L’émouvante lettre de remerciement de Roald Dahl à l’une de ses jeunes lectrices : merci pour le rêve

On ne présente plus Roald Dahl – le célèbre auteur de Matilda, Charlie et la Chocolaterie, Sacrées sorcières et de tant d’autres classiques de la littérature jeunesse. En 1989, une petite fille de sept ans prénommée Amy envoyait par courrier un cadeau un peu particulier à l’écrivain : l’un de ses « rêves », enfermé dans une petite bouteille remplie d’eau colorée, d’huile et de paillettes. Et ce n’était pas par hasard : dans Le BGG, le roman favori d’Amy, un géant attrape des rêves à l’aide d’un filet et les enferme dans des bocaux afin de les souffler aux oreilles des enfants endormis.

Ému par cette charmante attention, Roald Dahl décida de répondre à la fillette dans une lettre datée du 10 février 1989 :

Chère Amy,

Il me faut t’écrire une lettre spéciale et te remercier pour le rêve dans la bouteille. Tu es la première personne au monde à m’en avoir envoyé un et il m’a beaucoup intrigué. Je l’ai aimé, aussi. Ce soir, je descendrai au village et je le soufflerai à travers la fenêtre de la chambre d’un enfant endormi pour voir si ça fonctionne.

Avec toute mon affection,

Roald Dahl

Après ça, qui pourrait encore dire que l’imagination n’est qu’une affaire d’enfants ? On retrouve cette lettre, ainsi que de nombreuses autres tout aussi étonnantes, dans l’ouvrage Letters of Note, aux éditions Canon Gate, compilées par Shaun Usher.

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Retourner à l’état sauvage : trois livres jeunesse pour faire exploser les carcans et célébrer la liberté

Pour oublier le gris de nos villes et de nos cœurs, peut-être faut-il l’espace d’un espace tourner le dos à la civilisation et se réapproprier ce qui en nous rugit, court et mord ?

Aujourd’hui plus qu’à n’importe quelle époque, la nature exerce un pouvoir d’attraction fascinant. La faute sans doute à nos quotidiens hyper-connectés qui ne nous laissent le temps de rien, ou qui du moins nous en donnent l’impression. La nature n’est pourtant pas toujours tendre. Elle peut même être cruelle parfois.

Pourtant, le désir de connexion à la terre nous étreint tous à un moment ou à un autre de notre vie, comme si cette part animale n’avait jamais complètement disparu, comme si nous ne parvenions pas à remplir le costume que nous imposent nos bonnes manières et nos arrangements sociaux. Comme si au fond nous étions incapable de faire semblant. Cette étincelle de sauvagerie, nous la chérissons secrètement comme nous gardons enfoui au plus profond l’enfant que nous avons été.

Dans Monsieur Tigre se déchaîne (Mister Tiger goes wild dans sa version originale), Peter Brown dépeint le quotidien de Monsieur Tigre, un fauve qui n’a plus de fauve que le nom puisqu’il a complètement occulté sa sauvagerie intérieure au profit d’une civilité qui n’aurait rien à envier à nos sociétés les plus strictes.

Habillés en costumes et en robes strictes, les animaux de la ville « jouent aux humains » : ils sont tous très sérieux et n’éprouvent que du mépris pour leur nature bestiale, qu’ils ont réussi à dompter.

Mais cette existence ennuie beaucoup Monsieur Tigre, qui n’aspire qu’à une chose : retrouver un peu de gaieté et de légèreté. Mais comment faire ? C’est alors qu’il a une idée. Une idée toute simple.

De là, tout s’enchaîne. Monsieur Tigre a mis le doigt dans l’engrenage de la sauvagerie : il ne veut plus obéir, n’écoute plus les conseils de ses amis, se comporte comme le fauve qu’il est… et en retire beaucoup de plaisir.

Mais bientôt, sa maison commence à lui manquer. Et ses amis aussi. Monsieur Tigre devra donc chercher une voie médiane et, qui sait, peut-être convaincre les autres animaux de ne pas renoncer totalement à leur part bestiale ? Monsieur Tigre se déchaîne est une lecture éclairante, qui ravira les petits mais aussi (surtout ?) les grands.

