Les 10 raisons pour lesquelles vous devriez lire encore plus

 

Contrairement aux apparences, je ne passe pas ma vie à écrire : je lis aussi pas mal, on pourrait même dire beaucoup. Voici les 10 raisons qui me conduisent à entretenir cette déplorable lubie et pour lesquelles, selon moi, les livres devraient être nos meilleurs amis. Continuer la lecture de « Les 10 raisons pour lesquelles vous devriez lire encore plus »

Petit précis des choses à ne pas faire à l’usage des (bonnes) épouses

 

Il y a de cela exactement un siècle, en 1913, paraissait chez A&C Black un livre qui allait devenir un best-seller mondial. Cette petite maison d’édition britannique, fondée en Écosse en 1807, tient toujours le coup puisqu’elle fait aujourd’hui partie du groupe Bloomsbury, plus de 200 ans après sa création — ce qui mérite d’être souligné.

Écrit de la plume de Blanche Ebbutt, Don’ts for wives and husbands est un petit précis pratique de bonnes manières à l’usage des gentlemen désireux de ne pas laisser trop de libertés à leur épouse et des aimantes femmes au foyer prêtes à tout pour satisfaire leur gentil mari. Vous  l’aurez compris, on est loin des batailles modernes du féminisme pour l’égalité : difficile de ne pas rire en parcourant ces lignes, rédigées sous la forme de petits conseils courts et pratiques. Comme le souligne l’auteure:

L’art est une maîtresse difficile et il n’est pas d’art plus difficile que celui d’être une épouse.

L’ouvrage, réédité en français et en 2 parties par Michalon, est aujourd’hui largement connu pour être offert lors d’enterrements de vie de célibataire ou de mariage, façon de souligner l’importance du savoir-vivre lorsqu’on cherche à vivre en communauté. C’est aussi un véritable voyage dans le temps, où l’humour caustique n’est néanmoins pas absent. Petit florilège.

Ne soyez pas surprise, si vous vous êtes mariée pour l’argent, le statut social ou la gloire, d’obtenir seulement argent, statut ou gloire. L’amour ne s’achète pas.

 

Ne soyez pas grossière avec les gens que vous n’aimez pas, sinon votre mari aura des raisons d’avoir honte de vous. La politesse ne coûte rien.

 

N’oubliez pas de souhaiter une bonne journée à votre mari quand il part à son bureau. Si vous ne le faites pas, il ressentira un manque tout au long de la journée.

Plus loin, un nouveau chapitre s’ouvre sur le titre “Des conflits ou comment les éviter”.

Ne dites pas à votre mari “je te l’avais bien dit”, même si vous en êtes très tentée. Cela n’arrange rien et il vous sera reconnaissant de ne pas l’avoir dit.

 

Ne rabrouez pas votre mari. Rien n’est plus désagréable pour les témoins que d’assister à une leçon administrée par une femme à son époux, et pour son mari, c’est plus que désagréable: c’est dégradant.

 

N’oubliez pas que votre mari et vous formez une équipe.

Sur les petites habitudes et autres manies…

N’hésitez pas à sacrifier votre confort personnel pour lui donner une tanière bien à lui. C’est vraiment un bon garçon et nombre de ses soucis se dissiperaient s’il pouvait disposer de temps en temps d’un endroit rien que pour lui.

 

Ne devenez pas fébrile chaque fois que votre mari oublie de rentrer à l’heure prévue. Il est peu probable qu’il ait été renversé par un engin motorisé, assassiné sur le chemin du retour ou abandonné dans un endroit désert.

De la jalousie…

Ne soyez pas jalouse des amis célibataires de votre mari. Laissez-le aller camper avec eux un week-end à l’occasion, il s’en reviendra rajeuni.

 

Ne soyez pas jalouse des relations de votre mari avec d’autres femmes.Vous ne voulez pas qu’il pense que vous êtes la plus délicieuse des femmes parce qu’il n’en voit jamais d’autres, mais parce qu’il en voit des tas et continue néanmoins de penser que, pour lui, vous êtes la seule femme au monde. Invitez régulièrement de jolies filles à la maison.

