Le Harlem Shake parle de notre rapport au Chaos

 

Oui, je me disais bien qu’un titre un peu pompeux comme celui-ci vous attirerait chez moi. Je vous connais si bien.

N’empêche. Ça fait quelques jours que je regarde avec délectation les meilleures vidéos de Harlem Shake postées aux quatre coins du monde. Un phénomène mondial, un « Meme » dont seuls les Internets ont le secret, qui consiste à… faire n’importe quoi sur une musique moitié affligeante, moitié entêtante. Petit rappel en images pour ceux qui auraient tout raté du buzz.

 

Evidemment, le truc fonctionne sur le principe du comique de répétition, à savoir qu’une mauvaise blague n’est pas drôle la première fois, ni la seconde fois, devient vaguement pathétique au bout de la dixième fois, et finit par devenir extrêmement drôle la centième fois.

Mais au-delà du comique de répétition, quelque chose m’a frappé en regardant certaines vidéos, notamment celles où des militaires, des pompiers — des personnes certes promptes à la Grosse Rigolade, mais garantes d’un certain maintien de l’ordre — déhanchent leur corps sur l’odieuse boum-boum-litanie.

 

Le Harlem Shake a selon moi un message caché. Un sous-texte inconscient qui rappelle les Vanités, ces natures mortes grotesques dépeignant la mort sous un jour prosaïque.

En gros, le Harlem Shake   est une manière de montrer au monde entier que sous le vernis fragile du sérieux (de la vanité) se cache l’absurdité du chaos que le Joker, Nietzsche ou Camus n’auraient certainement pas renié. Cette manière de se défouler, de relâcher la pression, raconte que dans un monde où chaque liberté individuelle est circonscrite à outrance, rien n’est finalement prévisible. Les pompiers peuvent devenir fous. Les révolutionnaires égyptiens peuvent manifester en rigolant sous les balles. Tout peut arriver, le pire comme le meilleur. Nous entretenons l’illusion que nous contrôlons tout, alors que nous ne pouvons même pas… nous contrôler nous-mêmes.

En somme, le Harlem Shake est une leçon d’humilité face au sérieux ambiant.

Harlem Shake sous la neige, Université Paris 8 St Denis
Harlem Shake sous la neige, Université Paris 8 St Denis

In Bayerischer Platz lives a crow called « Remember »

In Berlin, memories can be found everywhere.

At every corner, every station, every street, you’ll find objects of remembrance. Usually, those objects are statues or commemorative tablets. But if you go to Bayerischer Platz, you’ll find something unusual.

I heard about those signs in a very good French book by Olivier GuezL’impossible retour (The Impossible Return): it is about Jewish people coming back to Germany after World War 2. I strongly recommend this book. If you can read French, you’ll learn a lot.

I thought those signs had been installed here by the city of Berlin itself, as a manner to commemorate. But if you read carefully, you’ll notice that they were created by modern artists Renata Stih and Frieder Schnock in 1993.

In fact, it’s art. And this is the explanation you’ll find on the artists’ website:

Places of Remembrance / Orte des Erinnerns is a decentralized memorial in the Bavarian Quarter in the Schoeneberg district of Berlin, which was inaugurated in 1993. 80 brightly printed signs are put up on lampposts, depicting colorful images on the one side and condensed versions of anti-Jewish Nazi rules and regulations passed between 1933 and 1945 in black and white on the reverse side.
Together, the words and images force passers-by to remember the almost-forgotten history of this neighborhood, where Albert Einstein and Hannah Arendt once lived. Dispersed throughout the area the memorial becomes a metaphor of the daily deprivation of rights and humiliation of Jews during the Nazi era. 

You’ll find everything you want to know here: http://www.stih-schnock.de/remembrance.html

I don’t know if it’s a good or a bad thing to do. The lack of obviousness can be a problem for some people, I guess, as for Lola Waks, who lives here and who has known the darkest part of german 20th century history. As she explains to Olivier Guez in L’impossible retour, those signs make her angry: they force her to remember something she sometimes wants to forget.

There’s a monster living here. A tiny little monster, black as night.

He has taken the shape of a big crow, cawing loudly in the little park at Bayerischer Platz.

His name is “Remember”.