Ce qui brûle tout au fond : le jour où j’ai compris que le racisme de Lovecraft pouvait me contaminer

Je vais vous raconter une histoire. C’est une histoire dont je ne suis pas fier, surtout au regard de la personne que je crois être devenue aujourd’hui. Mais je crois que ça vaut justement la peine de la raconter, ne serait-ce que pour ça.

Il y a quelques jours, j’ai publié un article sur le racisme de Lovecraft. L’article a suscité beaucoup de réactions, souvent passionnées. J’y soutenais qu’il était à mon sens difficile de faire la part des choses entre œuvre et artiste – que quelque part quelque chose transpirait toujours à travers les mots, à travers l’idée même de fiction en général, qu’il s’agisse de livres, de pièces de théâtre, de films… On m’a souvent rétorqué que j’avais tort, qu’il était parfaitement possible de faire la part des choses et de continuer à apprécier les œuvres de fiction pour ce qu’elles sont – des œuvres de fiction –, même si l’auteur était raciste, comme Lovecraft l’était, même s’il était sexiste, même s’il était antisémite, etc. Qu’on peut toujours être plus intelligent que ça, qu’on peut résister, s’en défaire – parce qu’on est si malins…

Je n’ai pas trouvé de réponse définitive. La preuve, le débat continue. Mais il manquait une chose à cet article sur Lovecraft, une chose qu’il aurait peut-être fallu que je mentionne pour mettre en lumière certaines de mes idées. Sur le moment, l’idée de me mettre en spectacle, de me donner en exemple symptomatique, m’a paru effrayante, parce qu’elle m’engageait personnellement. Je crois pourtant qu’il est intéressant que je le mentionne. Continuer la lecture de « Ce qui brûle tout au fond : le jour où j’ai compris que le racisme de Lovecraft pouvait me contaminer »

Syndrome de l’imposteur : il est temps que nous nous prenions au sérieux

Le syndrome de l’imposteur – ce désagréable sentiment que nous ne trouvons pas à notre place, que nous ne devrions pas nous revendiquer de telle ou telle identité, de telle ou telle profession – nous gâche la vie. Pire, il gâche aussi par contamination celle des autres ; celles et ceux qui partagent notre sort. En somme c’est un sentiment qui ronge toutes les personnes qui entrent en contact avec lui – les idées sont contagieuses. Et c’est un sentiment très présent dans le petit cercle de notre corporation, à savoir celle des auteurs et des autrices. Continuer la lecture de « Syndrome de l’imposteur : il est temps que nous nous prenions au sérieux »

Racisme et littérature : faut-il « brûler » Lovecraft ?

Longtemps le mythe de Cthulhu n’aura été qu’une mythologie confidentielle, et son auteur, Howard Phillips Lovecraft, un sinistre inconnu. Aujourd’hui les choses changent, notamment en France où de nouvelles traductions, biographies, monographies, voient le jour. Mais Lovecraft est un phénomène global : films, séries, musique, jouets, jeux vidéo, de société ou de rôle… Les artistes qui s’en inspirent se comptent désormais par centaines, si bien que peu à peu l’impensable se produit : Lovecraft devient mainstream. Même les créateurs de Stranger Things parlent d’approche « lovecraftienne » pour la saison 2 de leur série à succès. Bientôt le « menu Azathoth » chez McDonald’s ?

Mais il y a un problème. Si la mythologie créée par Lovecraft est indubitablement un fait marquant de l’histoire des cultures de l’imaginaire du vingtième siècle – peut-être même le plus marquant –, il y a son racisme. Et on ne parle pas du petit racisme ordinaire, celui de la première partie de la vie de l’auteur. Même si le milieu social dans lequel il baignait, celui des bourgeoisies policées, manifestait en son temps un mépris plus ou moins sonore pour « les autres races », le mépris en question n’atteignait pas le stade que la haine de Lovecraft atteindra dans la deuxième partie de sa vie. Le cas Lovecraft implique que l’on parle d’un racisme dévorant, une obsession cannibale et titanesque. Continuer la lecture de « Racisme et littérature : faut-il « brûler » Lovecraft ? »

« Okja », une fable animiste et végétaliste

Il y a tellement de belles choses dans Okja que je ne sais même pas par quoi commencer. Film-fable de Joon-Ho Bong – réalisateur et scénariste sud-coréen, auteur entre autres de Mother, The Host et du Snowpiercer –, Okja me fait tout d’abord réaliser à quel point j’aime les histoires simples. Une histoire simple, avec des enjeux clairs, c’est une histoire qui fonctionne – une histoire qui fonctionne, c’est une histoire qui touche profondément la personne qui la reçoit, et c’est pour cette raison qu’on écrit. Continuer la lecture de « « Okja », une fable animiste et végétaliste »

Gobbledygook, épisode 7 : Les morts savent vivre

Après quelques semaines supplémentaires d’attente, la faute aux fêtes de fin d’année, à des enfants malades et/ou surexcités en fonction du moment, à une flemme parfois astronomique et à d’autres raisons plus ou moins occultes impliquant des exorcismes, un démon amateur de crevettes et un combat entre les forces du Bien et du Mal, le voici enfin, le nouvel épisode de Gobbledygook. C’est le numéro 7, et il fait plus de 30 minutes, donc accrochez-vous. J’espère qu’il vous plaira. Vous pouvez l’écouter juste en-dessous, et sinon dans les prochaines heures sur iTunes et YouTube. Continuer la lecture de « Gobbledygook, épisode 7 : Les morts savent vivre »