Journal, #4 (février 2019)

24 février

La liste des auteurs et autrices qui enseignent à l’école d’écriture Les Mots me laisse perplexe. Déjà, par son principe, je ne sais pas trop quoi penser d’une telle école. Ce n’est pas tant que les prix soient élevés – les forfaits peuvent sembler chers, mais rapporté au nombre d’heures, ce n’est pas tant que ça – que d’imaginer ce que l’on peut se raconter sur l’écriture en autant d’heures. Je serais bien ennuyé d’animer un tel atelier. Par exemple, que pourrais-je bien trouver à dire sur l’exposition en littérature pendant une vingtaine d’heures ? Il y aurait toujours la possibilité de multiplier les cas de figure et de passer son temps à lire des extraits à haute voix, mais je ne crois pas que ce soit ce que les aspirants écrivains viennent chercher là-bas. On peut aussi faire écrire les participants – après tout, ils sont là pour apprendre à le faire… mais dans ce cas, autant qu’ils le fassent chez eux.

Tout ça pour dire que c’est un savoir qui à mon sens reste difficilement transmissible et repose principalement sur des expériences personnelles (et artistiques) qui peuvent difficilement être reproduites en tant que recettes. Bien sûr, il y a des « trucs », mais on a plus vite fait de les dévoiler dans une vidéo de 10 minutes ou dans un podcast, ou de créer des cours à la fac, pour qu’un grand nombre puisse en profiter (tout le monde n’a pas les moyens de sortir 400€ pour un cours d’écriture et de vivre à Paris – il y a presque un côté pérennisation de la bourgeoisie littéraire là-dedans, c’est tout le contraire d’une université populaire).

Face à la paupérisation générale des artistes, j’ai parfois l’impression qu’on cherche à multiplier les moyens de rémunération supplémentaires plutôt que de se battre pour améliorer les existants. On fait payer les riches, quoi. Aussi, je me demande si, en s’inscrivant à de tels cours donnés par des artistes aussi honorables que prestigieux, on ne cherche pas soi-même à se procurer une part de leur légitimité, par porosité. Parce qu’au fond, je crois qu’on ne se sent jamais vraiment légitime en tant qu’artiste.


25 février

Et voilà, il fallait bien que ça arrive : la machine à laver vient de nous lâcher. Comme c’est la quatrième fois que nous sommes confrontés à une défaillance sur cet appareil, hors de question de le faire réparer à nouveau. Il va donc falloir investir dans une nouvelle machine… C’est vrai, quoi, après tout, ce n’est pas comme si nous avions d’autres dépenses à faire… Pourquoi faut-il toujours que le moindre argent mis de côté passe dans des dépenses décevantes ?


Je n’ai jamais dit que je ne raconterais que des choses intéressantes dans ce journal.


27 février

Ça faisait longtemps que je n’avais pas lu de manuscrits. Je ne sais pas si c’est moi qui suis devenu plus exigeant, mais j’ai le plus grand mal à trouver des textes qui soient même simplement potables : se respecter en tant qu’auteur, ça commence par se relire (et lire tout court, d’ailleurs). Je sais bien qu’il faut commencer quelque part, mais tout de même, certaines propositions me laissent bouche bée. Écrivain est-il un statut social si enviable qu’on veuille à tout prix publier quelque chose, y compris quelque chose d’illisible ?

Sans grande surprise, les rares textes qui retiennent mon attention sont des gens qui gravitent déjà dans le petit milieu de l’autoédition, et dont je sais qu’ils apportent un soin particulier à leurs textes. Autoédition ou pas, le boulot se voit.


Je lis le blog de Ploum, et j’apprends qu’après trois mois de déconnexion, durant lesquels il a, comme moi, tiré à boulet rouge sur les réseaux sociaux, il a en quelque sorte « replongé ». En même temps, il n’avait pas effacé ses comptes – c’était louche, héhé. Pourtant il avait l’air très remonté, et très motivé, et ses billets m’aidaient à me convaincre qu’une vie était possible en-dehors… mais visiblement, non. Le pouvoir d’attraction de ces plateformes est sans limite.

Si même lui n’y arrive pas, vais-je finir par re-craquer ?


