Faut-il encore écrire des romans ?

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Chaque année à cette époque, le même spectacle dans les librairies : les opérations promo de l’été débarquent par cartons entiers. Des monceaux de livres de poche, des montagnes de « pour 2 achetés, 1 offert », des présentoirs préfabriqués et gavés, des sollicitations jusqu’à la nausée. L’été est une période propice à la lecture, a dit le grand sage qui se trouve également occuper un poste de directeur marketing à ses heures perdues. Et de tirer les manettes pour déverser le contenu des camions sur le seuil des boutiques. C’est comme ça que ça fonctionne, n’est-ce pas ? Le feu vert de l’été, prétexte à tous les rabais au rabais. Même le numérique s’y met, à la promo permanente, et de nous d’étouffer sous des livres aussitôt publiés aussitôt oubliés. C’est un spectacle qui m’est désagréable.

C’est peut-être un haut-le-cœur passager. Mais ce malaise me conforte dans l’idée que j’ai de moins en moins envie de participer à ce manège. Un roman, ce n’est pas grand-chose. Un grain de poussière. Mais ajoutés les uns aux autres, je vois ces grains de poussière comme le désert qui grignote lentement le continent. Pourquoi écrire encore des romans quand il y en a déjà tant qui ne seront jamais lus ? On me rétorquera que chaque roman trouvera son lecteur, qu’un roman peut déjà changer quelque chose dans la vie d’une seule personne et que c’est déjà beau. On me dira aussi qu’il faut continuer contre vents et marées, pour des questions de beauté et d’art qui m’échappent un peu. J’entends ces arguments, je les comprends, je les épaule parfois, mais c’est comme s’ils s’étaient usés en moi, comme si l’érosion avait fait son œuvre. Je voudrais y croire, mais ça ressemble trop à une vitrine, l’arbre dont on fait perdurer l’image pour cacher la forêt. La forêt est en plastique.

Invoquer l’art, c’est bien. C’est respectable, on m’a dit. C’est encore de l’art quand on l’imprime comme du prospectus ou du papier journal, qu’on le dévalue à l’infini et que chaque livre ressemble au précédent, n’ôte ni n’ajoute rien, raconte la même histoire encore et encore ? Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que plus les romans grouillent, moins j’ai envie d’en lire. C’est paradoxal, ok, mais chez moi l’argument de l’offre démultipliée qui permet à chaque lecteur de trouver lecture à son pied me laisse froid. Difficile de l’expliquer. Pourtant je suis certain que tous ces romans ou presque ont été écrits avec le cœur. Ils sont le fruit de la sueur et du sang. Et pourtant, ils m’indiffèrent. Dans une société où tout doit être prétexte à l’euphorie, à l’exaltation, je m’essouffle. Je veux du calme.

Faut-il encore écrire des romans ? La question est plutôt : « Y a-t-il encore des romans qui doivent être écrits ? » Et à cela je réponds que oui, bien sûr, il faut écrire des romans qui disent, qui parlent, qui s’interrogent. Qui racontent notre époque, qui la diront aux autres quand nous serons morts depuis longtemps.

Faut-il encore écrire pour seulement divertir ? Oui, sans doute, j’imagine : c’est une porte d’entrée – de sortie pour d’autres. Mais il faut bien comprendre que ce livre, s’il est publié, rejoindra la cohorte. Il se fondra dans la masse, celle qui seule est capable de maintenir à flots une industrie qui parfois ne croit plus en ce qu’elle fait. Ou peut-être est-ce simplement moi qui lui prête une intention qu’elle n’a plus depuis longtemps – celle de faire lire pour changer le monde, et pas seulement pour engranger les bénéfices en se nourrissant des rêves et des espoirs de la matière première à laquelle elle achète pour une bouchée de pain ses manuscrits.

Désormais, quand j’entre dans une librairie, et j’en visite souvent, plus que de raison sans doute, j’ai l’impression d’entrer sur un champ de bataille, ou plutôt dans un hôpital de guerre, au chevet des mourants. Nous ne sommes pas assez de médecins pour les sauver tous. Sélection naturelle, oui, ok. Ce n’est pas mon truc.

