Je me sentis envahi par une grande détresse

« Je me sentis envahi par une grande détresse. Je me voyais, pèlerin harassé, cheminant à travers les contrées désertiques de l’au-delà, chargé de tous les livres inutiles dont j’étais l’auteur, de tous mes essais, de tous mes articles de journaux et suivi par l’armée des typographes qui avaient dû travailler pour moi, par l’armée des lecteurs qui avaient dû lire tous ces écrits. Mon Dieu ! Et à cela venait s’ajouter Adam mangeant la pomme, puis l’histoire du péché originel. Il fallait donc expier toutes ces fautes dans un purgatoire éternel. Plus tard seulement, on se demanderait si mes productions recelaient une dimension personnelle, spécifique, ou bien si toute mon activité avec ses conséquences s’apparentait uniquement à l’écume inconsistante qui flottait à la surface de la mer, à un jeu sans signification, perdu dans le flot continu des événements. Mozart éclata d’un rire sonore en voyant mon visage s’allonger. Il riait tellement qu’il s’éleva dans les airs en faisant des entrechats. Il me lança alors : Continuer la lecture de « Je me sentis envahi par une grande détresse »

Pourquoi c’est bien : Candide, de Voltaire

Candide, pourquoi c’est bien ? Eh bé pour un tas de bonnes raisons.

D’abord le pitch. Candide est un garçon un peu simple qui vit dans le château du baron de Thunder-ten-tronckh, et comme dit son maître à penser le philosophe Pangloss, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Mais un jour Candide est pris la main dans le sac en train d’embrasser la fille du baron. Foutu à la porte du château sans un rond en poche, il part découvrir le monde et se fait enrôler comme soldat. Il manque de se faire massacrer et retrouve Pangloss, à moitié mort, qui lui apprend que le château a été pris d’assaut et que toute la famille, y compris sa copine, s’est faite tuer par des soldats. Le mec n’a pas le pot. Il décide de partir au Portugal avec son nouveau pote, Jacques, mais le bateau coule et Jacques se noie. C’est la galère, mais il finit par arriver à Lisbonne… le jour du tremblement de terre du siècle. Et comme les religieux là-bas ne croient pas au hasard, l’Inquisition l’arrête pour le brûler façon petit bois.

Et là, c’est juste le début du livre.

Alors Candide, en vrai, pourquoi c’est bien ? Continuer la lecture de « Pourquoi c’est bien : Candide, de Voltaire »

[APPEL] Aux livres, citoyens !

Comme beaucoup au lendemain du vote américain, j’ai peur. C’est un sentiment à la mode en ce moment. Il nourrit les pires idées, le repli identitaire, l’intolérance, la violence. Mais la peur peut aussi nous sauver parfois. C’est grâce à ce mécanisme naturel que les animaux fuient un prédateur ou que nous ne nous approchons pas d’un gouffre. En ce sens, la peur est utile : elle est un signal d’alarme. Elle nous prévient qu’un danger rôde. Continuer la lecture de « [APPEL] Aux livres, citoyens ! »

Pourquoi une bonne histoire est comme une porte secrète

Quand j’ai un coup de mou, que je n’ai pas le moral, que rien n’avance comme je veux, ou plus simplement quand j’ai envie de me changer les idées ou de donner un coup de pouce à la bonne humeur, j’ai plusieurs techniques :

  1. J’observe des insectes de très très près. J’en trouve toujours au moins un sur mon balcon, dans les plantes, un cloporte par exemple. C’est fascinant, un cloporte. La petitesse et la fragilité de ces magnifiques créatures m’émeuvent toujours et, sans que je puisse me l’expliquer, me regonflent le moral.
  2. Je regarde un vieux film, de préférence un classique de mon adolescence ou de mon enfance — Retour vers le futur, Gremlins, Jurassic Park, quelque chose qui me replonge dans l’émerveillement du temps présent et me rappelle que je n’avais autrefois aucun mal à l’éprouver — ou alors un très vieux film de monstres des années 30-40. S’il y a Bela Lugosi dedans, c’est encore mieux.
  3. Je construis une maison en imagination. C’est un peu plus compliqué que Minecraft, parce qu’il y a beaucoup de détails à penser et qu’il faut savoir garder les yeux fermés un bon moment, mais c’est un exercice fascinant. Dans ma dernière maison en date, je n’ai eu le temps d’imaginer que le pas de porte et le vestibule pour le moment. C’est un très joli vestibule ; il y a une très belle table ronde en bois sombre dans le tiroir de laquelle j’ai rangé mon dernier projet de roman. J’aimerais bien vous faire visiter, mais j’ai peur que ce soit trop loin.
  4. Je regarde cette vidéo :

Cherche et trouve ! Les livres à étudier à la loupe de Judith Drews

Judith Drews est illustratrice et designer à Berlin. Son livre Berlin — Riesenbilderbuch est ici connu dans toute la ville : on le trouve dans de nombreuses librairies, et on peut le considérer comme un classique du livre pour enfants berlinois, à tel point qu’on peut le trouver dans différentes éditions et différents formats. Autant dire qu’il se devait d’occuper une place de choix dans la bibliothèque que nous élaborons patiemment pour nos jumeaux à plus d’un titre : d’abord parce que le principe est génial (de grands dessins très détaillés dans lesquels on peut se perdre à l’envi, un peu comme dans Où est Charlie ?), mais aussi parce que nous adorons ce genre de livres sans parole qui laisse toute sa place à l’imagination. On me souffle à l’oreille qu’en allemand, on appelle ça des Wimmelbücher (livres « grouillants »). L’ouvrage en lui-même ne comprend que quelque pages, mais chaque illustration est si foisonnante qu’on peut sans problème y chercher longtemps sans parvenir à tout épuiser. Continuer la lecture de « Cherche et trouve ! Les livres à étudier à la loupe de Judith Drews »