Aux artistes

« L’affaire » Glénat / David Revoy n’a fait que mettre en lumière les tensions et les colères qui animent les artistes : révélateur autant que catalyseur, ce micro-évènement a suscité les réactions les plus extrêmes et mis à dos, s’il le fallait encore davantage, partisans et opposants des licences libres — et plus généralement « amateurs » et « professionnels » (ou en tout cas présentés comme tels).

Du côté des artistes pros, qu’ils soient écrivains, dessinatrices, scénaristes, j’entends parler de conditions de travail de plus en plus difficiles, de rémunérations en berne, de pourcentages iniques, de prélèvements obligatoires ubuesques, de précarisation générale, d‘« amateurisation » de la profession et de la menace que font peser les licences libres sur l’ensemble de la profession. Mais il ne faut pas se tromper d’ennemi.

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Les artistes ont la chance d’être représentés par des syndicats volontaires et souvent courageux, notamment dans les secteurs de la jeunesse et de la BD. Ces syndicats pèsent du mieux qu’ils peuvent dans les négociations, mais à l’instar des autres syndicats, obtiennent rarement ce qu’ils étaient venus chercher. On dit d’ailleurs qu’en France les syndicats sont tout puissants : c’est évidemment un contresens historique immense, puisqu’ils n’ont quasiment aucun pouvoir, à part celui de bloquer. Les négociations sont souvent rompues avant d’avoir pu aboutir à quoi que ce soit, contrairement aux pays du Nord de l’Europe où les syndicats s’asseyent à la table et où il y a une vraie culture de la négociation intersalariale. Les syndicats n’ont pas de pouvoir en France : les entreprises sont toutes puissantes, et l’État laisse faire. Les artistes ne sont pas mieux lotis que les autres, et si certaines avancées sont à célébrer (je pense au nouveau contrat auteur qui en contient une poignée), il faut se rendre à l’évidence : la situation se dégrade.

Artistes : réagissons. Arrêtons la pantomime de la lutte. Prenons des risques comme le feraient des ouvriers qui voudraient sauver leur usine. On ne gagne rien à vouloir ne rien perdre. Nous avons des familles à nourrir, des loyers et des factures à payer, comme ces ouvriers en lutte qui, comme des espèces menacées, s’adaptent pour leur survie, utilisent des voies de traverse. Si ronger son frein sur Twitter changeait le monde, ça ferait longtemps qu’on vivrait mieux sur cette planète. Alors quand un auteur comme David Revoy décide de libérer son travail sur le net et de soumettre sa rémunération à la générosité de ses lecteurs — au risque de se voir « récupérer » par des monstres industriels comme Glénat —, essayons de comprendre sa démarche. Elle est loin d’être stupide, et accuser l’auteur d’être au final à la solde du néocapitalisme revient à dire que quelqu’un qui ouvre son jardin à tous est à la solde du capitalisme si quelqu’un vient y cueillir des pommes pour les vendre sur le marché. Nous sommes nombreux à imaginer des alternatives. Elles sont diverses, comme nous. Respectons au moins qu’il puisse exister des points de vue différents sur des buts convergents. Car oui, il y a même des artistes professionnels qui utilisent des licences libres. Les frontières sont poreuses.

Certains pans de l’industrie se comportent en prédateurs ? Apprenons à être des proies plus difficiles à attraper : faisons-nous pousser des ailes, apprenons à grimper sur les rochers, à changer de couleur de pelage. Soyons plus malins. Il n’y a pas de honte à lutter contre les tempêtes. Au contraire. C’est admirable. Mais il faut le faire vraiment, se mettre en conformité avec sa pensée. Ou alors accepter de se taire.

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72 pensées sur “Aux artistes”

  1. Bon début, fin en lapalissade grotesque.

    En ce qui concerne cette démarche grotesque qui consiste à donner gratos une œuvre à un éditeur qui a largement les moyens de prendre des risques (et encore une fois, c’est son métier, putain !), autant le répéter, ce n’est pas une solution mais un pistolet sur la tempe chargé avec de la TNT. Qu’est ce que vous ne comprenez pas ? Sérieusement ? Tendre le cul - gratuitement - à un éditeur listé dans les Panama Papers qui plus est, il vous faut quoi pour réaliser l’ineptie de la chose ?

    Cet auteur donne un précédent d’une puissance inimaginable pour achever un domaine d’activité ou nous subissons depuis trop longtemps déjà les effets d’un dupping social endiablé. Les domaines artistiques ont été le terrain d’expérimentation favoris des liber-tarés en matière de concurrence sauvage, au détriment total de la qualité et du signifiant. C’est bien une lutte mais vous vous trompez complétement de méthodes et de discours.

    Revoyez votre logiciel de compréhension du monde, vraiment… On ne vit pas dans le monde des bisounours.

  2. Anne « cette démarche grotesque qui consiste à donner gratos une œuvre à un éditeur »
    Voilà. C’est Exactement là que se trouve la première incompréhension : ce n’est pas à l’éditeur qu’il donne l’oeuvre gratos, c’est au monde entier, éditeur compris.

    L’éditeur n’est qu’accessoire, une infime portion du public à qui il a donné gratos son oeuvre.

    Sinon, comment vous voyez les choses ? Les éditeurs n’auraient plus le droit de publier quoi que ce soit de créateurs qui ne seraient pas « professionnels », et les créateurs « professionnels » n’auraient pas le droit de signer quelque contrat en dessous d’un « minimum syndical » (fixé par qui ? comment ?) ?

    L’accès au public réservé à une « élite » de la création, les autres devant prouver (à qui ? comment ?) qu’ils ont les capacités techniques/morales/éthiques/lêche-cul/autre-critère-choisi-par-les-pro d’appartenir à cette « élite » de professionnels de la profession des professionnels de la création ?

    Je sais, j’ai un poil caricaturé.

  3. @Neil Jomunsi : Vous avez lu le lien ? Quelque-chose de spirituel à en dire ? Je suis curieuse d’avoir vos lumières…

  4. À mon sens, c’est une erreur d’opposer les « professionnels » et les utilisateurs de licences libres. Comme le souligne Neil, la frontière est poreuse. J’ai même envie de dire qu’il ne devrait pas y en avoir.

    Les Creative Commons, le financement participatif, Tipeee… toutes ces choses constituent le mécénat d’aujourd’hui. À quelques exceptions près, les artistes n’ont jamais pu vivre décemment d’aucune industrie, et ils ont toujours eu des mécènes. Je ne comprends pas l’indignation générale qui entoure ce sujet.

    Si des artistes ont pu vivre de leur art avant l’invention du copyright, des artistes pourront vivre de leur art après la déchéance de ce dernier. Charge à nous d’inventer l’avenir – pardon si c’est banal –, et d’imaginer des modèles conformes à ce que nous concevons de notre propre dignité.

  5. “démarche grotesque qui consiste à donner gratos une œuvre à un éditeur qui a largement les moyens de prendre des risques”

    Sinon, il y a la démarche grotesque qui consiste à donner gratis du code aux géants du web qui ont largement les moyens de prendre des risques, mais sans laquelle on n’aurait même pas accès à internet.

    Il y a aussi la démarche grotesque qui consiste à créer des standards ouverts qui permettent la création et publication d’œuvres (au pif, XML, HTML et tutti quanti).

    Et je ne parle même pas de cette énorme farce qu’est le développement logiciel, dans lequel les gros monolithes (GAFAM) foutent des gros trucs sous licence libre alors qu’ils pourraient le vendre bien cher, en plus sur la plateforme où le pécore lambda partage ses projets parallèles avec des licences encore plus permissives que la CC.

    Pourtant, ça empêche pas les GAFAM de générer des millions, les apps de faire du pognon et les développeurs de bien gagner leur vie.

    Alors ouais, OK, c’est pas le même écosystème ni le même marché mais, peut-être qu’à un moment, c’est pas la licence libre le problème…

    ¯\_(ツ)_/¯

  6. Bonjour Anne O’Nyme,
    Souhaites-tu exterminer l’Open Source ?
    Parce que… c’est comme tuer des Pandas et des bébé phoques : c’est pas bien 😉

  7. Les licences libres, les financements participatifs, le prix libre, ce sont des outils. Un outil, c’est neutre; ça peut être utilisé par Kevin Lambda pour son blog sur le rock progressif (exemple complètement au hasard, bien évidemment) comme par BigCorpo Ltd.

    Dire que ces outils flinguent un corps de métier, ça revient à dire que c’est la faute des marteaux s’il y a la faim dans le monde. On ne peut pas interdire à BigCorpo Ltd. d’utiliser des licences libres ou du financement participatif au prétexte que c’est un outil qui est prévu juste pour Kevin Lambda. C’est absurde.

    Je comprends que ça puisse poser un problème, surtout quand on est un artiste qui crève la dalle et qui voit les outils qui sont censés lui donner une certaine autonomie utilisés par les mastodontes du milieu, mais je pense que c’est un faux débat.

  8. https://twitter.com/xguilbert/status/774710035133952000/photo/1

    Ah ! ah ! ah ! ah! ah !
    Je me marre.
    Vraiment.
    C’est qui le dindon de la farce, hein ?
    Mais continuez, hein, je vous en prie. La culture est la première chose qui va disparaître. Le reste suivra. Oui, c’est un argument de pente glissante mais il ne faut vraiment pas avoir de conscience politique pour ne pas réaliser que ce qui est en train de se passer, c’est un carnage, une apocalypse en devenir. Ni plus, ni moins.
    Et ne venez pas me parler que des amateurs peuvent faire mieux que des pros, et bla, bla, bla…
    On ne devient bon qu’avec du temps.
    On n’a du temps que si on a de l’argent et qu’on est serein.
    J’ai croisé des gens dans ma vie qui avait plus de talent que ce petit…., qui se posez de vrais question à travers leurs pratiques, qui ne recyclez pas, qui n’allez pas au plus facile et qui n’ont pu éclore en tant qu’artistes, fautes à une vie à mener, faute à un boulot, faute à une dévaluation du travail intellectuel.
    Je ne sais plus qui disait : « Si vous avez un talent, ne l’exercez jamais gratuitement… »
    Je suis d’accord.
    On a étudié, payé pour ce talent. Vous demandez de quel droit certains valent mieux que d’autres, tout simplement ils ont fait la putain de démarche d’étudier. Je me suis moi-même saigné au quatre veines pour avoir mes diplômes… qui ne servent à rien.
    Réfléchissez, trouvez-vous une conscience politique, putain !
    Une dernière chose : je ne suis pas contre le partage… Non commerciale !

  9. Hello, merci Neil pour cette initiative, j’espère y lire ici des propositions constructives de la part des autres auteurs et non pas seulement que des retours des ‘happy few’ qui vivent confortablement du système éditorial classique. En effet, je prends en considération que ces auteurs ne peuvent pas émettre une pensée libre d’intérêts éditoriaux ou syndicaux sur ce thème (surtout de manière publique). Ils ont aussi très peu d’intérêt à un changement de paradigme…

    Pour ma part, je me suis très peux exprimé jusqu’alors. Mais je me sent à l’aise sur ce blog. J’aime le ton de l’article, la police d’écriture et la boite de commentaire large. Je pense que ça risque de me faire pianoter. Et puis, je n’ai pas de blog français… Je réquisitionne donc cette boite de commentaire un peu comme un blog post de réponse. Voici mon angle de vue que-personne-ne-m’a-demandé-mais-voilà-tout-de-même sur le modèle de Pepper&Carrot et pourquoi, je le répète, il me convient et que je maintiens ma tag-line sur ma page de garde: « Un webcomic libre, gratuit et open-source financé directement par ses lecteurs pour changer l’industrie de la BD ! »

    (Note; j’utiliserai par raccourcis les termes ‘auteurs’, ‘éditeurs’, ‘lecteurs’, mais je pense bien également aux ‘autrices’, ‘éditrices’, ‘lectrices’ derrière ces termes.)

