La professionnalisation du métier d’écrivain est-elle en train de tuer la littérature ?

Ne me regardez pas avec ces yeux-là : ce n’est pas moi qui le dis, mais Horace Engdahl, membre respectable et probablement respecté de l’Académie suédoise et du comité Nobel. À l’occasion d’un long entretien accordé au journal La Croix, ce sémillant thuriféraire de la VL (Vraie Littérature, je rappelle pour ceux qui n’auraient pas suivi) nous rappelle à quel point celle-ci est en danger de mort et combien il serait judicieux de nous préoccuper de sa conservation (dans le formol, ça tient plus longtemps).

“Il y a actuellement une forme de sclérose de la création littéraire telle qu’elle se fait et surtout telle qu’elle est relayée en Occident. On constate les effets pervers de la professionnalisation du métier d’écrivain dans certains pays, lié aux systèmes de bourses et de soutiens financiers. Même si je comprends cette tentation, je pense que cela coupe le plus souvent les auteurs de la société civile, et que cela crée un lien malsain avec les institutions.”

“Autrefois les écrivains travaillaient comme taxis, commis, secrétaires ou serveurs pour gagner leur vie. Samuel Beckett et tant d’autres ont vécu ainsi. C’était dur mais ils se nourrissaient littérairement. J’ai vu cette transformation tout au long de ma vie. C’est de notre côté occidental qu’il y a un problème, car en lisant de nombreux écrivains d’Asie ou d’Afrique, on retrouve une certaine liberté. Mais ce développement occidental s’étend rapidement avec la mondialisation, et peut-être que dans dix ou vingt ans aucun territoire n’y échappera.”

Loin de moi l’idée de penser qu’un auteur doit absolument vivre de son travail. Ce n’est pas une obligation, d’ailleurs personne n’oblige personne à faire quoi que ce soit, à commencer par lire. C’est seulement une possibilité, une option, à laquelle du reste les principaux concernés ne sont rarement en mesure d’opter de leur propre chef : en fonction du succès de leurs oeuvres, des relais des médias, de la force de travail aussi (mieux vaut publier beaucoup que peu si l’on souhaite un tant soit peu vivre de son stylo-bille), on rencontrera différents niveaux de rémunération, du rien-du-tout-tu-devrais-déjà-être-content-d’être-publié-dans-cette-anthologie-à-40-exemplaires-et-d’être-payé-en-timbres-poste à l’avance confortable à six chiffres dont seuls les plus hauts gradés de l’édition peuvent se prévaloir, adaptations cinématographiques et fauteuil réservé au Grand Journal à l’appui.

Néanmoins, s’il est une chose sur laquelle on peut s’accorder, c’est que peu de gens vivent de l’écriture. En fait, ils sont une minorité, une infime minorité. Et dans ces conditions, je vois mal comment on peut parler de professionnalisation quand ceux qui en vivent sont des exceptions.

Alors oui, bien sûr, des bourses d’écriture sont quelquefois allouées à certains chanceux. Quand je dis chanceux, je parle de cette catégorie de nantis qui auraient déjà publié un livre à compte d’éditeur (ce qui, on le rappelle, donne automatiquement le droit de percevoir des à-valoir pharaoniques pouvant atteindre la somme de 3000€ pour les plus chanceux… pour un an de boulot, ça fait quand même du 250€/mois, les gars, sortez le champagne). Ces bourses sont, comme chacun le sait, un moyen facile pour ces auteurs nantis (pensez, ils touchent déjà presque l’équivalent du RSA) de perpétuer leur train de vie fastueux et dépensier, j’en ai même vu un prendre un dessert au restaurant, une fois. Pire, les résidences d’écriture, où l’on dispense à ces aristocrates des lettres le gîte et le couvert. Comme s’ils ne pouvaient pas se payer une tente Quetchua tous seuls, ces privilégiés…