 

Enfin, ne pas oublier la nourriture, bien entendu.

N’oubliez pas de “nourrir la bête” correctement: beaucoup de choses dépendent de l’état de la digestion.

Le Petit Précis des choses à ne pas faire à l’usage des épouses est un petit livre qui tient dans la paume d’une main, et qui ferait un excellent cadeau humoristique pour vos prochaines soirées entre gens de bon goût. La bonne nouvelle est qu’il existe même en version numérique.

 

The Far Side, la bande dessinée hilarante de Gary Larson

On n’a pas entendu beaucoup parler de Gary Larson de ce côté-ci de l’Atlantique… et c’est un tort!  Dans son genre, Gary Larson est carrément un maître. Pour tout dire, cet américain de souche (il est né en 1950 à Tacoma, dans l’état de Washington) maitrise si bien l’humour anglais qu’on pourrait presque croire qu’il cherche à cacher d’hypothétiques origines britanniques. Maniant une plume cynique, caustique mais toujours bienveillante, Gary Larson fait exploser un humour absurde et acerbe que n’auraient certainement pas renié les Monty Pythons ou Charles Schulz, le créateur des Peanuts.

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Sur la pancarte: « Services sociaux, travaux publics, centre anti-poison, etc… »

Le personnage: « Deuxième étage, s’il vous plait. »

 

Avec un goût particulièrement prononcé pour les animaux —qu’il met en scène sous toutes les coutures, Larson joue des petits défauts, des mesquineries, des coups bas et des incompréhensions qui font le quotidien d’une existence.

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Moby Dick: « Bon sang! Des millions de gens dans cette ville et regardez qui j’emboutis… »

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Ses animaux sont très humains, et ses humains… bref, vous voyez le tableau. C’est avec plaisir que le dessinateur inverse les rôles de temps à autres. Je vous laisse donc en leur compagnie.

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À gauche: « Porno chez les amibes. »

À droite: « Oh, bonté divine! Votre père est parti si vite ce matin qu’il a encore perdu une antenne. »

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Légende: « L’enfer des chiens »

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Le chasseur: « Pas d’échange tant que nous n’avons pas vérifié que notre gars va bien!… Frank! Ça va?

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À gauche: « Les feux de camp chez les éléphants »

À droite: « Maintenant, une particularité que vous allez vraiment apprécier. Voilà! Un arbre juste dans la chambre principale! »

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À gauche: « Allez, mon bébé… Un grognement pour papa… »

À droite: « Blagues classiques chez les fleurs » — sur l’écriteau: « Tondez-moi »

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À gauche – Le présentateur: « Alors dites-nous, Buffy… depuis combien de temps êtes-vous un chient parlant? » – Sur la pancarte: « Eh bien Jim, je parle depuis déjà un bon moment maintenant… »

À droite – Légende: « Avant le papier et les ciseaux » – L’homme préhistorique: « Mince! Encore bloqués! Prêts? Un, deux, TROIS! »

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À gauche : « Salut, je suis Ernie et ce petit gars-là, c’est Gus. bienvenue sur notre île! », « Attention, monsieur, Ernie est fou! Il vous mangera à la première occasion! », « Oh, il plaisante, ne faites pas attention », « Ce n’est pas une blague! Il a mangé un allemand l’année dernière! », « Tais-toi, Gus! Alors, comment vous vous appelez, l’ami? », « Il est fou! Fou, je vous dis! ».