J’admire beaucoup le travail de Peter Brown, récompensé à de nombreuses reprises et dans le monde entier. J’éprouve d’ailleurs en général beaucoup de plaisir à lire des albums et des romans jeunesse. Je ne considère d’ailleurs pas qu’il faille marquer une frontière entre littérature jeunesse et littérature « vieillesse » : si je trouve un livre suffisamment intéressant pour le mettre entre les mains de mes enfants, alors je ne vois aucune raison valable de ne pas le lire et l’apprécier moi-même. Au fond, quand on dit d’un livre qu’il est « pour les enfants », on ne précise pas l’âge de l’enfant en question : pour ma part, je suis un enfant de 36 ans.

Mais Peter Brown n’est pas qu’un illustrateur talentueux : il est aussi un romancier. En témoigne Robot sauvage, un court roman magnifiquement illustré qui reprend les thèmes chers à son auteur puisqu’il est là aussi question de la part qu’occupe la nature en nous, mais cette fois dans l’autre sens. Le héros est un robot nommé Roz, seul rescapé du naufrage d’une cargo qui transportait tout une cargaison d’androïdes dans son genre. Roz débarque sur une île déserte. Enfin, déserte, pas tant que ça, puisqu’elle est peuplée d’une myriade d’animaux sauvages.

Après des débuts chaotiques, Roz s’adapte à son milieu. La nature perce sa carapace de métal, elle investit ses rouages et ses circuits par porosité. Le vent la traverse, le bruit des feuilles la séduit… Et si les animaux se montrent d’abord méfiants, ils finissent par l’accepter pour la drôle de bête qu’elle est : Roz parvient à se faire des amis, et même à trouver la part de sauvagerie en elle.

En ce sens, Robot Sauvage tend vers la philosophie shintoïste qui veut que même les objets dits « inanimés », les rochers, cours d’eau et même les robots, puissent être dotés d’un esprit et d’une âme.

Les nuages filaient dans le ciel.

Les araignées tissaient des toiles élaborées.

Les baies attiraient des bouches affamées.

Les renards traquaient les lièvres.

Des champignons poussaient parmi les feuilles en décomposition.

Les tortues se jetaient dans les mares avec des bruits d’éclaboussures.

La mousse recouvrait les racines des arbres.

Les vautours se penchaient sur les carcasses.

Les vagues de l’océan martelaient la côte.

Les têtards devenaient des grenouilles et les chenilles des papillons.

Un robot sous camouflage observait tout ça.

Robot Sauvage est une histoire très touchante, racontée dans un style simple et brut qui retranscrit à merveille les pensées du robot, tout en parvenant à y insuffler la chair et l’âme dont Roz semble en apparence être dépourvue. Mais la nature est flexible : elle s’adapte. Et elle est capable d’accepter en son sein tous ceux qui le souhaitent.

Quant au troisième livre de cette sélection, il est tout simplement d’une beauté à couper le souffle, et je le considère comme l’un des joyaux de notre bibliothèque : Sauvage de Emily Hughes (Wild en version originale) est une de ces merveilles dont les images, à l’instar du Max et les maximonstres de Maurice Sendak (qui aurait pu figurer lui aussi dans cette sélection), restent gravées au dos de nos rétines et hantent nos imaginaires longtemps après avoir refermé le livre.

L’héroïne de cette histoire est une petite fille sans nom : là où elle vit, dans une forêt profonde, elle n’en a pas besoin. Les animaux, qui l’ont recueillie alors qu’elle n’était qu’un bébé, se sont occupés de son éducation.

Jamais lestée par nos oripeaux sociaux, la petite fille s’est donc construite avec et dans la nature, et non pas contre elle. Et elle y vit très heureuse. Mais cela ne pouvait pas durer. Un jour, des chasseurs finissent par tomber sur elle. Émus par son sort, ils décident de la ramener dans leur monde pour la civiliser. Contre son gré, bien sûr.

Elle qui a appris à parler avec les ours et les corbeaux ne comprend rien à ce nouveau monde, à ces nouveaux carcans auxquels on voudrait qu’elle s’adapte. Les hommes insistent, mais elle résiste…

… et finit par s’enfuir.

