Paye ton auteur : et si notre problème, c’était la définition du « travail » ?

En réaction à la non-rémunération des interventions des auteurs et des autrices sollicité·e·s par le Salon du Livre de Paris, circule depuis quelques jours sur les réseaux sociaux un hashtag : #PayeTonAuteur. Cette initiative, aussi spontanée que salutaire, met en lumière les conditions de (sur)vie des personnes qui écrivent les livres que nous lisons – et ce ne peut être qu’une bonne chose.

Je ne reviendrai pas sur l’affaire en elle-même : elle est sordide et témoigne du peu de cas que le Syndicat National de l’Édition et Reed (l’organisateur du salon) font des artistes qu’ils sollicitent. Le simple fait qu’il faille se battre et réclamer – d’aucuns diraient mendier – est on ne peut plus parlant. Il n’y a rien à ajouter, sinon des appels au blocage.

Il me paraît en revanche plus intéressant de revenir sur ce que cette mésaventure – une parmi tant d’autres – dit du travail d’écrivain, et du travail en général. À lire les réactions sur les réseaux sociaux, on comprend vite que quelque chose est en train de changer. Le public prend le parti des artistes. Grâce à des années de pédagogie (il faut ici saluer le travail de la Charte et du SnacBD), l’image d’Épinal de l’artiste dilettante et insouciant s’efface peu à peu, et ce qui était vu comme une occupation proche du hobby dans l’imaginaire collectif se transforme peu à peu. Écrire, c’est un travail. Corriger, c’est un travail. Illustrer, c’est un travail. Animer une table ronde, un atelier scolaire, donner une conférence, expliquer son travail face à un public, et même dédicacer son livre… vous avez compris : c’est un travail. Un travail qui appelle rémunération. Continuer la lecture de « Paye ton auteur : et si notre problème, c’était la définition du « travail » ? »

Piratage : ma première expérience

Je me souviens assez clairement de ma première rencontre avec le « piratage » : je devais avoir 14 ou 15 ans (donc il y a 20 ans de ça, pour les deux du fond qui ne savent pas à quel point je suis vieux) et à l’époque, il n’y avait ni iTunes, ni Spotify, et pour tout vous dire il n’y avait même pas T411, c’est vous dire. On ne regardait pas de vidéos en ligne, pas plus qu’on écoutait de musique en streaming, parce que nos modems 56k auraient explosé : les disques, on les achetait ou on les empruntait à la médiathèque. Dans les années 90, le piratage, c’était plutôt du vol à l’étalage : en gros, tu piquais le CD chez ton disquaire. Ou alors un pote te le prêtait et tu le recopiais sur une cassette audio. Continuer la lecture de « Piratage : ma première expérience »

Contre la précarité, un seul moyen de pression : l’autopublication

Je soutiens les organisations d’autrices et d’auteurs qui défileront au Salon du livre jeunesse de Montreuil sous la bannière « Plume pas mon auteur », parce qu’il y a beaucoup à revendiquer et que la situation ne fait qu’empirer. Mais je ne les soutiens pas sans réserve. Si je considère que les revendications sont légitimes, le modus operandi me laisse perplexe :

« Signe distinctif : les plumes ! Nous vous proposons de vous distinguer comme nous à votre convenance avec des accessoires aptes à exprimer votre statut d’artistes-auteurs déplumés ou votre soutien aux déplumés : boas, coiffes d’Indiens, ailes… liste non exhaustive. Nous vous recommandons d’apporter des plumes, signe de ralliement. Vous seront fournis des Stickers « Plume pas mon auteur ! » sur le stand de La Charte. »

Une énième manifestation sur un salon du livre. Un énième rassemblement joyeux – parce qu’il ne faudrait pas faire peur aux lecteurs – avec froufrous et déguisements, punchlines comiques et chansons détournées. Une énième manière de signifier l’épuisement des troupes, qui n’a plus que le rire pour ne pas céder au désespoir. Ce n’est pas une manifestation : c’est un appel à l’aide. C’est une main tendue devant l’abîme. Et les appels à l’aide sont entendus ou ignorés – le plus souvent, ils sont ignorés. Et il n’y a pas de raison que ça ne se passe pas comme ça cette fois encore. Continuer la lecture de « Contre la précarité, un seul moyen de pression : l’autopublication »

Auteurs, pourquoi continuer de jouer le jeu des éditeurs ? Relevons la tête !

À l’automne les feuilles et les auteurs tombent. La situation des précaires de l’écriture est désespérée à plus d’un titre : en effet comment peut-on répondre lorsqu’industrie et politique se liguent pour empirer à ce point les choses ?

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Les auteurs se rongent les ongles, à raison. S’il n’y avait que la surproduction éditoriale, la baisse des à-valoir, les pourcentages en berne, il faut maintenant ajouter la hausse de la CSG, des cotisations retraite, et plus généralement la paupérisation grandissante des métiers artistiques – et de tous les métiers précaires en général, car ce combat est global. Ceux qui auront cru un instant qu’une éditrice nommée à la tête du Ministère de la Culture déchantent, comme le font ceux qui ont cru qu’un président dit « lettré » pouvaient comprendre leurs problèmes. En France, la culture relève soit du gros business, soit de l’histoire : dans un cas comme dans l’autre, les auteurs sont assurés de ne pas se plaindre de leurs conditions d’existence. En revanche, pour les auteurs vivants et en mauvaise santé… c’est une autre histoire. Continuer la lecture de « Auteurs, pourquoi continuer de jouer le jeu des éditeurs ? Relevons la tête ! »

Malgré tout ça, j’ai choisi le libre

« Non mais le libre, ce n’est pas viable économiquement, et comment vont faire les auteurs pour payer leurs factures, et pourquoi tu veux détruire le droit d’auteur, c’est juste parce que t’es frustré c’est ça, et puis des éditeurs, des producteurs, des ayants-droit, y en a des bien, et puis, et puis, et puis… »

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Choisir le camp du libre est parfois un sacerdoce, et quand on est artiste, c’est souvent tracer une frontière entre soi et presque tous les autres. Je ne dis pas que c’est marrant au quotidien, parce qu’il faut sans cesse répéter les mêmes choses, parfois de différentes manières, et essayer de le faire sans rebondir sur la mauvaise foi, les invectives et les accusations. Parce qu’on est dans la position de celui qui veut convaincre, bien sûr, et qu’une insulte n’a jamais convaincu personne… Continuer la lecture de « Malgré tout ça, j’ai choisi le libre »