Des manières concrètes de changer le monde

Puisqu’aux beaux discours d’intention on oppose souvent le traditionnel « Ben ouais mais t’as qu’à le faire, toi », je me permets un petit article très concret garanti 100% no bullshit. Je tenterai d’y recenser des initiatives qui, selon moi (ça n’engage personne d’autre que moi), peuvent faire la différence. Libre à vous de me les emprunter, de les essayer, bref, de vous en emparer.

  • se boucher (un peu) les oreilles face au discours ambiant : penser autrement, ou au moins s’ouvrir à cette éventualité, demande un peu d’abnégation et de bonnes boules Quiès. On vous répondra toujours que vous êtes un idéaliste, que le monde ne fonctionne pas comme ça, que si c’est comme ça et pas autrement, c’est bien qu’il y a une raison et qu’on n’a pas le choix — sinon ce serait pire. J’ai une réponse toute faite quand j’entends ce genre de discours : sourire, tourner les talons et passer mon chemin. Je n’ai pas de temps à perdre. J’ai un monde à changer, à mon échelle. Sincèrement. Débranchez la télé. Arrêtez de lire les journaux du vieux monde. Faites-vous hermétiques. Trouvez des alliés sur le net, dans les lieux de rendez-vous militants, dans les manifestations. Faites le vide en vous. Une fois ce vide creusé, ne vous laissez pas de nouveau remplir avec n’importe quoi. On est ce dont on nourrit son cerveau. Si on nourrit ce cerveau avec de la merde… je vous laisse compléter.
  • réfléchir à la manière dont on emploie son temps : une fois le vide réalisé, prendre deux minutes (ou deux semaines) pour faire le point sur sa vie. Est-ce que le temps que vous consacrez à des activités qui vous dévaluent, vous dépriment et vous rabaissent est à vos yeux trop important ? Si comme 99% des gens vous répondez oui à cette question alors il est temps de faire le ménage dans votre vie. Ce ne sera pas facile. Mais c’est un temps de réflexion nécessaire. Une fois qu’on a regardé la vérité en face, on ne peut plus l’ignorer.
  • favoriser le local au détriment du global : il n’y a pas de salut économique au niveau global, juste de la souffrance. On nous a vendu le rêve que nous serions des génies de l’industrie ou des stars de la chanson, nous nous retrouvons précaires au RSA. Le global fonctionne pour ceux qui ont déjà le pouvoir d’écraser ceux sur l’exploitation desquels ils bâtissent leurs fortunes. Le global mène à l’esclavage, à la pauvreté, à l’exploitation. Repenser son activité au niveau local, ce n’est pas forcément faire les choses à l’échelle de son village (quoique ce soit aussi une bonne manière d’envisager les choses), mais aussi à l’échelle de sa communauté. Cette communauté peut se trouver sur le web. Penser local, c’est œuvrer contre l’industrialisation, c’est penser échange d’individu à individu, de pair à pair. Ça vaut aussi bien pour la culture des légumes que pour la culture des esprits.
  • penser son activité professionnelle aussi comme un accomplissement, pas (seulement) comme une obligation ou une nécessité : si vous ne comprenez pas le sens de votre travail, c’est probablement parce que votre travail n’a aucun sens. Les emplois vont progressivement disparaître. Du fait de l’informatisation et de la robotisation, ils sont déjà de plus en plus rares. Pourquoi dès lors chercher à s’étriper les uns les autres pour des emplois toujours plus précaires et mal payés ? Nous avons mieux à faire, comme par exemple repenser notre emploi du temps. Expérimentez le micro-mécénat : quitte à avoir des patrons, mieux vaut en avoir plusieurs milliers qu’un seul. Travailler est une nécessité pour la communauté, mais si votre travail détruit la communauté ou fait du mal à une certaine frange de cette communauté, alors cette activité est nuisible et doit être abandonnée. Favoriser le travail au détriment de l’emploi, c’est aussi se pencher sur la question de l’éducation populaire, du bénévolat, de l’entraide. Toutes ces choses que l’économie actuelle dévalorise au profit de la productivité bête et méchante.
  • militer activement pour un revenu de base : pour se débarrasser du système salarial, qui n’en a pas fini de creuser le trou des inégalités et des violences sociales, il n’y a pas 36 solutions. Le revenu de base en est une (le salaire à vie aussi, me rétorquera-t-on, mais comme ses théoriciens en font un système qui n’est pas inconditionnel et qui reprend certains éléments du salariat actuel, comme par exemple en définissant des niveaux de compétence, je l’écarte à titre personnel). Attention aux récupérations politiques, et notamment des ultra-libéraux : un revenu de base ne veut pas dire renoncer à tous nos acquis sociaux, notamment en termes de sécurité sociale ou d’aides aux plus démunis (n’oubliez pas : ce n’est pas parce que vous n’avez pas besoin d’aide que les autres n’en ont pas besoin, eux). Le revenu de base tel que nous l’envisageons doit être au service de tous et être de la responsabilité de chacun — comprenez qu’il ne devra pas être centralisé, mais décentralisé. On ne peut pas laisser un tel instrument entre les mains de quelques uns. Mais ce dernier problème est plus vaste, j’y viens dans le point suivant.
  • arrêter de voter pour des représentants nationaux (et l’assumer publiquement) : j’ai cessé de penser que la politique était, en l’état actuel, la solution à nos problèmes. Elle a besoin d’être refondue pour mieux coller à nos attentes. On l’a bien vu avec l’élection de François Hollande, élu pour un programme dont il a appliqué l’exact contraire : il est inutile de placer notre confiance en ces gens-là. Je dis ça sans amertume ni colère, même si je conçois que cette colère puisse être un sentiment moteur chez la plupart d’entre nous : ne perdons plus  notre temps avec ça. De toute façon, les décisions qui sont encore en leur pouvoir n’ont qu’un impact mineur sur notre existence. C’est l’économie qui tient les rênes de nos vies. C’est elle que nous devons attaquer. Laissons les politiciens se déchirer entre eux pour quelques sièges confortables. Bientôt, ces sièges prendront la poussière. Pendant ce temps, profitons-en pour réinvestir le champ du politique. Assumons le fait que ces gens ne nous représentent plus. Faisons-le savoir. Organisons des tribunes.
  • bâtir des communautés : ensemble, nous sommes plus forts. Nous n’avons pas besoin d’être des centaines de milliers, quelquefois une poignée de personnes œuvrent mieux pour l’intérêt général que des millions d’autres. Penchez-vous sur votre immeuble, sur votre quartier, sur l’école de vos enfants, sur votre communauté d’intérêt sur le net, sur votre village, et voyez comment vous pouvez être utile de façon concrète. Les villages en particulier sont des lieux très propices aux expérimentations d’entraide. Mais bizarrement, ce sont aussi les lieux dont le politique s’est enfui en premier : la preuve, c’est que personne ou presque ne veut se présenter à l’élection municipale. Celui ou celle qui est élu.e, c’est celui ou celle qui se présente. Profitez-en : présentez-vous. Prenez ce pouvoir pour pouvoir le rendre à la communauté. Faites des choses à votre échelle. Il n’y a qu’à ce niveau que nous avons du pouvoir, et c’est bien normal : nous sommes des individus, des êtres de chair, pas des dieux désincarnés ou des multinationales (ce qui aujourd’hui revient au même).
  • si vous avez une idée, mettez-la en application : maintenant, pas demain. Sans rire, faites-le. Maintenant. Ça n’a pas besoin d’être un truc énorme qui révolutionnera l’économie ou l’industrie. Installez une biblioboîte devant chez vous. Créez un réseau d’entraide à l’échelle de votre famille ou de votre rue. Cultivez quelques légumes dans votre jardin, et ouvrez ce jardin aux enfants du quartier. Ce n’est pas compliqué et les gens, pour peu qu’on leur explique, y sont ouverts. On veut tous que ça aille mieux, mais on ne sait jamais par quel bout s’y prendre. Commençons par tirer le petit fil que nous tenons entre nos doigts pour voir combien on peut détricoter.
  • réfléchir notre monde et notre société comme un bien commun : ça peut sonner bête dit comme ça, mais si on considère notre monde comme une propriété commune dont nous avons tous la responsabilité, ça peut faire une différence. Cela veut aussi dire qu’il faudra prendre soin les uns des autres. L’empathie est une vertu aussi rare que précieuse, mais c’est aussi une qualité qui peut — qui doit — être musclée.

