Facebook : une (fausse) bonne idée pour les auteurs ?

Les auteurs — et en particulier les auteurs indépendants — ont du pain sur la planche. S’ils souhaitent être lus, ils doivent d’abord se faire connaître. Quand on entre dans le giron d’une maison d’édition, la partie promotion est (censée être) assurée par celle-ci : se met alors à la disposition de votre ouvrage une véritable petite flottille d’attachés de presse, de représentants, de blogueurs et de libraires bienveillants. Cette armada n’a qu’un but : porter aux nues votre précieux nouveau-né et en faire un best-seller.

 

Les auteurs — et en particulier les auteurs indépendants — ont du pain sur la planche. S’ils souhaitent être lus, ils doivent d’abord se faire connaître.  Quand on entre dans le giron d’une maison d’édition, la partie promotion est (censée être) assurée par celle-ci : se met alors à la disposition de votre ouvrage une véritable petite flottille d’attachés de presse, de représentants, de blogueurs et de libraires bienveillants. Cette armada n’a qu’un but : porter aux nues votre précieux nouveau-né et en faire un best-seller.

Malheureusement, dans la pratique, les choses sont loin de se passer ainsi. Actualitté a récemment mis en ligne un sondage (auquel vous pouvez participer, car plus il y aura de réponses, plus le résultat sera parlant) duquel se dégage une première tendance assez nette : face à la surproduction ambiante et à la rotation perpétuelle des titres, peu sont les auteurs qui bénéficient d’une promotion digne de ce nom. Avec un peu de chance, la maison d’édition annoncera la parution sur sa page Facebook, mais pour un bon nombre d’entre eux, les écrivains sont contraints d’assurer eux-mêmes leur promotion. Les éditeurs entendent ainsi — à raison — profiter des réseaux de confiance déjà établis entre les auteurs et leur lectorat. Aux États-Unis, les éditeurs aiment ainsi jeter un oeil aux comptes Facebook et Twitter de leurs éventuels nouveaux poulains, afin d’en mesurer le potentiel de dispersion médiatique. Et j’ai entendu dire que cette pratique, par porosité, menaçait d’envahir notre bonne vieille France.

Visit of the Chancellor of the University of London, HRH Princess Anne to the School, 8 May 1986

Face à l’adversité, nombre d’auteurs décident — tant par ambition que par dépit — d’ouvrir a minima une page Facebook. Je l’ai fait moi-même : en plus de mon compte personnel, réservé aux amis et aux relations, j’ai ouvert il y a environ un an une page dédiée à mon travail d’auteur. Douze mois et un peu moins de 200 abonnés plus tard, j’ai décidé de la clôturer.  Je m’en explique ici.

Au départ, Facebook était un espace de propagation et de viralité qui fonctionnait de la même manière pour les petits et les grands : il suffisait alors de poster sa news sur son mur pour qu’elle atteigne les abonnés à la page, qui la voyaient alors s’afficher sur leur fil d’information. Aujourd’hui, les choses ont changé : quand vous postez une info, celle-ci n’est pas obligatoirement transmise à vos abonnés. En moyenne, sur mes 171 abonnés, 30 à 40 personnes voyaient mes mises à jour effectivement s’afficher. En faisant quelques recherches, j’ai rapidement constaté que j’étais loin d’être le seul : par exemple, un blogueur qui avait à son actif plus de 150.000 fans voyait ses dernières publications disséminées à moins de 900 personnes. En bref, le système ne fonctionne plus. Sous couvert de vouloir proposer à ses utilisateurs une information cohérente avec leurs goûts, Facebook incite ces derniers à recourir à la publicité sponsorisée (à payer, donc) pour atteindre une plus large audience. Finie, la neutralité. D’autant que comme le prouve cette vidéo que je vous invite vraiment à regarder, la qualité de l’audience atteinte laisse à désirer. Pour résumer, même en payant, vous n’êtes pas sûr d’atteindre votre public.

Face à cette Bérézina, j’ai donc décidé de suspendre ma page auteur pour ne conserver que mon profil personnel, qui lui n’est pas soumis à ces idiotes règles commerciales et va donc se « professionnaliser » pour servir d’interface avec mes lecteurs. Je pensais pouvoir la supprimer immédiatement, mais Facebook impose un délai de 15 jours entre la demande de suppression et la disparition effective de la page (avec un petit message du type « si tu reviens, j’annule tout »). Si tout va bien, celle-ci rejoindra les limbes d’ici 13 jours désormais.

Cette sponsorisation des contenus — accolée à une sélection algorithmique — fait beaucoup de mal, notamment à ceux qui n’ont pas les moyens de payer pour atteindre leur public (par exemple, les ONG). Il est déjà suffisamment difficile d’obtenir des Likes. Si, en plus, il faut atteindre son audience (qui a donc déjà souhaité recevoir vos informations), on marche sur la tête. Twitter me convient bien pour le moment (tant qu’il n’évolue pas… après tout, Facebook fonctionnait bien au début). Je vais donc focaliser mes efforts de sociabilité sur ce dernier, ainsi que sur mon blog évidemment.

Mettre tous ses oeufs dans un même panier n’a jamais été une bonne idée : l’édition américaine s’en rend compte aujourd’hui avec l’hégémonie d’Amazon, qui par bien des égards ressemble de plus en plus à l’Anneau unique.

Promouvoir sur Facebook est, à mon sens, devenu un oxymoron : seuls ceux qui bénéficient déjà d’une audience fidèle peuvent espérer en tirer un quelconque bénéfice. En revanche, ceux qui souhaitent s’y faire connaître risquent d’y laisser des plumes et, accessoirement, quelques billets inutilement dépensés. Est-ce le chant du cygne pour Facebook et les indépendants ?

1 pensée sur “Facebook : une (fausse) bonne idée pour les auteurs ?”

  1. Merci pour cet article qui vient confirmer ce que je pensais. Avec plusieurs expériences, j’ai bien constaté les cercles vertueux (quand tout va bien) et vicieux (quand on est inconnu), que ce soit il y a longtemps, à l’époque du tout papier, ou maintenant avec les réseaux sociaux.
    Ne serait-on jamais si bien servi que par soi-même ?

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