À droite, sur le magazine: « Safari! Observez des animaux de très près! »

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À gauche: « Comment les animaux sociaux travaillent ensemble »

À droite: « Alors je demande au jury… est-ce là le visage d’un tueur en série? »

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Sur le panneau: « Ce soir, le grand Mandini jongle avec NEUF têtes nucléaires! »

Dans le public: « Des têtes nucléaires, hein? Plutôt des têtes nucléaires désarmées, si vous me demandez mon avis! »

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Le pilote: « Désolé de vous interrompre, mais je vous informe que nous allons traverser une zone de turbulences: restez assis quelques instants…. (puis, à son co-pilote) Prêt? Un, deux, trois! « 

Puis « Bien, chers amis, je crois que nous venons de passer le pire… Oh, attendez, attendez! On dirait qu’une autre zone de turbulence approche! »

 

Pour terminer, une anecdote relatée sur la page Wikipédia de l’auteur: 

Gary Larson annonce, dans la Tenth Anniversary edition, qu’il a eu l’honneur de voir une espèce animale nommée d’après lui, par un zoologiste particulièrement blagueur. Strigiphilus garilarsoni est un pou détritivore qui se nourrit de plumes de chouettes (c’est un parasite hautement spécifique). Gary Larson s’en dit flatté et ajoute :

«de toute façon, je ne pouvais pas m’attendre à ce qu’on donne mon nom à une nouvelle espèce de cygne.»

On peut facilement trouver les recueils de Gary Larson en librairie. Il existe même un coffret qui reprend tout son cycle du Far Side, paru aux éditions Andrews McMeel… Malheureusement, il n’existe à ma connaissance pas d’édition française à ce jour. Une lacune à laquelle il faudrait peut-être remédier? En attendant, ces petites friandises se dégustent à l’anglaise.

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Lovecraft, mon amour

 

Je devais avoir quatorze ans et ce jour-là, j’étais intrigué par les couvertures étranges — illustrées par l’excellent Druillet — qui s’étalaient face à moi, dans l’espace librairie du supermarché où ma mère m’avait laissé vagabonder pendant qu’elle faisait les courses. C’est étonnant, ce qui se passe quand on flâne au milieu des livres. On entend des voix vous héler en silence.

Croyez-moi ou non mais ce jour-là, plus que jamais auparavant, j’ai senti l’appel d’un livre.

Il me parlait, se manifestait à moi en usant d’une voix propre, m’invectivait presque, m’ordonnant de le prendre sans trembler, de le déposer dans le caddie et de le passer à la caisse. Même si l’illustration donnait au bouquin des airs terribles, il était relativement petit. Pas de quoi avoir peur, non? J’ai suivi le conseil du livre: je l’ai pris sans trembler. Je crois n’avoir même pas lu le quatrième de couverture en entier lorsque je demandai à ma mère si elle consentait à me l’offrir. Son « oui » donna naissance à une grande histoire d’amour, littérairement parlant la plus grande de toute ma vie.

howard-phillip-lovecraftCe livre, c’était Les Montagnes Hallucinées de Howard Phillips Lovecraft, aux éditions J’ai Lu SF.

Comme  beaucoup de ceux qui le connaissent, je suis entré dans l’univers d’Howard Phillips Lovecraft (HPL pour les intimes) assez jeune, et de manière totale. J’en avais vaguement entendu parlé, notamment pour avoir joué à Alone In The Dark sur PC, et je connaissais vaguement son univers, de loin, comme on connait la religion mystérieuse d’une peuplade lointaine pour en avoir entraperçu des bribes à la télé, dans un reportage. Lire Lovecraft une première fois a été comme mettre le doigt dans un engrenage. D’abord, j’ai voulu en lire plus: j’ai emprunté les quelques ouvrages que possédait la bibliothèque de mon établissement scolaire, puis j’ai emprunté les intégrales de chez Bouquins à la médiathèque. J’ai voulu tout lire. Je l’ai fait. Puis j’ai voulu tout relire, encore et encore. Je l’ai fait aussi, jusqu’à un hypothétique épuisement qui n’est jamais arrivé. Car lire, c’est aussi relire.

Enfin, dans la dernière phase de mon obsession, j’ai voulu tout posséder. Alors j’ai commencé une collection, initiant avec Lovecraft mes futures manies de bibliomane. Au début, j’ai collectionné les livres de poche. Ensuite, les grands formats quand je pouvais en trouver. J’ai pris ensuite le parti de retrouver les petits Denoel, de la collection Présence du Futur. J’en ai collecté pas mal, sur les étals des bouquinistes et sur Internet aussi.  Et puis j’ai voulu en avoir plus.