    Donc entendons nous bien ici: je ne suis pas dans une lutte classique tel qu’on l’entends, voulant la destruction d’organisations, d’entreprises ou autre systèmes en place. Dans « changer l’industrie de la BD », j’entends sanifier les relations auteurs/éditeurs par plus de liberté et d’indépendance dans leur relations. Par sanifier: je n’entends pas l’inversion du rapport de force où l’auteur triomphe de l’éditeur. Non. Dans ma démarche, il n’y a pas de rapport de force entre auteur et éditeur. L’éditeur est un acteur libre qui fait un produit dérivé de ma création. Dans le système classique, il y a un rapport dominant/dominé évident, contractualisé et opaque aux lecteurs. C’est tout là le problème. Avec Pepper&Carrot, je propose un système côte-à-côte. Chacun indépendant.

    Ce système marche t’il? Sur ma page Philosophie, j’écris  » … Et pourquoi Pepper&Carrot ne pourrait-il pas amorcer un changement et ainsi inspirer une industrie en crise ? Essayons ! ». Ce ‘essayons’ démontre le caractère expérimental de ma démarche. Car oui, je suis en train de créer, oui, c’est nouveau et oui ça agace quand quelqu’un essaie du nouveau.

    Pepper&Carrot est un webcomic numérique en anglais principalement et international. Il est hébergé autant à Paris, qu’au U.S., en Asie et je-ne-sais-combien de sites miroirs et ça tourne. La France représente 4% de ses visiteurs et cela me donne un peu de retrait sur le problème actuel. En effet: il serait vraiment malhonnête de penser que je suis dans la même situation qu’un jeune dessinateur amateur français, publiant en français sans audience et qui n’aurait qu’un seul éditeur monolithique comme source de revenue/diffusion, Glénat, pour survivre avec les 350$ par mois de mécénat de Glénat… C’est pourtant, et à l’origine du buzz, l’angle de communication surprenant qu’a essayé d’orchestrer le syndicat BD SNAC sur leur page Facebook, et ce, bizarrement à quelques dizaines de jours d’une rencontre auteurs/éditeur importante. A part m’y faire traiter littéralement de con dans les commentaires et d’amener un lectorat d’auteurs entier à mépriser ma démarche, rien à germé, aucune pensée: stérile. Cependant cela a alimenté de la colère. Ce groupe à t’il besoin de ça pour s’unifier? Pepper&Carrot/Glénat est simplement devenu un prétexte du moment. Une opportunité pour eux de ‘casser de l’éditeur’ collectivement et dénigrer un nouvel auteur qui n’a pas choisi de lutter de leur manière. Triste.

    Donc ce buzz, dit il la vérité? En partie, oui, c’est pour ça que ça marche. Il est possible à n’importe qui de faire des produits dérivés de Pepper&Carrot, de façon commerciale, en suivant un ensemble de règle de la Creative Commons Attribution permissive que j’ai établie. Glénat qui imprime à 10 000 exemplaires mon webcomic n’est qu’un produit dérivé à mes yeux (comme déjà dit). Pour faire un parallèle, je le considère comme si j’avais un film et qu’ils imprimaient la figurine du héros. Rien de plus. Nous avons eu une collaboration que je décris en anglais sur le blog de Pepper&Carrot. J’en suis satisfait, c’est super cool un premier album imprimé, mais cliquez sur le bouton « HD » sur le site de Pepper&Carrot, et vous y aurez plus de détails, plus de couleurs que dans l’album imprimé. Ma BD principale, mon support de choix n’est pas l’album de Glénat. Ce n’est pas le média principale de Pepper&Carrot. D’autres projets suivront comme l’éditeur allemand Popcom qui vient de rejoindre le mécénat de Pepper&Carrot, le livre de la Krita Foundation ou une édition régional en Breton de Pepper&Carrot. Ce n’est que le début, le projet n’a que deux ans et je ne compte pas tout ça comme un manque à gagner. Je n’y vois que les effets positifs de personnes qui utilisent la base de ressources que j’ai crée, avec respect, dans les règles qui me conviennent pour créer plus de valeur autour de la série. Et ça fonctionne.

    Glénat fait des bénéfices? Et alors. Bon pour eux. Le font-il sur mon ‘dos’? Non, je ne me sens pas lésé de quoi que ce soit. Pas plus que quand Pepper&Carrot fait la frontpage d’ImgUr, de deviantArt ou de Reddit. (je vous présente ici des nouvelles puissances éditoriales). Le papier, la chaîne graphique, l’impression, l’empaquetage, la distribution etc… c’est le métier de l’éditeur, il véhicule sur le papier mon œuvre. Pas très différent que le ferait un autre site web, pour moi. De mon point de vue, je fais du divertissement numérique sur Internet et je ne vends pas de BD. Si l’éditeur aime la source qui lui permet de vendre du papier, il sait comment me gratifier. Idem pour l’audience. C’est simple et c’est décrit dans l’album papier de Glénat Pepper&Carrot (si certains avait pris le temps de l’ouvrir). Ce qui m’interpelle vraiment, c’est; Glénat imprime 10000 exemplaires et aucun petit éditeur ne pense à aller sur mon site télécharger plein de croquis Creative Commons et en faire un artbook d’accompagnement en librairie? Publier des cartes postales? Refaire une version ‘deluxe’ du Tome 1? Le monde éditorial à moins d’initiative que ce que j’avais prévu.

    J’aimerai aussi faire prendre conscience dans ce débat sur un autre point qui n’est jamais abordé dans les articles: la « culture libre » que permet Pepper&Carrot. Les auteurs ont conquis une place dans les esprits de leurs audiences qui me dérange fondamentalement. Prenez par exemple une BD lambda, distribué sous copyright classique (même d’un webcomic ‘gratuit’ mais propriétaire d’Internet). Tout le monde peut penser l’univers, rêver dedans, rejouer les scènes en pensés …etc… Cet univers existe en nous. Mais dès que cette pensée essaie de germer, de muter, de passer à l’action dans la vraie vie par une création, elle se retrouve anéanti ou réduit au règle vaseuse du ‘fair-use/fan-art/fan-fiction’ qui devient illégal en cas de création d’activité commerciale. Combien de cas problématique sur Internet ces dernières années! Sans le savoir, les auteurs d’univers propriétaire sont aussi propriétaire d’une part de votre culture, de votre pensé, de vos rêves, de ce qui regroupe les fans… Avec Pepper&Carrot, je ne veux plus de ce paradigme du tout. Je veux un univers collaboratif dont le lecteur peut s’imprégner et devenir à son tour acteur, entrepreneur. Ici encore la Creative Commons Attribution le permets, et ainsi j’ai des projets de jeux vidéos, de jeux de sociétés, de jeux de rôles de fan-art et de fan-fictions qui viennent à leur tour enrichir le wiki de l’univers d’Hereva à la base de Pepper&Carrot. Encore une fois, ceci est ma volonté de créer une relation côte-à-côte avec le lecteur, et j’en vois les bénéfices.

    Vous l’avez donc compris, je ne suis pas intéressé par l’établissement d’une relation d’un contrat classique, dominant-éditeur, dominé-auteur et sous-dominé-lecteur-acheteur. C’est liberticide et nuirai collectivement à notre, éditeur-auteur-lecteur, liberté d’agir, d’entreprendre et de penser. Je fonde un écosystème où les acteurs sont libres et côte-à-côte dans un rapport pacifié. La CC-By-Nc? (la clause non-commerciale de la Creative Commons) désolé, je ne la veux pas pour ma BD, et ce n’est pas parce que ça s’appelle ‘Creative Commons’ que c’est libre: c’est une licence propriétaire. La CC-By (attribution) est libre et m’intéresse. Avec cette liberté, cette indépendance, j’ai ici un modèle qui fonctionne à ma modeste échelle et tout ceci alimenté financièrement grâce à des héros dans mon audience qui soutiennent mon travail et ma philosophie.

    Mais ce n’est pas tout… Ce que je propose est une solution robuste contre la question du piratage de la BD, ce que je propose rends obsolète la création même des DRM pour la diffusion numérique, ce que je propose clarifie les rapports ambiguës pour la création de fan-art/fan-fiction et dérivations, et enfin je replace l’auteur maître de son œuvre en face de l’éditeur dans un rapport d’égal à égal dans leur liberté et leur droits.

    Refaites le compte, et ré-évaluez ma proposition. Libre aussi à chacun de signer un contrat, de le négocier, de savoir quoi faire avec leurs œuvres. Mais pour moi, cette réflexion est faite. J’aime le libre pour ce qu’il offre pragmatiquement et je suis déjà dans son application à la réalité concernant ma BD depuis deux ans. Ils vous reste un dégoût qu’une grosse entreprise genre ‘gros éditeur’ puisse imprimer vos œuvres gratuitement? Cela fait parti de la licence libre tel qu’elle est et de la liberté qu’elle offre. La licence n’est qu’un outil ne peut pas faire vraiment de différence entre la lectrice/traductrice japonaise, le petit commerçant polonais, l’artisan irlandais, le gros site web australien et le géant industriel de l’édition française… Sinon ce ne serait plus de la vraie liberté.

    Il ne me reste plus qu’a continuer d’informer les lecteurs et leur demander de soutenir les artistes libres qu’ils aiment directement via internet et non de penser que ces artistes touchent un quelconque gros pourcentages opaques sur les produits dérivés que ceux-ci irons acheter. Cette tâche d’information, si on s’y mettais tous collectivement et pratiquement entre artistes, aurait certainement plus d’effets sur nos niveaux et confort de vie que toutes négociations de pourcentages et discutions de frais d’avances autour de réunions et de cocktails.

  10. @BEHE: Merci. Pour la réponse à ce tweet: c’est en dessous de la partie ‘Edition Glénat pour l’adaptation’ et cela ne concerne que les modifications qu’ils ont fait sur la version papier (leur dérivation, l’adaptation: la police d’écriture, les polices, la dispo des éléments). Je suis d’accord: ça manque un brin de clarté, quelque chose sans aucun doute à améliorer sur le tome 2. Ils sont en effet soumis à la Creative Commons Attribution à partir du moment qu’ils ont réutilisés mes sources et cette licence. Celle ci contient des articles qui me protège contre ça. Pour la citer:

    « […] 4.a You may not offer or impose any terms on the Work that restrict the terms of this License or the ability of the recipient of the Work to exercise the rights granted to that recipient under the terms of the License. » - https://creativecommons.org/licenses/by/3.0/legalcode

    J’ai également un document signé d’eux comme quoi ils s’engagent à respecter les règles de la licence CC-By, et bien sure que moi je m’engage bien à mettre Pepper&Carrot sous cette licence. Simple petite protection mutuelle et officielle. J’ai fait de même avec l’éditeur allemand Popcom.

  11. @David Revoy : Tu bouffe comment ? Non, sérieusement, j’aimerais vraiment savoir. Parce que dans le monde réel, les gens doivent payer leurs factures et leurs loyers, hein… Je dis ça, je dis rien…

  12. Merci aussi à l’auteur de ce blog d’avoir écrit cet article. J’en profite ici pour dire que j’ai lu de larges extraits d’un autre article écrit ici il y a quelques temps devant un organisme « machin » officiel (le haut comité artistique franco-allemand) où siégeaient des politiques et d’autres personnes qui réfléchissaient au statut d’artistes. Bref, j’en profite pour poser une question à David :
    Si vous vous servez de Glenat comme d’un imprimeur et d’un diffuseur dans le cadre plus vaste d’un combat éthique (que vous avez très bien explicité et que je n’ai jamais critiqué en soi -bien que vous me semblez naïf, ce qui n’est pas qu’un défaut), pourquoi le mettre en valeur par rapport aux autres lecteurs et donateurs ? En quoi est-il plus « grand » plus « méritant » qu’un lecteur qui vous verse 1 dollar par mois?
    A titre personnel, il y a finalement juste l’attitude de Glenat qui me gène. Il aurait parfaitement pu vous verser une rémunération proportionnelle (même faible) mais il a préféré se poser en donateur mécène (la pure tartufferie)… C’est là où il reprend une part de pouvoir, profitant de vous à votre corps défendant pour lancer le signal le plus délétère qui soit envers tous celles et ceux qui ont construit son catalogue et sa fortune. Mais là n’est pas votre combat je l’ai bien compris.

