Le shitstorm, ça fonctionne

Lors de mon passage au Parlement européen, j’ai discuté avec toutes sortes de personnes et ce fut globalement très intéressant. C’est amusant de découvrir l’envers du décor (comme par exemple d’apprendre que le bar du Parlement est surnommé le « Mickey Mouse » par les parlementaires, en référence à la couleur affreuse de ses sièges) et d’échanger avec des gens dont on n’aurait de prime abord pas forcément croisé un jour le chemin.

Ainsi, j’ai eu la chance de pouvoir discuter avec quelques députés européens, ainsi qu’avec leurs collaborateurs et assistants.

Au détour d’une conversation autour du débat sur le droit d’auteur et des problèmes de communication au sein des deux « camps », l’un d’entre eux — dont je tairai bien sûr le nom — m’a expliqué une chose qui m’a à la fois terrifié et fait sourire (je vous laisse imaginer ma tête) : internet effraie beaucoup d’élus — non seulement internet, mais aussi et surtout la perméabilité gigantesque de ce média aux shitstorms, aux avalanches de merde, aux cascades de protestations et aux pétitions en ligne.

Et pendant que j’enfilais des baskets pour me débarrasser de ces chaussures strictes qui m’avaient bouffé les pieds toute le journée, j’ai essayé d’expliquer que oui, ça peut être impressionnant, mais ce n’est pas parce que deux cents personnes retweetent un message contrarié ou inondent un député de quelques dizaines de mails que c’est forcément représentatif d’une opinion nationale. Le collaborateur entendait mon message, il le partageait même, mais il a poursuivi. « Ça leur fait peur. » En gros, quelques tweets et quelques mails et ils ont l’impression que le monde entier les scrute à la loupe et tend sur eux le gros doigt gras de l’accusation.

C’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Mauvaise parce que ça veut dire que quelque part, leur sens des réalités est biaisé (mais ce n’est pas nouveau). Penser que Twitter représente autre chose que l’opinion de ses quelques centaines de millions de membres (dont la plupart se contrefichent de politique), c’est faire un diagnostic erroné. En vérité, et c’est bien triste, la plupart des citoyens se contrefichent de ce qui se décide dans les différents parlements tant que ça ne vient pas égratigner leur morale ou sonder leur porte-monnaie. Twitter (et les réseaux sociaux en général) sont une caisse de résonance. C’est bruyant, mais ça ne représente pas beaucoup plus de choses que le bruit en lui-même.

Mais c’est aussi une bonne nouvelle. Parce que ça veut dire que quelques dizaines d’internautes, une poignée de blogueurs, quelques retweeteurs maniaques peuvent faire bouger la ligne de front. En tant qu’utilisateurs d’internet, nous avons un pouvoir. Un pouvoir moral, sur eux. Un article de blog suffit à les faire vaciller sur leurs positions. Un tweet suffisamment diffusé peut les plonger dans l’indécision, dans le doute.

Nous avons un pouvoir, et un pouvoir implique des responsabilités. Il ne s’agirait pas de les prendre à la légère.

1 pensée sur “Le shitstorm, ça fonctionne”

  1. Oui et ça explique aussi pourquoi les politiciens ont peur d’internet et font tout pour le bloquer (ce qui est une moins bonne nouvelle ;-))
    Et j’en profite pour te remercier pour tes articles que j’apprécie particulièrement !

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