Soulever la question de la surproduction, c’est s’attirer certaines foudres. « Mais alors tu dis qu’il faudrait moins publier, et donc qu’il faudrait arrêter de publier certains auteurs ? C’est de la discrimination. » Notez bien la nuance : je dis qu’on publie trop, pas qu’il faudrait moins publier. La chaîne du livre fonctionne de telle manière que cette surproduction lui est devenue vitale. Sans elle, la chaîne s’effondre. Donc il ne faut justement pas moins publier si on veut faire perdurer le système. La question du trop-plein, c’est une question que nous avons à résoudre entre nous, entre auteurs et autrices. L’édition ne la résoudra pas pour nous, pas plus que la distribution ou la librairie. « Oui mais si on arrête d’envoyer nos manuscrits, d’autres le feront de toute façon. » Oui, mais on pourrait dire la même chose des emplois précaires. Cette question renvoie à d’autres beaucoup plus importantes : celles liées à nos habitudes, nos servitudes, notre paresse et notre immobilisme. Jusqu’où sommes-nous prêts à nous taire pour passer entre les gouttes ?

Faut-il encore écrire des romans ? Oui. Faut-il encore les publier, et dans ces conditions ? Oui, si on veut que la situation empire ou qu’au mieux rien ne change.

Bien entendu, à travers ces divagations, c’est surtout moi que j’aiguillonne : dois-je encore écrire des romans ? Je ne pose pas la question. Moi seul ai la réponse.

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10 réflexions sur « Faut-il encore écrire des romans ? »

  1. La question ne serait elle pas plus celle de la création en générale à l’heure de l’abondance/ et globalisation des marchés culturel. Tout le monde peut publier, mais se faire une place (avoir de la visibilité) au milieu de la cohue n’est pas chose aisé. Et pourtant c’est vital pour un artistes… Et à moins d’être innovant dans la bonne direction au bon moment, les chances sont faible.
    Je ne pense pas que ce soit le roman spécialement qui doit être remis en question, mais plus qu’on est juste trop à créer (ce qui en soit est une bonne chose d’un point de vue individuel) et que ça va s’amplifié (à moins qu’on s’entretue un peu entre temps).

  2. En fait, de façon plus générale (parce que, de mon point de vue, ce que tu décris est valable aussi dans la musique, le cinéma, les séries qui s’étirent sur 8 saisons alors qu’à la 4ème il fallait conclure), tu mets le doigt sur un phénomène que je ressens depuis longtemps sans réussir à le formaliser.

    Il me semble que la grande victoire du capitalisme mondialisé, cette espèce de Léviathan du commerce, c’est d’avoir fait passer la culture personnelle, le besoin d’élévation et d’intériorité, pour un divertissement. Le film qui te marque et te travaille au point que tu ne regardes plus rien d’autre pendant trois semaines, le livre qui se grave en toi et auquel tu penses pendant des années, qui tord et modifie ta vision du monde, c’est un truc d’ancien régime. Et puis ce n’est pas du tout rentable. La « culture » du XXIème siècle, ce n’est plus ça ; le sens du mot a glissé. La culture c’est LIRE DES TONNES DE LIVRES. C’est ALLER AU CINEMA EN MODE ILLIMITE, ÊTRE UN CINEVORE. C’est à dire que notre « désir éperdu de clarté, dont l’appel résonne au plus profond de l’homme » (Camus), n’a plus à être dompté par le lent travail intérieur qu’amorce le rapport aux oeuvres d’art, mais par le gavage. A force de bouffer, on va bien finir par ne plus avoir faim. Peu importe si on digère : on bâfre, tout part aux chiottes dans les heures qui suivent, et on se jette sur le burger suivant.

    Alors que ce beau mot de culture, à l’origine, désigne justement l’élévation permise par la digestion du « dehors » (un dehors mis en forme par les livres, par les films…) Or pour digérer, il faut du temps. Il faut bien mâcher avant d’avaler. Et ensuite seulement, on assimile les nutriments qui repoussent les cloisons intérieures. Les nourritures spirituelles : l’art a toujours été conçu comme ça, sauf aujourd’hui, où l’industrie a tenté de s’approprier sa spécificité… et y est en partie parvenue.

    Il faut résister, je crois, au sens que l’industrie (et les médias, et la politique, qui sont tous maqués) donne au mot « culture ». Acheter des DVD et participer à la #grosseOP, ce n’est pas de la culture. Au contraire, plus on cultive un véritable monde intérieur, plus notre rapport à l’existence est vaste et profond (et je crois que l’art a toujours eu ce rôle de connecteur), moins on a besoin d’aller à la Fnac et repartir avec une pile de vingt livres en promo pour l’été. L’intériorité est toxique pour le commerce, car elle est lente, calme et silencieuse : ce qu’il faut au monstre, ce sont des gens qui crèvent de faim, et qui croient que se gaver de pop-corn va bien finir par les rassasier.