  13. Ah ! Je rajoute que dans d’autres commentaires, des auteurs - sérieux, plus que moi qui ne suis rien et que toi - on fait le correctif de tes propositions et que ce qu’elles amènent c’est d’encore plus appauvrir le milieu (pécuniairement mais aussi de la valeur artistique et du signifiant puisque la plupart des lecteurs préfèrent les lolcats aux œuvres plus touffus qui tentent d’embrasser tout le spectre des expérience humaine.) Bref, en résumé, c’est la mort de l’art.

  14. @Anne O’Nyme: (A propos de mes revenus): La source c’est https://www.patreon.com/davidrevoy + https://www.tipeee.com/pepper-carrot + un chouillat Paypal et quelques cours/conférences/couv’ freelance ici et là. Je suis bien une personne réelle avec une maison en location à Montauban, une petite famille et deux chats. Je ne suis ni ‘fils de’ , ni rentier, ni héritier. J’ai quinze année de Freelance derrière moi dans le jeux-vidéo, l’illustration, le cinéma d’animation, etc… et donc, j’ai là la chance d’avoir aussi un catalogue d’ex-clients heureux qui me reprendraient à plein temps en moins de deux si je le voulais. C’est mon filet de sécurité dans cette expérimentation car je ne veux pas mettre mes proches et la vie économique de la maison en péril sous aucun prétexte. Les sommes sont donc visibles, c’est transparent pour les lecteurs, ils faut retiré en gros 5% de charges des sites web directement, quelques pertes au change Dollar/Euro, 22% de charges impôts divers sur l’année que j’aimerai gonfler vers 40% pour mettre de côté une bonne complémentaire retraite et santé (je ne peux toujours m’offrir que la complémentaire retraite RAAP minimal de l’IRCEC). Mon objectif publique, 3600$ correspond à la louche à 2000€ de salaire pour faire ce que j’aime indépendamment et librement. Si je dépasse cette objectif du double, je réfléchirai sans doute à prendre un premier assistant et monter ainsi un petit studio.

  15. Anne O’Nyme> si les lecteurs préfèrent les lolcats faites des lolcats, auteurs de bd est un travail et si personne ne vous lis, vous n’avez plus de travail. On ne peux pas forcer les gens à vous lire de toutes façon!
    Pour ma part, je pense que c’est pas du tout le cas, il n’y a qu’à voir Walking Dead en tête des ventes des « bd » adultes et c’est pas pour son dessin ni pour sa colorisation ^^

    David> ce que tu fais es admirable car très risqué, en tout cas au départ. C’est de moins en moins risqué vu les dons sur patreon / tipeee. Tu te sers de la communauté pour traduire ta bd et la communauté se sert de tes dessins pour divers projets et au final pepper & carot est connus dans le monde entier!
    C’est dans l’air du temps le financement direct, y a qu’à voir Usul, Chroma et pleins de « youtubeurs » qui vivent grâce à ca. Un faible % de consommateurs donnent de l’argent mais directement à l’auteur et tout le monde accèdent à la culture facilement. Ca parait utopique mais ca à l’air de fonctionner.
    A mon avis, il sera bien plus difficile de devenir très très riche (genre uderzo pour la bd ou animateur tv pour youtube) mais en contre partie plus d’auteurs vivront de leurs passions. Un partage des richesses en somme!
    D’ailleurs la même chose aurait été possible en n’utilisant pas de logiciels libres? Vu la CC je précise.

    Auteurs> vous vous plaignez à juste titre des conditions de rémunérations, ils seraient temps d’envisager d’autres circuits non? Ca me penser aux agriculteurs qui se plaignent de vendre à perte à la grande distribution mais qui ne font rien à coté, genre ouvrir des magasins commun pour vendre directement leurs produits! Et final se passer de la grande distribution qui ne rempli plus son rôle!

  16. @Toojee:
    T’es qui toi ? T’as une expérience dans le milieu ? D’où tu me parles comme ça ? T’as déjà bossé pour moins qu’un SMIC ? C’est quoi ton expérience ? Les productions induites par ce système sont aussi lénifiantes et bêtifiantes que n’importe quels blockbusters hollywoodiens. Ces œuvres ne disent rien de l’époque, ne proposent rien. Le néant. Hors toutes œuvres d’art est intrinsèquement politique et celles que ne le sont pas ne vont que réaffirmer le système de valeurs actuels (bien pourri rappelons-le). En ce sens le fonctionnement révolutionnaire que vous saluez est au moins aussi mortifère que l’ancien et rien de bon ne peux en sortir. Il suffit juste d’un minimum de réflexion pour s’en rendre compte. Ou de conscience politique… Au moins l’ancien système laissait-il parfois échapper un auteur avec plus de couilles que la moyenne dans le marché. Ne pas le réaliser c’est être utopiste.

  17. Je suis pour ma part étonnée d’un point que personne ne semble avoir soulevé.
    Tout le monde semble scandalisé de la démarche de Glénat, gros éditeur fiché dans les Panamas Papers, qui réalise ici une opération consistant à investir le moins d’argent possible pour en récupérer potentiellement un maximum. Alors oui ça fait vraiment méchant capitaliste qui mange des bébés chatons au petit dej, d’ailleurs les gens normaux ne cherchent jamais à gagner beaucoup d’argent c’est bien connu (pour preuve David Revoy ne veut pas toucher de bénéfices commerciaux du tirage). Mais ce qui m’étonne, c’est que personne ne se demande à quoi va servir l’argent engrangé par Glénat dans cette affaire : à s’acheter des yatch et de la drogue dans un paradis fiscal, ou bien à faire tourner son entreprise d’édition qui consiste à éditer d’autres livres d’auteurs qui n’ont pas forcément l’audience de David Revoy ?
    Je n’ai pas le don de double vue mais je suppose que la réponse est : probablement un peu des deux. Or dans le système de mécénat numérique célébré par beaucoup au vu du succès de quelques « happy few » (Laurel ou Maliki pour reprendre des exemples déjà cités), l’argent du succès ne va que dans la poche de l’auteur, ce qui est très bien pour lui, mais en quoi cela améliore-t-il la condition des milliers d’autres qui ne parviennent à obtenir ni audience ni argent de leur création ?

    Deuxième point que je souhaiterais aborder, concernant l’argument « cela crée un précédent » et « désormais il sera encore plus difficile pour les auteurs de négocier ». Pardon mais je ne vois pas comment cela pourrait se passer. Ici Glénat a été attiré par le succès déjà établi de ce webcomic, ET par le fait qu’il soit sous licence libre, l’autorisant à réaliser une opération juteuse. Est-ce qu’à l’avenir, Génat va se contenter de chercher tous les webcomics à succès et venir mettre son couteau sous la gorge des auteurs pour qu’ils passent leur oeuvre en licence libre et qu’il puisse l’éditer gratos , sinon… Sinon quoi ? Il tue un bébé chat ? Il ne les édite pas ? Mais en quoi les auteurs pourraient-il subir une quelconque pression s’ils font et diffusent DEJA leur propre webcomic et ont DEJA du succès ? C’est même plutôt l’auteur qui serait ici en position de force s’il souhaiter négocier l’édition de son travail…

  18. @Béhé:

    en réponse à:
    » « Si vous vous servez de Glenat comme d’un imprimeur et d’un diffuseur dans le cadre plus vaste d’un combat éthique (que vous avez très bien explicité et que je n’ai jamais critiqué en soi -bien que vous me semblez naïf, ce qui n’est pas qu’un défaut), pourquoi le mettre en valeur par rapport aux autres lecteurs et donateurs ? En quoi est-il plus « grand » plus « méritant » qu’un lecteur qui vous verse 1 dollar par mois? »

    Merci Béhé pour l’échange cordiale, et sympathique. Il y a plusieurs points dans ce bloque de questions, et je vais essayer d’y répondre:

    (Note: ‘éthique’ est un mot un peu ‘flou’ ici pour moi. Je trouve qu’à notre époque, on y fourre tout et n’importe quoi. Est-ce plus juste de reformuler « Si vous vous servez de Glenat comme d’un imprimeur et d’un diffuseur dans le cadre plus vaste d’un combat *pour la license libre CC-By 4.0* » ? Dans cette optique, je comprendrai mieux. Je vais donc faire avec.)

    Pourquoi je mets leur projet éditorial en lumière sur mon site bien que 96% de l’audience (non francophone) de Pepper&Carrot s’en tamponne? Parce que c’est un bel exemple de dérivation, proprement fait, et pour lequel j’ai été consulté dans l’élaboration à plusieurs reprise. J’espère qu’il inspirera d’autres éditeurs à emprunter la même voie (ce qu’a fait l’allemand Popcom cette semaine). C’est aussi une échelle industrielle intéressante et rarement vue avec des licences libres. Glénat vends Pepper&Carrot à 9.99€ . Ils auraient très bien pu se resservir du gâteau deux fois et le vendre à 14.99€ sans me demander mon avis. Mais ils ne l’ont pas fait. Ils ne surfacturent donc pas à mon audience française une part ‘droit d’auteur’ imaginaire. Ça me plaît; mes supporteurs et soutiens français n’ont donc pas à avoir le sentiment de passer deux fois au tiroir caisse pour moi si ils me soutiennent déjà et veulent acheter l’album. En somme, cela démontre qu’à Glénat ils ont compris ce que je fait et prennent position. C’est tout à fait normale: nous avons dialogué de longues heures au téléphones. Pour résumé, voici ce que leur démarche dit: « …Nous ne sommes plus qu’un support papier dans ta démarche? …Et bien nous ferons nos bénéfices habituelles sur le papier, la distributions, etc, mais nous ne prendrons pas tes hypothétiques ‘parts auteurs’ pour autant. Nous publierons à la fin du livre une interview et le lien pour que les lecteurs aillent te soutenir ». De plus, Glénat mécène mes futures épisodes, vont me payer des déplacements en conférences et ont une communication qui me permets d’en parler avec tout un tas d’auteurs aujourd’hui. Ça fonctionne donc pour moi.

    Pour mes lecteurs, et leur acte de me soutenir directement, je ne réfléchis pas ce geste de plus « grand » ou plus « méritant » que de dépenser pour une BD propriétaire papier (si ont isole les deux événements et qu’on les confronte). Mais ce geste est simplement plus à leur avantage. C’est en sommes le même acte, mais dans mon cas il reste optionnel. Je pense simplement que le modèle de la licence libre est à l’avantage pragmatique du lecteur et qu’il va s’en rendre compte de plus en plus dans le temps. Avec ce modèle, le lecteur sait où son argent va directement car le système des sites de financement participatif est transparent en affichant la somme. Dans notre époque, c’est le porte-monnaie qui décide et ça, le lecteur l’a déjà bien compris. Il est donc déjà l’acteur de l’économie le plus important et celui qui mérite à mon sens le plus de considération dans le débat auteurs/éditeurs. Il mérite bien-entendu plus que ce qu’offre et ce qu’il a toujours reçu du modèle propriétaire: un ticket d’entrée pour acheter, lire, éventuellement collectionner et… bref… la fermer (aller, il peut faire une fan-fiction et un fan-art si c’est bien fait en amateur seulement et que ça génère pas trop d’audience). En retour, par le financement d’une œuvre libre, le lecteur sait qu’il finance un écosystème qu’il pourra également penser, réutiliser, changer, améliorer, s’approprier, voir faire des bénéfices avec à son tour. C’est une cercle vertueux. Je pense qu’avec le temps, le lecteur avertis apprendra à identifier les univers libres des non-libres, et dirigera son financement vers ceux qui lui apporteront plus. Ceci, je le répète, non pas pour une quelconque idéologie libriste, mais par pure bénéfice que cela le lui apportera.

  19. Je ne sais pas où j’ai lu ça aujourd’hui (peut-être sur la page FB du SNAC): vu la licence CC quelqu’un proposait de s’organiser pour sortir aussi l’album de Pepper et Carrot (un peu comme les deux singles simultanés de la Macarena) et que les bénéfices servent à alimenter un fond d’aide aux auteurs de BD.

