Auteurs, autrices : il est temps de créer votre Tipeee

À l’instar de son homologue américain Patreon, Tipeee est une plateforme de micro-mécénat française dédiée au financement des artistes du net.

À l’origine concentrée sur les vidéastes, Tipeee s’ouvre progressivement aux autres disciplines et on commence à voir apparaître des profils d’illustratrices, de musiciens et d’auteurs de l’écrit. Comme vous le savez, j’utilise moi-même cette plateforme. On y trouve également mes chers et estimés collègues Samantha Bailly, David Revoy, Ploum, Lizzie Crowdagger, Stéphane Desienne ou plus récemment encore l’excellent François Bon avec son Tiers-Livre.

J’en oublie bien sûr, la liste complète est ici. Mais vous le constaterez vous-mêmes, je n’en oublie pas tant que ça : sur plus de 10.000 créateurs.trices listé.e.s, seulement une soixantaine de profils ont été ouverts dans la catégorie « Livres ». Au regard du nombre de personnes qui publient de la fiction sur le net, c’est peu. Très peu.  Continuer la lecture de « Auteurs, autrices : il est temps de créer votre Tipeee »

Imaginaire en danger : pour rester accessible, la culture partagée doit être partageable

Tout le monde s’accorde là-dessus : la manière dont nous participons à la culture – qu’il s’agisse de la fabriquer ou d’y répondre – a été bouleversée par internet. Nous sommes plus nombreux chaque jour à nous y impliquer, qu’il s’agisse de publier une histoire, de mettre en ligne une vidéo de vulgarisation scientifique sur YouTube ou la critique d’un film sur son blog. Plus généralement – et j’avais eu l’occasion de l’expliquer dans la vidéo ci-dessous – nous sommes tous et toutes des créateurs : nous faisons vivre un écosystème culturel dans lequel tout le monde crée et commente à la fois, où on apprend des uns pour mieux apprendre aux autres, où ce que l’un pense d’une œuvre influence la fabrication de celle d’une autre. La création alimente la création.  Continuer la lecture de « Imaginaire en danger : pour rester accessible, la culture partagée doit être partageable »

Malgré tout ça, j’ai choisi le libre

« Non mais le libre, ce n’est pas viable économiquement, et comment vont faire les auteurs pour payer leurs factures, et pourquoi tu veux détruire le droit d’auteur, c’est juste parce que t’es frustré c’est ça, et puis des éditeurs, des producteurs, des ayants-droit, y en a des bien, et puis, et puis, et puis… »

Choisir le camp du libre est parfois un sacerdoce, et quand on est artiste, c’est souvent tracer une frontière entre soi et presque tous les autres. Je ne dis pas que c’est marrant au quotidien, parce qu’il faut sans cesse répéter les mêmes choses, parfois de différentes manières, et essayer de le faire sans rebondir sur la mauvaise foi, les invectives et les accusations. Parce qu’on est dans la position de celui qui veut convaincre, bien sûr, et qu’une insulte n’a jamais convaincu personne… Continuer la lecture de « Malgré tout ça, j’ai choisi le libre »

Droit d’auteur contre droits culturels : la culture est un jardin collectif dont nous avons la responsabilité

Penser notre culture non plus comme un agglomérat d’œuvres isolées et protégées, mais comme un flux : un nouvel éclairage sur notre rapport aux œuvres qui pourrait révolutionner la manière dont nous vivons – et faisons vivre – la culture.

Dans un article (brillant) publié sur son blog, Lionel Maurel pose les bases d’une vision radicalement nouvelle de notre relation à la culture et la création, non plus du point de vue du seul droit d’auteur mais de celui des droits culturels, dont Wikipédia donne la définition suivante :

Les droits culturels visent à garantir à chacun la liberté de vivre son identité culturelle, comprise comme « l’ensemble des références culturelles par lesquelles une personne, seule ou en commun, se définit, se constitue, communique et entend être reconnue dans sa dignité » (Déclaration de Fribourg sur les droits culturels, 2007).

Cet article a comme actionné un interrupteur en moi. En effet, il a posé des bases claires et surtout un liant solide à de nombreux concepts parfois nébuleux auxquels je réfléchissais depuis des années.

Il s’agit de considérer la culture non plus comme un agglomérat d’œuvres tenues séparées les unes des autres par des obligations juridiques strictes, mais, pour reprendre les mots de Lionel Maurel, comme un vaste « continuum, qui progresse sous la forme d’une incrémentation perpétuelle », et de réfléchir à une charte et/ou à une licence qui ne se fonderait plus sur le droit d’auteur, mais sur ces fameux droits culturels. Continuer la lecture de « Droit d’auteur contre droits culturels : la culture est un jardin collectif dont nous avons la responsabilité »

Privatiser l’imaginaire : le fantasme terrifiant des industries culturelles

J’ai dû pour la première fois entendre parler du « Monde des Idées » de Platon en terminale. Je me souviens que rien ne me semblait à l’époque plus stupide que d’imaginer que quelque part – dans un Ailleurs inaccessible et un Quand indéfinissable – flottaient ce que le philosophe désignait sous le nom d’Idées : en somme des archétypes, des modèles, desquels découlaient tout ce que nous connaissions. Prenez ce cheval qui s’ébroue tranquillement de l’autre côté de la route (c’est une image, ne traversez pas, c’est sans doute une clôture électrique). Eh bien ce cheval n’est que la déclinaison terrestre de l’Idée même de Cheval – concept intrinsèquement parfait et indépendant de ses « variations » de chair et d’os. Ça semble idiot, pas vrai ? Et pourtant… Continuer la lecture de « Privatiser l’imaginaire : le fantasme terrifiant des industries culturelles »