Quand on est né pour ça (Projet Bradbury, #53)

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Le phénomène des « enfants prodiges » ne date pas d’hier. Prenez Mozart, qui manifeste ses premières capacités musicales dès l’âge de trois ans. Avec l’aide de son père, il apprend le clavecin à cinq ans, compose ses premières œuvres à six, joue dans toutes les cours d’Europe à sept et, selon la légende, est capable à quatorze ans de retranscrire entièrement la partition d’une oeuvre de 15mn qu’il n’a écoutée qu’une seule fois. Ça calme. C’est ce qu’on appelle un phénomène, et on pourrait ranger dans cette catégorie des enfants comme Arthur Rimbaud, poète de génie à 17 ans, Nadia Comăneci, première gymnaste de tous les temps à obtenir, à quatorze ans, la note parfaite de 10 aux Jeux Olympiques de 76, Sho Timothy Yano, joyeux détenteur d’un doctorat en génétique moléculaire à seulement 18 ans, et même Britney Spears, animatrice de télévision et chanteuse à 11 ans, ou encore votre humble serviteur, capable à six ans de réciter d’une traite et les yeux bandés en équilibre sur une poutre « Les Contemplations » de Victor Hugo.

On me fait signe qu’il est impossible de vérifier cette information.

Les enfants prodiges fascinent l’imagination collective. Et forcément, ça attise la curiosité des parents, en même temps que leur ambition.

Du temps où je travaillais en librairie se produisait un phénomène étrange : tous les enfants du quartier étaient des surdoués de la lecture. Enfin selon leurs parents, persuadés que les 600 pages des « Trois Mousquetaires » étaient une lecture parfaitement acceptable pour une fillette de sept ans. Parce que nous vivons dans un monde où on pousse les enfants à devenir rapidement des adultes, de nombreux parents aimeraient croire que leurs enfants sont exceptionnels — et c’est bien naturel, parce que les enfants SONT exceptionnels, surtout le vôtre… mais ça ne veut pas dire qu’ils soient naturellement doués pour quoi que ce soit.

Selon le dictionnaire, « doué » signifie « qui possède beaucoup de dons, de talents naturels pour quelque chose ». Le mot « naturel » est capital dans cette histoire — d’ailleurs j’y mets une majuscule. Un talent naturel suggèrerait un don relativement injuste et parfaitement aléatoire qui apparaitrait au gré des naissances ici ou là, en fonction de la volonté des bonnes fées qui se pencheraient sur tel berceau plutôt qu’un autre. Bien sûr, si votre capital génétique est tel que vous mesurez déjà 1m80 à douze ans, il y a de grandes chances pour que vous intéressiez l’équipe de basket du collège. Mais pour ce qui est d’apprendre le piano, la lecture ou les langues étrangères, c’est une autre paire de manches, et c’est d’ailleurs davantage une question de cerveau que de longueur de bras.

Dans son livre The Talent Code, Daniel Coyle s’intéresse à ce qu’il appelle des hot beds, ce qui pourrait se traduire en français par « les lits chauds », mais cela n’aurait alors vraiment rien à voir avec notre sujet. Les hots beds, ce sont des poches de talents, des endroits où, à un moment précis, le Talent avec un grand T fait son apparition, comme l’Italie de la Renaissance, la Russie des années 90 ou certaines écoles d’art américaines devenus de véritables viviers de surdoués à une certaine époque.

L’auteur explique que, davantage notre corps, c’est notre cerveau qui est malléable. Le talent n’est pas quelque chose d’inné : même si on peut avoir des dispositions naturelles, il ne l’est jamais tout à fait. En résumé, sans son père pour l’obliger à s’asseoir plusieurs heures par jour devant son instrument, Mozart ne serait peut-être pas devenu un génie, pas plus que Nadia Comaneci ne serait devenue championne si elle ne s’était pas entraînée plusieurs heures par jour pendant plusieurs années. Ce qu’on appelle assez injustement le « talent » est en réalité le fruit d’une « pratique approfondie » pour laquelle Coyle tire une formule : 10.000 heures intensives, motivées et attentives sont nécessaires pour atteindre un niveau maximal d’excellence.

Prenons par exemple les joueurs de tennis. Si on applique la formule de Coyle, un enfant qui veut devenir professionnel ne devra pas commencer après 7 ans pour les filles et après 9 ans pour les garçons, parce que le pic physique des hommes est à 19 ans et celui des femmes à 17, et qu’en prenant en compte les 10.000 heures de pratique nécessaires, on obtient en moyenne 2 heures et demi d’entraînement par jour pendant 10 ans. Cruel, certes, mais instructif. Le pire, c’est que ça se vérifie et que ça fonctionne pour à peu près tous les domaines. Le talent, aussi étrange que ça puisse paraître, est quelque chose qui s’apprend, qui demande beaucoup d’efforts et parfois beaucoup de larmes.