D’une certaine manière, Sauvage raconte cette dichotomie qui nous habite tous et toutes : comment, en tant que créatures naturelles (faut-il encore le rappeler, nous sommes des animaux – évolués, certes, mais des animaux tout de même), avons-nous pu perdre pied à ce point, jusqu’à oublier d’où nous venions ?

Nous ne sommes pas en dehors de la nature, même si nous nous en excluons de fait : quoi que nous en pensions, nous en faisons partie. Nous n’avons pas le choix.

Et il serait temps d’apprendre à nous en souvenir… sans quoi nous risquerions d’oublier comment mordre, courir et rugir. Ce serait dommage, non ?

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Cherche et trouve ! Les livres à étudier à la loupe de Judith Drews

Judith Drews est illustratrice et designer à Berlin. Son livre Berlin — Riesenbilderbuch est ici connu dans toute la ville : on le trouve dans de nombreuses librairies, et on peut le considérer comme un classique du livre pour enfants berlinois, à tel point qu’on peut le trouver dans différentes éditions et différents formats. Autant dire qu’il se devait d’occuper une place de choix dans la bibliothèque que nous élaborons patiemment pour nos jumeaux à plus d’un titre : d’abord parce que le principe est génial (de grands dessins très détaillés dans lesquels on peut se perdre à l’envi, un peu comme dans Où est Charlie ?), mais aussi parce que nous adorons ce genre de livres sans parole qui laisse toute sa place à l’imagination. On me souffle à l’oreille qu’en allemand, on appelle ça des Wimmelbücher (livres « grouillants »). L’ouvrage en lui-même ne comprend que quelque pages, mais chaque illustration est si foisonnante qu’on peut sans problème y chercher longtemps sans parvenir à tout épuiser. Continuer la lecture de « Cherche et trouve ! Les livres à étudier à la loupe de Judith Drews »

Mon voisin fait tellement de bruit que… j’imagine le pire!

 

Mon Voisin est un joli petit livre illustré dont le texte et les dessins sont signés Marie Dorléans, et qui vient accompagné d’un CD fort bienvenue sur lequel on retrouvera la voix de Guillaume Gallienne, membre émérite de la Comédie Française et acteur plutôt chouette dans son genre. Le tout est joyeusement édité les éditions des Braques, une petite maison au catalogue très intéressant, pour les enfants comme pour les adultes amateurs de belles choses.

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L’histoire, elle, est toute simple, comme nous l’indique le quatrième de couverture.

 Un beau jour, un nouveau voisin emménage. Des bruits intrigants proviennent de chez lui et, de l’autre côté du mur, on s’imagine les choses les plus folles.

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Avec ce pitch digne d’un film d’Alfred Hitchcock, on embarque pour un univers visuel magnifiquement épuré, à la ligne claire et au trait assuré, qui ne fait qu’accentuer l’aspect poétique de la narration.

 

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La construction de l’album fait que la double page joue ici toute son importance: en effet, partant de cette contingence matérielle (le livre relié) l’auteure joue avec la pliure et en fait le mur de séparation entre les deux appartements. Tout simplement brillant!

 

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On se délecte de tourner les pages le plus lentement possible pour savourer le trait de l’illustratrice, qui n’est pas sans rappeler celui des grands maîtres de l’âge d’or de l’absurde américain tels Edward Gorey ou Charles Addams, l’inventeur de la famille du même nom… la couleur en plus.

 

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Un splendide album comme les enfants en réclament davantage et que les adultes savourent en connaisseurs.

 

 

Retrouvez votre âme d’enfant avec les expériences de science amusante de Tom Tit

 

300px-JournalIllustrationL’Illustration est un journal légendaire, et peut-être certains d’entre vous en possèdent-ils encore quelques exemplaires cachés au fond d’un grenier ou bien à l’abri dans une reliure. Cet hebdomadaire, qui a été publié de 1843 à 1944, a fait beaucoup pour la presse en étant, par exemple, le premier à exposer une photographie dans ses colonnes, ou en offrant au public des feuilletons célèbres: ainsi, le Mystère de la Chambre jaune de Gaston Leroux y fut publié pour la première fois.