  3. Super billet et magnifique commentaire d’Halv « L’intériorité est toxique pour le commerce, car elle est lente, calme et silencieuse : ce qu’il faut au monstre, ce sont des gens qui crèvent de faim, et qui croient que se gaver de pop-corn va bien finir par les rassasier. »
    Surconsommation, oui, on se goinfre, on papillonne, on emmagasine et tout cela sous l’oeil vigilant et réjoui d’un tout petit nombre des personnes qui grâce à cela s’en mettent plein les poches en détruisant tout simplement la vie, la culture, les cultures…de la consommation à outrance, toujours plus, toujours plus vite. Depuis des années je dis que l’acte d’achat est aussi un acte politique. Peu sont ( ont été ) ceux qui comprenaient.
    Spécifiquement concernant l’achat des bouquins, même si j’ai toujours plaisir à flâner dans une librairie j’ai un peu comme toi un sentiment de lassitude, les mêmes noms souvent mis en avant, et se dire que les 3/4 des bouquins passeront à la trappe. C’est avec la baisse considérable de nos revenus que je me suis aperçue que je préfère fouiner chez les bouquinistes, dénicher ici ou là un titre qui m’aura échappé, un auteur que j’ai découvert par la bibliothèque et dont j’aurais grand plaisir à lire d’autres titres.
    Je ne fais pas la course à qui aura lu le premier tel ou tel titre ou découvert tel ou tel auteur an premier. Si cela arrive, tant mieux, mais je ne le cherche pas. Oui, moi aussi je suis un peu fatiguée, j’ai changé, évoluée.

  4. Bonjour Neil

    Je vois qu’une nouvelle fois le doute s’empare de votre esprit. Je ne pourrais répondre pour vous à cette question existentielle, mais néanmoins je vous remercie de l’avoir posée. Je ne vais pas répéter ce que j’ai déjà dit en réponse à un autre sujet en parlant de « cygnes noirs », de « ticket de loto » et du fait que courir après des chimères (des lendemains qui chantent,…) est le propre de l’homme. Nous avons tous intrinsèquement besoin d’un rêve pour nous pousser hors du lit tous les matins.

    Cette fois-ci, je vais essayer de vous faire partager un des moteur qui est arrivé (après bien des années de doutes et de procrastination) à me pousser a enfin écrire plus de deux chapitre d’une « oeuvre majeure en devenir »*. Ce moteur c’est : Si je ne raconte pas cette histoire, elle n’existera jamais !

    Oui, je sait que c’est une idée qui peut paraître stupide et s’apparenter à la pensée magique (en anglais « Wishful thinking »). Mais ces personnages que j’ai peaufinés dans mon esprit, cette histoire que j’ai imaginée et modifiée pour la rendre plus logique ou crédible, les lieux que j’ai dessinés, les conversations ou idées que j’ai inventées,… Bref ce monde que j’ai créé de toute pièce ne sera jamais que des pensées personnelles s’évaporant avec le temps si je ne les partage pas par écrit. Rien, pas même de l’air,…

    L’idée qu’un monde entier, peuplé de milliers de personnalités différentes, lutte de toutes ses forces pour exister, et disparaîtra pour toujours si je ne lui offre pas la chance de vivre, est une motivation forte pour moi.

    Qu’importe si au final seule une poignée de lecteurs pourra profiter de cette création. Je lui aurait permis de naître. Même si cette vie est brève, elle aura eu le mérite d’exister.

    Certes les histoires sont aujourd’hui (comme hier) consommées en masse et peu survivent plus d’une saison. Mais les plus grand succès littéraires sont souvent composés des histoires qui ont défié le temps et gagné son large lectorat sur la durée. Dois-je vous rappeler que HP Lovecraft n’a jamais connu le succès de son vivant et JRR Tolkien avec le seigneur des anneaux, a eu bien du mal à trouver un traducteur francophone (Gérard Klein l’a même refusé pour Ailleurs et Demain. sous prétexte que ce type de littérature ne pourrais jamais plaire qu’a une poignée de lecteurs Français). Combien les mondes créés par ces deux auteurs, morts presque dans l’anonymat, ont acquis des dimensions monstrueuses en créant de nouveaux genres littéraires. Des livres aujourd’hui copiés et enrichis par des histoires vite consommées dont quelques-unes seront les références des écrivain futurs. Doit-on arrêter d’écrire des histoires de vampires ou des enquêtes policières ?

