Le mot du jour: « skeuomorphisme »

Voici un mot qui m’a heurté cette semaine — pas seulement les yeux — et que j’avais envie de partager avec vous. Remerciez l’ami Geoffrey Dorne qui l’a évoqué sur son blog il y a peu de temps. 

Le skeuomorphisme est un terme qui nous concerne tous en tant que créateurs de livres numériques. Selon mon autre ami, ce bon vieux Wikipédia, il est tiré du grec skeuo, qui désigne un équipement militaire mais dont le sens peut aussi se rapporter à celui de décoration, d’ornementation, et de la racine morph, la forme. 

Le skeuomorphisme définit donc un “élément de design dont la forme n’est pas directement liée à la fonction, mais qui reproduit de manière ornementale un élément qui était nécessaire dans l’objet d’origine”.

En ce qui nous concerne, il s’agit évidemment des “pages” que l’on tourne sur iPad, par exemple. On pourrait aussi parler de la forme du signet ou des post-it d’annotations. Ce sont des artifices décoratifs, destinés à nous rappeler que bien que la lecture s’effectue sur un écran, nous tenons encore un livre entre nos mains. On pourrait également ranger sous cette catégorie la page cornée lorsqu’on souhaite arrêter sa lecture sur certaines liseuses, ou l’apparition d’un ruban en guise de marque-page. 

iBooks a récemment, avec la sortie de sa version 3.0.1, donné un grand coup de pied dans la fourmilière du skeuomorphisme en proposant aux utilisateurs de scroller verticalement dans le contenu d’un livre, supprimant par là-même le concept de page. Sommes-nous prêts à laisser derrière nous l’héritage de centaines années de lecture pour nous enfoncer un peu plus dans une pratique post-papier de cette pratique? Visiblement, Apple le pense. 

D’ailleurs, en parlant de ça: est-ce quelqu’un a remarqué la présence de ces deux “réglettes” sur le clavier iOS iPad, sur les touches F et J ? S’il s’agissait d’utiliser un iPad en tant que non-voyant, je comprendrais… mais encore faudrait-il que les touches soient en relief! 

J’ai bien pensé que cela déclenchait la séparation du clavier en deux parties (essayez de “déchirer” votre clavier, vous verrez de quoi je parle) mais elle peut être effectuée avec n’importe quelle touche. 

Alors? Le skeuomorphisme aurait-il encore frappé?

Les librairies signent un pacte avec le diable

On sait mon attachement pour les librairies. En tant qu’ancien libraire, je porte un regard à la fois admiratif et inquiet sur la profession. Pour l’admiration, il y a la manière dont ces professionnels se battent pour sauvegarder un métier et la manière dont ils résistent à une uniformisation ambiante. Mais l’admiration se transforme en inquiétude quand je vois des libraires se tirer des balles dans le pied, voire comme le disait Actualitté à propos de Darty, carrément des obus… même si Darty n’est pas à proprement un libraire historique.

Quand la librairie se tourne vers Amazon pour vendre des livres

C’est un comble: les librairies se tournent vers des prestataires extérieurs pour vendre des livres numériques. Il y a bien sûr Darty, qui après avoir ouvert une boutique de livres numériques en ligne, annonce qu’elle vendra le Kindle, se privant par la même de l’occasion de vendre ces livres lui-même, puisque comme nous le savons tous, le Kindle en tant qu’appareil est un écosystème fermé qui ne permet pas d’acheter ses livres à l’extérieur du store consacré.

Bien sûr, on peut acheter un fichier mobi ou KF8 chez d’autres libraires en ligne, Immatériel le propose par exemple… Mais il faut faire l’effort de réaliser l’achat sur son ordinateur, à l’extérieur donc… Et il faut dire qu’Amazon, comme Apple, soigne son interface pour la rendre la plus facile possible. L’achat “interne” est favorisé, et il n’y a guère que les clients avertis, voire militants, qui iront ensuite acheter des ebooks ailleurs que sur le store propriétaire. L’achat en 1-Click est diabolique pour cela.

Virgin a ouvert la marche en vendant, en plus de la gamme Booken, le Kindle dans ses murs, misant sur le trafic en magasin que générerait cette disponibilité. Je ne sais pas si cette fréquentation a été au rendez-vous. Pour ma part, la dernière fois que je suis allé au Virgin, je suis juste allé voir le stand Kindle pour constater sa présence, et je n’ai pas été faire un tour ailleurs. On peut imaginer que les gens qui veulent acheter un Kindle réagiront de la même manière, stand-caisse-dehors.