    Accessoirement ça vous permettrait aussi de grignotter les bénef de Glénat, cet éditeur que vous semblez honnir de tout votre coeur.

    Je n’ai qu’une chose à dire: allez-y, lancez-vous! On va bien voir si cette initiative marche, on va voir si une des deux versions l’emporte sur l’autre (laquelle?), ou bien si finalement tout s’équilibre? On pourra aussi voir si d’autres personnes ont l’idée et font une troisième version pour la croix rouge, une autre pour financer le rond point de la municipalité de Gignoute-les-deux-fontaines. Et si ça marche et si des centaines d’autres fleurissent? On va voir quelle version choisissent les lecteurs, les critiques, les organisateurs de festivals, les responsables syndicaux, les gens neutres, les gens politisés… bref il y aurait plein de choses à en apprendre?

  20. « La source c’est https://www.patreon.com/davidrevoy + https://www.tipeee.com/pepper-carrot + un chouillat Paypal et quelques cours/conférences/couv’ freelance ici et là. Je suis bien une personne réelle avec une maison en location à Montauban, une petite famille et deux chats. Je ne suis ni ‘fils de’ , ni rentier, ni héritier. J’ai quinze année de Freelance derrière moi dans le jeux-vidéo, l’illustration, le cinéma d’animation, etc… et donc, j’ai là la chance d’avoir aussi un catalogue d’ex-clients heureux qui me reprendraient à plein temps en moins de deux si je le voulais. C’est mon filet de sécurité dans cette expérimentation car je ne veux pas mettre mes proches et la vie économique de la maison en péril sous aucun prétexte. Les sommes sont donc visibles, c’est transparent pour les lecteurs, ils faut retiré en gros 5% de charges des sites web directement, quelques pertes au change Dollar/Euro, 22% de charges impôts divers sur l’année que j’aimerai gonfler vers 40% pour mettre de côté une bonne complémentaire retraite et santé (je ne peux toujours m’offrir que la complémentaire retraite RAAP minimal de l’IRCEC). Mon objectif publique, 3600$ correspond à la louche à 2000€ de salaire pour faire ce que j’aime indépendamment et librement. Si je dépasse cette objectif du double, je réfléchirai sans doute à prendre un premier assistant et monter ainsi un petit studio. »

    @David Revoy : Tout ceci me conforte dans mes prises de position car
    1/vous avez déjà un pied dans le milieu depuis longtemps et n’êtes pas passé par la case « se salir les mains dans le cambouis »
    2/ Vous avez la possibilité de vous rabattre sur une confortable solution de secours. Tout ceci implique un coût que d’autres personnes ne peuvent pas se payer.
    3/ Pour avoir agi comme vous l’avez fait, vous ignorez totalement la réalité du terrain et ne faites que peu de cas des autres créatifs. Un mépris de classe qui se retrouve hélas dans tous les domaines à notre époque - sous des sourires hypocrites.
    4/ Pour une à deux personnes qui réussissent dans ce système combien sont-elles statistiquement sur le carreaux ? Sans parler - encore une fois - du danger de la perte de signifiant dans les œuvres qui naîtront de cette manière. La qualité et le plébiscite sont deux choses différentes. Demandez à Lovecraft… (en fait non, il est mort mais c’est le premier exemple qui me vient à l’esprit. Il y aurait beaucoup à en dire d’ailleurs mais ce n’est pas mon propos là tout de suite. Je soulignez juste que le gars n’avez jamais percé à son époque alors que les succès d’alors son quasi tombé aux oubliettes.
    5/ Tout ceci pour dire que le système que vous appelez de vos voeux me paraît mortifère pour moult raisons et contribue à accentuer un darwinisme sociale qui n’est déjà que trop présent dans nos société. En fait vous ne remettez rien en question dans votre manière de faire (même le choix de Glénat - Panama Papers est un aveux d’allégeance inconscient à une certaine idéologie - ou une grave ignorance, je ne sais pas lequel est le plus dommageable à ce stade…)

    Au moins tout ce bruit vous aura t-il fait de la pub. Et actuellement toute pub est bonne à prendre.

    Triste monde.

  21. « le carreaux », « un darwinisme sociale », « nos société », « un aveux » ==> « danger de la perte de signifiant »  ? oO

  22. @Anne O’Nyme: votre véhémence m’intrigue, je n’ai sans doute pas lu toutes vos contributions sur ce blog mais j’aimerais connaître votre « relation » avec le milieu dont il est question - êtes vous illustratrice / autrice / dessinatrice de métier ou seulement « consommatrice » ? Juste pour essayer de comprendre dans quelle perspective vous vous placez et quelles expériences ont pu vous conduire à adopter les positions qui sont les vôtres. (Et vous êtes libre de ne pas répondre, bien entendu).

    Je ne sais pas si David Revoy va revenir ici pour réagir sur les points que vous citez mais ils me donnent en tout cas à moi l’envie de réagir - parce que certains des reproches que vous lui faites pourraient également m’être appliqués - en tant qu’ « auteur autoédité avec une vie à côté ».

    1) Vous reprochez à DR de ne pas s’être « sali les mains dans le cambouis »: ce n’est à mon sens ni une condition nécessaire ni une condition suffisante pour être légitime en tant qu’artiste. Il y a dans tous les cas du temps passé à travailler sur une création, ce qui peut se faire dans le plaisir comme dans la douleur, mais ce n’est certainement pas le niveau de souffrance pour la produire qui va influer sur la valeur artistique d’une oeuvre.

    2) Vous reprochez à DR d’avoir une solution de secours pour subvenir à ses besoins. Là aussi, pour être un artiste véritable, il faudrait ne pas en avoir? Cette tranquillité d’esprit liée à l’existence d’un plan B peut être une condition nécessaire pour créer en toute sérénité (je ne saurais pour ma part pas fonctionner autrement).

    3) Je ne comprends pas cette histoire de mépris de classe… De quelles classes parlez-vous? Pensez-vous qu’avec 2000€ / mois assurés par les lecteurs DR gagne trop bien sa vie par rapport à ceux qui sont payés en pourcentage des ventes ?
    Après, concernant l’impact de son choix sur les artistes qui ont des contrats traditionnels: je comprends les craintes de ces derniers de se voir remplacés par ceux qui adopteraient un autre modèle économique - ce qui se produit, ne l’oublions pas, parce que le modèle traditionnel est déjà vu comme fermé pour les nouveaux entrants et insuffisamment rémunérateur même pour des créateurs « installés ». Mais je ne vois pas ce qui peut être fait pour contrer cela - parce qu’il est impossible d’empêcher les gens de créer et de diffuser ce qu’ils font dans les conditions qu’ils choisissent - à moins de limiter le droit à la création aux seuls « artistes diplômés Bac +5 ». (Et personne n’a envie de ça, n’est-ce pas?) Si un créateur trouve son public, avec un éditeur ou sans, et qu’il est satisfait de ce que cela lui rapporte, il ne s’arrêtera pas.

    4) Pourquoi les oeuvres naissant de cette façon perdraient-elles leur signifiant? Quel rapport entre la qualité d’une oeuvre et la façon de la commercialiser? D’autant que la notion de qualité est pour une bonne part subjective (et je suis sûre que nous trouverions, selon notre goût, des bouses parmi des oeuvres produites et éditées de façon tout à fait traditionnelle, qu’elles aient rencontré un succès commercial ou non.) Vous citez Lovecraft - peut-être son oeuvre n’était-elle pas adaptée à son époque. Et les succès de son époque n’étaient peut-être pas en phase avec la nôtre. Vous n’aimez pas la production de DR, soit, mais vous n’empêcherez pas ceux qui l’apprécient de continuer à le faire - et ni vous ni moi ni personne ne saurait prédire ce qu’il en sera dans 50 ans.

    5) J’imagine que vous boycottez toutes les productions de Glénat à cause des Panama Papers? Ou alors il serait un brin hypocrite de reprocher à DR de signer avec eux alors que vous achetez leur production (qui est encore à 99% traditionnelle). Pour être tout à fait cohérent, il faudrait aussi étendre ces reproches à tous les auteurs qui ont signé chez Glénat - et qui touchent plus que 350$/ mois de leur part.

    J’ai cru voir (mais je me trompe peut-être) que DR a commencé par soumettre ses planches à des éditeurs traditionnels sans en trouver qui l’acceptent. On ne peut pas lui reprocher d’avoir choisi une autre voie qui lui a permis de rencontrer son public et de répondre à sa définition du succès.

    Quand à la pub autour de cette histoire… Effectivement, je ne aurais peut-être pas découvert le travail de DR sans elle. Et comme ce qu’il fait correspond plutôt à mes goûts, je m’en félicite.

  23. Le problème est que l’art est devenu du consommable - cheap par définition et par nature - et qu’ici vous êtes tous addict à cette doxa ambiante. La raison profonde de l’art est d’ordre spirituel, sacrée. Le laquais a remplacé le fou du roi. Vous vous félicitez d’être un consommateur. Félicitation, en effet ! Vous êtes 4 milliards.

  24. @Anne O’Nyme: ‘doxa’, ‘sacrée’, ‘laquais’, ‘roi’… une pensée médiévale? Ca sent trop le Troll. Je vous offre mon indifférence.

    @Kylie Ravera: Merci pour vos réponses.

    Je reste aux alentours pour toutes questions ou point de vue sur cette publication, sur l’époque, la BD, le livre en générale et votre avis vers où ça va, vos attentes, etc…

  25. Je reviendrais en particulier, sur une partie du post de neil, qui parle d’un truc qui m’a toujours agacé dans ce genre de débat, c’est le fait qu’un auteur de livre, bd, tenancier de blog ou tout autre créateur sur net, se met à hurler à la mort dès qu’une techno, une licence ou un concurrent touche à leur revenu, malheureusement et bien trop souvent très maigre. Pas que je sois heureux de leur situation ou que je trouve normal de ne pas vivre de son travail, mais on ne fait pas ce qu’on veut dans la vie et des milliers, peut être plus, d’artistes en général, aimerait vivre de leur passion mais sont magasinier ou caissière…
    C’est juste que l’argument d’anonyme, même s’il sent très fort le troll, disant qu’il a fait des études et qu’ils méritent de vivre de son travail ne vaut pas tripette dans notre belle société moderne, ce qui est bien sur, désolant.
    Donc, essayez de vivre de sa passion, si ca marche, tant mieux, sinon il faut arrêter de rejeter la faute sur les autres et faire comme la majorité de la population, trouver un travail pas top mais qui permet de payer les factures…
    Ca me fait penser au débat net VS adblock ou les musiciens qui pleurent car obligés de faire leur boulot, soit jouer de la musique lors de concert car la vente de cd ne payent plus.
    Pour finir, et qu’on me comprenne bien, je suis absolument désolé qu’anonyme ne vivent pas de son travail qui est sûrement intéressant, mais c’est la vie et il y a peu de place pour peu d’élu et taper sur la tête d’un des élus ( somme tout modeste, de ce que j’en comprend ) ne sert pas à grand choses.
    Signé, un routier qui aurait aimer être luthier…

  26. Koun:
    désolé, mais le propos n’est pas vraiment là. Le problème en ce moment est que des centaines d’auteurs pros (donc à temps laaaaargement plein) sont payés des clopinettes pour les albums qu’ils réalisent, alors même que leur éditeur se porte bien (voire très bien pour certain). Rapport des Etats Généraux de la BD en janvier: 36% des auteurs pros en dessous du seuil de pauvreté. En gros, l’industrie de la BD prospère (ou survit, pourra-t’on me rétorquer) sur un champ de ruines. Les auteurs sont les créateurs à la base d’une chaîne financière dont ils sont les moins bénéficiaires.

    Les gros éditeurs jouent aujourd’hui sur la masse, comme la grand distribution, et les auteurs sont comme les petits producteurs de lait. On te dit « Non mais tu vois, ton album il marche pas trop, je peux pas te payer normalement », sauf qu’au final tout va dans le même tuyau. Et encore une fois, je ne parle pas des auteurs qui tentent des trucs sans accéder à l’édition, je parle de ceux qui bossent, qui sont publiés, souvent dans de grosses maisons d’éditions, et donc c’est l’activité à plein temps.