    Bref,… La survie des mondes imaginaires est dans les mains des écrivains de toutes sortes. Soyez les sauveurs ultimes de ces mondes en les couchant sur papier !

    Neil, tu doit sauver l’agence B** !

    (*) Je suis absolument certain que le monde entier retiens son souffle tandis que je couche ma prose sur le papier attendant impatiemment la sortie de mon roman pour en faire un best seller mondial.
    (**) Voire peut-être Enoch qui gagnerais à voir ses aventures se prolonger.

  5. On peut dire que le roman est en train de perdre son aura de support privilégié et majoritaire de récits. La question devrait alors être : pourquoi écrit-on des romans aujourd’hui. Si la réponse est : par nécessité, parce que c’est le meilleur moyen qu’on ait trouvé pour faire naître des récits, créer des mondes, alors il faut continuer à écrire des romans.
    Si la réponse est: pour avoir une reconnaissance sociale et artistique, alors le roman n’est peut-être plus le vecteur principal, ou du moins sa valeur de distinction sociale a-t-elle été grignotée lentement par d’autres formes d’écriture.
    C’est l’un des mille indices qui montrent que nous sommes entrés dans ce que les médiologues appellent la vidéosphère, faisant du libre un medium secondaire par rapport à l’image; mais nous sommes déjà entré dans l’hypersphère, toujours selon la médiologie (cf. Louise Merzeau, Ceci ne tuera pas cela, ), qui fait d’internet le medium central, le livre et le téléviseur devenant des mediums périphériques.
    D’où des réponses possibles à l’interrogation selon l’axe de la reconnaissance sociale: des romans sont encore à écrire, voire nécessaires, s’ils explorent, exploitent, interrogent, mettent à jour, éclairent les changements profonds apportés par ces évolutions sociotechniques.
    Les grands romans ont dit leur époque, ou l’époque qui les précédait immédiatement, en en explorant les méandres historiques, politiques, sociologiques, psychologiques. Où sont les romans qui disent la nôtre avec autant de profondeur? Qui agissent dans notre époque et l’agitent, ou qui nous la montrent en contrepoint en parlant d’époques révolues, même si elles ne sont pas si lointaines?
    La question n’est pas « faut-il encore écrire des romans? » - ils s’écriront de fait. La question est peut-être « quel roman devrait être écrit », et « suis-je celui qui pourrait l’écrire » ou plutôt, au pluriel : « Quels romans devraient être écrits? Et sommes nous ceux qui pourraient les écrire? ».

    Le reste, l’état des librairies et les modes de marchandisations du roman (à ne pas confondre, c’est trop souvent le cas, avec le cas du livre, le roman n’étant plus la forme de livre nécessaire et suffisante), n’est que secondaire, par rapport à cette question principale…

  6. « On peut dire que le roman est en train de perdre son aura de support privilégié et majoritaire de récits. »

    C’est surement vrai à notre époque ou le plus fantastique des univers peut-être traduit en image grâce à la magie des effets spéciaux. Le public aime que l’imaginaire soit pré-digéré par une équipe artistique avant de lui être proposé. Existe t’il encore des lecteurs capable d’imaginer les détails des mondes imaginaires qui lui sont proposés ? J’aurais plutôt tendance à dire oui.

    Derrière la création de ces spectacles se cache de l’écrit : Un roman, un synopsis, un scénario, des dialogues,… C’est effectivement la raison pour laquelle il faut écrire.

    Pour le reste, je n’ai pas compris le contenu philosophico-sociologique de votre prose. Je m’abstiendrais donc de dire des c……

  7. @Elijaah Lebaron
    « Le public aime que l’imaginaire soit pré-digéré par une équipe artistique avant de lui être proposé. »

    Je crois qu’il faut penser différemment; les romans se nourrissent également d’images, des images contemporaines à leur rédaction, qu’ils synthétisent et intègrent. Les images font partie de notre monde, participent à le construire comme les mots. Les images ne font pas que contraindre l’imaginaire, elles le nourrissent aussi. Ce sont des images qui nourrissent notre idée actuelle du cosmos, ce sont encore des images qui nourrissent nos représentations des univers microbiens, pour ne donner que deux exemples.