Une stratégie désastreuse à long terme?

Car quand bien même cette présence en magasin accroitrait la fréquentation, c’est ensuite que les choses se gâtent. Le client, intéressé par le numérique, est désormais un client perdu pour le libraire, qui a vendu le pistolet avec lequel il allait se faire abattre. Chose étrange que ce comportement marketing, qui marque bien le manque de stratégie à long terme des entreprises concernées. En l’état, c’est condamner leurs propres librairies en ligne au profit d’un concurrent direct, qui doit se frotter les mains. Cela ressemble davantage à une capitulation qu’à une alliance.

La Fnac seule (peut-être aussi France Loisirs, avec son Oyo relié à Chapitre.com) a peut-être su tirer son épingle du jeu: son alliance avec Kobo a clairement débloqué la situation qu’avait créé cette aberration technologique qu’était le FnacBook (une sorte de minitel portable créé par Sagem, si je ne me trompe), et qui était une insulte même à l’idée de lecture numérique. Seul réel avantage: la 3G offerte, qui a disparu avec l’arrivée de Kobo. Mais ce que les clients ont perdu en connectivité, ils l’ont gagné en ergonomie et qualité.

L’annonce hier de l’arrêt de la vente de musique en ligne par la Fnac a néanmoins de quoi susciter des interrogations. Le site de la Fnac est, on peut se le dire entre nous, une horreur de navigation, d’interface et de classement. C’est un maelstrom numérique cyclopéen qui n’est ni fait, ni à refaire. Alors avant de prétendre avoir une stratégie à long terme, peut-être faudrait-il simplement sortir la librairie du site originel. Créer une entité externe et indépendante, à l’ergonomie revue, plus rapide et mieux connectée serait une bonne idée. La Fnac, avec sa force de frappe, pourrait si elle le voulait créer une véritable exception française dans le paysage numérique mondial… si elle s’en donnait les moyens.

En attendant, l’alternative de la librairie native Kobo pourrait, à long terme, faire de l’ombre à leur magasin partenaire. J’ignore comment se répartissent les bénéfices de cette collaboration. Ce qui est certain, c’est que lorsque vous achetez un livre depuis votre tablette Kobo, c’est à Kobo que vous l’achetez. Pas à la Fnac. De toute façon, il était bien entendu hors de question pour la Fnac de s’allier avec Amazon… du moins, pas tout de suite… Mais la qualité des tablettes et liseuses Kobo, couplée à l’expertise des libraires, pourrait faire la différence si la volonté de l’indépendance culturelle et économique est clairement affichée.

Que penser de la stratégie des autres libraires?

Comment croire qu’une librairie puisse imaginer qu’Amazon est la solution à ses problèmes? Le titre de l’article n’est pas innocent et rappelle le mythe de Faust: à un problème qui semble insoluble, on applique une solution temporaire en espérant qu’elle soit exempte de conséquences. Mais dans l’impitoyable monde du business de la vente de livres, et plus spécialement de contenus en ligne, je doute qu’Amazon fasse des cadeaux à ses partenaires. À termes, le diable se changera en grand méchant loup, qui dévorera les enfants crus et sans remords.

Et voilà maintenant qu’à Milan, la librairie indépendante Hoepli se met à vendre le Kindle (voir l’article sur Actualitté). Après 140 ans de liberté, l’établissement se lie donc au géant américain avec cet espoir fou qui anime tous les libraires qui tombent dans ce piège: ne pas rester à la traîne, ne pas tomber du wagon et prendre le train du numérique, à n’importe quel prix. Je doute que cette stratégie s’avère payante à terme. En réalité, les librairies qui tombent dans ce piège creusent, selon moi, leur propre tombe.

Pourtant, des alternatives existent.

De très bonnes liseuses et tablettes existent, et devinez quoi: certaines ne sont liées à aucun autre magasin. Je pense à Bookeen, bien sûr, aux allemands de Trekstor, et il y en a d’autres… Ces liseuses peuvent être vendues sans crainte de voir partir les clients dans des écosystèmes fermés (même si l’on peut lire son livre acheté à l’extérieur sur son Kobo ou son iPad, je considère néanmoins ces systèmes comme semi-fermés dans la mesure où ils encouragent l’achat sur leur propre plateforme).

