Ce qui brûle tout au fond : le jour où j’ai compris que le racisme de Lovecraft pouvait me contaminer

Je vais vous raconter une histoire. C’est une histoire dont je ne suis pas fier, surtout au regard de la personne que je crois être devenue aujourd’hui. Mais je crois que ça vaut justement la peine de la raconter, ne serait-ce que pour ça.

Il y a quelques jours, j’ai publié un article sur le racisme de Lovecraft. L’article a suscité beaucoup de réactions, souvent passionnées. J’y soutenais qu’il était à mon sens difficile de faire la part des choses entre œuvre et artiste – que quelque part quelque chose transpirait toujours à travers les mots, à travers l’idée même de fiction en général, qu’il s’agisse de livres, de pièces de théâtre, de films… On m’a souvent rétorqué que j’avais tort, qu’il était parfaitement possible de faire la part des choses et de continuer à apprécier les œuvres de fiction pour ce qu’elles sont – des œuvres de fiction –, même si l’auteur était raciste, comme Lovecraft l’était, même s’il était sexiste, même s’il était antisémite, etc. Qu’on peut toujours être plus intelligent que ça, qu’on peut résister, s’en défaire – parce qu’on est si malins…

Je n’ai pas trouvé de réponse définitive. La preuve, le débat continue. Mais il manquait une chose à cet article sur Lovecraft, une chose qu’il aurait peut-être fallu que je mentionne pour mettre en lumière certaines de mes idées. Sur le moment, l’idée de me mettre en spectacle, de me donner en exemple symptomatique, m’a paru effrayante, parce qu’elle m’engageait personnellement. Je crois pourtant qu’il est intéressant que je le mentionne. Continuer la lecture de « Ce qui brûle tout au fond : le jour où j’ai compris que le racisme de Lovecraft pouvait me contaminer »

Projet Bradbury, #7 : Coprophages

Haa, le merveilleux monde du marketing… Sous réserve d’une discrétion absolue quant aux moyens employés, certain·e·s seraient capables de vous vendre n’importe quoi. On pourrait même commencer à croire que c’est devenu le sport national, et même plutôt international : peu importe le produit, l’essentiel c’est qu’on vous le vende.

Dans cette 7ème nouvelle du Projet Bradbury, nous suivons donc Paul, un pur produit de cette culture du désir et de la séduction marchande. Le travail de Paul est simple : il doit être capable de vous convaincre que vous avez besoin du produit de l’entreprise pour laquelle il est en mission. Mais cette fois, le produit lui résiste. Il faut dire que celui-ci n’est pas commun…
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Syndrome de l’imposteur : il est temps que nous nous prenions au sérieux

Le syndrome de l’imposteur – ce désagréable sentiment que nous ne trouvons pas à notre place, que nous ne devrions pas nous revendiquer de telle ou telle identité, de telle ou telle profession – nous gâche la vie. Pire, il gâche aussi par contamination celle des autres ; celles et ceux qui partagent notre sort. En somme c’est un sentiment qui ronge toutes les personnes qui entrent en contact avec lui – les idées sont contagieuses. Et c’est un sentiment très présent dans le petit cercle de notre corporation, à savoir celle des auteurs et des autrices. Continuer la lecture de « Syndrome de l’imposteur : il est temps que nous nous prenions au sérieux »

Projet Bradbury, #6 : « Doppelgänger »

Le Projet Bradbury est un marathon d’écriture qui consiste à écrire, publier et enregistrer une nouvelle par semaine pendant un an, soit 52 au total.

Je ne sais pas pour vous, mais comme le personnage de cette 6ème nouvelle, j’ai une peur panique de recevoir du courrier : il me semble qu’on ne reçoit des lettres que pour nous annoncer de mauvaises nouvelles (ou nous réclamer de l’argent). C’est bien triste d’ailleurs, quand je pense à l’excitation ressentie autrefois.

Il me semble que c’est une phobie courante : je connais d’autres personnes dans ce cas. En général la leur se manifeste par le besoin de ne surtout pas ouvrir la boîte à lettres. Ça peut durer des semaines parfois, jusqu’à ce que la boîte déborde. Mais moi, il faut que je vérifie plusieurs fois par jour, et quand je reçois un courrier, il faut que je l’ouvre dans la minute. Sinon, j’angoisse, je me ronge les sangs…

Doppelgänger prend ce postulat pour point de départ : une lettre reçue par un phobique du courrier, une lettre pourtant libellée à son nom, mais qui ne lui est pas destinée. Enfin pas vraiment. Vous verrez.
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De la diversité dans la culture mainstream : « Binti », science-fiction consciente et engagée

L’Afrique peine encore à trouver sa place en science-fiction – tout simplement parce qu’on ne la lui a pas laissée. Longtemps cantonné au rôle de terre de mystères et de dangers – et contrairement à l’Asie où la culture mainstream puise de nouveaux codes et inspirations –, le continent a le plus souvent été simplement et soigneusement effacé de la carte.

Mais les choses sont en train de doucement changer. Et il ne faut pas s’y tromper, ce revirement n’est pas à l’initiative des studios hollywoodiens, des maisons de production ou d’édition : ce sont les voix des militant·e·s pour une meilleure représentation qui ont pesé dans la balance, et on ne saurait les remercier assez pour leurs efforts et les tempêtes bravées. Car il faut du courage aujourd’hui pour aller à contre-courant de la culture mainstream – occidentale, blanche, hétérosexuelle, citadine, tous ces qualificatifs qui sonnent comme des insultes aux oreilles des personnes concernées (et au sein desquelles je me compte) et qui pourtant ne font que refléter la réalité d’un paysage culturel bien peu varié. Et ces pressions incessantes commencent enfin à porter leurs fruits en terme de visibilité, et par conséquent de curiosité du public. De nouvelles œuvres voient le jour, et surtout – c’est toute la différence – elles sont mises en lumière. Continuer la lecture de « De la diversité dans la culture mainstream : « Binti », science-fiction consciente et engagée »