S’il vous venait d’autres idées, n’hésitez pas à partager en commentaire. Je me ferai un plaisir de rajouter la vôtre à la liste.

5 réflexions sur « Des manières concrètes de changer le monde »

  1. Je mettrais un peu de pondération à ton point 3 : je crois qu’il ne faut pas opposer trop frontalement le local et le global. Je crois que ce que tu appelles global est en fait « globalisation économique de type capitaliste ». On sait qu’il existe aussi au niveau global (ie transnational) des relations directes qui construisent le local et - surtout - réciproquement que le local construit aussi le global.

  2. je dirais au point 4 ( si tu mettais des n°, ça serait peut être +simple)  ; -)
    que si le travail semble dénué de sens, c’est qu’il ne correspond pas à la personne qui le fait. Tout travail a du sens et une valeur, qui existent au travers de l’individu. C’est par le prisme de la personnalité, des capacités et des compétences de l’individu, que le travail prend son sens. Ménage, restauration de monuments, pilotage…. peuvent paraître inutiles pour certains, mais ont tout leur sens pour qui vit en harmonie, en phase avec son métier. On peut remplacer par des robots, si on laisse faire, mais la disparition du travail ne peut être une solution en tournant le dos à la fin de sa destruction par « le global ».
    Rester vigilant en encourageant les initiatives nouvelles, oui, mais faire comme si la politique actuelle n’existait plus, serait à mon sens, une erreur. Nous pouvons vouloir rejeter ce « global » actuel, mais ne pouvons l’ignorer complètement.
    Pourvu que les prises en main et auto entreprises de collectifs d’ouvriers fassent école. Une majorité des quelques entreprises reprises par des salariés jetés par leurs patrons, mais courageusement remontés ensemble à la surface, font une petite boule de neige, qui, je l’espère ne fondra pas sous le climat détraqué provoqué par les politiques en place. -))
    Je n’ai rien dit de plus que ce que tu as clairement et très bien exposé mais ça m’a fait du bien de le dire.

  3. Très bon article qui fait suite à celui d’hier.
    J’aurais envie de proposer : le partage des connaissances
    Que ce soit dans sa localité auprès d’associations ou bien par le biais du web avec des articles, des tutos ou des ebooks. C’est important de partager ses connaissances et de les mettre à la portée de tous.
    Je l’ai déjà fait et en plus d’aider d’autres personnes ça motive et rend heureux.
    I

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