Couplées à des bornes de téléchargement DANS les librairies, peut-être liées directement à un stock numérique appartenant au libraire en question, ces tablettes sont peut-être la clef de l’indépendance numérique pour les librairies. Des initiatives isolées existent déjà, ça et là. Ces ventes permettraient de réaliser des marges honorables sans se couper de la clientèle numérique.

Et par la même occasion, ces initiatives — même imparfaites — sont un premier pas en direction d’un numérique intéressant pour les libraires, qui devront impérativement s’adapter pour ne pas sombrer dans l’oubli.

iPad Mini vs Kindle Fire: un match idéologique

Ça y est, le duel est lancé: qui d’Amazon ou d’Apple remportera le marché des tablettes ultra portables? Ces appareils sont nés d’un équilibre instable: suffisamment grands pour vous permettre de visualiser un film correctement mais suffisamment petits pour être transportés aisément et discrètement, ils s’inscrivent dans une logique de consommation portable et perpétuelle telle que la conçoivent et la souhaitent les deux géants américains.

D’ailleurs, Amazon a déjà gagné la bataille… selon Amazon. Jetez un œil à la publicité comparative qui oppose le Kindle Fire à l’iPad Mini.

Bon, d’accord, l’écran du Kindle Fire est HD, son Wifi est plus performant et le son est en stéréo. Il est aussi moins cher que l’iPad Mini et dispose d’un espace de stockage plus grand. Alors, le match est plié? Pas tout à fait.

Un écosystème revendiqué verrouillé pour l’un

Premier argument en faveur d’Apple: l’iPad, et l’écosystème qui le gère, a au moins la décence de nous faire croire qu’il peut nous servir à autre chose qu’à consommer sur l’AppStore. Qu’il peut être un outil pour les créatifs et les professionnels (ce billet est intégralement tapé sur mon iPad), qu’il a des ressources qui ne se restreignent pas à la bête consommation de livres, de musique et de vidéo, même si bien entendu tout cela est prévu et encouragé, ne serait-ce que par l’achat d’applications.

Chez Amazon, on fait face à l’essence même de l’esprit de supermarché dont je faisais la description dans un précédent billet. La tablette n’est là que comme support à l’achat, voire comme incitation. Car sans le store Amazon, la tablette n’a plus aucun intérêt. Elle est vide de sens. Elle n’existe que par son contenu potentiel, qui passe forcément par la case porte-monnaie.

Apple, prison confortable

Et cela, Apple l’a bien compris: une prison où l’on est installé confortablement est une prison dans laquelle on veut rester. Et même si je suis légèrement parti pris dans cette affaire (je ne suis pas —plus— un fan boy, mais j’utilise l’iPad pour travailler) j’aime à croire que j’utilise mes appareils pour autre chose que bêtement acheter et avaler du contenu culturel.

J’ai personnellement un deuxième argument (tout à fait personnel, et en cela sans doute désagréable à entendre) en faveur de l’iPad: il est certes de meilleure facture technique, mais cela entre peu en ligne de compte. En fait, il est surtout PLUS CHER. Et c’est clairement un argument en sa faveur. Je m’explique.

Des produits pour les riches achetés par des pauvres

Jamais de toute ma vie je n’ai vu de télévision à écran plat plus grande et plus sophistiquée que, d’une part, chez des amis considérés comme riches, bien sûr (ils ont les moyens, ils se les donnent pour s’offrir le meilleur), et d’autre part, chez des amis considérés comme pauvres (au chômage, intermittents, etc).

Pourquoi les “pauvres” achètent des grosses télés? Parce qu’ils n’en ont pas les moyens, et qu’on vit dans un monde qui joue sur la frustration permanente entre ce que l’on ne possède pas et ce que l’on pourrait faire en possédant. Il existe alors des solutions de crédits certes usurières, mais permettant à une certaine catégorie de personnes d’accéder à l’achat d’appareils qu’ils ne pourraient pas se payer autrement.

Un prix élevé est synonyme, dans notre écosystème consumériste, d’une qualité élevée et surtout d’un standing: en achetant un appareil Apple, on achète sa carte de membre du club. Plus qu’un objet, il est un signe de caste. Une caste qu’en période de crise, il est doucement agréable d’arborer les symboles extérieurs.

