Journal, #2 (février 2019)

8 février

J’ai lu quelques romans vieillesse ces dernières semaines, pour la plupart des « grosses sorties », des prix littéraires, des bestsellers. Je les parcours comme je lirais des notices d’utilisation d’appareils ménagers. J’en arrive à la conclusion que, dans mes lectures comme dans ce que j’écris, je recherche une certaine forme de transcendance. Et le roman d’aujourd’hui, celui écrit pour les adultes, qui a les faveurs des journaux et des libraires, a renoncé à tout idéal de transcendance. On ramène toujours l’être humain à ce qu’il a de sombre, de matériel, de méprisable. On le considère comme un tas de chair déjà en putréfaction à peine né, qui ne peut souhaiter de la vie que de souffrir le moins possible et qui gémira tout du long. On enrobera cette médiocrité de mots savants comme « mélancolique », « désabusé » ou « cynique », et on fera passer le renoncement pour de l’intelligence. J’aime la littérature qu’on écrit pour les enfants (celle que les adultes lisent en cachette), parce qu’elle porte intrinsèquement en elle la promesse de grandir, et de se grandir. Les héros enfantins font preuve de courage, d’abnégation, de sens de l’honneur, se mettent en danger pour sauver ce qu’ils aiment : ils le font parce que ce sont des valeurs que les auteurs voudraient inculquer à leurs lecteurs. À quel moment abandonne-t-on le courage ? Les histoires sont des chemins que nous sommes, en tant qu’auteurs, chargés de baliser. Je n’ai aucune envie de défricher un trottoir parisien éclaboussé de crotte de chien. Il en va de même pour le culte de la vraisemblance. Je veux que mes histoire soient crédibles, pas forcément vraisemblables.

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⭐ En 2019, fabriquons une nouvelle manière de nous parler !

Adieu Facebook, Twitter et Instagram. Assez, de nourrir ces machines à dollars qui sabotent notre capacité d’attention, manipulent nos egos, algorithmisent notre vision du monde, de la réalité, et qui s’approprient nos vies privées pour les transformer en fortunes. Il n’est plus question de soutenir des entreprises qui nourrissent nos instincts les plus bas pour générer du trafic – de l’« engagement » : notre colère est le bois duquel naissent ces incendies, et elle est à ce titre encouragée, valorisée même.

Nous sommes les ouvriers de ces empires, que nous consentons à construire de nos propres mains. Et pour quelle récompense ? Celle, illusoire, de « nouer du lien » et de « rester en contact », et parfois même, pour certains, celle de « faire notre promotion », d’atteindre la « célébrité ». Les yeux rivés sur nos compteurs, nous nous enfonçons dans la solitude des foules. Nous crions de plus en plus fort. Mais lorsque les oreilles s’habituent, plus personne n’écoute. Nous entretenons le rêve d’être tous et toutes liées, alors que souvent nous ne nous observons qu’à travers une fenêtre muette et lointaine.

Mille contre-exemples pourraient m’être opposés, le mien en premier. Les réseaux sociaux ont compté pour une part importante dans mon travail. Chaque jour, des amitiés s’y créent, des histoires d’amours s’y dessinent, des vocations y naissent. Mais ces évènements, je crois, ne sont que d’heureux accidents : tout peut paraître beau vu de très près. Les rouages n’y sont pour rien : la faute incombe à la mécanique, et à son ingénieur.

Pour toutes ces raisons, j’ai supprimé mes comptes de réseaux sociaux. J’avais parfois l’impression de m’y perdre, d’y diluer facilement mes joies et mes colères aussi, alors que j’en aurais tant besoin pour écrire. L’illusion de rester en contact ne tenait plus : à quoi cela sert de se dire « ami » avec quelqu’un sur Facebook quand on ne lui a pas parlé depuis dix ans ? Revenir au temps présent, c’est aussi prendre soin de nos liens.

Je me suis donc lancé un défi pour 2019 : réussir à rester en contact avec vous. Par le biais de ma newsletter notamment, à laquelle vous pouvez vous inscrire si ce n’est déjà fait, mais aussi par tout autre moyen qui vous semblerait adéquat ou intéressant. J’ai conservé mon compte YouTube, car une part important de mon travail d’auteur s’y trouve. Ce ne peut être qu’une piste parmi cent autres. Parlons-nous. Et si vous avez des idées, répondez-moi : ce n’est pas plus compliqué que cela et c’est un dialogue que je souhaite instaurer. Gardons le contact, mais un vrai contact.

En 2019, je veux inventer une nouvelle manière d’échanger avec vous, hors de ces circuits qui finissent toujours par nous nuire à un moment ou un autre. La vie d’un artiste ne peut pas se limiter à la manière dont il utilise les services d’entreprises américaines milliardaires. Je ne peux pas y croire. Et j’aimerais que cette expérience serve de laboratoire.

J’espère que nous aurons la joie de construire cette chimère ensemble.

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C’est officiel

Les réseaux sociaux sont malins : même une fois vos comptes clôturés, ils les gardent en archive pendant un temps donné – manière de dire que rien n’est irrémédiable, et que ce qui s’est défait sur un coup de tête peut se renouer en un clic, juste le temps de se loguer. Je m’étais d’ailleurs fait prendre il y a un mois, alors que j’avais désactivé mes comptes depuis quelques jours : par réflexe, je m’étais reconnecté à mon compte Twitter – enfin, mes doigts s’y étaient reconnectés, pas mon esprit, si bien qu’il m’a fallu quelques secondes pour réaliser où j’étais, et constater mon état de dépendance aux réseaux. Je n’avais même plus besoin de ma tête. Juste de mes doigts.

Bref, cette malheureuse connexion avait rallongé de quelques jours le fameux « délai de rétractation » (30 jours pour Twitter, sans doute pareil pour Facebook). Mais puisque 32 jours se sont écoulés depuis le malheureux incident, j’ai tenu à vérifier que tout cela n’était pas un mensonge éhonté et que mes informations avaient bel et bien disparu. J’ai donc tenté de me reconnecter.

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