Hollywood mis à nu : clichés volés et fascination morbide

 

Ce qui est bien avec internet, c’est qu’on n’a plus besoin d’allumer la télévision pour apprendre des nouvelles puantes : il suffit de regarder Twitter. Si vous avez regardé un écran aujourd’hui, que ce soit celui de votre smartphone, de votre ordinateur ou de votre téléviseur, il y a de bonnes chances pour que vous ayez entendu parler de ce piratage qui a fait beaucoup de bruit : des stars américaines telles que Jennifer Lawrence, Rihanna, Kirsten Dunst, Hayden Panettiere, j’en passe, ont eu la désagréable surprise de voir leur cloud  piraté et des photos intimes (du genre dénudées) publiées sur le net via 4chan. Outre l’évidente stupéfaction de voir un stockage en ligne supposément personnel pillé sans vergogne et les problèmes de sécurité manifestes que cela pose — que je laisserai aux experts —, cet anti-évènement  raconte quelque chose de bien plus sombre.

Bien sûr, ces photographies intimes (qui selon les commentateurs relèvent parfois de l’érotisme le plus cru, voire de la pornographie) n’auraient pas eu le même impact sur le petit peuple du net — et des médias en général — s’ils n’avaient pas montré ces starlettes nues. Il va sans dire également que les photos concernées ne montrent presque que des femmes. Dans un monde numérique où n’importe quelle image pornographique est à portée de clic, où en un clin d’oeil un flot ininterrompu d’images obscènes peut être déclenché à partir d’une simple recherche sur Google, les images de ces vedettes dans le plus simple appareil semblent déclencher chez certains (chez beaucoup) une fascination quasi-surnaturelle, comme s’il fallait prouver que oui, ces femmes ont comme toutes les autres des fesses et des seins, en tout point identiques à la plupart des autres fesses et des autres seins, déballage de chair dont la crudité n’a d’égal que l’ignominie de cette violation de la vie privée.

J’ignore ce qui fait que ces photographies ont davantage de « valeur » aux yeux de ceux qui les regardent que celles, par exemple, de leur cousine en maillot de bain ou de leur mère dans le plus simple appareil. C’est comme si, par l’agression manifeste que cette publication constitue, les pirates qui ont pillé ces dossiers et les internautes qui les ont relayés (même combat, même punition) prenaient possession de leurs victimes en les rabaissant, en les exhibant, en jouant avec leurs images comme on déshabille une poupée. L’industrie du divertissement a sans doute un rôle à ne pas négliger dans cette histoire : en construisant de toutes pièces des icônes intouchables à partir de personnes comme vous et moi — ni moins sensibles, ni plus sûres d’elles —, elle joue avec une frustration malsaine qui chez certains éveille des désirs supposément incontrôlables. Dégrader, salir, manipuler une image jugée trop lisse devient alors un jeu obscène où la curiosité n’est plus qu’un prétexte libidinal. Nous sommes des enfants cruels qui arrachent les pattes des insectes pour voir jusqu’où ils peuvent souffrir. De cette situation est né un paradigme où la nudité d’une femme devient un objectif, où cette nudité peut être monnayée et où elle peut faire l’objet de menace. On a parlé de clichés leakés (le même mot employé pour Wikileaks, par exemple), comme si cette nudité, au même titre que la vérité politique, nous était « due », mais non, ces clichés ont été volés, ils ont été arrachés à l’intimité des victimes… ils ne nous regardent pas et ne nous concerneront jamais.

Evidemment, je plains ces femmes dont les clichés ont été publiés. Elles sont, même dans leur détresse, utilisées comme des objets de satisfaction pulsionnelle. Cela en dit long sur la manière dont on considère les femmes dans la culture occidentale et nous avons beau jeu de critiquer les autres cultures au prétexte qu’elles avilissent leur image et leurs libertés. Nous n’avons aucune leçon à donner quand il s’agit de livrer aux vautours une vie privée sur laquelle nous n’avons aucun droit. Je plains aussi ce pauvre écosystème médiatique qui cherche à nous transformer en des voyeurs que nous ne voulons pas être pour faire la course au clic ou à l’audimat. Je plains aussi ces pirates qui, par appât du gain ou simplement parce que ce sont des obsédés frustrés, peut-être même les deux, cherchent à contaminer la planète entière avec leurs perversions. Notre monde parle aux pulsions, il s’adresse au (bas-)ventre et nous sommes quelquefois trop faible pour nous boucher les oreilles. Et là où la télévision s’étonne du manque de fiabilité d’iCloud, je m’étonne de notre propension à juger qu’à partir du moment où des personnalités sont publiques, elles nous appartiennent des pieds à la tête. Nous avons tué les dieux pour en créer de chair et d’os, et si les victimes de ce crime numérique ont subi quelque chose qu’elles ne méritaient pas, nous recevons peut-être le châtiment que nous méritons : vivre en médiocrité.

 

2 réflexions sur « Hollywood mis à nu : clichés volés et fascination morbide »

  1. Je trouve que le monde décline de jour en jour. Je pense que certains diront que ces femmes n’avaient qu’à pas faire ces photos mais après tout ce qui se passe et ce qu’elles font dans leurs vies privés ne regarde qu’elles. C’est comme si quelqu’un venait pirater notre ordinateur pour balancer sur la toile nos photos personnelles de vacances. C’est une véritable humiliation pour ces personnes et je trouve honteux que des gens se disent choqués par ces photos car comme je le disais plus haut c’est leur vie.
    je n’avais pas du tout vu ces infos sur le net, mais maintenant je suis au courant. Merci pour cet article.

  2. Merci pour cet article qui donne enfin un peu d’espoir en l’humanité.
    J’ai lu pas mal d’article sur le sujet et j’ai été totalement sidéré de voir qu’au lieu de s’attaquer aux véritables coupables, l’humanité s’est jetée sur la technologie qui a permis le délit.
    Qu’on retrouve sur le net des photos volées d’actrices nues ne choque personne.
    « Elles avaient qu’à pas se prendre en photos à poil ces sa..pe, c’est bien fait pour elles », jusqu’à la réaction de Kirsten Dunst, débile, qui accuse iCloud ou Dropbox peu importe.
    Ça me fait exactement penser à ses femmes qui se font violer, et dont on accuse la mini-jupe plutôt que le violeur.
    Sidérant de connerie.

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