d’écriture, beaucoup plus sec, qui s’accorde bien avec le climat polaire qui y règne. Je n’ai pas cherché à modifier mon écriture pour l’adapter au texte, elle s’est adaptée d’elle-même. En fait, j’ai eu l’impression que les lieux, les personnages, l’atmosphère dictaient d’eux-mêmes une certaine manière de raconter l’histoire. Dans ce monde lointain (ou proche) les personnages économisent beaucoup leurs paroles. Leurs dialogues sont essentiellement voués à être utiles pour leurs interlocuteurs. Du coup, je vous préviens, il n’y a pas beaucoup d’humour (voire pas du tout, je crois… c’est peut-être une des rares fois où je ne fais pas une seule petite tentative dans un texte).

Vous l’aurez compris, c’est une histoire qui me tient à coeur par son aspect inédit qu’il m’a permis d’explorer. J’ai aussi aimé passer du temps avec les personnages. En revanche, un phénomène très étrange est apparu au moment de l’écriture : le premier jet est allé très vite et lorsque j’ai posé le point final, j’ai immédiatement pensé que vu l’austérité du langage, les corrections iraient assez vite. Hé bien pas du tout : les relectures et réécritures ont été un véritable calvaire. J’ai notamment dû lutter avec beaucoup de répétitions. Comme les personnages utilisent un vocabulaire volontairement simplifié, très direct, j’ai eu tendance à faire transpirer cette économie dans le reste du texte. Résultat, je me suis laissé hypnotiser par sa rigueur.

J’espère que vous passerez un excellent moment avec Onkalo. Pour ceux qui se demandent d’où vient ce nom étrange, je les invite à regarder le documentaire Into Eternity du réalisateur danois Michael Madsen. Mais attention ! ne le regardez pas avant de lire la nouvelle, sans quoi vous vous gâcheriez la surprise. En revanche, je vous suggère fortement de regarder ce très beau film après votre lecture. C’est saisissant. Et cela m’a évidemment beaucoup inspiré.

On trouve Onkalo chez les revendeurs numériques habituels, à l’exception d’Apple qui met un temps fou à valider les textes. Mais j’ai bon espoir pour les prochaines semaines. En attendant, voici les liens vers Amazon, Kobo et Smashwords. Le prix de 0,99€ n’a pas bougé et la couverture est toujours de Roxane Lecomte.

Vous êtes nombreux à vous être inscrits à la newsletter depuis vendredi dernier et je vous en remercie du fond du coeur. Ce petit mail hebdomadaire vous permet, chaque dimanche, de recevoir directement dans votre boîte de réception un digest de ce qui s’est passé pendant la semaine dans le Projet Bradbury. Vous trouvez le lien d’abonnement juste en-dessous de ce post. N’hésitez pas, ce mail n’a rien d’un spam et ne vous est envoyé qu’une seule fois par semaine.

Excellent week-end à tous !

Neil

Écouter ses personnages raconter leur propre histoire

 

J’adore la manière dont Ray Bradbury parle de ses personnages.

Dans un petit essai intitulé The Secret Mind, il évoque  l’expérience d’un voyage en Irlande — il avait été embauché par John Huston pour y écrire le scénario de Moby Dick — et avoue y avoir passé quelques mois plutôt déplaisants. Cet enfant du soleil, né en Californie et bercé au son des vagues de l’Océan Pacifique et de Venice Beach, s’est retrouvé du jour au lendemain plongé dans le quotidien sombre, voire carrément sinistre, d’une petite ville irlandaise mangée par la bruine et le brouillard. Lorsque sa journée se terminait, il appelait Mike, son chauffeur de taxi attitré, et ils parcouraient ensemble la campagne à la recherche de l’inspiration.

Lorsqu’il rentra au pays, Bradbury raconta qu’il n’avait pas aimé l’Irlande et qu’il n’avait trouvé rien de bon à en tirer pour ses histoires.

Quelques années s’écoulèrent et, un jour qu’il cherchait dans son expérience et sa mémoire — comme à son habitude — le terreau pour y faire pousser une histoire, Mike lui réapparut et l’évidence le frappa.

« Un après-midi pluvieux, Mike — son véritable nom est Nick— le chauffeur de taxi s’assit dans le champ de vision de ma mémoire. Il me taquina gentiment et m’invita à me rappeler de ces trajets que nous avions effectués ensemble à travers les marécages, le long du fleuve Liffey. Tout en manoeuvrant le volant de sa vieille épave qui déchirait le brouillard, il me parlait, nuit après nuit, et me  ramenait chaque soir à l’hôtel Royal Hibernian. De tout ce grand pays vert et sauvage, Mike était le type que je connaissais le mieux  […]
— Raconte ma vérité. Écris-la exactement comme elle est, avait alors dit Mike.
Et soudain j’avais une nouvelle et une pièce de théâtre. La nouvelle était vérité et la pièce était vérité. C’est arrivé comme ça. Cela n’aurait pas pu se passer autrement.

Dans un autre texte, Bradbury explique que lorsqu’il a écrit Fahrenheit 451, il n’a pas spécialement songé à la trame de l’histoire. Il avait les personnages, le contexte et c’est à peu près tout. Lui s’est contenté de « rencontrer » les personnages — de les invoquer en somme — et de leur demander une seule chose : « Raconte-moi ce qu’il t’est arrivé. » À plusieurs reprises, Bradbury présente ses personnages comme les véritables auteurs de ses livres : lui n’est que l’auditeur attentif, celui qui retranscrit. Ce n’est pas lui qui raconte son histoire : ce sont ses personnages.

Comme souvent avec Bradbury, ce sont les choses qui semblent les plus évidentes qui cachent les vérités les plus fortes. De prime abord, cette approche peut paraître naïve à celui ou celle qui n’entend pas ce qui se cache derrière ce postulat. J’ai testé cette méthode pour mon dernier texte et je dois avouer que cela fonctionne plutôt bien. Un personnage. Un lieu. Un contexte. On invoque ce personnage dans sa tête et on lui parle. On lui dit simplement : « Raconte-moi ton histoire. Ce qu’il t’est vraiment arrivé. Sans mentir. Sans dissimuler. »

Et là, le miracle se produit : le personnage parle. Il se raconte sans détours, il explique ses états d’âme, il agit d’une manière que l’on n’aurait jamais pu imaginer, pense des choses que l’auteur ne pense pas. Il se construit, quelquefois même en opposition avec son créateur. Et surtout, il cherche sa propre vérité.

Car dans la méthode de Bradbury, il s’agit de créer une distance avec son personnage, de lui donner corps — pour de vrai — et de l’enjoindre à prendre vie. Grâce à cette distance factice, ce faux dialogue entre l’auteur et son personnage, on simule un éloignement salutaire qui permet de passer le relais au véritable auteur de toute oeuvre littéraire : l’inconscient. Pas forcément dans sa dimension psychanalytique, mais dans celle du caché, du dissimulé, du secret. Ainsi mis à l’écart, comme désolidarisé des inhibitions de son créateur, ce secret est libre de se révéler.

Je ne peux que vous inviter à tester cette méthode. Pas forcément pour écrire une histoire entière, mais juste pour essayer : brisez les chaines de vos personnages, enlevez-leur leur bâillon et laissez-les s’exprimer. Vous verrez que vous ne le regretterez pas.