Retrouver des éditions originales de Lovecraft est une chose compliquée: d’abord, les prix se sont envolés et il devient très difficile de trouver des choses abordables. Ensuite, si l’on exclue les premières publications sous format « livre » chez Arkham House et Bart (dont je possède aussi quelques exemplaires maintenant), Lovecraft n’a été publié de son vivant que dans des publications mensuelles au format magazine. Ces pulps, magazines populaires imprimés sur du papier bon marché d’où ils tirent leur nom, ont — en plus d’être devenus rares et chers — la désagréable propriété de vieillir très mal. Avec le temps, le papier se dessèche. Il devient cassant, fragile, s’émiette à chaque manipulation, ce qui rend son transport difficile et sa conservation délicate.

Astounding Stories, mars 1936

 

Un jour, j’ai craqué. Réalisant presque un fantasme, j’ai acheté à un collectionneur américain qui souhaitait s’en séparer un exemplaire d’Astounding Stories, l’un des pulps dans lesquels Lovecraft a publié ses nombreuses histoires. Ce n’était pas n’importe quel numéro. C’était celui de mars 1936, dans lequel se trouvait l’une des 3 parties publiées des Montagnes Hallucinées. 

Ce magazine est devenu le clou de ma collection. Quelque chose que je regarde de loin, sur ma bibliothèque, prisonnier de son emballage protecteur dont je ne le sors presque jamais. Le papier s’effrite à chaque page tournée, si bien que chaque consultation détruit le livre un peu plus, rendant inéluctable sa disparition. C’est un sentiment d’impuissance terrible, et ce sentiment m’attriste: chaque fois que j’ouvre le livre, je le fais mourir un peu plus.

Pourtant, c’est un tel plaisir de se replonger dans l’univers de la science-fiction des années 30. Les illustrations, exceptionnelles et nombreuses, jalonnent les récits fantastiques de jeunes auteurs comme Lovecraft, Robert Howard, C.L. Moore, Jack Williamson, John W. Campbell, Stanley Weinbaum, Donald Wandrei… qui plus tard devinrent des écrivains de référence.

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Puis, dans le dernier tiers du magazine, s’ouvre enfin le récit des Montagnes Hallucinées. L’exemplaire en ma possession est la seconde partie du récit, découpé sur trois mois de parution. Mais je ne résiste pas au plaisir de vous citer les premières lignes du texte original.

Je suis obligé d’intervenir parce que les hommes de science ont refusé de suivre mes avis sans en connaître les motifs. C’est tout à fait contre mon gré que j’expose mes raisons de combattre le projet d’invasion de l’Antarctique — vaste chasse aux fossiles avec forages sur une grande échelle et fusion de l’ancienne calotte glaciaire — et je suis d’autant plus réticent que ma mise en garde risque d’être vaine. Devant des faits tels que je dois les révéler, l’incrédulité est inévitable ; pourtant, si je supprimais ce que me semblera inconcevable et extravagant, il ne resterait plus rien.

Pour notre plus grand plaisir, les Montagnes Hallucinées est le texte le plus richement illustré du pulp. 

At the Moutains of Madness, HP Lovecraft

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Le vol des étranges créatures rejoignant leur cité
Sans doute la première représentation des "Anciens"
Sans doute la première représentation des « Anciens »

Une superbe planche pleine page

 

Des merveilles vouées à disparaître… mais n’est-ce pas, selon l’auteur lui-même, la véritable finalité de toute chose?