    Vous auriez voulu être luthier, qu’est ce qui vous à bloqué?

  27. Cher Koun,
    Évidemment, là n’est pas la question. En art, une formation ne donne pas droit à rémunération, ni le talent, ni le travail d’ailleurs. Reconnaissez que ce blog n’est pas envahi de foules d’auteurs haineux non plus. En art, quand on veut en vivre, il faut plaire à celui qui vous rémunère directement ou indirectement ou à celui qui organise votre rémunération s’il y a des intermédiaires.
    Il y aurait tout un débat intéressant sur la commande et le travail d’auteur. Une commande devrait être rémunérée décemment et un travail d’auteur doit séduire un public ou un exploitant.
    La question qui se pose est « Faut-il, sous prétexte de liberté, tout autoriser ou faut-il réguler un peu? » Jusqu’à il y a une semaine, quand un éditeur ayant pignon sur rue publiait un auteur, il lui accordait une rémunération proportionnelle aux ventes. Ce verrou, (le dernier?) vient de sauter. Comprenez que beaucoup de personnes s’en inquiètent à juste titre.
    Je ne pense pas que le système va changer brutalement, ni que les auteurs vont en pâtir gravement. Mais avant de jouer aux apprentis sorcier, on peut raisonnablement se poser des questions.

  28. @David Revoy
    Je pense que la question de Béhé (à propos de Glénat):
    « pourquoi le mettre en valeur par rapport aux autres lecteurs et donateurs ? En quoi est-il plus « grand » plus « méritant » qu’un lecteur qui vous verse 1 dollar par mois ? »
    Concernait l’affichage de Glénat en gros sous les nouveaux épisodes. Et ça à ma connaissance c’est juste du au montant versé, et c’est assez classique dans le financement participatif d’inciter à donner beaucoup en mettant en valeur les gros mécènes. (ou alors il parlait de l’article sur ton blog, auquel cas tu as déjà répondu au pourquoi du comment. Tu aurais pu préciser qu’il y a eu d’autres cas d’édition qui ce sont moins bien passés : http://www.peppercarrot.com/en/article347/attention-a-kickstarter-campaign-abuse-peppercarrot-s-license , je pense que c’est aussi pour ça que le cas Glénat est mis en avant, en comparaison il s’est bien mieux passé.)

    Ce que les gens ne semblent pas comprendre c’est que Glénat vend un service d’édition aux lecteurs qui le souhaitent, rien de plus. Il ne vendent pas l’œuvre, qui est disponible séparément sous licence libre, c’est pour ça que ya pas de pourcentage de droit d’auteur, c’est une question séparée (comme expliqué par David un peu plus haut).
    Si réellement c’est bien trop cher, ça ne se vendra pas. Ou bien un autre éditeur publiera un ouvrage équivalent avec une moindre marge (ou au même prix pour une qualité supérieure).

  29. « C’est pourtant, et à l’origine du buzz, l’angle de communication surprenant qu’a essayé d’orchestrer le syndicat BD SNAC sur sa page Facebook  »

    Le SnacBD n’a en aucun cas orchestré quoi que ce soit dans cette « affaire » mais nous pensons qu’elle mérite le débat. Nous souhaitons qu’il soit serein et respectueux.
    Le SnacBD.

  30. Je m’excuse, mais l’attitude de Glenat concerne tous les auteurs. C’est un précédent grave qui envoie un signal délétère à 99,99% des auteurs. C’est d’ailleurs la seule chose qui me choque dans toute cette affaire. J’espère qu’on peut en parler sans parler de votre oeuvre en particulier. Ou sinon, contrairement à ce que vous affirmez, vous avez effectivement avec ce groupe un lien moins clair qu’il n’y parait.
    Car soit Glenat est pour vous un imprimeur/diffuseur comme il peut y en avoir des dizaines dans le monde, et le fait que l’on puisse dénoncer son attitude envers les autres auteurs ne vous fera ni chaud ni froid, soit, c’est votre éditeur, vous le défendez et votre position « d’auteur libre » « au dessus de l’édition classique » « anti système » « en relation directe avec les lecteurs » ne tient plus.

  31. Si j’ai bien compris, le souci que vous relevez dans cette histoire c’est que Glénat puisse par la suite, ne se contenter que d’oeuvres sous licence libre, voir arrêter définitivement les contrats avec ceux qui utilisent le droit d’auteur classique ?

    Bien que je ne connaisse pas l’avenir, je pense qu’il est judicieux pour un éditeur d’avoir des exclusivités sur des oeuvres. De même, les éditeurs aiment avoir un contrôle sur l’oeuvre des auteurs (produits dérivés, censure/arrangement…). Je ne pense pas que ce soit dans l’intérêt de l’éditeur.
    Toutefois je suis d’accord qu’il faut être vigilant si jamais un éditeur fait pression sur des auteurs pour utiliser une licence qu’il ne souhaite pas.

  32. @Béhé:
    « Je m’excuse, mais l’attitude de Glenat concerne tous les auteurs. […] J’espère qu’on peut en parler sans parler de votre oeuvre en particulier »
    C’est-à-dire qu’ il faut parler de l’attitude que Glénat prends envers une œuvre libre, sans parler de mon cas en particulier. Ca va être dur il me semble. Y’a t’il eu d’autres cas du genre? A moins de parler de future hypothétiques? Pourquoi pas. Je ne suis pas contre. Ici, je ne peux évidement pas parler pour l’attitude de Glénat envers leurs auteurs de contrats propriétaires: je ne peux pas car j’en ai jamais eu, les histoires sont opaques et je n’en sais rien…

    « Ou sinon, contrairement à ce que vous affirmez, vous avez effectivement avec ce groupe un lien moins clair qu’il n’y parait. »
    Mon échange avec Nicolas Forsans (mon interlocuteur chez Glénat) autour de Pepper&Carrot, du début à la fin, est résumé ici dans un post de Juillet, y compris les quelques frictions qu’on a pu avoir (en anglais): http://www.peppercarrot.com/fr/article378/derivation-publishing-by-glenat Il n’y a rien à cacher de nos relations et comme toujours, je communique tout pour partager avec l’audience de Pepper&Carrot.

    « Car soit Glenat est pour vous un imprimeur/diffuseur comme il peut y en avoir des dizaines dans le monde, et le fait que l’on puisse dénoncer son attitude envers les autres auteurs ne vous fera ni chaud ni froid, soit, c’est votre éditeur, vous le défendez et votre position « d’auteur libre » « au dessus de l’édition classique » « anti système » « en relation directe avec les lecteurs » ne tient plus. »
    Il n’y a pas de soit ci, ou soit ça qui tienne. C’est au-delà de ce choix binaire; c’est les deux. Les éditions Glénat sont l’imprimeur/diffuseur de Pepper&Carrot papier, pour l’instant seul en France, et c’est ‘mon’ editeur à toute évidence puisqu’ils m’éditent (ce possessif ‘mon’ ne veux pas dire que je m’en limiterai à un seul). A ce compte, deviantArt est aussi ‘mon’ éditeur. Le contrat que l’on a signé (une feuille qui nous engage chacun, en temps qu’entité à respecter pour Pepper&Carrot l’usage de la Creative Commons Attribution 4.0) rends notre collaboration fluide, sans entrave, sans politesse superflue ni rapport de force. Je sais bien que ça doit paraître bizarre, mais nous avons un rapport cordiale, passionné de BD, on discute de divers sujets, bref, je vais vous choquer mais moi c’est un rapport sympa que j’ai construit avec mon intermédiaire à Glénat… Quand il n’y a plus d’argent sur la table, plus de rapport de force entre auteur et éditeur, je vous assure que c’est cool pour l’auteur.

    Ma position n’est pas « anti-système »… C’est m’avoir mal lu. C’est expliqué dans ma grande réponse plus haut (le 11 septembre à midi).

    Également, je ne me sens pas « au dessus de l’édition classique », mais en parallèle avec un modèle plus efficace dans la relation auteur/éditeur/lecteur.

    @ Aitua:
    « Toutefois je suis d’accord qu’il faut être vigilant si jamais un éditeur fait pression sur des auteurs pour utiliser une licence qu’il ne souhaite pas. »
    Totalement d’accord. Mais…
    Même en étant vigilant, qu’est-ce que nous aurions à y dire, si un auteur, sous pression d’un éditeur, signe quand même un contrat avec une licence à son désavantage? Quel sont nos outils pour empêcher une entité éditorial et un auteur, adulte majeur, de contractualiser des règles? Il n’y en a pas. Une éducation aux contrats et aux licences est simplement nécessaire à notre époque pour tout auteurs débutants.

  33. @David Revoy :
    « Une éducation aux contrats et aux licences est simplement nécessaire à notre époque pour tout auteurs débutants »
    Je trouve que c’est déjà pas mal d’informer pour être sur que les auteurs choisissent de signer ou pas en connaissance de cause.
    Parler de conditions d’auteurs permettent à chacun de choisir des alternatives, comme les auteurs scientifiques qui essayent les licences CC pour contrer la cession exclusive du droit d’auteur envers les éditeurs (en plus de devoir les payer).

  34. Bonjour,
    Alors, j’ai juste deux questions, rien de méchant 😉
    Si j’ai bien compris la BD est en accès libre sans contrepartie ce qui veut dire que je peux l’utiliser comme je veux. Et par exemple, quel gilet de sauvetage à l’auteur si un parti politique aux idées bien brunes décident d’utiliser ses personnages pour sa campagne électorale ?
    Ensuite, pourquoi avoir interdit la campagne Kickstarter alors que la BD est en accès libre ? C’eût été aussi un support physique pour l’oeuvre de l’auteur.
    Je ne comprends pas et toute cette démarche me paraît incohérente. Je ne vois pas pourquoi tout le monde sur certains sites applaudit l’auteur alors que sa façon de fonctionner soulève plus de problèmes éthiques qu’elle n’en résoud.
    Que des auteurs avec une bonne fan-base - de Nabe à Maliki - passent à un système d’autoédition via le web c’est compréhensible et même louable dans une certaines mesure.
    Quant au cas ici présent, j’ai beau relire les commentaires, l’auteur ne me paraît pas cohérent entre son discours et ses actions. D’ou un gab. D’ou méfiance.
    (Certains auteurs édités ce sont échiné à faire comprendre le pourquoi du comment de l’inconséquence politique du geste du monsieur, je ne reviendrais pas dessus, ils ont raison, je comprends leurs aigreur, je la partage.)

  35. @Grenier la campagne kickstarter citée ne respectait pas la licence, alors que Glénat si.
    Il y a eu d’autres kickstarters qui se sont déroulés sans accrocs il me semble.

    Sur le reste, je t’invite à te renseigner sur les mouvements de l’art libre et du logiciel libre, tes craintes et interrogations ont été maintes fois renseignées sur le web.

  36. @Côme : Vous ne répondez pas à la question… Quant à l’art libre… Il y aurait tant à en dire. Je m’en tiendrais au fait qu’il s’agit d’une utopie. C’est beau les utopies… Mais ça ne nourrie pas son homme !
    Pour la licence, l’auteur le dit lui-même que n’importe qui peut se servir. Je ne vois pas en quoi la campagne ne respectait pas la licence. Et quand bien-même, une démarche se doit d’être cohérente. Soit tu fonctionnes en dehors des clous établis et c’est bien… Soit tu joues le jeu. Mais tu ne fais pas double-jeu, c’est incohérent. Fin bref, tout le monde est partisan et personne n’écoute personne.