Un jeu masochiste auquel nous jouons tous

En d’autres termes, plus c’est cher, plus grande est (l’illusion de) la qualité, plus grande est la frustration, plus les files d’attente seront longues. Ces fameuses files d’attente, justement, où nous ramènent-elles? À des temps où la pénurie était la règle, et le serrage de ceinture quotidien.

Pas forcément agréable de comparer, mais Apple en joue dans sa communication, en instaurant notamment des ruptures de stock rapides. L’Allemagne de l’Est? Non. Cupertino.

Comment les media-queries vont révolutionner l’ebook design

Peut-être en avez-vous déjà entendu parler: c’est une discussion qui anime le web depuis quelque temps, et notamment les designers et typographes, autour d’un concept au nom barbare mais tellement prometteur, le responsive design.

LE RESPONSIVE DESIGN, C’EST QUOI?

Lorsque vous naviguez sur Internet, vous rencontrez deux types de sites: ceux pour lesquels l’affichage s’adapte à votre écran et les autres. Lorsque par exemple, vous utilisez votre smartphone pour surfer et qu’un site vous propose (ou vous oblige) à utiliser la version mobile, nous sommes en plein dans le sujet. Chez d’autres, qui n’ont pas pris en compte cette question pourtant cruciale de la navigation mobile, vous êtes obligés de zoomer, de slider, bref, de composer avec une navigation poussive qui n’est pas optimisée pour cet usage.

ET LE LIVRE NUMÉRIQUE LÀ-DEDANS?

Comme vous le savez peut-être, le livre numérique utilise le format de fichier .EPUB. Ce fichier est en réalité une sorte de site web encapsulé dans un fichier .ZIP (on résume) et qui incorpore donc feuillets .HTML et feuilles de style CSS. Le .EPUB répond donc aux mêmes normes, et aux mêmes contraintes, qu’un site web standard lorsqu’il est question de l’afficher sur des écrans aux tailles, ratios et résolutions différentes. La multiplication des supports de lecture va donc contraindre (mais est-ce vraiment une contrainte lorsqu’on voit tout ce que cela apportera au lecteur?) les ebook-designers à penser leur livres sur au moins deux plans différents: l’écran type iPad, Galaxy Tab, Kindle Fire, Kobo Arc, etc, et l’écran mobile d’un smartphone, par exemple l’iPhone ou le Samsung Galaxy S3.

EN PRATIQUE ON FAIT QUOI?

L’usage des media-queries est en réalité assez simple dans sa partie technique. Il s’agit d’une balise directement ajouté dans le fichier .HTML et pouvant être reliée directement à une feuille de styles (CSS) alternative, qui ne sera appelée qu’en cas de détection d’un écran de telle résolution ou répondant à tel critère.

Voilà comment le code à intégrer dans votre balise <head>se présente, par exemple:

<link rel="stylesheet" media="screen and (max-width: 700px)" href="../Styles/mobile.css" type="text/css" />

Dans ce cas, si la résolution de l’écran est inférieure 700 px de large, la page appellera automatiquement la feuille de styles “mobile.css” et l’appliquera au contenu de votre EPUB. Magique, hein?

Les principales fonctions supportées par cet outil (et toujours écrites entre parenthèses) sont:

  • Width (largeur de la zone d’affichage)
  • Height (hauteur de la zone d’affichage)
  • Device-width (largeur du périphérique d’affichage)
  • Device-height (hauteur du périphérique d’affichage)
  • Orientation (avec pour valeur portrait et landscape, TRÈS utile pour les artisans de l’EPUB que nous sommes)
  • Aspect-ratio (16/9, 2/35,4/3, etc)
  • Color (le périphérique d’affichage supporte ou non la couleur)
  • Et enfin resolution (la résolution de votre écran)

La majorité de ces critères sont utilisables avec les préfixes min- et -max. Pour color, on peut laisser le champ vide: par défaut, il détectera si le périphérique affiche ou non la couleur et renverra la valeur correspondante.

Après, c’est à vous de faire votre sauce. Vous pouvez même combiner des propriétés, grâce à la syntaxe “and”. Vous pouvez également utiliser les opérateurs logiques “not” et “only”. Pour utiliser le “or” (ou), il suffit d’égrener les propriétés à la suite séparées d’une virgule. Dans ce cas, si une des options est considérée comme correcte, elle sera prise en compte.

