Comment corriger un texte ?

Corriger n’est toujours pas une étape marrante du processus d’écriture (quoique), mais c’est une étape nécessaire si l’on veut améliorer et enrichir son texte.

On m’a régulièrement demandé comment je m’y prenais pour corriger un texte, qu’il s’agisse d’un premier jet lorsque j’en suis l’auteur ou d’un texte qui n’est pas de moi quand j’enfile ma casquette d’éditeur. Je profite qu’on me l’ait demandé ce matin une fois de plus pour essayer de coucher sur le clavier une poignée de réflexions à ce sujet. 

Pour commencer, je crois qu’il n’existe pas de règles strictes en la matière qui soient applicables à tout le monde. Ces règles, que nous édictons au fil de notre pratique et que nous appliquons la plupart du temps de façon inconsciente, nous appartiennent et nous sont propres. En fait, j’irais même jusqu’à dire que c’est justement en ces règles que nous nous « infligeons » que réside notre identité d’auteur. D’elles (ou de leur absence) naît le style.

En somme, les lois qu’on se choisit font de nous l’écrivain que nous sommes.

Je parle donc en mon nom propre lorsque j’édicte les miennes. J’espère qu’elles pourront néanmoins bénéficier à d’autres, ne serait-ce qu’en posant des mots sur de vagues impressions ou des intuitions.

Voici donc comment je procède lorsque je fais une relecture.

  1. Est-ce que chaque mot a bien la signification que j’entends lui donner ? Existe-t-il un mot qui permette de préciser davantage le sentiment/émotion/visuel que j’essaye de transmettre au lecteur ? Toutes les langues ont un vocabulaire riche et varié. Un mot bien employé au bon moment possède un pouvoir d’évocation redoutable.
  2. Puis-je dire la même chose avec moins de mots ? Pas seulement le simple sens, mais aussi l’émotion. L’économie de mots est une vertu : moins il y a de mots pour le même rendu, plus j’estime que le texte est efficace. En corollaire, puis-je supprimer cette phrase, cette subordonnée, ce paragraphe entier, sans rien perdre ? Si la réponse est oui, alors c’est que ce mot ou cet ensemble de mots est inutile et qu’il doit être supprimé. Je constate que ça fonctionne souvent très bien pour les adjectifs. La plupart de ceux que nous employons ont la manie de se substituer à l’imagination du lecteur, et je trouve qu’un texte gagne en efficacité lorsqu’on ne fait que la guider.
  3. Le rythme : à quel moment du texte est-ce que je m’ennuie ? Quel passage de l’histoire ai-je traité trop rapidement ? Pour ma part, sauf cas de figure type méta-fiction ou figure de style, je crois qu’une action rapide doit être décrite rapidement. On n’est pas au cinéma, on n’a pas besoin de faire un ralenti sur chaque mouvement. Le tout doit être harmonieux et s’accommoder des règles 1 et 2. C’est un équilibre à trouver. Des fois ce n’est pas possible.

Voilà, c’est assez simple et en même temps ça se rapproche d’une forme de discipline. À vous d’édicter vos propres règles de correction, en gardant à l’esprit que ce sont elles qui forgent votre identité d’auteur.

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1 pensée sur “Comment corriger un texte ?”

  1. Je suis intégralement d’accord avec ces trois points (le deux me fait d’ailleurs beaucoup penser au « pour chaque scène, rentrez tard et partez tôt »).
    Par contre, c’est très orienté forme, comme checklist, il n’y a rien concernant le fond : cohérence des psychés, éviter les narrateurs passifs et les simples témoins, alternances et diversité des types de scène, ce genre de choses.
    Du coup, est-ce que tu tacles systématiquement ce genre de problèmes en amont ?

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