28 février

La mode est au collaboratif : il faut faire des sites, produire des concepts, imaginer des modèles économiques, qui n’ont besoin que d’être lancés et techniquement maintenus… la foule des internautes se chargera du reste. À titre personnel, je trouve que ce genre de crowdsourcing a des limites – la foule ne peut pas tout. Viendra peut-être le temps où l’on reconnaîtra qu’il vaut mieux quatre ou cinq personnes très motivées et payées pour une tâche plutôt que de se reposer sur une masse d’utilisateurs anonymes et peu engagés. D’autant que souvent, ça finit par ne produire qu’une soupe de m****.


Je préfère terminer ce journal aujourd’hui, au dernier jour du mois, même s’il n’est pas très fourni. Je commencerai celui de mars demain.


❤️

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10 réflexions sur « Journal, #4 (février 2019) »

  1. Que tu parles de Ploum me fait penser au blog où j’avais appris son expérience de connexion : celui de Cyrille Borne, je ne sais pas si tu connais. Perso, j’adore lire son blog, je le trouve très addictif, et même quand je ne suis pas d’accord, il a le mérite d’avoir une opinion et de faire réfléchir… Tiens, là, par ex, il parle (entre autres) de ce phénomène de se vouloir « le Spotify/Netflix de x ou y », en quoi ce n’est pas forcément pertinent, car les média ne sont pas les mêmes… https://cyrille-borne.com/etonnant-non/

  2. Bonjour Neil ;-),
    Je vais rebondir que la panne de la machine à laver uniquement (le reste est très bien aussi, j’apprécie toujours autant).
    Il y a parfois des pannes « connues sur le web » et parfois des astuces. Dans votre cas, c’est peut-être plus grave, mais dans le doute, je partage ma propre expérience : un condensateur acheté avec un tout petit peu de matériel pour 4 € m’a permis d’éviter de changer la carte électronique complète de la chaudière pour 100 fois le prix. Je n’avais pas les compétences pour d’où venait le problème, mais l’Internet m’a aidé.

    Bon courage en tout cas !

  3. Merci Matth ! En l’occurrence, après l’avoir faite réparer déjà trois fois, c’est la poignée de la porte qui a cédé (au sens mécanique du terme). Donc bon…

  4. Coucou rapide ^^

    J’ai plein de choses à te dire, elles passeront par mail 😉

    Une question à propos des « Écoles d’écriture » : d’après ce que tu en dis, j’ai l’impression que le Mooc d’écriture créative de Cécile Duquenne prend le parfait contre-pied de Les Mots et que c’est plutôt comme elle qu’il faut faire (dans un esprit de partage, tout ça, même si elle a annoncé qu’elle aussi allait en faire une activité rémunératrice). Est-ce que tu as regardé ses vidéos ? Si oui, qu’est-ce que tu en penses ?

    (c’est tout pour le moment — presque : j’aime tout autant ton journal que celui de Thierry, même si le sien a l’avantage d’être beaucoup plus long :p — tu peux retourner à tes activités d’écrivain. Ou de papa. Ou les deux 😉

    Tchuss.

  5. En lisant une édition d’Asimov, j’ai pensé à ton blog :
    L’auteur dit qu’il a promit à son éditeur-ami de lui envoyer une nouvelle, mais… « il apparut que ce n’était pas une nouvelle. À ma grande surprise, j’écrivis un roman »

    Je ne sais pas précisément pourquoi ça m’a fait pensé à tes textes ou à ton journal, peut-être car la déconnexion amène le temps nécessaire pour se laisser aller à l’écriture « sans contraintes » / sans interruptions (notifications perturbatrices…)… Peut-être que j’y ai juste vu la ressemblance entre ton journal et le fait de commenter le contexte « autobiographique » lors de l’écriture de nouvelles… Dans tous les cas, j’ai bien aimé cette citation et l’esprit qu’elle dégage, j’espère que ce partage te fera plaisir car ça me semble bien parler d’une partie de ce qu’est « être auteur » 🙂

    / pour la source de la citation : ça vient de l’édition « Cher Jupiter » dans la collection Présence du futur (la traduction d’un recueil de nouvelles où I. Asimov a commenté/introduit chacune d’elles en racontant quel était le contexte, au niveau de sa vie personnelle, ses liens avec l’éditeur, etc.)

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