  37. @Gernier J’ai pas le temps ni l’envie de tout reprendre depuis le début : «Pour la licence, l’auteur le dit lui-même que n’importe qui peut se servir. Je ne vois pas en quoi la campagne ne respectait pas la licence.» -> ça veut dire que vous n’avez lu ni la licence (ou les textes simplifiés expliquant la licence), ni les articles au sujet de la campagne qui est citée.
    La campagne sous-entendait que l’auteur y été lié, ce qui n’était pas le cas, et ça c’est interdit par la licence. C’est précisément ça le «gilet de sauvetage» si un parti utilise des personnages de Pepper&Carrot dans sa communication. Il a le droit, mais il n’a pas le droit de sous-entendre que l’auteur les soutiens si ce n’est pas le cas. Et comme tous les partis ont le droit de les utiliser (aux mêmes conditions), ça ne favorise personne, tout le monde est sur un pied d’égalité pour faire sa campagne.
    Juste pour être clair, ce n’était pas le seul problème de la campagne kickstarter, et l’auteur de la campagne n’avait pas réagit correctement (ou suffisamment vite) quand on lui a fait remarqué qu’il ne respectait pas la licence.
    http://www.peppercarrot.com/en/article347/attention-a-kickstarter-campaign-abuse-peppercarrot-s-license
    http://www.peppercarrot.com/en/article348/day-2-kickstarter-campaign-news
    Il me semble que la campagne a finalement eu lieu après correction des problèmes liés à la licence.

    Tu peux voir ici des cas d’usages dérivés qui se sont bien passés :
    http://www.peppercarrot.com/en/categorie4/derivations
    Mais il est possible et probable qu’il y ai d’autres cas qui n’apparaissent pas sur le blog du projet, voir dont l’auteur original n’a pas entendu parler. Si j’imprime et vend Pepper&Carrot dans ma commune, tant que je respecte la licence, je n’ai pas besoin de prévenir David Revoy (La politesse l’exige, mais pas la licence).

  38. @David
    Vous dites « Quand il n’y a plus d’argent sur la table, plus de rapport de force entre auteur et éditeur, je vous assure que c’est cool pour l’auteur »
    C’est normal, quand il n’y a plus d’argent sur la table, c’est qu’il est passé sous la table. L’éditeur ne vous doit aucune transparence, aucun compte. Vous pouvez effectivement dormir sur vos deux oreilles, l’éditeur s’occupe des additions et de ses bénéfices, pendant que vous vous occupez de l’aumône.

    Vous vous félicitez que Glenat respecte les exigences d’une licence comme la vôtre… Mais en dehors de citer l’auteur, elles sont tellement inexistantes que n’importe qui peut les respecter. Un peu comme si vous disiez qu’un patron respecte le code du travail quand il n’a pas d’ouvriers.

    Que vous ayez des rapports « sympa » avec votre Editeur ne me choque pas, ça arrive tous les jours à plein d’auteurs. Ce qui me choque, c’est que Glenat ne verse pas une rémunération proportionnelle la pierre angulaire du paiement des auteurs depuis 200 ans.
    Vous allez voir qu’on peut parler de l’attitude de Glenat sans parler de vous ou de votre oeuvre :
    Glenat entérine le fait que la rémunération proportionnelle n’est plus obligatoire. A bon entendeur, salut! nous dit-il.
    En fait, tout part d’une délégation de pouvoir qui apparait aujourd’hui comme insupportable, je veux parler de la sélection des projets par l’éditeur.
    Pour les projets qui arrivent en album à être présents en librairie, l’éditeur fait office de filtre entre l’auteur et le lecteur. C’est suite à cette première sélection que les lecteurs plébiscitent ou pas un auteur, lui octroyant une rémunération faible (trop faible si c’est un four) ou une rémunération presque indécente si c’est un succès. Mais une chose est sûre, c’est que TOUS les auteurs publiés, s’ils font un succès, sont rémunérés à la hauteur de leur succès. C’est cela la protection au succès. L’éditeur reverse toujours une partie de ses gains de façon proportionnelle.
    En BD où l’investissement en temps est colossal, l’éditeur est souvent contraint (pour que le travail se fasse dans des temps raisonnables) un à-valoir qui lisse un peu ces différences. (OK pas assez, mais bon, il existe encore, surtout pour les oeuvres qui s’apparentent à du main stream)
    Avec ce filtre humain, oui; il y a des « chefs d’oeuvre » qui ne trouvent pas leur public (l’éditeur n’a pas vu le chef d’oeuvre, il reste au fond du tiroir) et des bonnes grosses daubes qui font un carton (l’éditeur a su vendre le livre qui a plu malgré ses défauts à une masse de lecteurs). Le filtre (le goût, le professionnalisme des éditeurs) fait que, bon an mal an, la qualité des publications et la qualités des best-sellers est grosso modo dans une fourchette qui peut être tirée vers le haut par certains éditeurs exigeants. Ce filtre n’a jamais non plus été un total obstacle pour un auteur refoulé car, qui ne trouve pas à se faire éditer, peut (et a toujours pu) se publier à compte d’auteur en investissant lui même. Internet a facilité cette option. L’antique souscription appelée aujourd’hui crowdfunding, le feuilleton payé par la pub appelé blog (si c’est gratuit, le produit, c’est vous), le micro-paiement, etc…

    Je pense que c’est le coté insupportable du filtre (Quoi? mon Talent n’est pas reconnu?) qui, aujourd’hui, fait sauter la digue du droit d’auteur proportionnel. Refusant le dictat du filtre, le postulant investit personnellement dans son oeuvre à un tel degré qu’il arrive à se faire financer par des lecteur (peu, parfois très très peu) mais assez pour se faire un public. Il revient ensuite vers l’éditeur fort d’un public conquit par lui seul et si ça ne suffit pas, il peut encore céder l’exploitation de son oeuvre… pour rien.
    Et là, Glenat aurait pu dire « OK je peux exploiter gratuitement l’oeuvre en licence libre, mais je vais quand même verser un petit pourcentage, même minime. Ne serait-ce que par respect pour tous auteurs et par respect à ce qui fonde la relation entre les éditeurs et les auteurs depuis tant d’années : Une rémunération proportionnelle en lieu et place du fait du prince ou de l’aumône »
    Et si l’auteur insiste quand même pour n’importe quelle raison éthique ou combat personnel (il ne veut absolument pas de droits d’auteurs) eh bien je verse une partie minime de mes bénéfices à une caisse d’entre aide pour les auteurs nécessiteux)

  39. (Note: Je dérive pour généraliser un peu sur les licences libres, et ce que je dis est bien entendu imprégné de mon avis personnel)
    @Béhé
    «Glenat entérine le fait que la rémunération proportionnelle n’est plus obligatoire. A bon entendeur, salut! nous dit-il.»
    Précisément.
    C’est dans l’idée même des licences libres : Facturer à l’unité une ressource inépuisable est une hérésie. Alors, le cas de la BD est encore un peu particulier parce qu’on a peu de matériel permettant de lire les versions numériques dans de bonnes conditions, mais ça va venir.
    Donc, quand tu dis «Ce qui me choque, c’est que Glenat ne verse pas une rémunération proportionnelle la pierre angulaire du paiement des auteurs depuis 200 ans.», c’est précisément ce qui est voulu par la licence.
    Le but des licences libres, c’est de dire : Une œuvre, c’est fait pour être lu/vu/entendu, donc pour être diffusé, et le modèle économique ne doit en aucun cas venir entraver cette diffusion. Donc la licence grave dans le marbre que l’œuvre peut être diffusée sans encombre. Alors, oui, ça oblige à revoir les modèles économiques, et ça c’est vraiment pas une question simple. Mais des solutions émergent, patreon et tipeee font parti de celles qui semblent prometteuses à l’heure actuelle.
    J’avais aussi envie de réagir sur «Vous vous félicitez que Glenat respecte les exigences d’une licence comme la vôtre… Mais en dehors de citer l’auteur, elles sont tellement inexistantes que n’importe qui peut les respecter.».
    Je ne sais pas pour David Revoy, mais moi ce dont je me réjouis dans cette affaire, c’est ce que Glénat a fait qu’il n’était pas obligé de faire :
    - Il a impliqué l’auteur dans le projet
    - Il a reversé du contenu sous licence libre
    - Il a rémunéré l’auteur, et qui plus est dans le cadre voulu par l’auteur : Ils ne passent par un truc à part, ils soutiennent sur Patreon comme tout le monde. Et si je donne autant qu’eux, bah yaura mon nom en aussi gros que Glénat sous les épisodes.
    Ils ont fait l’effort de comprendre et intégrer la démarche voulue par l’auteur.
    Alors, je ne me voile pas la face (et je pense que vous non plus), Glénat fait ça pour l’argent. C’est une entreprise à but lucratif, donc oui, ils font des bénéfices. Mais ils ont fait un certains nombres de pas dans le bon sens à mon goûts (probablement uniquement pour des raisons d’image de marque cela dit).
    Le fait qu’ils vendent cette BD moins chère que celles pour lesquelles ils payent un droit d’auteur va dans le même sens : Ça veut dire «Il n’y a pas de droit d’auteur à payer sur cette œuvre. Ce que vous achetez, c’est juste le papier que vous tenez dans les mains. On vend un service d’édition».

    Une piqûre de rappel pour terminer : La licence libre de se limite pas à la liberté de diffusion. Je me suis concentré là-dessus parce que c’est ce qui est le plus concerné par cette affaire d’édition, mais le libre permet aussi la modification et c’est également une partie très importante de la chose. Ça encourage la création et permet l’expression artistique, entre autres.

  40. @Côme: Merci pour vos interventions, toujours très clair.

    @Gernier: La campagne du Kickstarter était illégale car l’auteur de ce projet se faisait passer pour le créateur, c’est-à-dire moi. Ceux qui soutenait le Kickstarter croyait soutenir l’auteur. Ca, c’est détaillé sur mon blog, jour après jours et transparent. L’usurpation est interdite par la CC-By ( oui, pour rappelle à ceux qui font l’amalgame, mon travail n’est pas en Public Domain ou CC-0). Mais même interdite, l’auteur du Ks m’ignorait et voulait prendre avantage de cette situation: le Kickstarter fonctionnait bien ainsi. J’ai du donc contacter le service légale de Ks pour faire tomber la page, et rendre publique l’affaire parce que ça traînait un peu trop dans les bureaux de Ks et pendant ce temps, le projet continuait de courir. J’ai eu gain de cause. ( ref sur la règle qui m’a protégé: 2.a.6 . https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/legalcode ). D’autre projets de crowdfunding ont existé ou son en cours avec mon aval: Le projet de BD animé de Nikolai Mamashev en est la preuve directe: http://www.peppercarrot.com/fr/article380/motion-comic-project-by-nikolai-mamashev

    Pour la question sur le droit moral ( pour ne pas laisser, par exemple, un hypothétique gros éditeur raciste de reprendre Pepper&Carrot et modifier Coriandre et Shichimi par des blancs, et publié ça dans des meetings), c’est du béa-ba : je suis couvert, comme tout à chacun par le droit moral; https://fr.wikipedia.org/wiki/Droit_moral , citation: « Le droit moral est un droit au respect de l’auteur, indépendant des droits patrimoniaux du droit d’auteur. » La Creative Commons 4.0 dans ce cas ne vient pas en surcouche, ni n’annule ça. Cette convention est souscrite par 171 pays signataires. C’est large. Donc pas de version porno possible, pas de violence outrancière ni de possibilité d’afficher/modifier les dessins dans des contextes politiques qui me nuirait…

    Je ne manque pas de cohérence. Mais ce que je fais est nouveau et nécessite de penser, lire, s’instruire un peu sur les licences et repenser les avantages auteurs-lecteurs-editeurs dans notre époque moderne faite d’internet, de mobiles dans les mains de presque tous les ados, d’une consommation de ‘fun’ et de divertissement sur le net directement, de piratage, de DRM de mondialisation et d’industrie du livre en crise…

    Quand à « l’inconséquence politique du geste du monsieur », ma démarche ne vous fait pas de tord et n’en fera pas à la BD tout entière. C’est me flatter de trop d’influence. Si une BD inoffensive d’une petite sorcière et de son chat avec une licence CC-By sur Internet arrive à déstabiliser un marché colossale comme celui de l’édition, ou mettre en péril vos droit d’auteurs, c’est que la fissure est béante depuis longtemps. N’accusez pas l’oiseau qui se pose librement sur un édifice de l’avoir aplati, retournez vous vers les architectes.