Vassar party

Heureusement, la majorité silencieuse des auteurs est bien loin de ce faste. Elle se contente de boulots à mi-temps dans des call-centers, répond à vos questions derrière un comptoir de la Fnac ou s’abîme les yeux sur un écran d’ordinateur huit heures d’affilée pour se payer le droit de rallumer son portable après le dîner, éreintée et vide, et d’avancer sur cette fichue nouvelle qui traîne depuis des mois. Ces auteurs du civil, ces non-professionnels, ont l’amour du travail bien fait et de la littérature sans compromis. Ils ne craignent pas de se salir les mains dans le cambouis de l’existence — d’où ils tirent leur douleur et, par extension, leur inspiration. Car à cette seule condition produiront-ils des oeuvres dignes de porter ce nom. Ces chevaliers blancs n’entretiennent aucun lien malsain avec les institutions : au contraire, ils font fi des profiteurs qui prétendent sans vergogne à la postérité littéraire en se gavant sur le dos de leurs mécènes et qui n’hésitent jamais — vampires ! — à reprendre deux fois des pâtes à la tomate au dîner.

En littérature, une seule catégorie sociale a le droit de prétendre à gagner sa vie avec des mots : les éditeurs. Bon, tous ceux qui travaillent dans les maisons d’édition aussi. D’accord, les imprimeurs également. Et puis les distributeurs, les diffuseurs, les libraires, ok. Les journalistes littéraires aussi, après tout ils ont fait des études, c’est normal. Les professionnels des prix littéraires aussi, comme le Nobel, ont aussi le droit de prétendre vivre de leur amour des livres, c’est bien normal, question de courtoisie.

Mais que les auteurs puissent envisager vivre des livres qu’ils écrivent et qui font travailler tous ces gens ! Vous n’y pensez pas… et puis quoi encore ?! Il ne manquerait plus qu’ils gagnent leur vie avec. Et puis que feraient-ils avec tout cet argent ? Les connaissant, ils s’achèteraient de nouvelles chaussures pour remplacer leurs bonnes vieilles baskets trouées, qui ont pourtant le mérite de leur filer un rhume en hiver, leur permettant ainsi d’expérimenter le nez bouché et la gorge enrouée : ainsi dans l’affliction trouvent-ils, l’écharpe flottant au vent mauvais, l’inspiration nécessaire à la production de leur prochain chef-d’oeuvre. Imaginez un monde où tous les auteurs pourraient payer leur facture de chauffage ! Adieu Faulkner, Hemingway et Flaubert : ce serait la mort de la littérature, et personne n’a envie de faire pleurer Horace Engdahl.

L’Enfer littéraire est pavé de bonnes intentions.

10 pensées sur “La professionnalisation du métier d’écrivain est-elle en train de tuer la littérature ?”

  1. Cela étant dit, on peut se demander s’il n’y a pas une différence fondamentale entre celui qui se tourne vers le « métier » d’écrivain de façon totalement rationnelle, comme d’autres décident de devenir programmeur javascript ou plombier, et celui n’y pense pas une seconde, et dont l’écriture est une excroissance non maîtrisée de sa propre vie. On peut se demander donc s’il n’y a pas une différence entre celui qui considère l’écriture comme un métier ou un artisanat, qui y entre par choix (sans doute par affinité avec la littérature, mais disons que cette personne aurait également pu être chercheur ou commercial, et n’aurait alors plus fait que penser de temps en temps à l’écriture, comme un hobby), et celui qui écrit « à côté de sa vie », exactement comme Séraphine de Senlis peignait le soir dans sa chambre, parce que ça lui sortait du corps, et sans jamais envisager que ça puisse être ni artisanat ni métier, ni même que ça ait une quelconque valeur. Ce sont deux façons d’aborder la même activité, mais par des portes opposées. Je me demande si ça ne change pas quelque chose d’essentiel. A vrai dire, je ne pense pas que la « professionnalisation de l’écriture » (c’est à dire ce fait de s’orienter vers l’écriture parce que c’est un métier comme un autre) risque de tuer la littérature, mais peut-être que si on cherche des artistes (et non pas seulement des écrivains compétents), il vaut mieux chercher parmi la seconde catégorie.

    Ca rigole pas mal sur Internet à propos du « mythe de l’écrivain maudit » ou de l’artiste maudit. Mais ce n’est pas un mythe si stupide. L’artiste maudit n’est pas maudit parce qu’il ne parvient pas à vivre de son art, il est maudit parce qu’il n’est pas heureux, et le fait d’écrire est un symptôme de son malaise. Il essaie de combler un vide dans sa vie par une activité périphérique et personnelle (je fais partie de ces cons qui pensent qu’on n’écrit pas si on est pleinement heureux ; à la limite, si on est heureux, on choisit de faire le métier d’écrivain). Il y a un univers entier entre celui qui entre dans la littérature par ce biais, et celui qui aime bien ça et décide d’en faire un métier. Au final ils font la même chose, mais le moteur est différent.