    « Existe t’il encore des lecteurs capable d’imaginer les détails des mondes imaginaires qui lui sont proposés ? J’aurais plutôt tendance à dire oui. »

    je le pense aussi, la question est plutôt, pour moi, « existe-t-il des auteurs pour proposer des mondes imaginaires inédits à leurs lecteurs? » Là aussi je pense que oui, et ce sont ceux-là que j’appelle de mes vœux, et c’est le sens de ma première réponse.

    « Derrière la création de ces spectacles se cache de l’écrit : Un roman, un synopsis, un scénario, des dialogues,… C’est effectivement la raison pour laquelle il faut écrire. »

    Oui, mais le roman n’est pas le tout de l’écrit; un synopsis, un scénario, sont certes des formes écrites de récits, mais ne sont pas, justement, des romans. La question de Neil n’est pas « faut-il continuer à écrire »… je crois qu’il n’y aurait pas lieu, sinon, de discuter la réponse.

    « Pour le reste, je n’ai pas compris le contenu philosophico-sociologique de votre prose. Je m’abstiendrais donc de dire des c……) »

    Désolé si mon vocabulaire a pu paraître abscons; je me rends compte, en plus, que j’ai oublié de mettre le lien vers l’article auquel je faisais référence; le voici: http://mediologie.org/cahiers-de-mediologie/06_mediologues/merzeau.pdf
    C’est une référence à laquelle je m’appuie souvent pour montrer que la concurrence des médias de référence est une affaire de déplacement du centre et des marges afférentes: chaque époque (qui peut être séculaire) à son centre, le centre de la nôtre n’est plus le livre, mais cela ne le tue pas…

  8. Je partage aussi souvent ces impressions, et quant à la conclusion… j’essaie d’éviter à tout prix l’alternative continuer/arrêter, car ni l’un ni l’autre ne me semblent possibles. Pour moi, la question est la même que « faut-il continuer à faire des enfants? » La vraie question n’est pas là. Je me demande, si on divisait le nombre de ventes individuelles de livres par le nombre de livres disponibles, quel serait le résultat. Peut-être qu’on serait surpris, que ce résultat semblerait un chiffre de vente honnête pour beaucoup d’auteurs en galère. Je ne sais pas s’il y a trop de romans, s’il « faut » en écrire encore. Mais je sais qu’on n’y peut rien, que les romans s’écriront quoi qu’on fasse. Ce qui m’intéresse davantage, c’est donc ce à quoi on peut quelque chose : la distribution, l’accès des gens à ces romans. Le numérique a un potentiel formidable pour égaliser, répartir cette distribution, mais on voit bien aussi que, utilisé dans le système actuel, le numérique reproduit simplement, à quelques différences près, les phénomènes d’accumulation et les inégalités de l’industrie traditionnelle (et même qu’il peut contribuer à les accroître).

  9. L’orgie de publication de plusieurs dizaines milliers de publications par an me donne mal à la tête à moi aussi. J’ai l’impression que certains éditeurs sont dans le syndrome de la fuite en avant : il y a moins de lecteur, alors on va sortir toujours plus de livre pour ne pas sombrer. On imprime toujours, plus puis on essaie des promotions et finalement on pilonne les invendus.
    L’autre problème, c’est que j’ai l’impression qu’on ne se pose plus vraiment assimiler ce qu’on vient de lire. À la radio et encore plus à la télévision, lorsque l’on parle de littérature, on a toujours des auteurs en promotion qui vienne venter les qualités leur œuvre, mais j’ai l’impression qu’on ne laisse pas vraiment de temps aux retours des lecteurs. J’imaginerais presque une émission pour des livres sortie depuis plus d’un an avec des lecteurs qui interroge l’écrivain et qui n’hésiterait pas à dévoiler des éléments de l’intrigue.
    Enfin, j’ai aussi trouvé très intéressant les pistes de réflexion lancé sur la littérature comme un divertissement. Il faut constater que la littérature est un divertissement de masse comme un autre, elle a ses coups médiatiques et ses effets de mode. Cependant, la littérature ne doit-elle pas être là pour essayer de faire réfléchir ? Alors certes, j’aime bien une livre bien divertissant, mais je préfère lorsque l’auteur essaie de me faire réfléchir.
    Le livre électronique n’est pas forcément une solution à l’explosion exponentielle des publications, cependant j’ai l’impression qu’il laisse plus de chance à des livres d’être découvert ou redécouvert plus longtemps après leur publication. J’ai parfois l’impression de lire des livres peu connu et d’être un privilégié d’avoir découvert ces pépites dans le monde de l’autoédition numérique.

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