Pourquoi pirater un livre quand on peut l’acheter ?

Je ne suis pas partisan des solutions simples : la réalité est souvent beaucoup plus nuancée, et les questions compliquées amènent souvent des réponses compliquées — voire carrément impossibles à traduire de façon intelligible. Nos motivations sont perpétuellement floues. Elles sont le fruit de notre raison, bien sûr, mais aussi de nos affects et de notre vécu. Et quand il est question du piratage, notamment de livres (mais cela pourrait tout aussi bien s’appliquer au cinéma et à la musique), la tentation de trouver des explications mécaniques à un problème émotionnel me semble — a minima — risquée. Continuer la lecture de « Pourquoi pirater un livre quand on peut l’acheter ? »

Bibliothèques de rue pillées : comment on arrête la casse ? (indice : à grands coups de Commun)

Depuis peu, les « Little Free Libraries », ces petites bibliothèques de rue où chacun est libre d’apporter ou de prendre les livres de son choix (en France, plusieurs villes s’en sont déjà dotées et les initiatives personnelles se multiplient), connaissent un problème : elles sont régulièrement pillées.

Des petits malins peu scrupuleux s’en prennent aux maigres stocks des biblioboîtes et embarquent le tout pour mieux les revendre chez les bouquinistes et autres libraires d’occasion. Ce qui nous apprend plusieurs choses.

D’abord, parce que bénéfice du doute oblige, que la nécessité peut parfois pousser à aller chercher la subsistance là où elle se trouve. Ensuite, que la cupidité sommeille aussi dans notre part la plus sombre et que certains y cèdent plus facilement que d’autres. Enfin, que la fameuse « Tragédie des Communs » n’est pas une légende : une ressource abondante mise en commun pour le bien de tous peut parfois être pillée au profit de quelques uns. C’est pas joli, certes, mais ça existe. Demandez à Nestlé ce qu’ils pensent de l’eau en bouteille. Continuer la lecture de « Bibliothèques de rue pillées : comment on arrête la casse ? (indice : à grands coups de Commun) »

Droit d’auteur pour les robots : une nouvelle boîte de Pandore

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S’il est une chose dont on peut être certain en matière de propriété intellectuelle et de droit d’auteur, c’est bien celle-ci : toute modification législative proposée par l’industrie, et non par les créateurs eux-mêmes ou la société civile, se fait au détriment de ces deux derniers. Artistes et grand public sont les grands perdants de la guerre au partage et à l’ouverture qu’ont déclaré unilatéralement les ténors de l’entertainment contre ceux et celles qui jouissent de leurs « produits ». Ainsi, quand se profile l’ombre d’une possible reconnaissance d’un droit d’auteur pour les robots et/ou les intelligences artificielles, je me permets de hausser un sourcil. Continuer la lecture de « Droit d’auteur pour les robots : une nouvelle boîte de Pandore »

Auteurs et autrices libres, indépendant·es et solidaires : manifeste pour une alternative

Dans la continuité du mouvement Nuit Debout dont nous soutenons l’action, nous avons travaillé à l’élaboration d’un manifeste alternatif pour les autrices et auteurs où il serait moins question d’ayants-droit et de lutte contre le piratage que d’unité, de partage, de lutte pour les Communs, d’innovation et de l’urgence d’une reprise en main par les premier·es concerné·es. Le 1er mai symbolise la lutte, mais aussi l’espoir et le renouveau : c’était donc une date parfaite pour publier ce manifeste.

Premiers signataires : Stéphane Gallay, Neil Jomunsi, Thibault de Lambert, Lia Guillaumet, Pouhiou, Loïc Landemayne, Le Greg, Nicolas Ancion, Antoine-Gaël Marquet, Jérôme Verne, Johann Zarca, Frédéric Urbain, Saint Epondyle, Gee, Eloan Kroaz, Val, Yann Kervran, J.E Briffa, Lionel Maurel, Pierre-Carl Langlais, Joachim Séné…

Pour une majorité d’entre nous — auteurs et autrices —, le modèle proposé par les industries culturelles ne fonctionne plus. Pire, ce système censé nous protéger n’a fait qu’aggraver la situation. Prenant acte de celle-ci, il est temps de poser les bases d’une alliance et d’inventer des solutions qu’aucune institution, parti, gouvernement ou industrie ne nous apportera. Car sans une refonte complète, ce n’est pas seulement ce système qui court à sa perte : c’est la création tout entière, et avec elle celles et ceux qui la rendent possible.


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Journée du droit d’auteur : allons voir si la rose est éclose

Pour que le droit d’auteur redevienne un droit des auteurs (et non plus simplement un droit des éditeurs), nous devons faire bloc et inventer des solutions.

Le 23 avril est la journée mondiale du livre, destinée selon l’UNESCO à « promouvoir la lecture, l’industrie éditoriale et la protection de la propriété intellectuelle à travers le droit d’auteur ». En France, en Belgique et en Suisse, 480 libraires indépendants sont invités à offrir un livre et une rose à leurs clients. Les auteurs, de leur côté, assisteront comme chaque année au spectacle d’une industrie vantant la solidité de sa « chaîne du livre », la pérennité de son modèle économique et la protection offerte à ses créateurs. Personne ne leur offrira de fleurs. Continuer la lecture de « Journée du droit d’auteur : allons voir si la rose est éclose »