“ Dans un cosmos éternel et indifférent dont l’univers galactique, le système solaire, la Terre, la vie organique et la race humaine ne forment qu’un incident transitoire et négligeable, il ne peut exister de choses telles que valeur, but, signification ou même intérêt, si ce n’est selon une acceptation locale et toute relative. Ce qui revient à dire que rien n’a de valeur, de but, de signification ou de raison d’être à moins d’être considéré en rapport avec l’assemblage fortuit d’expériences, de croyances et d’habitudes qui constituent l’héritage local de chaque observateur. ”

 

H.P. Lovecraft, Heritage or Modernism: Common sense in Art Forms, été 1935

Trad: Philippe Gindre, Eds Robert Laffont  

On peut trouver les Montagnes Hallucinées en livre de poche, mais aussi dans une nouvelle traduction de David Camus aux éditions Mnémos. Les intégrales Lovecraft (3 volumes), dont est notamment tirée la dernière citation, sont disponibles chez Robert Laffont dans la collection Bouquins. Elles sont une véritable mine pour tout lovecraftien qui se respecte. Mais nous aurons l’occasion d’y revenir.

Comment lire de manière efficace? (dans les années 80)

 

S’il est un genre de livres que je chéris particulièrement, c’est bien celui des manuels d’efficacité professionnelle des années 70-80. Par chance, l’un d’entre eux traîne dans notre bibliothèque, et c’est une source inépuisable de… beaucoup de choses: de rires d’abord (les illustrations sont absolument géniales et donnent l’impression de faire un voyage dans le temps) mais aussi de conseils — un peu surannés certes — qui ont su garder leur pertinence malgré les années écoulées.

smanaÀ n’en pas douter, le monde de l’entreprise a subi de nombreuses mutations et, à l’heure de l’open space, du travail en réseau et de l’ultra-capitalisme, il y a quelque chose d’un peu triste et de cruellement naïf à parcourir les pages  du Livre du Self-Management, écrit par John Mulligan et paru aux éditions Marshall en 1988, en Angleterre (paru deux ans plus tard chez Hachette). L’entreprise à papa a vécu et les méthodes de travail ont radicalement été bouleversées. En parcourant ces pages, on se dit qu’on n’aurait plus le temps d’appliquer tout cela, de prendre du temps pour être efficace. Néanmoins on peut se souvenir de cette époque où l’ultra-libéralisme commençait à battre son plein et ouvrait le champ à de joyeuses possibilités pleines de profits avec une certaine nostalgie.

L’ouvrage en lui-même aborde de nombreux sujets — et nous reviendrons dessus plusieurs fois, je n’en doute pas. En attendant, quoi de plus opportun que de commencer par le chapitre traitant de la « Lecture efficace ».

La lecture est une activité complexe qui consiste à reconnaître et à décoder les mots, puis à en extraire la signification. Le fait de lire implique de comprendre le texte, de savoir le rapprocher de ce que l’on connaît déjà, et de sélectionner les informations qui seront ensuite stockées dans la mémoire.

Ainsi commence le chapitre sur la lecture, ce qui constitue une introduction pour le moins pratique et assez loin des visions poétiques de la lecture. Vous êtes ici pour apprendre à lire efficacement, pas pour flâner au bureau en lisant le dernier Barbara Cartland. Alors réajustez-moi cette cravate, rentrez-moi cette chemise dans le pantalon et élaguez-moi cette moustache, Lambert!

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Le premier conseil donné par l’auteur consiste à sélectionner ses lectures : nous sommes submergés de lectures au quotidien et nous devons d’abord faire l’effort de procéder à un tri dans la masse de documents qui nous submerge quotidiennement. Soyez impitoyables dans vos choix, nous recommande-t-on.

Si vous avez plusieurs bacs à courrier, vous classerez plus facilement les documents à lire. ces bacs seront étiquetés « Urgent », « À voir », « Pas urgent », « Faire circuler », « Sans intérêt ».

On peut tout à fait faire le rapprochement avec les quantités d’emails qui arrivent chaque jour dans nos multiples boîtes à lettres virtuelles et pour laquelle une charte de bonne conduite a d’ailleurs été rédigée (vous devriez la suivre). L’auteur Neil Gaiman lui-même, dans son discours aux étudiants de la promotion 2012 de la University of the Arts à Philadelphie, raconte notamment qu’il a compris les désagréments du succès le jour où il s’est rendu compte que son métier consistait dorénavant à répondre à ses emails à plein temps (!).

