Auteurs, pourquoi continuer de jouer le jeu des éditeurs ? Relevons la tête !

À l’automne les feuilles et les auteurs tombent. La situation des précaires de l’écriture est désespérée à plus d’un titre : en effet comment peut-on répondre lorsqu’industrie et politique se liguent pour empirer à ce point les choses ?

Les auteurs se rongent les ongles, à raison. S’il n’y avait que la surproduction éditoriale, la baisse des à-valoir, les pourcentages en berne, il faut maintenant ajouter la hausse de la CSG, des cotisations retraite, et plus généralement la paupérisation grandissante des métiers artistiques – et de tous les métiers précaires en général, car ce combat est global. Ceux qui auront cru un instant qu’une éditrice nommée à la tête du Ministère de la Culture déchantent, comme le font ceux qui ont cru qu’un président dit « lettré » pouvaient comprendre leurs problèmes. En France, la culture relève soit du gros business, soit de l’histoire : dans un cas comme dans l’autre, les auteurs sont assurés de ne pas se plaindre de leurs conditions d’existence. En revanche, pour les auteurs vivants et en mauvaise santé… c’est une autre histoire. Continuer la lecture de « Auteurs, pourquoi continuer de jouer le jeu des éditeurs ? Relevons la tête ! »

Malgré tout ça, j’ai choisi le libre

« Non mais le libre, ce n’est pas viable économiquement, et comment vont faire les auteurs pour payer leurs factures, et pourquoi tu veux détruire le droit d’auteur, c’est juste parce que t’es frustré c’est ça, et puis des éditeurs, des producteurs, des ayants-droit, y en a des bien, et puis, et puis, et puis… »

Choisir le camp du libre est parfois un sacerdoce, et quand on est artiste, c’est souvent tracer une frontière entre soi et presque tous les autres. Je ne dis pas que c’est marrant au quotidien, parce qu’il faut sans cesse répéter les mêmes choses, parfois de différentes manières, et essayer de le faire sans rebondir sur la mauvaise foi, les invectives et les accusations. Parce qu’on est dans la position de celui qui veut convaincre, bien sûr, et qu’une insulte n’a jamais convaincu personne… Continuer la lecture de « Malgré tout ça, j’ai choisi le libre »

Droit d’auteur contre droits culturels : la culture est un jardin collectif dont nous avons la responsabilité

Penser notre culture non plus comme un agglomérat d’œuvres isolées et protégées, mais comme un flux : un nouvel éclairage sur notre rapport aux œuvres qui pourrait révolutionner la manière dont nous vivons – et faisons vivre – la culture.

Dans un article (brillant) publié sur son blog, Lionel Maurel pose les bases d’une vision radicalement nouvelle de notre relation à la culture et la création, non plus du point de vue du seul droit d’auteur mais de celui des droits culturels, dont Wikipédia donne la définition suivante :

Les droits culturels visent à garantir à chacun la liberté de vivre son identité culturelle, comprise comme « l’ensemble des références culturelles par lesquelles une personne, seule ou en commun, se définit, se constitue, communique et entend être reconnue dans sa dignité » (Déclaration de Fribourg sur les droits culturels, 2007).

Cet article a comme actionné un interrupteur en moi. En effet, il a posé des bases claires et surtout un liant solide à de nombreux concepts parfois nébuleux auxquels je réfléchissais depuis des années.

Il s’agit de considérer la culture non plus comme un agglomérat d’œuvres tenues séparées les unes des autres par des obligations juridiques strictes, mais, pour reprendre les mots de Lionel Maurel, comme un vaste « continuum, qui progresse sous la forme d’une incrémentation perpétuelle », et de réfléchir à une charte et/ou à une licence qui ne se fonderait plus sur le droit d’auteur, mais sur ces fameux droits culturels. Continuer la lecture de « Droit d’auteur contre droits culturels : la culture est un jardin collectif dont nous avons la responsabilité »

Privatiser l’imaginaire : le fantasme terrifiant des industries culturelles

J’ai dû pour la première fois entendre parler du « Monde des Idées » de Platon en terminale. Je me souviens que rien ne me semblait à l’époque plus stupide que d’imaginer que quelque part – dans un Ailleurs inaccessible et un Quand indéfinissable – flottaient ce que le philosophe désignait sous le nom d’Idées : en somme des archétypes, des modèles, desquels découlaient tout ce que nous connaissions. Prenez ce cheval qui s’ébroue tranquillement de l’autre côté de la route (c’est une image, ne traversez pas, c’est sans doute une clôture électrique). Eh bien ce cheval n’est que la déclinaison terrestre de l’Idée même de Cheval – concept intrinsèquement parfait et indépendant de ses « variations » de chair et d’os. Ça semble idiot, pas vrai ? Et pourtant… Continuer la lecture de « Privatiser l’imaginaire : le fantasme terrifiant des industries culturelles »

Pourquoi est-ce si difficile de ne pas signer son œuvre d’art ?

Ça paraît tellement évident : nos créations sont le fruit de notre esprit et, à ce titre, elles nous « appartiennent ». Mais qu’est-ce qui nous appartient en réalité ?

C’est au détour d’une petite question postée (à moitié) innocemment sur Twitter que je me suis rendu compte de la complexité du problème : « accepteriez-vous, si vous aviez la garantie que votre roman soit un succès planétaire, de… ne pas le signer ? » C’est une proposition délicate, parce qu’elle suppose de choisir entre deux choses qui ne peuvent logiquement s’apprécier qu’en étant combinées. En effet, la gloire, la postérité et la reconnaissance s’apprécient principalement lorsqu’elle sont liées à un nom – le vôtre, si possible. Continuer la lecture de « Pourquoi est-ce si difficile de ne pas signer son œuvre d’art ? »