Cet endroit mystérieux où les auteurs puisent leur inspiration

 

Je ne sais pas pour vous mais quand j’évoque mon métier pour la première fois devant des inconnus, une question — toujours la même — arrive très rapidement et de façon récurrente.

« Mais où est-ce que tu trouves toutes ces idées ? »

J’ai toujours aimé cette question « où ? », comme si les auteurs se refilaient, de génération en génération, une adresse secrète, un endroit mystérieux où sommeilleraient toutes les idées du monde en attendant d’être trouvées ou achetées par les fabricants d’histoires. Mieux même, il pourrait s’agir de lieux où ces idées seraient exposées en vitrine, les meilleures en tête de gondole, les plus pointues ou les plus extravagantes reléguées dans les rayons du fond.

De fait on n’en est pas très loin. Un lieu où reposent toutes les idées de la Terre…. je suis un peu en train de décrire une librairie. Ray Bradbury était un amoureux fou des bibliothèques et des librairies. C’est un trait de caractère que je partage avec lui et que beaucoup d’entre vous doivent également partager. Les bibliothèques et les librairies sont des endroits merveilleux pour trouver des idées, non pas pour copier celles des autres mais pour faire germer dans nos têtes les graines narratives qui attendaient d’éclore depuis toujours.

lightbulb

Internet est une source inépuisable d’information, mais la sérendipité (sérendipité =  propension à vous faire découvrir quelque chose d’inattendu, que vous ne cherchiez pas) d’une bibliothèque reste à ce jour inégalée. Le web m’aidera toujours à trouver des informations précises : ce matin par exemple, je cherchais des informations sur Guatemala City, la capitale du pays du même nom, et Wikipédia a été d’une aide précieuse. Mais lorsque je cherche de nouvelles idées — des choses excitantes auxquelles je n’ai jamais touché — alors un petit tour dans une librairie me remet toujours de l’énergie dans le stylo. Car il n’y a pas que la fiction dans la vie, au contraire même : quand on écrit de la fiction, on a tout intérêt à se remplir d’essais, de publications sociologiques, ethnologiques, religieuses, à faire le plein d’atlas de géographie, de livres de photo… il y en a tant que je ne vais pas faire la liste complète, vous avez compris l’idée.

Le but n’est pas de copier quelque chose que vous avez déjà vu, mais de mettre en lumière quelque chose que vous avez déjà en vous. Si vous n’avez pas d’idées, c’est que vous n’avez pas suffisamment regardé en vous-même.

Faites cet exercice : allez dans une bibliothèque ou une librairie (de préférence l’une de celles où l’on peut s’asseoir dans de confortables fauteuils et y lire pendant des heures sous les regards exaspérés — et quelquefois bienveillants — des libraires) et plutôt que d’aller dans la section Littérature, celle que vous fréquentez habituellement, rendez-vous là où vous ne mettez jamais les pieds. Soyez curieux. Parcourez cette histoire de l’Inde au XVème siècle,  ce traité d’astrophysique ou cette encyclopédie que vous n’auriez jamais ouverte sans une raison particulière. Ne résistez pas : laissez les idées vous gagner. Il n’y a aucun effort à produire, sinon celui de s’écouter et d’être attentif.

Soyons clairs : un auteur sans idées est un auteur mort. On ne peut pas être pris au sérieux en tant qu’écrivain et ne pas avoir d’idées pour les dix prochaines nouvelles et les trois prochains romans (et en ressentir une grande frustration). À titre personnel, je remplis quantité de cahiers et de carnets d’idées depuis que j’ai 17 ans. Je pense que je n’aurai jamais assez de temps pour tout écrire — d’autant qu’à celles déjà couchées sur le papier se rajoutent toujours les nouvelles — mais le Projet Bradbury devrait déjà permettre d’en éponger quelques unes.

Vous ne devez pas avoir peur de la panne d’idées, car c’est ce qu’il y a de plus facile à trouver. Si trouver une idée vous rebute, vous risquez de vous heurter très vite à des murs beaucoup plus solides, comme l’écriture d’une première page par exemple.

La qualité d’un écrivain se mesure — à l’instar de celle d’un sportif — à ce qu’il est capable de réaliser à partir d’une nourriture (=> énergie) ingérée et d’un entraînement permanent. Pour l’écrivain, l’énergie n’est pas un complément alimentaire à base de protéines mais ce qu’il avale chaque jour en lisant.

Bradbury conseillait de lire chaque jour :

  1. un essai (ou un article, pour le terreau narratif),
  2. une nouvelle (pour l’inspiration stylistique),
  3. et un poème (pour faire travailler des régions de votre cerveau que vous n’utilisez pas fréquemment et qui peuvent, avec un peu d’entraînement, vous suggérer des associations d’idées très bénéfiques).

Il lisait d’ailleurs lui-même très peu de science-fiction : lire dans son propre domaine peut freiner la créativité et créer des complexes de comparaison.

Tout comme notre santé dépend de ce que nous mangeons, l’inspiration découle de ce que nous nous collons dans le cerveau. Ces nouveaux éléments interagissent avec nos souvenirs, nos sentiments, nos propres opinions, et génèrent des centaines d’idées parfaitement exploitables en fiction.

Et en cas de librairie ou de bibliothèque fermée, il faut avoir une roue de secours. Pour ma part, la voici :

randomhouse

Il s’agit d’une encyclopédie anglaise de 1990, The Random House Encyclopedia. Si certains savoirs — notamment informatiques ou spatiaux — sont désormais datés, la plupart du contenu est encore valable et le sera pour de nombreuses années. À chaque double page, un sujet différent : de la géologie à l’histoire en passant par l’art, la gastronomie ou la religion, tout le savoir du monde est contenu dans ce livre très lourd, acheté d’occasion pour 15€ et désormais source de nombreuses réjouissances.

Il y a d’autres manières de trouver l’inspiration et je constate que je n’aurai jamais assez d’un article pour vous les énumérer toutes : aussi je reviendrai régulièrement sur cette question “Mais où trouves-tu toutes ces idées ?” dans une série de billets dédiée à l’inspiration en général. J’ai d’ailleurs caché l’une d’entre elles en lien sur un tout petit caractère de cet article : à vos loupes ! (oui, je suis taquin)

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Crédits photo CC BY : Kassy Miller (bandeau),
Ramunas Geciauskas (ampoule sur cahier).