Impressions de trajet

 

Quelques impressions de trajet écrites entre un avion, un train et une voiture. C’est un peu décousu mais ça illustre bien les dernières 24 heures.

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Mardi, 7:30, dans l’avion

Je déteste presque autant me lever tard que me lever trop tôt. D’ordinaire, je me réveille automatiquement sur les coups de huit heures pour me mettre au travail aux alentours de neuf heures. Mais quand, comme aujourd’hui, je dois faire l’effort de m’extraire du lit à cinq heures, avion low cost oblige, je sens qu’autour de moi se délitent les repères qui font que la journée peut se dérouler de façon convenable. Je suis quelqu’un d’assez pénible quand il s’agit d’horaires et de ponctualité : voyez par exemple, j’aime déjeuner à treize heures et dîner à vingt heures, faim ou pas. Modifiez cet emploi du temps et je ne manquerai pas de manifester une certaine irritation. J’ai besoin de huit heures de sommeil et quand, comme cette nuit, je ne dors que quatre heures, j’ai le sentiment de ne pas être au top de mes possibilités. De fait, j’en suis même sûr : j’ai fait tomber mon livre deux fois pendant l’heure qu’a duré le vol, un vieux Hemingway acheté d’occasion chez Gibert la semaine dernière et qui me fait me dire qu’il n’est pas bon de lire en numérique lorsqu’on est fatigué, rapport au prix des choses et à leur fragilité respective. Pourquoi les vols bon marché sont-ils toujours prévus à des horaires indécents ?

Après, se lever tôt a ses avantages. Par exemple les rues sont vides et l’avion relativement silencieux. Et puis passée une certaine heure, il y a une jolie vue depuis les nuages.

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J’aimerais avoir la force d’ écrire autre chose que quelques impressions pendant le vol, ça ferait toujours classe d’écrire une nouvelle dans l’avion, genre Pierre Loti ou Le Clézio, mais je suis tellement fatigué que j’ai à peine l’énergie d’appuyer sur les touches de l’écran tactile de l’iPad.

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Mardi 14:12

L’avion atterrit finalement. Une vieille dame me rote bruyamment aux oreilles depuis dix bonnes minutes, il était temps que ça s’arrête. Arrivée en France sous la pluie et les grèves de transports, il faut rallier Austerlitz depuis le terminal 2F à Charles de Gaulle. Dans le RER, une jeune touriste américaine est abordée par une femme qui souhaite à la fois exercer son anglais et modifier avant même son arrivée sur le sol parisien la vision que la jeune fille s’en fera. Traversant Saint-Denis, elle plaisante : « Ici, c’est pas vraiment la France. Plutôt l’Afrique. » Rire gêné de la touriste. Je me replonge dans la contemplation du paysage qui défile.

En arrivant à la gare, j’apprends qu’il n’y a pas de train pour Bourges. Résultat, escale à Orléans, puis par Vierzon où l’on vient me chercher pour m’emmener chez mes parents. Douze heures après mon départ, j’arrive enfin. Le chat est sur le canapé et me regarde d’un air bête. Pour ceux qui se souviennent de l’affaire Milton (l’animal avait disparu depuis quatre jours et nous étions presque persuadés que nous ne le reverrions jamais), voici à quoi ressemble la bête.

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Mercredi 15:00

Mais les longs trajets ont du bon : j’ai terminé la correction du premier jet du texte de la semaine prochaine, et j’ai aussi écrit la première mouture d’un texte pour un peu plus tard. J’ai même retrouvé, en rédigeant cet article sur mon iPad, un petit texte d’environ 10.000 signes racontant l’histoire « imaginée » d’Abdul Al-Hazred, que les amateurs de poulpes de l’espace connaissent bien. Je n’en ferai pas une nouvelle du Projet Bradbury, bien sûr, c’est trop court et puis ce n’est pas du jeu, mais les abonnés pourront en profiter quand j’aurai terminé de le corriger. Et puis… j’en ferai autre chose pour les autres, quelque chose de différent mais qui me trotte dans la tête depuis longtemps : une lecture à haute voix !

Crédits photo : Moi