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Et l’histoire dans tout ça ?

La 53ème nouvelle du Projet Bradbury, Né pour ça, parle elle aussi d’un enfant doué, on pourrait même dire surdoué, allez, même si je n’aime pas beaucoup ce mot.
Erwin a huit ans, et il vit seul avec sa mère dans un appartement miteux de la banlieue de Berlin. Mais parce qu’il est doté d’un talent exceptionnel, il reçoit aujourd’hui une visite qui pourrait bien changer sa vie. Un jury composé de spécialistes va évaluer ses capacités et déterminera s’il mérite oui ou non de poursuivre sa vocation. Vous imaginez l’état de nervosité de sa mère, qui après avoir consacré toute sa vie à faire d’Erwin ce qu’il s’apprête à devenir grille cigarette sur cigarette en espérant que tout se passe bien. Il faut dire qu’Erwin est un enfant d’un genre un peu particulier : son truc à lui, ce sont les forces des ténèbres. Et pour son âge, il est vraiment très doué.

Vous pouvez télécharger « Né pour ça », librement et pour pas un rond (aux formats .epub, .mobi et .pdf) juste ici. Non, pas ici, juste en bas. Enfin, faites un effort, bon sang.

Vous pouvez aussi lire le texte en ligne, sur Wattpad.

Si d’aventure vous aimez ce que je fais et que vous souhaitez soutenir le Projet Bradbury, vous pouvez devenir mon mécène sur Tipeee et bénéficier de contreparties exclusives. En bonus de ces contreparties, je réaliserai un tirage exceptionnel de chaque nouvelle, limité à 5 exemplaires, dédicacé et numéroté, sur papier luxe et relié par mes soins (c’est un autre de mes hobbys). Je procéderai chaque mois à un tirage au sort parmi mes mécènes Tipeee, et le gagnant remportera l’exemplaire numéro 1 de chaque tirage (les autres seront à vendre).Le tirage au sort aura lieu d’ici une semaine.

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N’hésitez pas à commenter cet article pour me faire part de vos retours, me dire pourquoi vous avez aimé, détesté ou tout simplement pour discuter, ça fait toujours plaisir. Bonne lecture et à bientôt !

Photo d’illustration : Don’t look back, par Milosz1 [CC-BY, via Flickr]

4 pensées sur “Quand on est né pour ça (Projet Bradbury, #53)”

  1. Chouette article, bien heureux de retrouver le Projet Bradbury.

    Je viens à peine de télécharger l’epub, mais je ne l’ai pas encore consulté. Quelle est sa taille, respectivement aux nouvelles de la « première saison »? À peu près la même taille, ou le fait de se donner un mois de gestation à la place d’une semaine a permis de produire une nouvelle plus consistante? Combien de signes espaces comprises, environ?

    Bon, si jamais d’aventure je remportais une version reliée au tirage au sort, discutons-en avant de l’envoyer par la Poste, stp, j’ai autre chose à te demander… O:-)

    Bonne soirée, et je n’ai aucun doute qu’en, quand même, 6480 heures de gestation, tes jumeaux seront naturellement doués, dès la naissance 😉

    Olivier

  2. Boudiou, nous y voilà. Après plus d’un an, plus de douze mois sans nouvelles (hum). On avait quitté une assemblée de parents émerveillés par les prouesses de leur petit génie, d’une espèce un peu particulière. On retrouve une mère et son rejeton génial, d’un genre spécial, lui aussi. Comme si l’enfance était un des fils d’Ariane de l’œuvre, s’il fallait encore des preuves pour nous en convaincre. Comme si cette année n’avait été qu’un long entracte entre deux actes (re-hum).

    Le style n’a rien perdu de sa précision, de sa capacité à faire voir et ressentir ce que l’on croit que l’auteur a voulu nous montrer, nous permettre d’éprouver. Le problème, quand on tombe en amour du style d’un auteur, d’une superbe écriture, c’est que tout le reste semble fade et qu’on craint d’être déçu. Et le style de PB#53 n’est ni fade, ni décevant, loin de là. Le Projet Bradbury - Année 1, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas 😉

    L’intrigue bien amenée — mêlant la banalité d’une relation mère-enfant, la mise à jour d’un être d’exception, la politique, la gouvernance du monde, la soif de pouvoir — pourrait confiner à l’horreur, alors qu’elle fait souvent sourire, par des situations cocasses, des réparties rigolotes ou des allusions à des thèmes présents dans une autre de tes « séries. » Plus que l’horreur, c’est l’extra-ordinaire, le Fantastique, étrangement familier, qui sous-tend PB#53. On ne peut cependant s’empêcher de frissonner : « Et si ce n’était pas imaginaire… »

    Merci.

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