Par exemple:

<link rel="stylesheet" media="screen, handheld and (max-width: 900px)" href="../Styles/mobile.css" type="text/css" />

On pourra aussi directement intégrer la media-querie à une balise <style> dans le <head>, grâce à l’usage de la balise <media>.

Exemple:

<style>
@media handeld and (max-width: 700px) {
  .header {
    display:none
  }

  p {
    font-size: 1.5em;
    }
}
</style>

DU BOULOT EN PERSPECTIVE POUR LES DESIGNERS

Les créateurs de sites web ne sont donc pas les seuls concernés: tous les faiseurs de livres numériques devraient rapidement intégrer dans leur logique de fabrication l’usage des media-queries. Car elle est induite des usages mêmes des lecteurs, qui lisent sur leur iPad à la maison et poursuivent la lecture sur un smartphone dans les transports en commun, avant de poursuivre sur l’écran de leur ordinateur au boulot (oui, ce n’est pas bien mais c’est un exemple fictionnel, souvenez-vous).

Pour garantir un confort maximal à tous les lecteurs, nous devrons banaliser cet usage. Le défi principal n’est ici absolument pas technique, mais artistique: il s’agit pour les designers de penser des mises en page aussi belles en version mobile que sur un grand écran, d’affiner la lisibilité et de permettre une expérience au moins égale sur chaque support.

Voilà donc un défi que, à n’en pas douter, se feront un plaisir de relever quelques designers de ma connaissance. 😉

Apple et Amazon règnent sur votre bibliothèque

Rappel des faits

Deux “affaires” (ce mot est tellement galvaudé que j’hésite à l’utiliser, mais passons) ont secoué le petit landerneau de l’édition ces derniers jours: d’abord, les mésaventures de Lynn Jordet Nygaard, privée de sa bibliothèque Amazon pour d’obscures et passablement fallacieuses raisons (lire l’article sur Actualitté) et ensuite, la décision arbitraire d’Apple de réhausser les prix de son AppStore (voir l’article sur 01.net) sans en avertir au préalable les éditeurs de contenus, à savoir vous, moi, tout le monde.

Deux affaires, donc, deux événements apparemment sans aucun rapport l’un avec l’autre, mais qui en réalité ne disent qu’une seule et unique chose (sans doute la seule pour laquelle les deux géants de l’entertainment arriveront jamais à se mettre d’accord): en choisissant d’utiliser notre écosystème, vous nous laissez tout pouvoir.

Monarchie absolue

Et quand on dit tout pouvoir, on entend véritablement tous les pouvoirs: y compris ceux qui ne nous viendraient pas à l’esprit, ceux qui nous sembleraient aberrants, arbitraires, confiscatoires ou même injustes. Oui, Apple se donne le droit de refuser une application ou un livre si celui-ci mentionne un concurrent, ou si le contenu lui déplaît. Apple se donne le droit d’augmenter les prix de produits que la firme ne fait que distribuer. Amazon peut effacer votre bibliothèque numérique sans préavis, vous privant d’années d’achats parfaitement légaux. Amazon ne permet pas de léguer votre bibliothèque à quelqu’un en cas de décès. Amazon a choisi d’utiliser un format propriétaire pour ses livres, par ailleurs illisibles sur d’autres machines. Les exemples s’accumulent. 

Face à l’illusion de la propriété

Malgré l’illusion de propriété que ces écosystèmes induisent, il est un fait que l’on ne saurait ignorer dorénavant: en ces murs, vous n’êtes que le locataire. Le propriétaire, lui, conserve tous les droits, y compris celui de vous expulser. Contractuellement (vous savez, ce long bloc écrit en tout petit quand on s’inscrit sur l’un ou l’autre de ces services et qu’on fait défiler jusqu’en bas, sans lire, pour le signer), lorsque vous achetez un livre numérique, vous n’en achetez en réalité que la licence d’utilisation. Et les licences, ça se révoque.

Il n’est pas question de nier que la démocratisation de la lecture numérique est effectivement passée par Amazon et par Apple. Nous leur devons quelque chose, c’est certain. Mais la liberté ne se négocie pas au profit du confort, elle ne le devrait jamais.

Il est peut-être temps de passer au stade supérieur: annuler la dette, et même réclamer des comptes. Un écosystème voué à vous enfermer, vous lire, vous contrôler, n’est pas viable. Surtout pour ses prisonniers.