Internet des objets : une lettre du futur

Nous sommes en 2025, et l’époque est effrayante pour la vie privée. Cette nouvelle ère de technologie interactive qui a grandi en silence au début du 21ème siècle a tout désormais d’un organisme vivant qui resserre un peu plus fermement son étreinte sur nous chaque jour. Ce système n’était pas censé être hostile : il devait juste nous aider. Mais peu à peu, nous devenons les sujets d’un nouvel Ordre Technologique.

L’article suivant est la traduction d’un texte paru dans la publication “EDRi-gram 300, Digital Rights News from 2025”, éditée par la fondation European Digital Rights et publiée sous licence CC-BY-SA 4.0. Son auteur, Simon Davies, est à l’origine de nombreuses initiatives pour la protection des données personnelles et des droits des internautes. Depuis presque 30 ans, il conseille différents corps de métier, entreprises et gouvernements, et occupe actuellement le poste de directeur associé à la London School of Economics and Political Science. Ce texte est une œuvre de prospective, écrit dans le but d’imaginer à quoi ressemblerait la société connectée dans 10 ans.

Nous sommes en 2025, et l’époque est effrayante pour la vie privée. Cette nouvelle ère de technologie interactive qui a grandi en silence au début du 21ème siècle a tout désormais d’un organisme vivant qui resserre un peu plus fermement son étreinte sur nous chaque jour. Ce système n’était pas censé être hostile : il devait juste nous aider. Mais peu à peu, nous devenons les sujets d’un nouvel Ordre Technologique.

Cette évolution portait autrefois le nom d’“internet des objets”. Dans sa forme originelle, elle consistait simplement en un tas d’appareils à identification par radio-fréquences (RFID). Maintenant, c’est la nouvelle grille de données qui fait transiter plus d’informations que n’importe quelle plateforme dans l’Histoire — et elle s’est bâtie en moins d’une décennie.

Presque tous les objets sur Terre sont désormais équipés de capteurs qui interagissent avec l’écosystème numérique. Ces capteurs verrouillent souvent l’utilisation de vos appareils mobiles et pompent une quantité astronomique de données d’utilisation pour assurer votre sécurité.

La santé omniprésente et les contrôles de sûreté ont trouvé leur synergie dans la technologie. Même les emballages alimentaires sont désormais équipés de leurs propres capteurs, qui vous avertissent d’une date de consommation dépassée ou de possibles risques sanitaires encourus — que vous souhaitiez l’information ou non. Jamais l’idée du juge Brandeis du “droit à ce qu’on vous fiche la paix” n’a été plus d’actualité.

Les interfaces les plus complexes couvrent les activités à “hauts risques” comme l’utilisation de drogues, la consommation d’alcool, l’exercice physique, le sport et même certaines formes d’activités sexuelles. De plus en plus, la loi oblige que l’utilisation d’un objet soit conditionnée à l’identification de son utilisateur. Dans de nombreux pays, vous ne pouvez plus acheter une bouteille de whisky sans qu’un capteur vérifie votre identité.

Parce que la conduite automobile est généralement considérée comme une activité à risques, nous avons depuis longtemps abandonné l’idée d’une “route ouverte”. Tous les déplacements — sur la route et en dehors – sont minutieusement analysés, et dans de nombreux cas reliés à votre profil d’interactions parmi les autres activités considérées à risques comme la consommation d’alcool. Tous les véhicules — y compris les vélos — se transforment en engins de surveillance qui analysent et transmettent vos données en permanence. En effet, de nombreux objets d’usage courant sont désormais conçus comme des engins de surveillance perpétuelle : cette liste inclut par exemple les portes, fenêtres, vêtements, routes et toits.

Nous avions autrefois imaginé que cette communication entre les gens et leurs objets — tous les objets — pourrait se dérouler de façon anonyme. Et il y eut une brève période durant laquelle la vie privée fut possible. Mais l’écosystème sait désormais ce que vous cuisinez, où et avec qui vous vous trouvez, ce que vous faites, tout en y incluant les possibles dangers et variations dans ces schémas. C’est le nouveau contrat social.

Pour certains d’entre nous, l’aspect le plus perturbant de notre nouvelle vie réside dans le fait que de nombreuses personnes publient ouvertement ces informations — et pas seulement sur leurs propres réseaux, mais aux yeux du monde entier. L’entière divulgation est devenu la manière acceptée par tous de valider votre personnalité et son intégrité. Cette pleine divulgation est également devenue la meilleure façon de prouver votre crédibilité auprès d’employeurs potentiels, de futurs amis, d’assureurs, de banques, d’écoles et d’organisations commerciales.

Mais tout n’est pas si noir. Les sociétés prospères sont sans conteste plus sûres et plus ordonnées désormais, mais l’idée que des gens puissent jouir de la liberté de faire ce qui leur chante et qu’ils puissent contrôler ce que l’on sait d’eux a disparu. Mais tant que nous supposons cette société parfaite, peut-être n’avons-nous pas besoin de nous soucier du fait que la dissidence est devenue impossible et que notre communauté ne peut plus évoluer.

Bandeau : Micky Roth, Herzschlag 77 (via Flickr, CC-BY-NC)

2 réflexions sur « Internet des objets : une lettre du futur »

  1. Hum, c’est fort instructif.
    Je me souviens avoir lu une nouvelle policière quelque part sur Internet (peut-être sur ce site ?) où un avocat démontrait grâce aux données de géolocalisation et des métas données des objets connectés que l’accusé n’était pas coupable. (je ne sais plus quel était le crime).

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