    On se demandera donc quelle est la différence entre un artisan et un artiste, et si finalement, l’artiste n’est pas juste un artisan très persévérant et très expérimenté. Il y a d’ailleurs une tendance générale en ce début de siècle, à l’amour de l’artisanat et au rejet de l’art, parce que l’art est considéré comme une arnaque d’aristocrates. Peut-être. Mais peut-être aussi que notre tendance moderne à ne plus supporter l’irrationnel nous induit en erreur. Peut-être que la technique aide, mais que le feu intérieur fait la différence, et peut-être que n’importe qui de très travailleur et original n’aurait pas pu être Shakespeare ou Bach, au contraire de ce que Bach prétendait naïvement (« J’ai beaucoup travaillé », disait-il, « et quiconque travaillera comme moi pourra faire ce que j’ai fait ».) Peut-être que nous ne sommes pas des machines.

    (à propos de Bach, cette phrase d’Albert Cohen vient de me revenir, et elle éclaire la citation que je viens de faire ; Cohen, qui n’aimait pas la musique de Bach, disait de lui : « c’est un ordinateur, très sophistiqué, avec beaucoup de fonctions, mais un ordinateur » - effectivement, s’il suffit de travailler, nous produisons sans doute des oeuvres d’ordinateurs)

  2. @Julien : Mais là encore, tu fais une dichotomie. Pourquoi quelqu’un qui « transpire l’art par tous les pores », l’artiste maudit dont tu parles, ne pourrait pas vouloir en faire un métier ? Est-ce donc si inconcevable ? Pourquoi quelqu’un qui aurait le feu sacré n’en profiterait pas pour arrêter son travail au McDo ? Picasso, Dali, Warhol, avaient conscience de la valeur commerciale de leur art, jusqu’à s’en moquer même. Je ne comprends pas ce besoin d’opposer, comme si les « vrais » artistes se reconnaissaient à la manière dont ils sont plus malheureux que les autres ou à leur régime alimentaire à base de pain rassi. Pour moi ce sont des poncifs romantiques, du même genre que le politique qui n’agit que par amour du bien commun : posture, scénarisation, pantomime. Des piédestaux tombent, oui, et internet ne rend cela que plus facile et c’est une bonne chose. Mais pour moi, cette opposition systématique est mortifère.

  3. Je me suis mal fait comprendre, je suis parti trop loin. Ce que je voulais dire, c’est qu’à mon avis, ce membre du comité Nobel parlait de professionnalisation de la littérature dans le sens que j’ai utilisé, et non dans celui qui sous-entend « vivre de son activité ». Souffleur de verre est une profession, il n’est pas pour autant facile d’en vivre. Pour me répéter, je pense qu’il entend professionnalisation dans le sens de cette différence de « point de départ » : on professionnalise la littérature quand on se met à écrire parce que elle est un métier, et non en dehors de toute considération, non parce que c’est quelque chose d’irrationnel.

    Seulement, par dramatisation, cet homme a généralisé, et imaginé que ces efforts pour faire de l’écriture une profession « avant tout » allait tuer la littérature ; ce qui est absurde. Si par littérature on entend l’écriture en général, il n’y a aucun risque. Et si on utilise ce mot pour dire « art » (ce qui n’est pas la même chose, à mon avis), peut-être en effet qu’il y aura moins d’artistes chez les professionnels de la profession que chez les barjos. Mais on pourra professionnaliser tant qu’on veut ; il y aura toujours des barjos.

