Lutter contre les DRM : le combat d’une génération

Cory Doctorow, l’un des auteurs dont le travail de militant littéraire m’inspire le plus, a récemment rejoint les rangs de l’Electronic Frontier Foundation, une fondation dont le but est de défendre les droits des citoyens face aux dérives du monde numérique. Sa mission en tant qu’ambassadeur : éradiquer, avec l’aide de toutes les bonnes volontés, les DRM en l’espace d’une génération. Sacré combat, que je me sentais forcé de relayer tant il croise mes propres aspirations et craintes.

B8BivdVCUAEx0Tl.jpg-large

Les DRM sont un fléau, inutile de le répéter encore : si vous lisez ce blog, vous connaissez déjà mon avis à ce sujet. Le combat est d’autant plus important que les attaques contre les libertés des internautes se font de plus en plus pressantes et nombreuses. Les lobbies des industries culturelles jouent leur rôle de gardien du temple, bien entendu, mais les politiques se mêlent eux aussi à la partie sous couvert de lutte contre le terrorisme et de « civilisation » de ce territoire sauvage et mystérieux qu’est internet (on sait tout le bien que cette envie de civiliser un territoire peut apporter, demandez aux indigènes américains ce qu’ils ont pensé de l’arrivée des espagnols en 1492). Comme le souligne Doctorow, il s’agit de maîtriser l’outil informatique, et non pas que celui-ci nous maîtrise. Et de citer 2001, l’Odyssée de l’espace : “L’ordinateur doit répondre : Oui, maître ! et non pas : Désolé Dave, j’ai bien peur de ne pas pouvoir faire cela.” C’est justement de cela qu’il est question.

Pour le moment, internet n’est encore qu’une fenêtre. Comme toute fenêtre, celle de votre écran, de votre smartphone, de votre tablette, celle-ci peut être fermée. Mais dès lors que le net se fera plus intrusif, dès lors que la connectivité sera une composante essentielle de notre perception, dès lors que nous ne pourrons plus interagir correctement sans elle, alors se posera la question cruciale de notre contrôle absolu sur ces interfaces. Si ces interfaces, dont les Hololens de Microsoft sont un bon exemple, ne sont pas sous notre entier contrôle, mais sous celui de firmes et de gouvernements au travers de logiciel espions et de systèmes de rights management, qui sait jusqu’où le cauchemar pourra s’étendre ?

En ce sens, le rapport de l’eurodéputée Julia Reda proposé récemment à la commission européenne va dans le bon sens. Encore faudrait-il qu’il soit entendu. Bien entendu, les ayants-droit freinent des deux pieds quant à une modification du droit d’auteur et à une restriction des DRM et des formats propriétaires. D’ailleurs, devrait-on réellement parler d’ayants-droit ? Cela ne me semble pas correct. Le droit, c’est nous qui l’avons. Eux ont avant tout un intérêt dans cette histoire ; ils sont donc des ayants-intérêt.

Nous devons lutter contre toute forme d’ingérence dans nos vies numériques si nous voulons conserver le peu de libertés qui nous sont encore offertes, rongées au fil des semaines par les ayants-intérêt pour de basses raisons financières, au détriment de nos droits les plus élémentaires, comme par exemple celui de disposer à 100% de l’usage des machines dont nous faisons l’acquisition, celui de ne pas être espionné ou réduit à un amas de données monétisables et celui de disposer librement et sans entrave des contenus numériques que nous achetons.

Pour le moment, ces combats peuvent paraître futiles, un argument souvent utilisé par les détracteurs. Mais à compter du moment où l’on anticipe la direction qu’empruntera le matériel technologique et dont nous relevons des indices chaque jour davantage, les abus deviennent alors potentiellement infinis et risquent de toucher les fondements de notre liberté numérique. Et de notre liberté tout court.

Je terminerai par cette citation de Doctorow : je vous invite à la méditer.

“Quand quelqu’un pose un verrou sur quelque chose sans vous donner la clef, vous pouvez être certain qu’il n’agit pas dans votre intérêt.”