  41. @ Côme
    Vous dites « Alors, oui, ça oblige à revoir les modèles économiques, et ça c’est vraiment pas une question simple »
    Mais non, pas la peine, le marché va régler cela tout seul! Le marché s’en fout des modèles, il prend celui qui fonctionne! Vous voulez revoir les modèles, moi je vous dit Banco! Mettons les acteurs de la filière autour d’une table ! Négocions un nouveau modèle qui va remplacer la rémunération proportionnelle automatique. Je suis OK… mais tiens ? on me dit que c’est compliqué… hein, personne ?

    Vous dites « Mais des solutions émergent, patreon et tipeee font parti de celles qui semblent prometteuses à l’heure actuelle. »
    Là non plus, rien de négocié, aucun consensus, c’est « des solutions qui émergent »…! La magie! Ça « émerge » un truc spontané qui apporte des super solutions… La modernité, c’est donc l’aumône… Quel progrès!

  42. « Il (Glenat) a reversé du contenu sous licence libre »
    eh bien non, il a marqué « tous droits réservés ».
    « C’est pas clair », comme disait David

  43. @Côme :
    « C’est dans l’idée même des licences libres : Facturer à l’unité une ressource inépuisable est une hérésie. »
    Oo
    Juste ça… Non !
    Je pense qu’effectivement je ne pourrais pas parler à quelqu’un qui sort ce genre d’énormité d’une violence hallucinante. Je suppose que les ressources inépuisables en question sont les œuvres de l’esprit. Sauf que derrière il y a à chaque fois un être de chair.

    Ce n’est pas « une ressource inépuisable ». Rien que cette formulation fait froid dans le dos par son aspect calculateur et la philosophie nocive qui en découle. Derrière vos livres, vos précieuses petites lignes sur l’écran, c’est assez évident mais on va le répéter, il y a des gens, des histoires, des trajectoires.

    Que David Revoy accepte de mépriser son propre travail pour acquérir une gloriole toute relative, libre à lui. Qu’il se serve d’un procédé légale sur lequel on peut encore discuter longuement, passe encore… Mais c’est légitime que des personnes défendent leurs beefsteaks, en particulier quand on porte aux nues ce type de manœuvre sans réfléchir une seule seconde aux conséquences probables de celles-ci.

    C’est normal que des personnes le tancent, on fait de même avec un gamin quand il a fait une bêtise.
    On a eu dans le même temps et à peu de mois d’intervalles les débordements des plateformes comme Über et la loi El-Khomri.

    Sincèrement, vous ne trouvez que le contexte ne refoule pas assez du goulot comme ça ? En un sens l’auteur de ce blog a raison, jusqu’à quand va t-on accepter ce type de logique ?

  44. Alors, dans l’ordre :
    @Béhé, commentaire 1 :
    En fait, il y a pour moi deux approches face à l’arrivée du numérique pour les œuvres. Il y a celle qui dit «On fait ce qu’on a toujours fait, on vend à la copie, parce qu’il faut que les auteurs puissent vivre de leur création». Pour pouvoir vendre à la copie, on cherche à empêcher les gens de copier eux-même les œuvres. Ça donne le droit d’auteur classique, ça donne DADVSI, HADOPI, les DRMs, ça donne les campagnes de sensibilisation «quand vous copiez ça tue des bébé phoques, vous ne tueriez pas un bébé phoque quand même ?».
    L’autre approche c’est d’aller dans l’autre sens. On part du fait établi «les œuvres sont copiables à l’infini sans coût, et elles seront copiées et diffusées quoi qu’on fasse», et à partir de là on cherche comment on peut avoir un modèle qui rémunère tout de même l’auteur. C’est une question complexe comme je l’ai déjà dit et ya pleins de pistes à étudier. Je suis mal placé pour donner une réponse à une question si vastes.
    Certains répondent licence globale, certains répondent salaire à vie, certains répondent financement participatif, …
    Netflix au final c’est pas très éloigné d’une licence globale gérée par une boite privée. Tipeee et Patreon proposent un genre de financement participatif continu.
    Alors c’est sûr que si pour vous les solutions ne peuvent venir que des industriels en place qui se mettent autour d’une table, on va pas être d’accord. Vous êtes du coté de la cathédrale et moi de celui du bazar : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Cath%C3%A9drale_et_le_Bazar
    (Note: oui j’ai caricaturé pas mal et je m’en rends compte mais bon c’est pour essayer de mieux expliquer mes idées, c’est pas pour vous vexer.)

    @Béhé, commentaire 2:
    Je parlais de la traduction en Français refaite par Glénat et qui devrait être publiée sous licence libre d’après le billet de David Revoy http://www.peppercarrot.com/en/article378/derivation-publishing-by-glenat
    En cherchant rapidement je ne la trouve cependant pas, peut-être que David peut m’éclairer s’il passe dans le coin ? Ça a peut-être simplement déjà été intégré à la version web de Pepper&Carrot.
    Les modifications faites par Glénat sur Pepper&Carrot pour la publication (mise en page et compagnie) sont en effet tous droits réservés.

    @Grenier :
    Tu sembles prêter un sens bien plus néfaste qu’il n’y parait à mes propos. Essaie de prendre un peu de recul sur ce que je dis.
    J’écris du code sous licence libre toute la journée, je sais qu’il y a des êtres humains derrière les ressources sous licence libre.
    Ce que je dis c’est qu’une œuvre numérique, elle est duplicable à l’infini pour un coût nul. C’est une réalité technique. CTRL+C, CTRL+V.
    Réalité qu’il faut prendre en compte dans les modèles économiques.
    Oui, un artiste doit être payé pour son travail.
    Non, ça n’a pas de sens qu’il reçoive de l’argent chaque fois que quelqu’un regarde son œuvre. (Ça ne lui demande pas plus de travail)
    Le plus aberrant du droit d’auteur classique est d’ailleurs qu’il perdure après la mort, les descendants touche de l’argent parce que leur ancètre a travaillé des décennies auparavant.

  45. Alors, dans l’ordre :
    @Béhé, commentaire 1 :
    En fait, il y a pour moi deux approches face à l’arrivée du numérique pour les œuvres. Il y a celle qui dit «On fait ce qu’on a toujours fait, on vend à la copie, parce qu’il faut que les auteurs puissent vivre de leur création». Pour pouvoir vendre à la copie, on cherche à empêcher les gens de copier eux-même les œuvres. Ça donne le droit d’auteur classique, ça donne DADVSI, HADOPI, les DRMs, ça donne les campagnes de sensibilisation «quand vous copiez ça tue des bébé phoques, vous ne tueriez pas un bébé phoque quand même ?».
    L’autre approche c’est d’aller dans l’autre sens. On part du fait établi «les œuvres sont copiables à l’infini sans coût, et elles seront copiées et diffusées quoi qu’on fasse», et à partir de là on cherche comment on peut avoir un modèle qui rémunère tout de même l’auteur. C’est une question complexe comme je l’ai déjà dit et ya pleins de pistes à étudier. Je suis mal placé pour donner une réponse à une question si vastes.
    Certains répondent licence globale, certains répondent salaire à vie, certains répondent financement participatif, …
    Netflix au final c’est pas très éloigné d’une licence globale gérée par une boite privée. Tipeee et Patreon proposent un genre de financement participatif continu.
    Alors c’est sûr que si pour vous les solutions ne peuvent venir que des industriels en place qui se mettent autour d’une table, on va pas être d’accord. Vous êtes du coté de la cathédrale et moi de celui du bazar : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Cath%C3%A9drale_et_le_Bazar
    (Note: oui j’ai caricaturé pas mal et je m’en rends compte mais bon c’est pour essayer de mieux expliquer mes idées, c’est pas pour vous vexer.)

    @Béhé, commentaire 2:
    Je parlais de la traduction en Français refaite par Glénat et qui devrait être publiée sous licence libre d’après le billet de David Revoy http://www.peppercarrot.com/en/article378/derivation-publishing-by-glenat
    En cherchant rapidement je ne la trouve cependant pas, peut-être que David peut m’éclairer s’il passe dans le coin ? Ça a peut-être simplement déjà été intégré à la version web de Pepper&Carrot.
    Les modifications faites par Glénat sur Pepper&Carrot pour la publication (mise en page et compagnie) sont en effet tous droits reservés.

    @Grenier :
    Tu sembles prêter un sens bien plus néfaste qu’il n’y parait à mes propos. Essaie de prendre un peu de recul sur ce que je dis.
    J’écris du code sous licence libre toute la journée, je sais qu’il y a des êtres humains derrière les ressources sous licence libre.
    Ce que je dis c’est qu’une œuvre numérique, elle est duplicable à l’infini pour un coût nul. C’est une réalité technique. CTRL+C, CTRL+V.
    Réalité qu’il faut prendre en compte dans les modèles économiques.
    Oui, un artiste doit être payé pour son travail.
    Non, ça n’a pas de sens qu’il reçoive de l’argent chaque fois que quelqu’un regarde son œuvre. (Ça ne lui demande pas plus de travail)
    Le plus aberrant du droit d’auteur classique est d’ailleurs qu’il perdure après la mort, les descendants touchent de l’argent parce que leur ancêtre a travaillé des décennies auparavant.

  46. David, il y a quelque chose qui me chiffonne dans votre démarche. Pas tant dans votre choix de mettre vos travaux sous licence libre - vous faites ce que vous voulez - mais dans votre discours de « lutter » pour « inspirer et changer une industrie en crise » (et donc, en filigrane, résoudre ses problèmes et cette crise) via un financement indépendant des contrats éditoriaux et basé sur le mécénat.
    Un argument que je vois revenir souvent dans vos propos et ceux des gens qui soutiennent votre démarche est que le système actuel profite à quelques happy few : en effet, les derniers chiffres du SNAC montrent que 50% des auteurs gagnent moins que le SMIC. Vous proposez un changement de paradigme vers un autre modèle alternatif, en sous-entendant qu’il est meilleur : la preuve, vous en vivez plutôt bien.
    Vous dites d’ailleurs plus haut que vous souhaitez avoir l’avis des auteurs « non happy few », car ceux qui vivent plutôt bien du système seraient peu enclins à le critiquer.

    Le problème, c’est que vous aussi, vous faites partie des happy few, et peut-être pas très critique vis-à-vis du système qui vous a réussi.

    Il y a aujourd’hui 203306 auteurs inscrits sur Patreon. Seuls 297 (!) gagnent plus de $3000 par mois (toutes thématiques confondues, à travers le monde), et 1136 gagnent plus de $1000 (dont vous ! Félicitations !). Dans la catégorie comics, c’est une grosse centaine d’auteurs qui vivent de leur art grâce au financement par Patreon, mondialement.
    D’ailleurs, puisque vous semblez avoir à coeur le sort des autrices, éditrices et lectrices : jeter un coup d’oeil au profil des auteurs des Tipeees, Patreons et Kickstarters qui font vivre leurs auteurs est aussi très intéressant (dans l’ensemble, mieux vaut être un homme blanc, jeune et ayant fait des études supérieures, semble-t-il).
    Même en nuançant le tableau (tous les projets sur Patreon ne sont pas qualitatifs, tous les auteurs ne s’y investissent pas au même niveau, toutes les catégories ne rapportent pas pareil, le profil des auteurs inscrits explique en partie les biais, etc), il semble que le système du mécénat récompense le capital social encore plus que l’édition classique.

    Vous allez me dire, le système a peut-être une énorme marge de progression ? Sauf que ça ne semble par être le cas : entre mars et septembre de cette année, toujours sur Patreon, le nombre de donneurs et le montant total des dons a augmenté de 40%. Le nombre de d’artistes gagnant plus de $1000, lui, est passé de 939 à 1136, soit une progression de 20%, beaucoup plus faible (et pour un nombre d’élus qui reste carrément marginal). Bref, c’est un système extrêmement pyramidal (plus d’un million de donations, quelques centaines pour qui le système est profitable) à faible marge de progression. A ce taux-là, pour que 10000 artistes de BD à travers le monde atteignent votre objectif affiché de $3600 (l’argent qu’il faut pour vivre confortablement, si je vous suis bien), il faudrait 100 millions de donations, soit en moyenne une donation pour 60 personnes sur la planète. Ca me paraît un objectif complètement délirant.