  4. Ce monsieur avait peut-être en vue le milieu littéraire ou la « république des lettres » quand il parlait de professionnalisation : ceux qui tournent entre l’édition, la critique, l’écriture, et qui hantent les jurys, les prix, les académies… Le milieu littéraire et ses intrigues devient leur monde, les dessèchent… Je comparerais avec la politique : ceux qui choisissent de faire carrière dans un parti, gravissent peu à peu les échelons en suivant un mentor dans différents cabinet, mènent-ils au final une politique aussi imaginative, aussi utile, que ceux qui ont milité, se sont engagés, à côté de leur vie professionnelle, sans rien attendre, et nourris par leur expérience dans d’autres secteurs de la société ?
    Cependant, pour répondre à Halv, je ne pense pas que la distinction opérée par l’académicien du Nobel recoupe celle entre l’artisanat et la création puisant dans l’irrationnel, la souffrance…, ni qu’il fasse sens de séparer ainsi les esprits d’ Apollon et de Dionysos. Un artiste - quelle que soit par ailleurs sa situation sociale - se coltine les deux : il crée (pardon pour ce mot pompeux!) avec le chaos, et ce chaos il le met en forme, avec oui du travail et du métier.

  5. Le texte de Neil est très bien.
    J’ajoute quelques mots.
    Difficile de débattre de ces questions : l’art (comme la sexualité) met en jeu des représentations intimes, mais on fait si bien semblant de parler objectivement.
    Les propos de l’académicien sont problématiques pour pas mal de raisons. Le classique « c’était mieux avant », la cécité concernant la littérature actuelle (j’image qu’il ne lit pas de SF ou de genre, tiens), mais surtout cette vision :
    « Autrefois les écrivains travaillaient comme taxis, commis, secrétaires ou serveurs pour gagner leur vie. Samuel Beckett et tant d’autres ont vécu ainsi. »
    Beckett chauffeur de taxi, vraiment ? Il a été assistant, traducteur, il a donné des cours, mais il a surtout été entretenu par Suzanne, sa femme.
    Tout ce romantisme de paquotille fait chier. Vraiment. Cet éloge de la précarité venant d’un mec qui vit dans un grand confort matériel me met en colère. C’est une vision historiquement fausse. Peut-être que des artistes y trouvent leur compte : avoir un job et faire leur art le soir et le week end. En réalité, la plupart en souffre. C’est épuisant. Ça détruit. Voilà encore on pousse dans la direction de l’artiste maudit, souffrant etc.
    On se bat pour nos droits, et là un mec vient dire : prenez un autre métier. Il aurait pu dire « payez mieux les écrivains, défendez-les ». Mais non, il va dans le sens du courant, du pouvoir (c’est le rêve de pas mal de groupes d’édition : que les écrivains ne réclament plus de droits d’auteur et aient un métier à côté).

    Tout est possible en matière d’art. Monet vivait de la vente de ses tableaux, Hitchcock du succès de ses films, Jack London de ses ventes de livre. Au contraire, Kafka avait un métier de bureau. Autre cas : Cézanne était rentier. Tout est possible. Il n’y a pas de vérité, pas de pureté, pas de bonne manière. C’est sans doute ça qui est troublant et excitant : il n’y a pas de cursus d’artiste (ensuite un rapport intranquille au monde est une cosntante).
    Laissez-vous la liberté d’accueillir cette diversité. C’est une bonne chose.
    Ce qui menace la littérature aujourd’hui c’est le manque de curiosité, les frontières entre genres (highbrow et lowbrow) , la précarité des écrivains, le mépris, le passéisme, l’institutionnalisation d’une littérature (et son utilisation à l’école comme outil de sanction), l’industrialistion du monde du livre (grands groupes, grandes chaînes etc), un monde du travail abrutissant et épuisant et qui laisse peu d’énergie aux lecteurs…

    Sur le mot métier. Il faut entendre ce mot dans toute sa polysémie.
    Ma définition du mot « métier » sera sans doute différente de celle de quelqu’un d’autre. C’est un peu le drame du langage : on entend les mots des autres avec nos mots. « art », « artisanat », « métier », « professionnel », « amateur » etc, peuvent recouvrir des réalités similaires. Je cite ces exemples car ce sont des mots qui sont apparus dans des discussions avec des amis : nous avions tous notre mot différent pour nous définir, mais notre conception de notre condition était en fait similaire. Éternel malentendu.

