Parler à travers les livres : Page42 prend un nouveau départ en 2018

Depuis son ouverture en 2013, Page42 a subi plusieurs évolutions. De simple blog de lecture, il est passé à plateforme de publication personnelle, puis à laboratoire d’idées et de réflexions sur l’écosystème éditorial. Chaque phase a eu sa vie : j’ai essoré chaque concept jusqu’à sentir poindre les premiers signes de lassitude, puis je suis passé à un autre. Pour autant, je considère que chacun d’entre eux était lié : normal, puisque j’étais ce lien.

Mais je pense qu’il est l’heure de passer à autre chose. J’ai fait le tour de ce que j’avais à dire sur l’industrie, sur le droit d’auteur, sur les licences libres – continuer reviendrait à me répéter. J’ai également fait le tour de ce que j’avais à dire sur mon travail – à vrai dire je me suis peut-être usé à trop en dire sur le « comment », sur le « pourquoi ».  En 2018, j’aspire à profiter de l’ombre et du temps long. Continuer la lecture de « Parler à travers les livres : Page42 prend un nouveau départ en 2018 »

Je prends les euros, les dollars et les Likes

Écrire et publier sur le net, c’est essayer des trucs – c’est comme ça, on n’y peut rien, c’est la manière dont on est câblé. Tu trouves une plateforme qui a l’air sympa, tu t’ouvres un compte et tu y publies un texte court comme tu lancerais une fusée de détresse au beau milieu de l’océan – la littérature c’est un naufrage permanent, et des fusées de détresse il en faut pas mal si tu espères encore attirer l’attention d’un bateau pas loin. On bidouille, on se plante – genre vraiment souvent – et la plupart du temps on sort de tout ça lessivé et le moral à plat. Continuer c’est un sacerdoce. Il m’arrive d’avoir des doutes, mais ça ne dure jamais longtemps. Continuer la lecture de « Je prends les euros, les dollars et les Likes »

Syndrome de l’imposteur : il est temps que nous nous prenions au sérieux

Le syndrome de l’imposteur – ce désagréable sentiment que nous ne trouvons pas à notre place, que nous ne devrions pas nous revendiquer de telle ou telle identité, de telle ou telle profession – nous gâche la vie. Pire, il gâche aussi par contamination celle des autres ; celles et ceux qui partagent notre sort. En somme c’est un sentiment qui ronge toutes les personnes qui entrent en contact avec lui – les idées sont contagieuses. Et c’est un sentiment très présent dans le petit cercle de notre corporation, à savoir celle des auteurs et des autrices. Continuer la lecture de « Syndrome de l’imposteur : il est temps que nous nous prenions au sérieux »

Racisme et littérature : faut-il « brûler » Lovecraft ?

  1. Longtemps le mythe de Cthulhu n’aura été qu’une mythologie confidentielle, et son auteur, Howard Phillips Lovecraft, un sinistre inconnu. Aujourd’hui les choses changent, notamment en France où de nouvelles traductions, biographies, monographies, voient le jour. Mais Lovecraft est un phénomène global : films, séries, musique, jouets, jeux vidéo, de société ou de rôle… Les artistes qui s’en inspirent se comptent désormais par centaines, si bien que peu à peu l’impensable se produit : Lovecraft devient mainstream. Même les créateurs de Stranger Things parlent d’approche « lovecraftienne » pour la saison 2 de leur série à succès. Bientôt le « menu Azathoth » chez McDonald’s ?

Mais il y a un problème. Si la mythologie créée par Lovecraft est indubitablement un fait marquant de l’histoire des cultures de l’imaginaire du vingtième siècle – peut-être même le plus marquant –, il y a son racisme. Et on ne parle pas du petit racisme ordinaire, celui de la première partie de la vie de l’auteur. Même si le milieu social dans lequel il baignait, celui des bourgeoisies policées, manifestait en son temps un mépris plus ou moins sonore pour « les autres races », le mépris en question n’atteignait pas le stade que la haine de Lovecraft atteindra dans la deuxième partie de sa vie. Le cas Lovecraft implique que l’on parle d’un racisme dévorant, une obsession cannibale et titanesque. Continuer la lecture de « Racisme et littérature : faut-il « brûler » Lovecraft ? »

« Okja », une fable animiste et végétaliste

Il y a tellement de belles choses dans Okja que je ne sais même pas par quoi commencer. Film-fable de Joon-Ho Bong – réalisateur et scénariste sud-coréen, auteur entre autres de Mother, The Host et du Snowpiercer –, Okja me fait tout d’abord réaliser à quel point j’aime les histoires simples. Une histoire simple, avec des enjeux clairs, c’est une histoire qui fonctionne – une histoire qui fonctionne, c’est une histoire qui touche profondément la personne qui la reçoit, et c’est pour cette raison qu’on écrit. Continuer la lecture de « « Okja », une fable animiste et végétaliste »