    Bref, votre « lutte » pour le « changement » me paraît quand même informée par un sacré biais du survivant, non ? Comment justifiez-vous que ce modèle peut se substituer au droit d’auteur et changer en bien la situation des auteurs en général ?

    (Sources: Graphtreon et PledgeSociety)

  47. @La statisticienne: Merci d’amener de vraies analyses, avec sources, etc… Du coup, je refais une pause avec mes crayons. Je partage cette vision de la réalité, surtout pour Graphtreon. C’est en effet un outil et une représentation transparente sans appel de l’activité sur Patreon (ref: https://graphtreon.com/ , mon profil https://graphtreon.com/creator/davidrevoy ).

    100 Millions de donations: ça ne me choque pas. L’industrie du crowdfunding, c’est 34.4 Milliard de Dollar en 2015 ( ref: http://crowdexpert.com/crowdfunding-industry-statistics/ ). La progression depuis ces dernières années est exponentielle. 2.7 Milliard en 2012, 6.1 en 2013, 16.1 en 2014, 34.4 en 2015 … C’est le genre de secteur qui ne fait qu’une bouchée de 100 Millions.

  48. @Côme: en réponse à:
    « En cherchant rapidement je ne la trouve cependant pas, peut-être que David peut m’éclairer s’il passe dans le coin ? » ( à propos d’une correction orthographique par un(e) pro chez les Glénat comme contribution )

    Depuis Juin, ils n’ont pas réussi à mettre les modifications d’orthographes qu’ils voulaient dans les fichier *.svg source, ni sur Github xD Je ne leur en veux pas: leur correcteur(trice) maison travaille sur papier. Du coup, j’ai lâché l’affaire: il n’y a pas eu grand nombre de modifications, ayant déjà quelques correcteurs autour de la version française et une audience attentive qui me reprend tout le temps dans les commentaires sous les épisodes. Des légères modifs -si elles ont eu lieu- ont donc été apportés « en dur » par Glénat, probablement directement sur la maquette. J’ai l’autorisation orale de porter leur corrections sur la version originale, mais comparer les deux version est laborieux et le bénéfice temps/apport au projet est, ma foi, très faible. Je fais donc confiance à mes correcteurs/contributeur pour faire un meilleur travail de relecture sur ce point…
    … et je retourne à mes crayons 🙂

  49. Si les nouveaux outils de diffusion et les licences CC permettent de se faire connaître du public, de se faire rémunérer - comme dans le système classique, très peu pour la plupart, beaucoup pour quelques uns - s’il permet également, via le crowdfunding, d’imprimer des albums et de les vendre directement d’auteur à lecteur sans intermédiaire, il ne permet pas d’accéder à la librairie. L’accès à la librairie est le seul verrou dont la clé est le bon vieil éditeur papier.
    Pour avoir son album papier en librairie il faut qu’un éditeur papier accepte votre ouvrage (je ne parle pas de quelques exemplaire qu’un librairie sympa vous achète) mais d’une sortie avec diffusion classique.
    Et nous voilà tous les auteurs, les anciens et les modernes sur un pied d’égalité. Que faut-il céder à l’éditeur papier pour accéder à la librairie ?

  50. Vous pouvez avoir des dizaines de milliers de lecteurs sur le web, vous pouvez gagner votre vie grâce à des milliers et même des millions de donateurs, si vous voulez être dans le catalogue d’un éditeur renommé, si vous voulez avoir une diffusion dans le réseau des librairies vous devez obtenir l’accord d’un éditeur papier.
    Et cet accord, dites vous bien qu’il ne le donne jamais pour rien.

  51. La différence, c’est que l’assise économique conquise sur le net permet de baisser ses prétentions pour obtenir le feu vert de l’édition papier. Économiquement parlant, l’édition papier diffusé en librairie devient un support publicitaire qu’on peut alors brader ou même payer s’il le faut.

  52. Bonjour,
    je réagis un peu en marge du débat en cours mais surtout parce que ce post de blog m’a fait réfléchir.

    Il y a un sentiment qui prédomine chez moi, auparavant gros lecteur de BD et grand consommateur de webcomics dès leur apparition sur la toile (je crois avoir commencé peu après les débuts de Boulet sur son site) : la culture du tout gratuit. A l’époque (encore une fois il ne s’agit que d’un sentiment), les auteurs, dessinateurs et illustrateurs diffusaient leur travaux sans espérances particulières autres que de se voir édités. Généralement de ma génération, ils criaient leur joie d’être là à la naissance du net, leur joie du partage, de leurs découvertes. Tout était accessible. En commençant par Napster et pour finir par MegaUpload.
    Ainsi, quand je les lisais, j’avais l’impression d’une légèreté : c’était chouette de pouvoir accéder gratuitement à leur travail tandis qu’eux et d’autres téléchargeaient de la musique gratuitement et partageaient des DivX. La plupart du temps désargentés, ils fonctionnaient en système D.
    Cela ne repose sur aucune analyse ni étude sociologique, mais j’ai l’impression que leur discours a changé. S’ils ont maintenant raison de vouloir être rémunérés pour leurs œuvres, ce n’est pas auprès d’eux que j’ai été éduqué sur ce sujet : ce n’était alors pas du tout leur cheval de bataille et encore moins le message qu’ils faisaient passer.

    Alors… alors ça fait un peu bizarre de les voir tenter de rattraper le temps perdu.

  53. @Béhé:
    (en réponse à vos trois posts du 14 Septembre qui se suivent) Merci pour votre ouverture d’esprit. Oui, si tous les auteurs vivent en relation avec leur lectorat directement, par mécénat, alors leur rémunération sera sans doute proportionnelle à leurs audiences (peut-être même régulé par elle?). Rien de plus, rien de moins. Une des conséquences que j’imagine à long terme: retour de la symétrie auteur/éditeur, puis, si les BD sont libres, le lectorat choisira d’investir dans l’édition papier la plus vertueuse. Quelle choix le lecteur fera entre: un, l’impression faite par une association humanitaire qui imprime la BD pour reverser les bénéfices à une cause, ou deux, la version d’un éditeur qui le fait pour simplement capitaliser? La diffusion papier dans cet hypothétique modèle risquerait bien de transformer les comportements des éditeurs.

    @Jojo Says No:
    en réponse à:
    « la culture du tout gratuit. […] Napster […] MegaUpload […] DivX »

    Ce n’est pas ma culture. J’ai connu et détesté cette vision d’internet. C’est une culture du vol et du piratage en bonne conscience. Est-ce cette culture qui a poussé en partie l’industrie moderne à faire un Internet en voie d’être verrouillé et surprotégé?

    … puis en réponse à:
    « Alors ça fait un peu bizarre de les voir tenter de rattraper le temps perdu. »

    Attention à l’amalgame; ce n’est ni ma génération d’auteur ici ni le même esprit. Il y a bien 10 ans d’écart entre ces auteurs et moi. Je ne rattrape de mon côté aucun temps perdu: je me sens dans mon temps et dans mon époque. Une partie de ma génération est née autour des espoirs d’un Internet libre, autour des contributions aux systèmes GNU/Linux, Wikipedia, Creatives Commons, Open-Street map, des tutoriaux, du collaboratif et des open-movies… C’est certes aussi du « gratuit », mais ce « gratuit » est différent car il n’est qu’un effet secondaire de la liberté des licences utilisés. Tout acteur de cette communauté connaît sa responsabilité financière pour soutenir ce type de projet et chacun le fait à mesure de ses moyens, librement.
    Rien à voir donc avec les auteurs qui ont publié leur travaux en gratuité de lecture sur des blog dans les années 2000 mais avec tout leurs copyrights dessus. Je suis cependant hyper reconnaissant sur un point à cette génération d’auteurs : ils ont préparé le terrain en habituant l’audience à lire des BD en ligne, sur écran, en inventant le Webcomic. Ils ont aussi offert un nombre incalculable d’heures de lecture et sensibilisé de nouveaux lecteurs de BD. Ils ont donc fait beaucoup pour le média et pour la BD en général. Pour ma part, je trouve le Webcomic génial comme média indépendant et assez mature pour être autonome et libre.

  54. Et pendant ce temps, le monde tourne. La constitution (la règle du grand jeu au-dessus des petits) n’est pas en CC-XX, et c’est rien de le dire. Traditionnellement, le monde des œuvres de l’esprit est corrélé au monde réel. Par le haut, en ce que les bouquins, la musique, la peinture, etc. influencent la réalité terrestre - et vice-versa - et par le bas, par des système d’équivalence certes imparfaits, mais qui cherchent à reproduire le schéma (un poème = une pomme = un sou) prévalent.

    Changer l’un sans changer l’autre, je pense que c’est profondément injuste. Mais le marchand s’en fout de ce que les artistes *pensent*.

    Petite incise au passage  : le parallèle logiciel libre / art libre est décidément fallacieux, c’est David lui-même qui le dit plus haut:

    > Donc pas de version porno possible, pas de violence outrancière ni de possibilité d’afficher/modifier les dessins dans des contextes politiques qui me nuirait…

    Or je n’ai pas souvenance d’actions en justice d’auteurs de logiciels contre leurs utilisateurs politiquement « incorrects » il faudrait savoir, à la fin, c’est pareil que le logiciel, ou pas vraiment, en fait ?

    Le supermarché n’a pas besoin d’art indépendant, autonome, pérenne. Il cherche à s’en débarrasser depuis toujours : Voir par exemple les 100 premières pages de « Illusions Perdues » de Balzac, où le monde de l’édition (du cerveau du littérateur à celui du lecteur) est décrit comme le champ de bataille qu’il est au tournant du XIX eme, avec ses soldats, ses divisions, et surtout ses état-majors.

    Le marchand a juste besoin de gentilles sorcières et de mignons chatons (et de méchants terroriss) pour continuer à mener le monde dans la « bonne » direction ; diviser pour régner ; réduire la dangereuse subversion en inoffensive transgression. Ils sont les maîtres de la marchandise, ils nous étouffent de leurs conditions de vente toujours plus inhumaines, on vit tous à crédit, leur saloperies sont brevetées au-delà du légal, mais nos crobards, nos chansons, nos romans, eux, doivent être « libres » pour pouvoir les diffuser. Mieux. Plus fort, plus loin. Ou pas 🙂

    Parce que l’art, qui fut jadis un problème pour le marchand, l’est de moins en moins, c’est ma perception. Tout ça est en marche depuis des décennies, et la démarche de David (salut, en passant) n’y change pas grand chose, je pense. À moins que je me trompe - ça n’arrive quasiment jamais 😉 - et qu’au contraire, elle soit un début de solution. C’est pas comme si il restait tant que ça de valable à démolir, hein ?

  55. @Côme: Même si la duplication/copier-coller ne retire rien aux propriétaires/créateurs de ces biens, on est d’accord, ce ne sont pas leurs règles de partage. Ils y voient même un terrible manque à gagner. Je suis pour le respect des règles et lois communes qui appellent ceci « vol » et « piratage ». Si je ne souscrit pas à ceci, alors ma souscription et mon utilisation de la CC-By , GPL, et autres licences libre ne vaut plus à grand chose…

  56. @David Revoy : juste un tout petit détail/pinaillerie : si la loi française parle bien de « piratage », elle n’applique pas le terme de « vol » pour l’accès/distribution non autorisé à des oeuvres sous protection, mais uniquement de contrefaçon… Après, oui, c’est vrai, il est d’usage de qualifier de vol la contrefaçon, mais pas de manière généralisée.

  57. Merci @David Revoy, classe et politesse, plus le lien qui va bien… Bravo.

    Bravo aussi et surtout pour le Webcomic, que nous avons lu avec ma #Fillette avec grand bonheur. Pour sûr on va suivre, et qui sait, discuter avec elle pour te patreoner ;P

  58. Oui, même si on est contre, qualifier le téléchargement illégal de vol reste mensonger.
    On trouve effectivement le terme de piratage dans certains bouts de la loi : «-contrefaçon et piratage de produits ;», mais j’y ai pas trouvé de définition du terme.
    Pour moi le terme de pirate reste associé à l’attaque de bateau, un poil plus grave et violent tout de même que le partage de fichiers sur internet.

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