    Enfin, pour écrire, pour être artiste plus généralement, il faut forcément autre chose que l’envie de se lancer dans un métier, parce qu’il y a tellement d’obstacles… Ce n’est pas un choix raisonnable, au sens où ambitionner d’être comptable est raisonnable. Une grande passion/folie est nécessaire pour foncer tête baissée dans cette aventure.
    Mais attention : des buts a priori pas très nobles (désir de gagner de devenir riche et célèbre, désir de reconnaissance etc) combinés à une passion pour un art peuvent donner de grandes œuvres d’art.
    La remarque de Cohen sur Bach est très bête. Effectivement si on ne ressent pas le tragique, la sensibilité, la beauté de Bach, alors on ne parle pas de la même chose.

  6. Bravo, Neil, pour cet excellent billet.
    Art ou artisanat, peu importe : l’auteur doit bien bouffer. Tu as raison de dénoncer l’image romantique de l’auteur, dont on ne parvient décidément pas à débarrasser les esprits abrutis par l’enseignement scolaire de la littérature.
    Problème : on passe tous par là, on croit donc dur comme fer aux poncifs de Lagarde & Michard (la vie de l’artiste importe pour comprendre sa création ; plus il a souffert, plus il peut exprimer la beauté ; le confort nuit à la création…).
    Contrairement à ce que gagatise le compatriote d’Ikea, tout auteur qui écrit aujourd’hui doit s’inventer une manière de financer sa pratique artistique. S’il gagne sa vie en écrivant, franchement, c’est beaucoup mieux qu’en vendant des armes. Désolé, tout le monde n’a pas droit au traitement médiatique de Rimbaud 😉

  7. « La remarque de Cohen sur Bach est très bête. Effectivement si on ne ressent pas le tragique, la sensibilité, la beauté de Bach, alors on ne parle pas de la même chose. »

    Bon, c’est hors sujet mais je ne trouve pas que ce soit une remarque bête. Je ne suis pas d’accord avec lui, mais je comprends ce qu’il veut dire (et je le comprends d’autant mieux que Cohen était un amoureux de l’humanité et préférait Beethoven, ce qui colle tout à fait avec sa vision du monde). La musique de Bach est quelques fois si parfaite qu’elle est inaccessible, on a l’impression de contempler le cosmos terrifiant, les immensités stellaires. Ce côté parfait éclate de façon nette quand on entend les versions de ses oeuvres transcrites par Wendy Carlos sur synthé Moog : ça donne quelque chose de sidérant, très mathématique. Parfait au point d’être inhumain. Moi qui suis désespérément athée, la musique de Bach m’a plusieurs fois fait trembler d’une angoisse sacrée.

    Evidemment, je ne peux pas mettre tout Bach dans le même panier (certains choeurs des passions sont à pleurer d’humanité), mais je vois très bien ce qui ne plaisait pas à Cohen.

    A l’inverse, Cioran disait que Beethoven n’avait aucun sens du sacré, que sa Missa Solemnis n’avait aucun intérêt, et qu’il n’était rien à côté de Bach. Ce que je peux très bien comprendre aussi. Ce sont deux conceptions de l’art qui s’affrontent, je crois, et aucune n’est totalement vraie ou fausse.

  8. La consécration de la littérature au titre d‘« art » me dérange. Car ce n’est pas à l’auteur de définir si ce qu’il produit est « grand » ou « pas ». Se déclarer comme professionnel ne lui donnera pas du talent, mais ne lui en ôtera pas. La vraie question est plutôt de savoir si la quantité de travail (non pas celle de l’auteur) mais celle de l’apprentissage de l’écriture est préjudiciable à une oeuvre ou pas ?. Si elle n’aboutit pas à une forme d’uniformisation de l’écriture à travers des règles formelles et reconductibles, nuisibles à la créativité ? Les fameux « ateliers » d’écriture si répandus aux US, formatent la structure d’un roman et l’utilisation de vocabulaire spécifique . On ne peut nier leur efficacité auprès du grand public, les « Tatiana de Rosnay et autres Katherin Pancol » viennent de la. Mais « leur » professionnalisation par ces biais ne dit pas qu’elles auraient plus de talents sans cela, qu’elles auraient produit de la meilleure ou grande littérature.
    Imaginez Celine en Atelier d’écriture!

  9. Non mais arrêtez avec Céline, là, tous ! Le sujet de l’article n’a rien à voir avec la « Bonne et Vraie Littérature ». Je parle de conditions de travail.

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