Piratage : ma première expérience

Je me souviens assez clairement de ma première rencontre avec le « piratage » : je devais avoir 14 ou 15 ans (donc il y a 20 ans de ça, pour les deux du fond qui ne savent pas à quel point je suis vieux) et à l’époque, il n’y avait ni iTunes, ni Spotify, et pour tout vous dire il n’y avait même pas T411, c’est vous dire. On ne regardait pas de vidéos en ligne, pas plus qu’on écoutait de musique en streaming, parce que nos modems 56k auraient explosé : les disques, on les achetait ou on les empruntait à la médiathèque. Dans les années 90, le piratage, c’était plutôt du vol à l’étalage : en gros, tu piquais le CD chez ton disquaire. Ou alors un pote te le prêtait et tu le recopiais sur une cassette audio. Continuer la lecture de « Piratage : ma première expérience »

Contre la précarité, un seul moyen de pression : l’autopublication

Je soutiens les organisations d’autrices et d’auteurs qui défileront au Salon du livre jeunesse de Montreuil sous la bannière « Plume pas mon auteur », parce qu’il y a beaucoup à revendiquer et que la situation ne fait qu’empirer. Mais je ne les soutiens pas sans réserve. Si je considère que les revendications sont légitimes, le modus operandi me laisse perplexe :

« Signe distinctif : les plumes ! Nous vous proposons de vous distinguer comme nous à votre convenance avec des accessoires aptes à exprimer votre statut d’artistes-auteurs déplumés ou votre soutien aux déplumés : boas, coiffes d’Indiens, ailes… liste non exhaustive. Nous vous recommandons d’apporter des plumes, signe de ralliement. Vous seront fournis des Stickers « Plume pas mon auteur ! » sur le stand de La Charte. »

Une énième manifestation sur un salon du livre. Un énième rassemblement joyeux – parce qu’il ne faudrait pas faire peur aux lecteurs – avec froufrous et déguisements, punchlines comiques et chansons détournées. Une énième manière de signifier l’épuisement des troupes, qui n’a plus que le rire pour ne pas céder au désespoir. Ce n’est pas une manifestation : c’est un appel à l’aide. C’est une main tendue devant l’abîme. Et les appels à l’aide sont entendus ou ignorés – le plus souvent, ils sont ignorés. Et il n’y a pas de raison que ça ne se passe pas comme ça cette fois encore. Continuer la lecture de « Contre la précarité, un seul moyen de pression : l’autopublication »

Auteurs, pourquoi continuer de jouer le jeu des éditeurs ? Relevons la tête !

À l’automne les feuilles et les auteurs tombent. La situation des précaires de l’écriture est désespérée à plus d’un titre : en effet comment peut-on répondre lorsqu’industrie et politique se liguent pour empirer à ce point les choses ?

Les auteurs se rongent les ongles, à raison. S’il n’y avait que la surproduction éditoriale, la baisse des à-valoir, les pourcentages en berne, il faut maintenant ajouter la hausse de la CSG, des cotisations retraite, et plus généralement la paupérisation grandissante des métiers artistiques – et de tous les métiers précaires en général, car ce combat est global. Ceux qui auront cru un instant qu’une éditrice nommée à la tête du Ministère de la Culture déchantent, comme le font ceux qui ont cru qu’un président dit « lettré » pouvaient comprendre leurs problèmes. En France, la culture relève soit du gros business, soit de l’histoire : dans un cas comme dans l’autre, les auteurs sont assurés de ne pas se plaindre de leurs conditions d’existence. En revanche, pour les auteurs vivants et en mauvaise santé… c’est une autre histoire. Continuer la lecture de « Auteurs, pourquoi continuer de jouer le jeu des éditeurs ? Relevons la tête ! »

Malgré tout ça, j’ai choisi le libre

« Non mais le libre, ce n’est pas viable économiquement, et comment vont faire les auteurs pour payer leurs factures, et pourquoi tu veux détruire le droit d’auteur, c’est juste parce que t’es frustré c’est ça, et puis des éditeurs, des producteurs, des ayants-droit, y en a des bien, et puis, et puis, et puis… »

Choisir le camp du libre est parfois un sacerdoce, et quand on est artiste, c’est souvent tracer une frontière entre soi et presque tous les autres. Je ne dis pas que c’est marrant au quotidien, parce qu’il faut sans cesse répéter les mêmes choses, parfois de différentes manières, et essayer de le faire sans rebondir sur la mauvaise foi, les invectives et les accusations. Parce qu’on est dans la position de celui qui veut convaincre, bien sûr, et qu’une insulte n’a jamais convaincu personne… Continuer la lecture de « Malgré tout ça, j’ai choisi le libre »

Droit d’auteur contre droits culturels : la culture est un jardin collectif dont nous avons la responsabilité

Penser notre culture non plus comme un agglomérat d’œuvres isolées et protégées, mais comme un flux : un nouvel éclairage sur notre rapport aux œuvres qui pourrait révolutionner la manière dont nous vivons – et faisons vivre – la culture.

Dans un article (brillant) publié sur son blog, Lionel Maurel pose les bases d’une vision radicalement nouvelle de notre relation à la culture et la création, non plus du point de vue du seul droit d’auteur mais de celui des droits culturels, dont Wikipédia donne la définition suivante :

Les droits culturels visent à garantir à chacun la liberté de vivre son identité culturelle, comprise comme « l’ensemble des références culturelles par lesquelles une personne, seule ou en commun, se définit, se constitue, communique et entend être reconnue dans sa dignité » (Déclaration de Fribourg sur les droits culturels, 2007).

Cet article a comme actionné un interrupteur en moi. En effet, il a posé des bases claires et surtout un liant solide à de nombreux concepts parfois nébuleux auxquels je réfléchissais depuis des années.

Il s’agit de considérer la culture non plus comme un agglomérat d’œuvres tenues séparées les unes des autres par des obligations juridiques strictes, mais, pour reprendre les mots de Lionel Maurel, comme un vaste « continuum, qui progresse sous la forme d’une incrémentation perpétuelle », et de réfléchir à une charte et/ou à une licence qui ne se fonderait plus sur le droit d’auteur, mais sur ces fameux droits culturels. Continuer la lecture de « Droit d’auteur contre droits culturels : la culture est un jardin collectif dont nous avons la responsabilité »