Racisme et littérature : faut-il « brûler » Lovecraft ?

  1. Longtemps le mythe de Cthulhu n’aura été qu’une mythologie confidentielle, et son auteur, Howard Phillips Lovecraft, un sinistre inconnu. Aujourd’hui les choses changent, notamment en France où de nouvelles traductions, biographies, monographies, voient le jour. Mais Lovecraft est un phénomène global : films, séries, musique, jouets, jeux vidéo, de société ou de rôle… Les artistes qui s’en inspirent se comptent désormais par centaines, si bien que peu à peu l’impensable se produit : Lovecraft devient mainstream. Même les créateurs de Stranger Things parlent d’approche « lovecraftienne » pour la saison 2 de leur série à succès. Bientôt le « menu Azathoth » chez McDonald’s ?

Mais il y a un problème. Si la mythologie créée par Lovecraft est indubitablement un fait marquant de l’histoire des cultures de l’imaginaire du vingtième siècle – peut-être même le plus marquant –, il y a son racisme. Et on ne parle pas du petit racisme ordinaire, celui de la première partie de la vie de l’auteur. Même si le milieu social dans lequel il baignait, celui des bourgeoisies policées, manifestait en son temps un mépris plus ou moins sonore pour « les autres races », le mépris en question n’atteignait pas le stade que la haine de Lovecraft atteindra dans la deuxième partie de sa vie. Le cas Lovecraft implique que l’on parle d’un racisme dévorant, une obsession cannibale et titanesque. Continuer la lecture de « Racisme et littérature : faut-il « brûler » Lovecraft ? »

Shintô : les dieux qui dorment sous les feuilles mortes

« Faire son catéchisme » était pour ma grand-mère au moins aussi important que d’aller à l’école : elle avait donc encouragé mes parents à m’inscrire aux cours du mercredi après-midi dispensés par la pharmacienne du village. Je ne me souviens pas y être allé à reculons la première fois ; à vrai dire tous mes amis de l’école ou presque y allaient eux aussi, c’était la tradition. Traversant l’arrière-boutique, on rejoignait la cuisine, puis le salon attenant, pour se retrouver autour d’une table et discuter des aventures de Jésus — il me semblait que le Messie disposait de pouvoirs à faire pâlir d’envie les super-héros et ça me plaisait plutôt, même si à 7 ans les paraboles m’évoquaient davantage des antennes de télévision que des analogies riches d’enseignement. L’ambiance n’était pas à la bigoterie : on rigolait comme dans la cour de récréation, on mangeait des gâteaux et on finissait toujours par poursuivre le chien de la pharmacienne dans le petit jardin derrière la boutique. Je suis allé longtemps au catéchisme, j’ai aussi écumé les colonies de vacances catholiques jusqu’à 13 ou 14 ans, mais je me souviens distinctement n’avoir jamais vraiment cru ce qui s’y racontait ; même petit, je n’ai jamais eu la foi — et l’hypocrisie de mes amis qui voulaient faire leur communion uniquement pour les cadeaux me révoltait en secret. Pendant les camps, j’étais le seul à ne pas aller à la messe le dimanche, je ne m’y sentais pas à ma place et il me semblait que c’était idiot de prier un Dieu auquel je ne croyais pas. Pendant une heure, je marchais sous les arbres qui bordaient le parc de la propriété, la tête penchée comme sous le poids d’un regard extérieur. Je n’aurais jamais continué si je ne m’étais pas tant amusé le reste du temps : en semaine, c’était une colonie de vacances comme toutes les autres, à l’ambiance formidable, où je ne me suis jamais senti jugé par les prêtres ou les moniteurs. Reste que je n’étais pas touché par la foi comme les autres. Quelque chose m’échappait dans le concept de divinité, ça ne collait pas avec l’image que je me faisais du monde. J’ai toujours admiré, pour ne pas dire envié, ceux qui croient en un Dieu : il me semble que leur vie est plus douce. Je me trompe peut-être. Continuer la lecture de « Shintô : les dieux qui dorment sous les feuilles mortes »

Comment notre éducation a détruit notre créativité

Je regardais hier un documentaire absolument passionnant d’Erwin Wagenhofer intitulé Alphabet, qui revenait en détail sur l’éducation standardisée dont l’école et plus généralement la société nous bourre le crâne et qui, au final, conduit à faire de nous des individus obéissants et qui se posent le moins de questions possible. Ce visionnage m’a secoué, il faut le dire, car même si Valeska et moi sommes très sensibles à ces questions au moment où deux petits êtres vont faire irruption dans nos vies dans les prochaines semaines, je n’avais pas encore véritablement conscientisé les dégâts occasionnés par un tel formatage. Continuer la lecture de « Comment notre éducation a détruit notre créativité »