Le piège sucré des réseaux sociaux… mal employés

 

Nous sommes nombreux à avoir un compte Facebook. Quelques autres ont un compte Twitter, et une proportion non négligeable de la population est équipée des deux. Les réseaux sociaux font partie de notre quotidien : nous les utilisons presque chaque jour et nous nous en servons pour rester en contact avec nos proches et nos amis, pour dénicher de nouvelles opportunités, nous amuser et nous informer. Grâce à ces services, le monde est devenu plus petit. Il s’est aussi accéléré et de nombreux articles — dont je ne vais pas me faire le perroquet — soulèvent l’addiction qu’ils peuvent susciter. Oh, si, allez, juste un peu.

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Est-ce que vous saviez cela ? Des chercheurs ont déterminé que de l’endorphine était sécrétée à chaque fois qu’une nouvelle notification apparaissait sur notre barre d’actualité. Chaque fois que nous sommes cités dans un tweet, chaque fois qu’un nouveau message apparait dans notre boîte mail, chaque fois qu’on nous poke sur Facebook, en fait chaque fois que quelque chose nous impliquant directement fait irruption sur notre smartphone ou notre ordinateur, notre cerveau délivre une décharge d’hormones. C’est en cela que nous devenons des junkies des réseaux sociaux : nos cerveaux se dopent à la surprise, à la notification, au poke.

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Bonjour. Je m’appelle Neil Jomunsi et il m’est arrivé d’être addict aux réseaux sociaux. Peut-être cela peut-il encore se reproduire, parfois.

Je suis accro par phases : lorsqu’il m’arrive — c’est de moins en moins le cas — de m’ennuyer, je suis capable de rafraîchir dix fois ma boîte de réception ou ma page Facebook, histoire de voir si quelque chose de nouveau s’est produit, si quelqu’un a pensé à moi, si j’ai des amis. Ces moments, s’ils déclenchent d’abord une certaine frénésie, dérivent rapidement vers l’apathie, puis la déprime lorsqu’il ne se passe rien. Alors c’est le gouffre.

Ce phénomène d’addiction s’est ensuite manifesté par une espèce de gêne dans mon index droit, comme un genre de cal ou d’ampoule. J’ai compris rapidement qu’il s’agissait du doigt qui soutenait mon smartphone lorsque, du pouce, je rafraîchissais le flux des nouvelles. Ça devenait absurde.

J’ai donc pris des mesures draconiennes pour éviter de sombrer dans l’addiction totale et mener à bien mon Projet quoi qu’il arrive. Je ne peux pas me payer le luxe de vérifier en temps réel — même si c’est tentant — l’impact de chaque tweet, de chaque statut Facebook, de chaque newsletter envoyée. Je n’en ai tout simplement pas le temps.

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D’abord, j’ai coupé toutes les notifications de mon téléphone portable : ne me parviennent que les SMS et les appels téléphoniques. Tout ce qui est message privé sur Facebook, citation sur Twitter, etc, ne déclenche plus de vibrations ou de popup lumineuse. Bien sûr, c’était valorisant de voir mon téléphone se mettre à danser la samba à chaque fois que je postais quelque chose sur le net. Mais lorsque la déferlante se brisait sur les rochers, alors je perdais mon temps à attendre qu’elle reprenne, comme une réplique après une secousse sismique.

Ensuite, j’ai désactivé les commentaires sur mon blog personnel. Que l’on s’entende, j’aime passionnément vos commentaires, surtout quand ils sont élogieux. Bien sûr il y a les critiques, quelquefois les insultes, mais il y a un débat qui peut — quelquefois — être intéressant.

Mais si les commentaires sont valorisants, leur absence est beaucoup plus difficile à gérer. En fait, elle est carrément terrible. D’un coup, on imagine parler dans le vide (ce que l’on fait aussi très certainement quelquefois). J’ai pourtant laissé les commentaires actifs sur le blog du Projet Bradbury : il s’agit d’un site aimablement hébergé par Actualitté dont je ne saurai modifier le fonctionnement.

Mais il n’y a pas que les commentaires de blog : il y a aussi les statuts Facebook, les tweets et tout le reste. L’absence de réponse met alors mes nerfs à rude épreuve, et je ne doute pas que vous êtes nombreux dans mon cas, à poster une vidéo sur Facebook en espérant qu’elle déclenche l’hilarité générale et un nombre de Like digne du Livre des Records. Je ne peux pas couper les commentaires ni les partages sur Facebook, et ils sont d’ailleurs absolument indispensables pour que le Projet Bradbury prenne de l’ampleur. J’essaye simplement d’y faire moins attention. Je ne dis pas que c’est facile. Mais juste un peu moins.

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La frustration que génèrent les réseaux sociaux est peut-être supérieure au plaisir et au bénéfice que nous pouvons en tirer, lorsque nous les utilisons mal. Je ne prétends donc pas avoir de solution : il existe autant d’expériences que d’individus. En ce qui me concerne, j’essaie d’avoir une utilisation modérée des réseaux sociaux.

J’imagine — et spécialement lorsque l’on est auteur autopublié et que l’on doit soi-même gérer tous les aspects de sa promotion — que les réseaux doivent forcément occuper une place importante dans la communication. C’est, comme on dit, un mal nécessaire. Mais je ne veux pas non plus que mon compte Twitter se transforme en répéteur professionnel, uniquement là pour asséner à coups de massue une promo sans cesse rabâchée. Il est vraiment difficile de trouver le juste milieu. Car le risque qui guette, c’est de penser que l’impact sur les réseaux sociaux est comparable à l’impact que peut susciter notre prose. Il ne faudrait pas devenir esclave de l’image que nous renvoient ces formidables outils… et finir par en oublier d’écrire.

Comme le disait Neil Gaiman :

« J’ai compris qu’il y avait un problème le jour où je suis devenu quelqu’un dont le travail était de répondre à des mails, des tweets, et qui n’écrivait que comme s’il s’agissait d’un hobby. »

Depuis, l’auteur de Neverwhere et de Coraline a fait le voeu pieux de moins se consacrer au net, et davantage à son écriture. Il y a sans doute une leçon à tirer de son expérience.

Le réseau social peut vous envahir progressif : il peut rogner petit à petit sur notre temps pour finir par le grignoter entièrement, sans que l’on s’en soit rendu compte. Il s’agit donc d’utiliser ces formidables outils non pas comme des interfaces de matraquage promotionnel ou comme des miroirs forcément déformants, mais comme une exceptionnelle passerelle entre l’auteur et son lecteur, qui peuvent désormais échanger sans autre intermédiaire.

Crédits photo : Bandeau par Images of Money,
Perroquet par LonhHornDave,
Pilules par epSos.de,
Funny Smartphone par Jacob Botter,
Like par Sean McEntee