#38 | Zombeek

Assis dans le noir sur son lit, vous l’observez, là, au milieu de sa chambre, son attention tout entière aspirée vers un album de bandes dessinées ou un livre de science-fiction. Après tout, vous vous dites qu’il n’y a aucun mal à cela : plus les enfants lisent, mieux ils se portent. Erreur fatale. Et si vous, parents, étiez en train de créer des monstres ?

 

Assis dans le noir sur son lit, vous l’observez, là, au milieu de sa chambre, son attention tout entière aspirée vers un album de bandes dessinées ou un livre de science-fiction. Après tout, vous vous dites qu’il n’y a aucun mal à cela : plus les enfants lisent, mieux ils se portent. Erreur fatale. Et si vous, parents, étiez en train de créer des monstres ?

Voici Zombeek, la 38ème nouvelle du Projet Bradbury :

cover

L’histoire en quelques mots :

On devrait interdire aux enfants de lire de la science-fiction : ça ne fait que leur attirer des ennuis. Voyez Rick, par exemple : un jeune homme plutôt sympa de prime abord, mais qui dissimule son sadisme derrière un doctorat de biologie moléculaire. Même chose pour Monster, pour qui les cartes Magic sont plus qu’une passion, carrément un sacerdoce. Moi, je compte les points et j’attends que les morts se relèvent, là, dans le garage où nous faisons nos expériences.

À bien y réfléchir, on réalise à quel point la science-fiction a, en dehors de son impact sur l’imaginaire collectif artistique, contribué à l’avancée de la civilisation humaine, aussi bien d’un point de vue technique que moral. En écrivant cette nouvelle, j’avais une pensée pour tous les petits nerds à lunettes subissant réprimandes et railleries dans la cour de récréation, le nez plongé dans leurs bandes dessinées ou leur roman de science-fiction. Leurs lectures, surtout à cet âge, ont forcément modelé leur vision du monde : en rêvant aux intelligences artificielles de demain, par exemple, on peut imaginer qu’un de ces enfants rêveurs, devenu entre temps ingénieur, s’attelle à la tâche de matérialiser son rêve et de l’offrir à l’humanité… tout ça parce qu’un obscur écrivain l’a un jour imaginé au fond de son garage.

 Qu’on le veuille ou non, la fiction nous construit bien plus que n’importe quelle leçon d’instruction civique.  Ce constat a ses côtés positifs comme ses côtés négatifs. Hollywood a instillé dans nos imaginaires collectifs une très forte idée de la « lutte du bien contre le mal », par exemple, de même que toute la fantasy moderne. À ce titre, il n’est pas si étonnant que que ressentions notre monde géopolitique de façon si polarisée, avec des méchants et des gentils. De la même manière, qui peut dire si un monde « à la 1984 » aurait pu exister si Orwell n’avait pas eu l’idée visionnaire de raconter la surveillance toute puissante dans son roman ? Le syndrome de l’oeuf et de la poule, en somme. Dans tous les cas, lorsque la fiction est assez puissante, elle devient suffisamment réelle pour intervenir dans le monde matériel : pour reprendre l’exemple de 1984, on voit à quel point le roman sert de standard moral, de pierre d’achoppement, de repère repris en boucle par les commentateurs, pour décrire les frasques de la NSA révélées par Snowden. Quoi qu’il arrive, les écrivains de fiction ont une responsabilité : peut-être encore plus que les politiques, ils façonnent le monde à l’image de leurs histoires et doivent en être conscients. Car cette nouvelle est l’histoire de trois rêveurs qui, sous des dehors de geeks inoffensifs, vont précipiter le monde à sa perte… tout ça parce qu’ils ont lu trop de science-fiction étant plus jeunes.

Zombeek est disponible chez KoboSmashwordsAppleAmazon et Youscribe pour 0,99€. Vous pouvez aussi (et surtout) vous abonner à l’intégralité des nouvelles pour 40€ et devenir mécène du Projet Bradbury. J’ai également un compte Flattr (si vous ne connaissez pas, jetez un oeil ici). La couverture est bien entendu toujours de la talentueuse Roxane Lecomte.

Bonne lecture !