Menace végétale : « Le vert » (Projet Bradbury #54)

Difficile avec mon emploi du temps de jeune père au carré de trouver le temps (et surtout la concentration) d’écrire de la fiction — ne serait-ce que d’en lire : heureusement, bien d’autres joies compensent l’absence de fiction. J’ai néanmoins réussi à composer cette nouvelle entre deux biberons. Je ne garantis pas qu’il s’agisse de mon meilleur texte, mais il a le mérite d’exister et d’avoir réussi à me dérouiller les doigts et les synapses après deux mois d’abstinence narrative.

« Le vert » raconte une transformation, celle d’une nature qui n’est plus passive, mais active. Notre environnement, nous avons tendance à l’oublier, n’est pas simplement le décor de nos activités humaines : c’est une réalité vivante, parfois dangereuse, fondamentalement indomptable, et les jardiniers savent bien qu’il suffit de baisser la garde ne serait-ce qu’une année pour qu’un potager retourne à l’état sauvage. Berlin, parmi toutes les autres villes que j’ai visitées, me semble être une illustration parfaite de cela : la ville, trop pauvre et trop vaste, n’a pas les moyens de se payer les services d’un bataillon de cantonniers et de jardiniers pour entretenir ses espaces publics. Fleurissent donc un peu partout les terrains vagues — véritables jungles urbaines en îlots —, mais aussi et surtout les étincelles de vert qui crépitent à chaque coin de rue : des fleurs sauvages qui percent les trottoirs fissurés, des buissons qui poussent dès qu’on leur en laisse la possibilité entre deux immeubles, la mousse qui grignote les façades des bâtiments abandonnés… À Berlin, j’ai vraiment la sensation que la nature n’est pas inerte : elle mène un combat lent, mais implacable, contre l’humanité. Elle gagnera à la fin, n’ayons aucun doute à ce sujet.

Vous pouvez télécharger cette nouvelle juste en dessous, dans les différents formats proposés. Le texte est placé sous licence Creative Commons BY-SA, ce qui vous autorise à beaucoup de choses, et notamment à copier, partager, diffuser cette histoire autant qu’il vous plaira et selon les modalités qui vous conviendront.

J’espère qu’elle vous divertira et vous fera passer un bon moment. N’oubliez pas que vous avez la possibilité de soutenir mon travail grâce à Tipeee. Ça se passe juste en-dessous. Bonne lecture !

Vous aimez Page 42 et vous voudriez me donner un coup de main ? Ça tombe bien, Tipeee est là : à partir de 1€/mois, vous pouvez devenir mon/ma mécène attitré.e et avoir accès à des contreparties exclusives, sans compter la satisfaction de continuer à lire mes textes en sachant que vous y êtes un peu pour quelque chose. C’est pas chouette, ça ?

Une réflexion sur « Menace végétale : « Le vert » (Projet Bradbury #54) »

  1. Bonjour,

    La première lecture faite dans de mauvaises conditions a laissé une impression amère, désagréable. Après plusieurs relectures, l’impression demeure, davantage à cause du fond du récit que de tout autre chose.

    Le style est celui du narrateur, un jeune homme de dix-neuf ans qui raconte son quotidien. C’est donc un style parlé, plus relâché que celui auquel on est habitué dans le Projet Bradbury et ça colle bien au sujet. Peut-être aurait-il fallu qu’il évolue comme l’histoire elle-même, de façon à l’enfoncer encore plus dans l’angoisse.

    Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit, d’angoisse, et c’est bien ce qui colore (sans jeu de mot, enfin, pas trop) la nouvelle du mois et donc l’impression qu’elle laisse après sa lecture. Dans un futur indéterminé — qu’on pourrait qualifier classiquement de post-apocalyptique — la nature, la vraie, la verte, avec quelques animaux, reprend ses droits à l’homme qui les lui a volés. Lui va disparaître, elle, non. Bien au contraire. Le lecteur débarque dans l’histoire alors que la verdure, domptée et contrainte par l’Homme depuis des millénaires, a quasiment gagné sa dernière bataille. Reste quelques humains, dont le narrateur qui nous donne à voir une fin de l’humanité.

    Outre le propos central de la nouvelle — fort en phase avec l’actualité — on retrouve des thèmes qui me semblent t’être chers comme l’intérêt de l’utilisation du mot juste ou l’acceptation de ce qui est parce qu’il est trop tard pour qu’il en soit autrement. La résignation en quelque sorte : « Tout ce temps, je l’ai passé à écoper l’eau d’une barque trouée. » entrecoupée de quelques tentatives de se morigéner : « On vit dans nos chaussures, pas dans celles qu’on s’imagine porter. » ou de se projeter dans un futur radieux : « Entreposer ses souvenirs dans les objets du quotidien, ça fonctionne du tonnerre. » C’est grinçant, désespéré. Une pointe d’humour peut-être involontaire : « ça fait un bail que je n’ai pas entendu parler d’eux[les bailleurs]. » C’est bien le seul endroit où on peut esquisser un sourire. La chute est presque brutale, un couperet : celui de l’auteur qui n’arrive pas à se dépêtrer de tout ce vert et se fatigue ?

    Ce n’est pas la meilleure que j’ai lue jusqu’à présent : le style n’est pas assez déphasé, dans un sens ou dans l’autre, ou trop en phase d’un thème particulièrement désespérant.

    Merci quand même 😉

Les commentaires sont fermés.