Pourquoi lire? Vous devez vous poser une question très importante : « Pourquoi est-ce que je veux lire tel ou tel document? » La plupart des gens ne se posent pas cette question et par conséquent, lisent sans aucune efficacité. Vous mémoriserez plus facilement des informations que vous êtes prêt à recevoir. »

Pour lire de façon plus efficace, l’auteur recommande de savoir précisément ce que l’on attend de sa lecture: ainsi la mémorisation s’effectue de façon optimale. Les mots-clefs devront être prononcés à haute voix à mesure qu’ils seront lus, et tout cela dans un seul but: à terme, lire plus rapidement. Combien sommes-nous à avoir soupiré devant la hauteur de notre pile de livres à lire?

Exercez-vous sur des courts romans. La 1ère semaine, apprenez à lire des groupes de mots plutôt que des mots isolés. La 2ème semaine, guidez votre oeil en parcourant les lignes avec un crayon. À la fin d’une ligne, positionnez le crayon au début de la ligne suivante. En 3ème semaine, doublez la cadence chaque jour. Vous vous apercevrez que vous mettez de moins en moins de temps à décoder les mots. En 4ème semaine, astreignez-vous à plusieurs lignes à la fois, puis une page en quelques secondes. L’important est de savoir trouver les mots-clefs.

Pas exactement l’idée que l’on se fait d’une lecture détendante et reposante, c’est certain. N’oubliez pas, nous sommes dans l’efficacité. Le but est de lire plus vite et donc davantage, tout en ne perdant pas le sens. A ce titre, la technique dite du survol, qui consiste à lire les pages en diagonale, apparaît tout à fait opportune.

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Un survol vous permettra de décider si l’information contenue dans un document vous intéresse ou non. […] N’oubliez pas un principe très important: ce n’est pas parce que quelque chose est écrit qu’il faut absolument que vous le lisiez.

Tony Buzan, un autre spécialiste de la lecture rapide, décompose le décryptage d’un document en quatre étapes.

  1. Survol: couverture, quatrième, rabats, table des matière, puis titres des chapitres et des sous-chapitres (censés résumer l’essence d’un document), illustrations et images. Si à l’issue de cette étape, vous ne ressentez pas le besoin de poursuivre votre investigation, alors vous pouvez laisser tomber. Abandonner une lecture fait partie des droits imprescriptibles du lecteur, comme vous le savez peut-être. 
  2. Aperçu: lisez l’introduction et la conclusion. En général, toutes les informations importantes, les questions essentielles et les principaux arguments y sont déjà écrits. Lisez le début et la fin de chaque chapitre, sur le même principe. Cherchez les mots-clefs.
  3. Première lecture: lisez les parties du livre que vous n’avez pas lues. Sautez les pages difficiles ou ennuyeuses. Surlignez, annotez.
  4. Relecture: au besoin, maintenant que le texte est balisé, vous pouvez relire les passages importants. C’est une étape de consolidation.

N’oubliez jamais que c’est vous et vous seul qui décidez de ce qui est important à lire et ce qui vaut la peine d’être retenu. La lecture efficace n’est ni un test d’endurance, ni une affaire de pure volonté, mais un savoir-faire forgé par l’exercice.

Maintenant enrichi des paroles de sagesse du grand sensei Mulligan, vous voilà prêts à affronter le monde impitoyable de l’entreprise. Passez donc à la compta avant de retourner dans votre bureau : tous ces efforts ont bien mérité une augmentation.

On peut encore trouver d’occasion le Livre du Self-Management de John Mulligan sur certaines  librairies en ligne. La dernière édition semble dater de 2002, mais en étant un peu opiniâtre, je suis certain que vous trouverez des éditions plus anciennes (et donc beaucoup plus intéressantes).

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