On trouvait beaucoup de choses dans l’Illustration, et notamment… des tours de magie. Ou plutôt, comme on les appelait à l’époque, des expériences de science amusante, destiné à ravir les convives d’un dîner ou à distraire les enfants. Ainsi, l’auteur Tom Tit (pseudonyme pour Arthur Good) a, entre 1890 et 1894, décrit pas moins de 300 expériences scientifiques spectaculaires, réunies en recueil par la librairie Larousse.

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Ce sont ces recueils que Larousse a décidé de republier en 2005 dans un coffret vintage toilé très début de siècle, reproduisant à l’identique la maquette de l’original.

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Nous avons pour vous sélectionné deux petits « tours » qui vous permettront de surprendre vos amis à la fin d’un repas. Soyez attentifs. Tout d’abord, le “moteur stéarique”.

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C’est un nouveau moteur que je viens vous présenter ici; il ne fonctionne ni à la vapeur, ni à l’électricité, ni à l’air comprimé […] Vous croyez que je plaisante? Prenez une bougie, et faites vous-même l’expérience.

 

Piquez, perpendiculairement à la mèche, de part et d’autre de la bougie et en son milieu, les têtes de deux épingles préalablement chauffées: ces deux épingles constituent l’axe de notre moteur, et vous poserez leur extrémité sur le bord de deux verres.

Tout le monde suit? Bien. On continue.

Si vous allumez les deux bouts de la bougies, ils brûlent, je vous laisse deviner avec quel entrain, et une goutte de stéarine tombe dans l’une des assiettes placées au-dessous pour la recevoir. L’équilibre de notre fléau de balance est rompu, et l’autre bout de la bougie descend […] mais ce mouvement d’oscillation fait tomber plusieurs gouttes du bout qui vient de descendre, et qui devient à son tour plus léger; il remonte donc tandis que l’autre descend…

C’est donc un joli mouvement de balancier auquel vous assisterez, qui ne fera qu’accélérer à mesure que le mouvement prend de l’ampleur. Pour l’avoir réalisé moi-même, je confirme qu’il est assez spectaculaire: un chouette spectacle pyrotechnique de fin de repas!

Le deuxième tour est tout aussi — voire davantage même — spectaculaire. Il s’appelle “Les allumettes gourmandes”.

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Pour cette expérience, munissez-vous d’une assiette creuse remplie d’eau, de quelques allumettes (fonctionne aussi avec des grains de poivre saupoudrés à la surface de l’eau) et un morceau de savon (ça fonctionne aussi assez spectaculairement si on trempe le bout de son doigt dans du liquide vaisselle). 

Lorsqu’on appelle les enfants pour les laver, beaucoup d’entre eux ne manifestent aucun enthousiasme ; quelques uns même s’enfuient ou se cachent à la vue du savon et de la cuvette. Mais, si vous leur présentez un morceau de sucre, vous les voyez tous accourir avec empressement.

[…]

Il vous est facile de les convaincre en mettant quelques allumettes sur l’eau contenue dans la cuvette. Disposez-les en étoile, et au centre de cette étoile, enfoncez dans l’eau un petit morceau de savon taillé en pointe. Aussitôt, voilà toutes vos allumettes parties, comme si le savon leur faisait horreur.

Comment faire pour ramener les allumettes à leur point de départ, me direz-vous? Allez, je vous le révèle. Sympa, hein! Comme disent nos amis à la télévision, c’est pas sorcier.

Présentez-leur un morceau de sucre, que vous tremperez dans l’eau, et vous verrez toutes vos allumettes se précipiter dessus rapidement.

tomtit5Le coffret Tom Tit est encore trouvable chez certains libraires en ligne. Il contient en tout et pour tout 300 expériences de science amusante. Enfin, je dis ça, certaines sont un peu moins amusantes que d’autres… Il faut se replacer dans le contexte de l’époque, où il était difficile d’aller chercher une explication sur Google ou Wikipédia. Mais une fois que vous en aurez mémorisés deux ou trois, vous deviendrez ce type à qui, lors des repas de famille, on demande un tour de magie. La classe, non? … Non? … Hein?