Quand il faut écrire vite : la fiction à la poursuite de l’actualité

Aujourd’hui sort sur l’application Rocambole le premier épisode d’une série littéraire dont j’ai l’insigne honneur d’être l’auteur, et que pour de basses raisons de clarté et de référencement nous avons choisi avec l’équipe d’intituler Coronavirus (c’est bas, mais ça fait le boulot). Pour ceux qui ont l’habitude de lire mes histoires, vous ne serez pas surpris d’apprendre que les protagonistes composent une fratrie d’enfants et d’adolescents, pris au piège dans un Paris placé sous stricte quarantaine militaire après qu’un virus meurtrier ait décidé de frapper le pays – bien entendu, toute ressemblance avec des faits réels serait purement fortuite. Séparés de leurs parents par un malheureux coup du sort (et du scénariste), Lia, Samuel et Anton vont devoir se débrouiller seuls dans une ville livré à la panique et au chaos.

Cette série se distingue de ce que j’ai pu écrire avant à plusieurs égards. D’abord, bien sûr, la vitesse à laquelle elle a été écrite. Je suis un adepte des défis littéraires, mais ici, il s’agissait de produire une série de dix épisodes publiables en un temps record : entre la première ébauche du scénario et le point final mis au dixième épisode, 10 jours se sont écoulés. Chaque épisode faisant environ 10.000 signes, j’ai parfois écrit jusqu’à trois épisodes dans la même journée, dans un état de concentration intense malgré les évènements. J’ai passé trois jours à peaufiner le scénario, et j’ai bien délimité les contours de chaque épisode pour ne pas me laisser surprendre par un coup du sort dramaturgique. Évidemment, et malgré mes précautions, ce n’est qu’arrivé à la rédaction du sixième épisode que j’ai compris que le septième était inutile : j’ai donc reconstruit en vitesse un épisode 7 plus nerveux, là où il n’était jusqu’ici qu’une sorte de pause dans l’action et, il faut le dire, un peu un remplissage, en condensant deux épisodes en un seul. Comme quoi, un synopsis peut toujours changer en cours de route, au gré du flow.

Reste que le synopsis a été une base de travail essentielle : sans lui, je n’aurais pas réussi à être aussi efficace. Il m’a servi en réalité à poser mon cerveau à côté du bureau et à me mettre en situation de n’être qu’une machine écrivante, un robot narratif, et il faut avouer que c’était plutôt confortable. Je ne dis pas que je ferais ça tous les jours, parce qu’on se coupe un peu de ses émotions au profit d’une efficacité de travail, mais il y a quelque chose de très rassurant dans le fait d’avoir un fil conducteur, en tout cas quand il s’agit d’écrire vite. J’ai pris mon temps pour écrire le synopsis, plusieurs jours, en fait à peu près autant qu’il m’en a fallu pour écrire la série en elle-même. Je l’ai donc travaillé au maximum avant de me lancer dans la rédaction : le synopsis, quelque part, a donc constitué la moitié du travail.

Mais c’est aussi une série un peu exceptionnelle parce que la commande était claire : écrire une série fictionnelle basée sur le coronavirus, et donc réagir en fiction à une actualité brûlante. Bien entendu, il y a une large part d’exagération dans ce que j’ai écrit – d’ailleurs il s’agit dans mon histoire d’un autre Covid, plus virulent que le Covid19. Mais ce qui me paraissait il y a deux semaines une fiction totale, dans un Paris confiné par les militaires, au point que je me demandais si les lecteurs ne trouveraient pas cela exagéré, semble aujourd’hui beaucoup moins fictionnel. Et je ne conseille pas la lecture de la série aux gens anxieux du virus. L’écriture de fiction dans un contexte où il n’y a pas de recul sur l’actualité est un exercice périlleux, mais que j’ai trouvé passionnant. C’est une manière pour l’écrivain de réagir directement au présent, sans laisser le temps qu’on estime d’habitude nécessaire à la « digestion » dramaturgique, et qui ne peut exister que dans le contexte d’une publication numérique. Rien que pour cela, ça vaut le coup de s’y frotter au moins une fois. Nul doute que se posent aussi des questions éthiques, et j’écouterai avec intérêt les arguments des uns et des autres. Pour ma part, je crois que la fiction est un moyen comme un autre de s’emparer d’une situation, de la digérer, de faire corps avec elle. Et qu’il s’écoule un délai d’un jour, d’un mois ou d’un an, elle ne parviendra jamais qu’à capturer une facette de la réalité.

Le premier épisode de Coronavirus est donc dès aujourd’hui lisible sur la plateforme Rocambole, et pendant 10 jours, un épisode sera publié quotidiennement à 9:00. Pour le moment, l’application n’existe que pour les usagers Apple, mais elle débarque la semaine prochaine (enfin) sur le Play Store d’Android. Et pour ceux qui ne pourraient ou ne voudraient pas attendre, on peut s’inscrire aussi à la diffusion mail de la série, grâce à laquelle vous recevrez un épisode par jour directement dans votre boîte mail.

J’en profte pour rappeler que pendant le temps du confinement, l’accès à l’intégralité des séries Rocambole est gratuit. De quoi occuper vos longues journées chez vous, et vous donner une bonne raison de ne pas en sortir.


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